Jean-Michel Severino est un dirigeant public et privé, un financier militant social-libéral français, né le à Abidjan, en Côte-d'Ivoire. Depuis 2011, Jean-Michel Severino est le gérant d'Investisseurs et Partenaires (I&P), une « famille » de fonds éthiques consacrés aux PME d'Afrique subsaharienne.

Après quatre années comme inspecteur des finances au ministère de l'Économie et des Finances (1984/1988), il est successivement conseiller technique du ministre de la Coopération Jacques Pelletier, chef du service macroéconomique et directeur du développement au ministère français de la Coopération de 1989 à 1996. De 1996 à 2000, il occupe au sein de la Banque mondiale les postes de directeur pour l'Europe centrale puis de vice-président pour l'Asie. Il est, d’ à , directeur général de l’Agence française de développement (AFD).

Biographie Jeunesse et formations Jean-Michel Severino naît le à Abidjan en Côte d’Ivoire, d’un père franco-italien alors cadre de la Banque internationale pour l'Afrique occidentale. En 1967 sa famille quitte l'Afrique pour s’installer à Nice.

Severino suit un parcours pluridisciplinaire et est diplômé de. : l'École supérieure de commerce de Paris (ESCP) en 1978 ; l’université Panthéon-Assas avec une licence de droit en 1978 ; l’université Paris-Dauphine avec un DEA d’économie en 1979 ; l'Institut d'études politiques de Paris en 1980 ; l'École nationale d'administration (ENA) en 1984Severino est issu de la promotion Louise Michel de l’ENA à l’instar de Pierre Moscovici ministre sous les gouvernements Jospin et Ayrault..

Argentier et « développeur » dans les institutions publiques Ministère de la Coopération (1988-1996) Resté attaché à l'Afrique, Jean-Michel Severino obtient en 1988 son affectation en tant que conseiller technique, dans le cabinet du ministre de la Coopération et du Développement Jacques Pelletier.. Au sein de ce ministère, il est promu en 1990 chef de la coordination géographique. Cette même année se tient le sommet franco-africain de La Baule. Les autorités françaises s'apprêtent à accompagner la démocratisation de l'Afrique francophone. Jean-Michel Severino est très impliqué aux côtés de Jacques Pelletier et d'autres hauts fonctionnaires comme Serge Degallaix dans la gestion de ce complexe processus économique et politique, notamment avec le Bénin. En 1991, Il reçoit en pleine nuit, un appel au secours du fils de Nicéphore Soglo, le vainqueur de l'élection présidentielle organisée au Bénin. Nicéphore Soglo est victime d'un empoisonnement. Jean-Michel Severino obtient que dans la nuit un avion à Cotonou le transporte en France. Sauvé, Soglo est investi président du Bénin.

Jean-Michel Severino a aussi été chargé des opérations macroéconomiques à la Coopération, et à ce titre administrateur des banques centrales de la zone franc. À cette époque, les gouvernements africains et sud-américains connaissent de graves problèmes de finances publiques. Dans un contexte de récession, de fin de Guerre froide et de mise en place de la zone euro à la suite du traité de Maastricht, la France principale bailleur de fonds de la zone franc CFA, décide de « responsabiliser » financièrement son pré-carré africain. Jean-Michel Severino est un des grands artisans de la préparation et de la gestion de la dévaluation de 50 % du franc CFA opérée le , avec : Anne Le Lorier conseillère pour les affaires économiques auprès du Premier ministre ; Georges Serre conseiller Afrique au secrétariat général de la présidence de la République« Le retour des Mitterrand's boys » dans La lettre du continent, n°368, 18 janvier 2001, . ; Christian Noyer directeur du Trésor ; Antoine Pouillieute directeur de cabinet du ministre de la Coopération.

Selon Jean-Michel Severino, la dévaluation du franc CFA a eu des coûts sociaux de court terme mais a permis d'immenses bénéfices à moyen terme en permettant de relancer les économies, de créer de l'emploi et de remettre les pays sur le sentier de la croissance. Jean-Michel Severino estime que « c'était indispensable mais socialement pénalisant et politiquement compliqué à imaginer et à mettre en œuvre ».

Préalablement à cette opération et afin de mieux la préparer, Jean-Michel Severino est promu directeur du développement au ministère de la Coopération.

Banque mondiale (1996-2000) En , Jean-Michel Severino intègre le Groupe Banque mondiale basé à Washington. Il est nommé responsable des activités menées par le Groupe en Europe centrale. Il se consacre tout particulièrement à la Bosnie-Herzégovine, pays profondément affecté par la guerre civile yougoslave. Un an après, il est nommé à la tête de la vice-présidenceLes vice-présidences sont des cellules du Groupe Banque mondiale. Chaque vice-présidence correspond à une région du monde ou à un domaine spécialisé. Chaque vice-président est responsable devant le directeur général voire exceptionnellement devant le président. de la Banque mondiale pour l'aire Extrême-Orient.

L'Asie du Sud-Est connaît alors une croissance forte grâce à des flux d'argent privés étrangers : en 1996 l'afflux net de capitaux est de l'ordre de 100 milliards de dollarsJean-Michel Severino, « Speech Delivered at the International Development Day Event », http://web.worldbank.org/, 15 avril 1999. Les fonds alors annuellement alloués par la Banque mondiale pour l'Extrême-Orient se limitent à 5 milliards de dollars. En , la donne change. La Thaïlande puis toute l'Asie du Sud-Est connaissent une fuite massive de devises : entre et , quelque 115 milliards de dollars au total quittent la Corée du Sud, la Thaïlande, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines. Incapables d'enrayer la panique, se trouvant en manque de liquidités, les États asiatiques obtiennent le soutien financier du Japon, de l'Australie et préalablement celui des institutions de Bretton Woods (le FMI et la Banque mondiale).

En six mois Jean-Michel Severino lève 16 milliards de dollars auprès des bailleurs de la Banque mondiale. D'importants débats sur la bonne politique macro-économique à conduire durant cette période se tiennent, ouvertement avec les prises de positions publiques de Joseph Stiglitz, alors chef économiste de la Banque mondiale, et de manière confidentielle, entre les directions Asie du FMI et la vice-présidence Asie de l'Est de la Banque. Il en résulte une modification marquée des programmes du FMI à partir de 1998. Par ailleurs, Jean-Michel Severino joue un rôle important dans la restructuration du secteur bancaire et industriel ainsi que dans la gestion des conséquences sociales des processus d'ajustement. Jean-Michel Severino institutionnalise cette orientation de la Banque mondiale en 1999 avec le New Social Agenda for East Asia fixant comme priorité le financement de programmes pro-pauvreJean-Michel Severino, « The World Bank and the New Social Agenda for East Asia », http://web.worldbank.org/, 28 juillet 1999.

En , Jean-Michel Severino quitte Washington. Il réintègre la fonction publique française à l'Inspection générale des finances. Il est alors pressenti pour succéder soit : à François Nicoullaud à la tête de la Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID) du ministère des Affaires étrangères« Bras de fer entre les deux Quais pour la Coopération » dans La lettre du continent, , 22 décembre 1999, . ; à Antoine Pouillieute à la tête du Groupe public Agence française de développement (AFD) finançant des actions dans les DOM-TOM et dans les pays en voie de développement« Jean-Michel Severino » dans La Lettre du continent, , 9 décembre 1999, ..

Agence française de développement (2001-2010) Le , Jean-Michel Severino est nommé en Conseil des ministres, à la tête du Groupe Agence française de développement« Le dispositif "africain" du candidat Jospin » dans La Lettre du continent, , 26 avril 2001, . c'est-à-dire : directeur général de l'Agence française de développement, ayant autorité sur les activités menées avec le secteur public ; président du conseil d'administration de Proparco, la filiale de l'AFD chargée des activités élaborées avec le secteur privé ; directeur général de l'IEOM.

Il sera renouvelé deux fois par Jacques Chirac, président de la République, à la tête de l'agence.

Transparence accrue et déliement de l'aide Avec l'arrivée de Jean-Michel Severino à sa tête, le groupe AFD gagne en transparence. Dès 2002, un comité d'audit est mis en placeAFD, Rapport d'activités 2002, Paris, juin 2003, p.4.. Il est chargé de vérifier la véracité des informations fournies, notamment comptables. Les rapports d’activités et les comptes arrêtés annuellement par l’agence à partir de 2002 sont rendus publics et consultables sur le site de l'AFDLes rapports annuels d'activités de l'AFD parus de 2002 à 2010.

Jean-Michel Severino obtient le déliement de l'aide, pour lequel il a milité, au sein du groupe AFD conformément à la volonté émise le par le Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID). Dès lors, le groupe AFD ne peut plus imposer aux maîtres d'ouvrage (entités bénéficiant de l'aide) le choix de la nationalité des maîtres d’œuvre (opérateurs, entrepreneurs), mais contrôle de très près les termes de référence et l'exécution des marchés publics financés par l'agence.

Essor de l'AFD Démultiplication des engagements de l'AFD En six ans, Jean-Michel Severino et son équipe doublent les engagements du groupe à l’international. Si en 2002 le groupe AFD a déboursé 1.65 milliard d'euros, en 2007 le montant des engagements s’est élevé à 3,65 milliards d’euros.

À partir de 2008, à la suite de la crise des subprimes, Jean-Michel Severino propose à l'État un changement stratégique, qui est accepté par ses tutelles. Les conditions d’emprunt pour les pays du Sud sur le marché des capitaux privés se durcissent et leur situation économique vacille. La France, au travers de l'AFD, joue un rôle contra-cyclique. En tant qu'entité publique française, le groupe bénéficie de taux historiquement très faibles et peut mobiliser ses fonds propres. Entre 2008 et 2010, le groupe AFD injecte dans les pays du Sud 17.53 milliards d'eurosSource: Les rapports annuels d'activités de l'AFD parus de 2002 à 2010 ; Le rapport "Système d'information stratégique" publié en 2009"Système d'information stratégique" publié en 2009 ; Le site de l'AFD dans la rubrique "L'AFD en chiffres""L'AFD en chiffres", dans le cadre d'une stratégie qui inclut non seulement des prêts aux États, mais également un accroissement des prêts aux collectivités locales de ces pays, et enfin des soutiens aux entreprises privées et aux banques.

Élargissement de la zone d'intervention À son arrivée à la tête de l'AFD, l'action du groupe est essentiellement concentrée dans les collectivités françaises d'Outre-Mer et en Afrique subsaharienne. Au cours de ses mandats, le champ d'intervention de l'AFD est étendu, tout en maintenant une priorité africaine. Le CICID du autorise Jean-Michel Severino à intervenir dans six nouveaux pays de la Méditerranée (l'Égypte, la Jordanie, la Syrie, la Turquie) et de l'Asie du Sud-Est (la Thaïlande, la Chine). En , il convainc le CICID de la nécessité d'agir dans : l'ensemble des pays africains (sauf la Libye) pour des activités de prêts ; les pays émergents que sont l'Inde, le Brésil, l'Indonésie, le Pakistan pour des prêts non concessionnels ou très faiblement bonifiés afin de contribuer au financement de projets relatifs aux biens publics mondiaux comme la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, la lutte contre les maladies émergentes et transmissibles.