Le château de Porrentruy est un château situé au nord de la vieille-ville de Porrentruy (JU), en Suisse.

Le château est classé comme « bien culturel d'importance nationale » par l'Office fédéral de la protection de la population...

Localisation Situé dans le lieu-dit du Château, Château se dresse dans l'actuelle vieille ville de Porrentruy, dans le district éponyme de la république et canton du Jura, en Suisse.

Composition gauche|vignette|La ville de Porrentruy et son château au . À l'emplacement de l'actuel château se dressait un château en bois, datant probablement du . Il s'agissait d'une place forte entourée de fossés et de palissades, surmontée d’une tour en bois érigée sur un monticule artificiel. Ce premier château fut remplacé au par une construction en maçonnerie. Seule la tour Réfous est conservée. La superficie de cet ancien château en bois correspond à la place surélevée qui entoure aujourd’hui encore la tour Réfous..

Le vaste ensemble présente une forme triangulaire, composée de plusieurs bâtiments, bien que le nombre de ces derniers ait été plus élevé autrefois. Quelques traces de remparts curvilignes du subsistent à l’ouest et au nord, mais l’enceinte extérieure, quant à elle, n’existe plus..

Bâtiments antérieur

Maison de Lydda et chapelle Le palais du château en bois était connu sous le nom de maison de Lydda. Il se trouvait sur la terrasse, entre la tour Réfous et la cour triangulaire. Cette maison fut démolie en .

Une chapelle de style gothique tardif faisait également partie de la maison. Située dans la cour du château, elle fut détruite au début du .

Hôtel de la monnaie et caserne de la garnison À l’emplacement de l’actuelle terrasse sud se trouvaient l’hôtel de la Monnaie et la caserne de la garnison du château, ainsi que la poterne, qui permettait l’accès au chemin menant au Faubourg de France.

Bien que la poterne soit aujourd’hui condamnée, elle demeure visible au bas du mur de soutènement. Elle a été remplacée par un escalier situé dans la tour du Trésor. Ces deux bâtiments ont été démolis en .

Bâtiments actuels

Tour Réfous vignette|La Tour Réfous. Élément le plus ancien du château, la tour Réfous (anciennement Riffhus) est édifiée vers et était rattachée à un château plus ancien. Aujourd’hui, la tour est isolée du bâtiment principal. Inspirée des donjons circulaires savoyards, elle mesure 32 mètres de hauteur pour un diamètre de 12 mètres, avec des murs d'une épaisseur de 4,5 mètres à la base, qui diminuent en se rapprochant du sommet. L’entrée de la tour, située à 9 mètres du sol, était autrefois accessible par un pont en bois reliant la maison de Lydda, démolie vers . Cette entrée est désormais accessible par un escalier tournant ancré dans la façade.

Les dernières restaurations de la tour remontent à et .

Résidence vignette|La résidence et la Chancellerie sur la droite. Le bâtiment de la résidence est construit entre et à la demande du prince-évêque Jacques-Christophe Blarer de Wartensee, d'après les plans des architectes Jean et Nicolas Frick. En plus des gros œuvres, il conserve de cette époque les portails Renaissance de la façade principale ainsi que deux escaliers en colimaçon datant de et .

Le caractère de la façade donnant sur la cour est modifié dans les années , avec la transformation des grandes fenêtres rectangulaires, surmontées de frontons cintrés de style Régence, richement ornés de stuc. Parmi ces décorations figurent des soleils, des rosaces, des conques, des bouquets, des animaux, ainsi que des vouivres.

Le bâtiment, qui compte trois niveaux, repose sur des caves voûtées monumentales. Les salles du rez-de-chaussée sont également voûtées. Elles abritaient, en plus de divers locaux de service et d'une cuisine (dans l'entrée principale actuelle), quatre salles à manger, dont la qualité des hôtes et des mets diminuait à mesure que l'on se rapprochait de la cuisine. Ces pièces sont ornées de stucs aux motifs décoratifs et figuratifs datant du début du . Le premier étage, dédié à l'hébergement des hôtes et dignitaires de la cour, présente un corridor à l'arrière, sur lequel ouvrent les anciens appartements, composés d'une belle chambre donnant sur la cour et d'une antichambre. Les plafonds de ces chambres sont décorés de stucs des années . L'un d'eux représente le lion héraldique de la famille de Reinach, portant les différents insignes du pouvoir des princes-évêques.

Le deuxième étage, qui a subi davantage de transformations, abritait la salle du trône, des salons de réception et, du côté est, l'appartement du prince-évêque. Dans les corridors sont accrochés les portraits des 14 derniers princes-évêques de Bâle.

Chancellerie vignette|La chancellerie et la tour du Coq. Le bâtiment de la chancellerie se situe à l'est de la résidence et forme un léger angle avec celle-ci. Ce bâtiment, sur deux niveaux, a été modifié à plusieurs reprises au fil du temps. Entre les deux bâtiments se trouve une tourelle d'escalier carré, surmontée d'un cadran solaire et d'un dôme en bulbe.

Les caves voûtées de la chancellerie servaient autrefois de prisons.

Tour du Coq Située à l'extrême est du château, la tour du Coq est une tour à quatre niveaux. Ses fenêtres, datant de , ajoutent à son caractère. À l'origine, elle servait de salle des archives de la principauté épiscopale de Bâle jusqu'en . Sur la face de la tour figurent les armoiries peintes de la principauté épiscopale de Bâle et de la famille Blarer. Sa dernière rénovation remonte à .

Pavillon de la princesse Christine vignette|Le pavillon de la princesse Christine et la tour du Trésor. La cour est fermée au sud par le pavillon de la princesse Christine, construit au début du par Nicolas Schelhorn ou Pierre Racine pour le prince-évêque Guillaume-Jacques Rinck de Baldenstein, à l'emplacement de bâtiments ruraux détruits par l'incendie de . Il doit son nom au souvenir des séjours de la princesse Christine de Saxe à Porrentruy.

Ce pavillon est un corps d'habitation d'un seul niveau, le rez-de-chaussée du côté de la cour, et repose du côté de la ville sur un impressionnant mur de soutènement. Il conserve, du côté oriental, une ancienne cuisine monumentale.

Tour du Trésor À l'extrémité sud-ouest du pavillon de la princesse Christine s'élève la tour du Trésor. Cette tour fut raccourcie après l'incendie de et reçut alors un toit en bulbe. Un escalier intérieur permet d'accéder au Faubourg de France, en traversant le rez-de-chaussée de la maison de Luppach.

Maison de Luppach Située en contrebas, la maison de Luppach était autrefois reliée au mur d'enceinte extérieur. Elle présente l'aspect d'une tour carrée et doit son nom au prieuré de Luppach.

L'étage supérieur abritait la chapelle privée du prince-évêque Jean-Conrad de Roggenbach (1656-1693). Cette chapelle conserve un plafond voûté richement orné de stucs du début du baroque. Le reste de la chapelle a été transformé.

Corps de garde vignette|Le corps de garde. Le bâtiment aujourd'hui appelé le corps de garde était à l'origine le logement de divers serviteurs.

La partie sud du bâtiment était, à l'origine, dotée d'une énorme tour datant du , à laquelle fut adossé, au , un bâtiment orné de riches encadrements de fenêtres. Au début du , la toiture du bâtiment fut modifiée et la flèche de la tour de l'escalier en colimaçon démolie.

Orangerie Construit au nord du château en , le bâtiment de l'orangerie a été profondément remanié. Des vestiges d'un ancien jardin baroque rectangulaire ainsi que des ouvrages de défense datant du y ont été retrouvés.

Histoire Jusqu'au début de l'époque carolingienne, l'Ajoie appartient aux comtes d'Alsace. Peu peuplée, cette région attire pendant longtemps de nombreux colonisateurs. Lors du partage de la Lotharingie en , l'Ajoie échoit à Louis le Germanique. Peu à peu, des familles de la petite noblesse, dispersées à travers le pays, défrichent des terres incultes et érigent de modestes châteaux. Ce n’est que plus tard qu'elles les agrandissent pour en faire des maisons fortes.

La ville de Porrentruy obtient le statut de ville au grâce à Rodolphe de Habsbourg. Le château devient, quant à lui, la propriété des princes-évêques de la principauté épiscopale de Bâle dès . Le , un incendie ravage le château. Le , le château et la ville sont rattachés à la principauté épiscopale de Bâle avant d’être intégrés, le de l’année suivante, à la seigneurie de Roche-d'Or. Le , le château et la ville sont vendus à la principauté de Montbéliard. Finalement, entre et , le château et la ville sont rachetés par le prince-évêque de Bâle, Jean de Venningen. En , le château est relevé. Le , la Réforme protestante envahit Bâle, et le prince-évêque se voit contraint de se réfugier au château de Porrentruy. Dès lors, le château devient la résidence des princes-évêques.

Le château subit un second incendie le . Cette fois, c’est la chancellerie qui brûle, entraînant la destruction d’une grande partie des archives. Ferdinand impose alors aux sujets et vassaux de la principauté épiscopale de Bâle de déclarer les fiefs et biens qu'ils détiennent de l'Église de Bâle..

En , Jacques-Christophe Blarer de Wartensee est élu prince-évêque. Il entreprend une rénovation complète du château entre et . Il fonde également, à Porrentruy, le Collège des Jésuites et assure la création d’une imprimerie. La ville entre alors dans une ère de prospérité, qui prend fin avec la guerre de Trente Ans, durant laquelle la cité est assiégée et occupée à plusieurs reprises par des troupes diverses. Après la guerre, le château redevient la possession du prince-évêque le .

Le , ce sont les écuries qui brûlent.

En , le prince-évêque Jean-Conrad de Reinach fonde une académie au château.

Durant l’été , sous l’influence de la Révolution française, la région jurassienne, notamment sa partie nord, s’agite. Des émeutes éclatent, et un comité révolutionnaire, appuyé par les corporations de Porrentruy, réclame la convocation des États généraux. Inquiet, le prince-évêque Joseph Sigismond de Roggenbach sollicite l’aide de l’empereur, qui dépêche des troupes autrichiennes au printemps . Celles-ci sont cantonnées à Porrentruy.

Lorsque la France déclare la guerre au roi de Bohême et de Hongrie le , son armée entre dès le dans l’évêché de Bâle. Conformément à l’alliance conclue en avec le prince-évêque, elle prétend repousser les Autrichiens devenus ennemisBernel Arlette, Le droit du Code civil français applicable au Jura bernois, Thèse uni Berne, 1955.. Les troupes françaises occupent alors la partie germanique de la principauté, mais respectent les frontières des bailliages méridionaux, situés sur le territoire de la Confédération.

Entre-temps, le prince-évêque abandonne le château et fuit à Bienne, emportant de nombreux documents, dont une partie finit à Vienne. Les archives restantes demeurent à Porrentruy. Cette fuite sans éclat marque la fin de la principauté épiscopale, bien que Roggenbach conserve encore, du moins sur le papier, le contrôle du sud du territoire.

Le , les révolutionnaires de l’Ajoie prennent possession du château. Dans le sillage de l’armée française, le révolutionnaire jurassien Joseph-Antoine Rengguer s’impose avec ses partisans. Grâce à son autorité et avec l’appui de la France, une Assemblée nationale est convoquée. Le , cette assemblée proclame la déchéance du prince-évêque et la naissance de la République rauracienne. Le , la Convention nationale française accepte l’annexion de ce territoire, qui devient le département du Mont-TerriblePaul-Otto Bessire, Histoire du Jura bernois et de l'ancien Évêché de Bâle, 1935..