Harry McNish (de son vrai nom Henry McNish, souvent appelé Harry McNeish ou encore de son surnom Chippy) ( – ) était le charpentier de l'expédition Endurance de sir Ernest Shackleton en Antarctique (1914–1917). Il a été responsable de la plupart des travaux qui ont permis aux membres de l'expédition de survivre une fois le navire Endurance détruit par les glaces dans la mer de Weddell. Il a modifié le canot de sauvetage, le James Caird, ce qui a permis à Shackleton et cinq hommes (dont lui-même) de parcourir des centaines de milles pour aller chercher de l'aide afin de secourir le reste du groupe. Il est le seul homme du groupe à s'être opposé brièvement à suivre les ordres lors de la tentative de marche avec canots et traîneaux sur le packOn appelle pack une masse de blocs de glace flottants, détachés de la banquise et soudés ou non entre eux. et, malgré les efforts fournis et les souffrances endurées au cours de cette opération de survie, il fait partie des quatre membres de l'expédition à ne pas avoir reçu la Médaille polaire.

Après l'expédition, il est retourné travailler pour la marine marchande et a fini par émigrer en Nouvelle-Zélande, où il a travaillé sur les docks de Wellington jusqu'à ce que la maladie l'oblige à prendre sa retraite. Il est mort miséreux au Ohiro Benevolent Home de Wellington.

Jeunesse Harry « Chippy » McNish est né en 1874 dans l'ancien Lyons Lane près du site de la bibliothèque de Port Glasgow, dans le Renfrewshire en Écosse. Il fait partie d'une famille nombreuse, le troisième de onze enfants nés de l'union de John et Mary Jane (née Wade) McNish. Son père était cordonnier itinérant. McNish est foncièrement socialiste, membre de la (devenue plus tard la ) et il ne supporte pas d'entendre autour de lui un langage non châtié. Il se marie trois fois : en 1895 à Jessie Smith, morte en , en 1898 à Ellen Timothy, morte en , et finalement à Lizzie Littlejohn en 1907.

L'orthographe exacte de son nom est disputée. Il est souvent écrit McNish, comme dans le journal d'Alexander Macklin par exemple. L'orthographe MacNeish est commune, en particulier dans les comptes rendus d'expédition de Shackleton et de Frank Worsley ainsi que sur sa pierre tombale. Cependant, McNish est la forme que l'on retrouve le plus régulièrement et semble être celle qu'il faut retenir. Sur un exemplaire de la photographie de l'expédition signé de sa main sa signature est « H. MacNish », mais son orthographe est généralement idiosyncratique, comme dans le journal qu'il a tenu tout le temps qu'a duré l'expédition. Son surnom également est source d'interrogation. « Chippy » était le surnom traditionnel des charpentiers de marinechippy est un dérivé de chip qui signifie « copeau », mais chippy signifie également « grincheux » (cf. .), de même que sa forme abrégée « Chips ».

Expédition impériale trans-antarctique

L’Endurance Le but de lImperial Trans-Antarctic Expedition était d'effectuer la première traversée du continent Antarctique de part en part en passant par le pôle Sud. McNish semble avoir été attiré par l'annonce postée par Shackleton en vue du recrutement de membres pour son expédition (malgré les sérieux doutes qui entourent la parution réelle de cette annonce) : On demande des volontaires : pour un voyage dangereux. Peu rémunérateur, froid mordant, longs mois d'obscurité totale, danger permanent, chances de revenir vivant minces. Honneur et prestige assurés en cas de succès.

McNish, à quarante ans, était un des plus vieux membres de l'équipage de l’Endurance; Shackleton était plus vieux que lui de sept mois. Il souffrait d'hémorroïdes et de rhumatismes dans les jambes, et était considéré comme un étrange personnage un peu grossier. Ses compétences de charpentier faisaient en revanche l'unanimité — Worsley, le capitaine de l’Endurance, en parle comme d'un fantastique charpentier de marine. Le fumeur de pipe écossais était cependant le seul homme du groupe en lequel Shackleton n'avait pas une parfaite confiance. Son accent écossais est décrit comme « aussi mordant qu'un câble métallique ».

Au cours du premier trajet qui les conduit à leur première escale de Buenos Aires, il est occupé à toutes sortes de tâches routinières. Il travaille sur le petit dériveur Nancy Endurance, fait une petite commode pour Shackleton, des clayettes à spécimen pour le biologiste Robert Clarke, des boîtes à instruments pour Leonard Hussey le météorologiste, et érige des panneaux de protection pour le barreur. Il construit un faux pont, du pont de poupe à la chambre des cartes, pour protéger le charbon supplémentaire qui a été embarqué. Il fait également office de coiffeur. À mesure que le bateau s'enfonce dans le pack de la mer de Weddell la navigation devient de plus en plus difficile. McNish construit alors un sémaphore en bois haut de de installé sur le pont pour permettre à l'officier de navigation de donner au barreur les directions à prendreUne photo de Worsley manipulant ce sémaphore est visible dans le livre de ., et construit aussi une sorte de cage afin de protéger l'hélice de la glace.

Quand le navire est pris au piège dans le pack le , à ses tâches ordinaires s'ajoutent la construction d'abris improvisés, et une fois acquise la disparition prochaine du navire, la modification des traîneaux pour pouvoir les conduire sur la glace. Il met sur pied les quartiers où l'équipage prend désormais ses repas (surnommé « Le Ritz ») et des cabines où les hommes passent le temps et se reposent. Toutes ces cabines reçoivent un nom de baptême. McNish partage « Le repos du marin » avec Alfred Cheetham, le officier. Assisté par d'autres membres du bord, il construit des niches sur le pont. Il érige sur la glace à proximité du navire emprisonné des cages de football dont les matchs opposants les « bâbordais » aux « tribordais » deviennent un rendez-vous quotidien attendu. Pour passer le temps le soir, McNish se joint à Frank Wild, Tom Crean, James McIlroy, Worsley et Shackleton pour jouer au poker dans le carré des officiers.

La pression de la glace contre la coque de l’Endurance commence à lui faire prendre l'eau. Pour éviter une inondation, McNish construit un coffrage colmaté avec des bandes taillées dans des couvertures, se tenant pendant des heures avec de l'eau jusqu'à la taille pour travailler. Il ne peut cependant pas empêcher la pression exercée par la glace d'écraser le bateau mais est assez expérimenté pour savoir quand s'arrêter dans ses efforts. Une fois le navire détruit, il est chargé de récupérer tout ce qui est entreposé dans « Le Ritz ». Il ne met que quelques heures à éventrer le pont et ramener une bonne quantité de provisions.

Sur la banquise

Au cours d'un de ses quarts de veille une nuit, alors que le groupe campe sur la glace, une petite partie de banquise se détache et il ne doit son salut qu'à l'intervention rapide des hommes du quart suivant qui le tirent à l'aide d'une corde assez près pour qu'il puisse sauter pour les rejoindre. Shackleton raconte que McNish mentionna l'évènement sereinement un jour plus tard alors que d'autres failles dans la glace étaient apparues. Mrs. Chippy, le chat que McNish avait amené à bord, est abattu le , moins d'un mois avant la perte définitive de l’Endurance, parce qu'il est évident pour Shackleton qu'il ne peut pas survivre aux conditions rigoureuses de la banquise. McNish n'a apparemment jamais pardonné à ce dernier d'en avoir donné l'ordre.

McNish propose de bâtir une nouvelle embarcation avec l'épave du navire, mais sa proposition est rejetée, Shackleton ayant décidé de traîner les trois canots de sauvetage sur la glace jusqu'à trouver l'eau libre. McNish avait souffert du mal du pays avant même le début du voyage, et une fois le navire perdu sa frustration commence à croître. Il s'épanche dans son journal, visant tout particulièrement la façon de parler de ses camarades de tente : J'ai eu l'occasion de fréquenter toutes sortes d'hommes, sur des voiliers comme sur des vapeurs, mais jamais rien de comparable à certains de ces types de notre expédition terrestre, qui parlent comme des charretiers pour un oui ou pour un non, au point que c'en est insupportable.

Peinant beaucoup au cours du halage des traîneaux sur la glace, McNish se rebelle un instant fin décembre 1915, refusant de prendre le relais au harnais et affirmant à Frank Worsley que depuis que l’Endurance est détruite l'équipage n'est plus dans l'obligation de suivre ses ordres. La façon dont Shackleton gère la rébellion varie selon les témoignages : certains rapportent qu'il a menacé d'abattre McNish pour mutinerie, d'autres qu'il a fait une lecture du règlement du navire, affirmant qu'il était clair que l'équipage était encore soumis à ses ordres tant qu'ils n'étaient pas rentrés à bon port. L'affirmation de McNish était en fait tout à fait correcte : l'obéissance due au chef (ainsi que la paye) n'est plus de mise une fois le bateau perdu, mais certains articles du règlement que l'équipage avait signé stipulaient, en manière de clause particulière, que l'équipage acceptait d'« accomplir tous les devoirs à bord, dans les canots, ou sur la côte tels que dictés par le maître et propriétaire ». En plus de cela, McNish n'avait vraiment pas d'autre choix que de se conformer à cette règle : il n'aurait pas pu survivre seul et ne pouvait pas continuer à suivre l'ensemble du groupe sans respecter les ordres. Finalement, Shackleton reconnaît que la tentative de traîner les canots est une erreur, et décide que la seule solution est d'attendre que le mouvement du pack vers le nord les conduise tout près de l'eau libre.

Quand les provisions commencent à se réduire, la faim des hommes augmente considérablement. McNish raconte qu'alors il fume à s'en rendre malade pour alléger la douleur causée par des crampes d'estomac« Il n'y a rien d'autre à faire que de rester dans nos sacs de couchage. Et de fumer pour tromper notre faim, ce que le ministre Lloyd George considère comme un luxe pour les travailleurs. » in ., et bien qu'il soit très triste de voir abattre les chiens de traîneau, il est heureux d'en manger la viande : Leur chair est un régal. C'est extra pour nous en comparaison de tous ces repas à base de phoque.

Quand le mouvement du pack les amène finalement à proximité des flots, Shackleton décide d'entreprendre à bord des trois canots, le James Caird, le Stancomb Wills et le Dudley Docker, la traversée jusqu'à l'île de l'Éléphant. McNish a préparé les canots du mieux qu'il a pu pour leur permettre d'affronter l'océan, en élevant leurs bords pour leur donner une meilleure tenue sur les flots, avec pour seuls instruments une scie, un marteau, un ciseau à bois et une herminette.

Île de l'Éléphant et James Caird Au cours de la traversée vers l'île de l'Éléphant, McNish est à bord du James Caird avec Shackleton et Frank Wild. À l'approche de l'île, Wild, qui est à la barre depuis d'affilée, est sur le point de s'évanouir, si bien que Shackleton ordonne à McNish de le relever. McNish n'est pas vraiment en meilleur état et, malgré les terribles conditions de navigation, s'endort au bout d'une demi-heure. Le bateau se balance sur les flots et une grosse vague vient le submerger. Cela suffit à l'éveiller, mais Shackleton, constatant son état d'épuisement, ordonne qu'il soit relevé.

Après avoir réussi à atteindre l'île de l'Éléphant, Shackleton prend la décision d'emmener une petite équipe essayer de rejoindre la Géorgie du sud, où il peut trouver de l'aide parmi les baleiniers présents sur place. McNish est appelé à rendre capable le James Caird de tenir la haute mer pendant un long voyage et est retenu dans l'équipe appelée à le manœuvrer, peut-être parce que Shackleton craint l'effet délétère qu'il pourrait avoir sur ceux qui restent. En ce qui le concerne, McNish semble heureux d'être du voyage. Il est circonspect sur les chances de survie d'hommes hivernants sur cette île :