Le Pluvier bronzé (Pluvialis dominica), est une espèce d'Oiseaux limicoles appartenant à la famille des Charadriidae et au genre Pluvialis. Il niche en Alaska et au Canada et migre dans la pampa d'Amérique du Sud pour passer l'hiver.

Le Pluvier bronzé a longtemps été confondu avec le Pluvier fauve (Pluvialis fulva) : les deux espèces se reproduisent dans la même zone en Alaska et se ressemblent beaucoup physiquement, au point qu'elles peuvent être très difficiles à distinguer.

C'est un limicole de taille moyenne dont le plumage change selon la saison. Durant la période de reproduction, le dessous de son plumage est noir profond, avec une bande blanche partant du front jusqu'à la poitrine et le dessus moucheté de doré, de noir et de gris, lui permettant de se fondre dans la végétation de la toundra. Le plumage hivernal est beaucoup moins contrasté, principalement gris, assez pâle sur le dessous et moucheté de noir sur le dessus.

Il est l'un des oiseaux à la migration la plus longue, pouvant parcourir jusqu'à par an, et suit un trajet elliptique : il passe au-dessus de l'océan Atlantique vers le sud et survole les terres vers le nord. Il hiverne entre le sud du Brésil, l'Uruguay et l'Argentine, dans des habitats variés mais principalement dans des grandes prairies pâturées.

Peu farouche en période hivernale, il devient très territorial en période de reproduction, défendant son nid ou fuyant pour éloigner les prédateurs. Les couples sont monogames et les deux parents prennent une part égale à la couvaison. Couvés à même le sol, dans un nid légèrement creusé, les œufs éclosent au bout de 26 à 27 jours, puis les petits prennent leur envol entre 22 et 33 jours.

L'espèce a été victime d'une chasse intensive au , jusqu'à l'adoption de la convention concernant les oiseaux migrateurs en 1918. Sa population décline légèrement selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui classe le Pluvier bronzé en préoccupation mineure. Menacé par l'expansion agricole qui le prive de ses haltes migratoires et d'une partie de son habitat hivernal, ainsi que par des menaces naturelles comme la surabondance des Oies des neiges (Anser caerulescens) et des Renards polaires (Vulpes lagopus) dans sa zone de reproduction, il fait l'objet de plusieurs programmes de surveillance.

Taxonomie vignette|alt=Dessin d'un oiseau au bord de l'eau, avec de la végétation autour de lui, et la légende , Charadrius dominicus.|Illustration d'un Pluvier bronzé publiée en 1895. Le Pluvier bronzé fait partie du genre Pluvialis, qui compte trois autres espèces : le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Pluvier doré (Pluvialis apricaria) et le Pluvier fauve (Pluvialis fulva), tous étant des limicoles de taille moyenne et des grands migrateurs. Il n'a pas de sous-espèce. Son nom binominal est composé de Pluvialis, lié à la pluie, et dominica qui fait référence à l'île d'Hispaniola dans les Caraïbes, aussi appelée Saint-Domingue..

Il est décrit en 1776 par le zoologiste allemand Philipp Ludwig Statius Müller qui le nomme Charadrius dominicus. Il a pour autres anciens synonymes Charadrius dominicanus, Charadrius virginianus ou Pluvialis dominica dominica ..

Il est appelé en anglais et , , ou en espagnol. En français, il est aussi appelé Pluvier doré américain....

Distinction avec le Pluvier fauve Il a longtemps été considéré comme faisant partie d'une seule et même espèce avec le Pluvier fauve (Pluvialis fulva), car ils ont un plumage très similaire et se reproduisent dans la même zone. Néanmoins, dans un article paru en 1983, Peter G. Connors a distingué ces deux espèces en montrant qu'elles ne s'hybrident pas. Le Pluvier fauve et le Pluvier bronzé sont aujourd'hui considérés comme deux espèces distinctes. On estime aujourd'hui que la divergence entre les deux espèces a eu lieu il y a environ , causée par les épisodes de glaciation du Pléistocène..

Description Dimensions et plumage Le Pluvier bronzé est un limicole de taille moyenne, mesurant entre . Il pèse entre , avec une moyenne estimée à . L'aile mesure entre , le bec , le tarse et la queue . Le bec est noir, les yeux brun sombre et les pattes gris ou noir.

Son plumage est très différent selon la période de l'année. Le plumage nuptial, durant la période de reproduction, est noir profond sur le dessous, du front jusqu'à la queue. Le dessus de la tête, le dos, les ailes et le dessus de la queue sont mouchetés de doré, de noir et de gris. Une ligne blanche part du front jusqu'aux côtés du cou, formant une tache blanche de chaque côté de la poitrine.

Vers fin octobre ou novembre a lieu une mue qui laisse apparaître le plumage internuptial (hivernal). Celui-ci est beaucoup moins contrasté : le dessous est pâle, gris sur la poitrine et blanc sur le ventre. Le dessus est gris-brun avec les plumes bordées de jaune pâle ou de blanc. Le sourcil blanc est accentué par une tache sombre à l'avant et à l'arrière de l’œil.

Il n'y a pas de dimorphisme sexuel, mais le mâle est légèrement plus contrasté que la femelle en plumage nuptial. Celle-ci a du blanc mêlé au noir sur la poitrine ou le ventre.

Le plumage des juvéniles est similaire au plumage internuptial, mais avec le dessous plus terne et moucheté de gris et de blanc. Le dessus est nettement tacheté de blanc ou de jaune pâle, le sourcil est plus long et plus blanc.

Voix

Les Pluviers bronzés communiquent entre eux avec plusieurs types de chants, principalement des trilles et des cris d'alarme, composés de sifflements et de cliquetis. Le répertoire des trilles est plus réduit que chez les autres espèces du genre Pluvialis, avec six séquences différentes, mais les cris d'alarme sont plus diversifiés. Les femelles semblent émettre plus de cris d'alarme que les mâles durant la période de couvaison, puis mâles et femelles émettent autant de cris après l'éclosion.

Espèces ressemblantes Le Pluvier bronzé peut être confondu avec les autres espèces du genre Pluvialis, particulièrement le Pluvier fauve (Pluvialis fulva) avec qui il partage une partie de son aire de reproduction. Leurs mensurations sont le meilleur moyen de les différencier : le Pluvier bronzé a les ailes légèrement plus grandes, de en moyenne, ainsi que le bec et le tarse plus courts. Certains individus en plumage internuptial ou en cours de mue peuvent être impossibles à distinguer entre les deux espèces.

Comparé aux autres Pluviers, le Pluvier bronzé en plumage nuptial a le dessous plus noir. En plumage internuptial, il est plus gris que le Pluvier fauve et le Pluvier doré (Pluvialis apricaria).

Distribution et habitat vignette|gauche|Carte de répartition

Migration Le Pluvier bronzé est l'un des oiseaux à la migration la plus longue : il peut parcourir jusqu'à aller-retour pour relier l'Arctique nord-américain à l'Amérique du sud, sa principale région d'hivernage se situant entre le sud du Brésil, l'Uruguay et l'Argentine. Son parcours est elliptique : lors de sa migration vers le sud il passe au-dessus de l'océan Atlantique, et lors de sa migration vers le nord il survole l'Amérique du Nord par les terres.. Il effectue généralement sa migration sans pause, mais peut faire des haltes en cas de vent défavorable, s'arrêtant alors dans des habitats variés : prairies naturelles et agricoles, champs, terrains de golf, aéroports, côtes et berges de cours d'eau, estuaires, bancs de sable et plages..

Il est certainement présent en très petit nombre en Irlande et en Grande-Bretagne. On recense d'autres observations en dehors de son aire de répartition habituelle, mais elles sont sujettes à caution à cause de sa ressemblance avec le Pluvier fauve . Des observations ont été rapportées sur la côte ouest-africaine, à Okinawa, en Nouvelle-Guinée, en Nouvelle-Zélande et en Australie.

Aires de nidification alt=Photographie d'un Pluvier bronzé en plumage nuptial, debout sur un sol d'herbe rase avec quelques fleurs et des rochers en arrière-plan.|vignette|Le Pluvier bronzé se reproduit dans la toundra de l'Alaska et du Canada, ici au Manitoba. Le Pluvier bronzé niche dans les régions arctique et subarctique depuis l'ouest de l'Alaska jusqu'à l'est du Canada. Son aire de reproduction comprend des zones reculées et mal connues, ce qui rend difficile une cartographie exhaustive. Il niche dans la toundra sèche et pierreuse, assez en altitude. Bien qu'il niche à proximité du Pluvier fauve, ce dernier préfère souvent des habitats plus bas et humides, avec moins de pierres.

Au Canada, il est répandu du Manitoba à la Colombie-Britannique, en passant par le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon. Il existerait des populations isolées au cap Henrietta dans la baie d'Hudson. Il est l'un des principaux limicoles nichant sur l'île Bylot, une île montagneuse et glacée avec des rivières fluvioglaciaires abondantes.

En Alaska, on le trouve dans la péninsule de Seward, dans la baie de Norton Sound, le long des cours d'eau Pikmiktalik, Andreafsky et Nushagak, au cap Romanzof près de Hooper Bay et sur l'île Nelson. Il est probablement présent sur l'île Nunivak.

Des observations dans la péninsule Tchouktche, datant de la fin du et du début du , n'ont pas été vérifiées. D'autres observations non confirmées ont été rapportées sur les îles Wrangel et Herald.

Aires d'hivernage alt=Photographie d'un Pluvier bronzé en plumage hivernal debout au bord de l'eau, avec de l'herbe au premier plan.|vignette|Il hiverne en Amérique du Sud, dans les prairies et les zones humides, comme ici à la Rocha, dans le sud-est de l'Uruguay.|gauche Le Pluvier bronzé hiverne principalement dans la pampa d'Amérique du sud : en Argentine (dans les provinces de Córdoba, Mendoza et Buenos Aires), en Uruguay, au Paraguay et au sud du Brésil notamment dans le Rio Grande do Sul. Les départs en migration ont lieu principalement en août, mais les oiseaux n'ayant pas mené leur reproduction à terme partent plus tôt, dès juin ou juillet. Les arrivées en Amérique du Sud s'échelonnent de fin août à novembre. Le Pluvier bronzé emprunte principalement trois voies migratoires en Amérique du Sud : le Brésil central, l'Amazonie centrale ou Pantanal, et l'Amazonie de l'ouest.

Son habitat hivernal est varié : il peut vivre sur des côtes, des lagons, des bancs de sable, des zones humides dans les terres comme des marais d'eau douce ou des berges de réservoirs, des zones agricoles dont des rizières et des champs labourés, mais il affectionne particulièrement les grandes prairies pâturées. La Pampa argentine, région importante de production de bétail, est constituée de grandes prairies rases entretenues par le pâturage des vaches et des moutons. Cet habitat est très propice à l'espèce. La déforestation en Amazonie produit aussi des habitats ouverts appréciés du Pluvier bronzé..

La fidélité au site d'hivernage est inconnue. Certains individus migrent parfois jusqu'en Patagonie. D'autres sont observés occasionnellement au Chili, sur la côte Atlantique des États-Unis et en Amérique centrale . Il s'agit probablement de migrateurs en avance ou en retard par rapport au reste du groupe, ou bien de Pluviers fauves confondus avec des Pluviers bronzés.

Comportement En période hivernale, le Pluvier bronzé peut vivre à proximité d'autres espèces, notamment le Pluvier argenté (Pluvialis squatarola), le Tournepierre à collier (Arenaria interpres) et le Courlis corlieu (Numenus phaeopus).. Les individus erratiques qui hivernent en Europe peuvent se joindre à des groupes de Pluviers dorés (Pluvialis apricaria), mais ils sont souvent plus faciles à approcher que ces derniers.