Le royaume de Roumanie (en roumain : Regatul României) était une monarchie parlementaire, régime politique de la Roumanie de 1881 à 1947.
En tant que principauté vassale de l'Empire ottoman, cette monarchie est issue de l'union des deux « principautés danubiennes », la Valachie et la Moldavie (elles-mêmes vassales des Turcs depuis le ). Son indépendance est reconnue en 1878 : trois ans plus tard, la principauté est érigée en royaume. Celui-ci subit deux dictatures qui abolissent le régime parlementaire : l'une « carliste » de à , l'autre militaire d' à . La monarchie disparaît deux ans et demi après l'entrée du pays dans la sphère d'influence de l'Union soviétique et la mise en place de la dictature communiste pour laisser place à la République populaire roumaine.
Histoire
vignette|gauche|Animation montrant l'évolution des territoires roumains des origines à nos jours.
La Roumanie est un État créé, dans un processus analogue à l'unité italienne, au cours du à l'issue d'une renaissance culturelle et à partir des principautés danubiennes de Moldavie et de Valachie que se disputaient alors l'Empire ottoman (suzerain des deux principautés) et l'Empire russe (qui annexe la Moldavie orientale en 1812).
À ses débuts, la monarchie roumaine fut d'abord élective et autochtone, sous le règne du prince Alexandre Jean Cuza (un boyard moldave) élu en 1859. Mais Cuza, franc-maçon et anticlérical, libère les Roms, accorde aux Juifs de Galicie et de Russie le droit d'immigrer et de commercer, sécularise les immenses domaines appartenant aux monastères, et envisage une réforme agraire. Cela inquiète les boyards conservateurs, qui le déposent en 1866 (il devra s'exiler). L'Assemblée choisit alors d'élire un monarque étranger, qui ne soit ni moldave, ni valaque, la monarchie devant devenir héréditaire selon le modèle occidental. Le choix se porte finalement sur Karl von Hohenzollern (de la branche cadette de Hohenzollern-Sigmaringen), prince pauvre et disponible, prêt à tenter l'aventure, au point de descendre le Danube déguisé en marchand, alors que les Habsbourg, maîtres de l'empire d'Autriche, sont opposés à sa candidature. En 1866, Karl devient ainsi prince régnant de Roumanie (et, à ce titre, vassal du Sultan ottoman), sous le nom de Carol .
L'indépendance du pays est reconnue au congrès de Berlin en 1878, en même temps que celle de la Bulgarie. À la suite de la guerre d'indépendance contre les Ottomans, la Roumanie perd à nouveau le Boudjak mais acquiert 60 % de la Dobrogée (en roumain : Dobrogea, en bulgare : Dobroudja), la Bulgarie recevant 40 %. Sous l'impulsion du Premier ministre Ion Brătianu, la Roumanie devient un royaume, étant couronné roi en . C'est le « Vieux Royaume ».
Le gouvernement de Brătianu, en place jusqu'en 1888, entreprend de moderniser le pays par une politique de grands travaux, établissant routes, ponts, canaux et chemins de fer. Le pays connaît néanmoins des débuts de troubles politiques avec le déclenchement, en 1907, d'une grande révolte des paysans pauvres contre le régime latifundiaireSelon Florin Constantiniu dans Une histoire sincère du peuple roumain, éd. Univers Enciclopedic, Bucarest 2008, il existe trois interprétations historiographiques de la grande révolte paysanne de 1907 : encyclopédique, communiste et nationaliste. Pour la première, il s'agit d'une révolte sociale sans lendemain due à la sécheresse, la faim, l'endettement des paysans et le système latifundiaire d'avant les réformes agraires de 1921-1923. Pour la deuxième, officielle à l'époque communiste, il s'agit d'une pré-révolution prolétarienne spécifiquement dirigée contre le « régime monarchique bourgeois-latifundiaire » (Regimul monarhist burghezo-moșieresc), annonçant le triomphe de la Révolution russe et s'inscrivant dans le « processus d'éveil du prolétariat mondial ». Pour la troisième, que partagent les ultra-nationalistes roumains (par exemple de la Garde de fer) et l'exégèse nationaliste israélienne, il s'agit d'un crime roumain contre les Juifs, qualifié par les pro-roumains antisémites de « sursaut patriotique défensif contre des parasites » et par les anti-roumains de « pogrom », les deux s'accordant pour affirmer que « l'identité roumaine elle-même est pétrie d'antisémitisme ». L'étude des documents d'époque montre que les paysans affamés ont tué des exploitants à bail des grands domaines (arendași) et des usuriers (cǎmǎtari) sans se soucier de leurs origines ou religions, qui étaient diverses, parfois juives en Moldavie, surtout dans le nord, mais pas en Valachie..
gauche|vignette|L'ancien palais royal de Bucarest en 1904.
Le roi Carol conclut avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie une alliance secrète en 1883. Lors de la première guerre balkanique, la Roumanie reste neutre, mais, lors de la deuxième guerre balkanique, elle attaque la Bulgarie et lui enlève la Dobroudja du Sud par le traité de Bucarest, ce qui brouille durablement les deux pays, jusque-là en relations amicales.
Première Guerre mondiale
Au début de la Première Guerre mondiale, le gouvernement roumain s'oppose à Carol et refuse de faire jouer l'alliance avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie. Le roi meurt quelques semaines plus tard, et son neveu Ferdinand lui succède. Ion I. C. Brătianu, chef du gouvernement, proclame d'abord la neutralité du Royaume, avant d'entamer des négociations qui aboutissent en 1916 au ralliement à l'Entente, les Alliés ayant promis à Brătianu la Transylvanie et la Bucovine (régions de l'Autriche-Hongrie à majorité roumanophone) comme prix du ralliement des Roumains.
Le , la Roumanie déclare la guerre à la seule Autriche-Hongrie, mais par le jeu des alliances, l'Allemagne et la Turquie déclarent la guerre à la Roumanie. Celle-ci est défaite militairement en trois mois. L'armée allemande occupe Bucarest le . De leur côté, les Bulgares occupent la Dobrogée. La révolution russe prive la Roumanie du soutien de l'Empire russe, et la laisse dans une situation sans issue : le , elle doit conclure un armistice séparé avec les Empires centraux, le traité de Bucarest de 1918 l'amputant d'une partie de son territoire (notamment de la moitié sud de la Dobrogée, qui devient bulgare). En revanche, l'union, le , entre la Roumanie et la première république de Moldavie (proclamée le et indépendante le ) permet au royaume de Roumanie de sortir de sa défaite agrandi, mais ruiné et en proie à une épidémie de typhus.
Le royaume reçoit, toutefois, l'aide logistique de l'Entente, et notamment de la France, par l'entremise de la mission Berthelot puis de l'armée française du Danube, et, le , il dénonce le traité et repart en guerre contre les empires centraux, bénéficiant finalement de la victoire des Alliés.
Entre-deux-guerres vignette|Évolution des frontières du Royaume depuis 1881. vignette|La « Grande Roumanie » de 1918.
Tête de pont de l'Entente dans la lutte contre l'Union soviétique à l'est de l'Europe
Au printemps 1919, les Bolcheviks russes à l'est et le gouvernement communiste hongrois de Béla Kun à l'ouest, engagent les hostilités contre la Roumanie. Soutenues et encadrées par la mission Berthelot et l'armée française du Danube, les troupes roumaines, malgré quelques mutineries, repoussent les bolchéviks en UkraineRobert Philippot, article "Roumanie" in "Encyclopedia Universalis", édition 2002 et pénètrent en Hongrie, où elles occupent bientôt Budapest, entraînant la fin du régime de Béla KunBien qu'il n'y ait eu ni déclaration de guerre, ni opérations militaires avant avril 1919 et après août 1919, une partie de l'historiographie nationaliste hongroise et, à sa suite, internationale, présente la Guerre_hungaro-roumaine_de_1919 comme remontant à la fin 1918 et se prolongeant jusqu'en 1920, comme s'il s'agissait d'une guerre nationale entre la Hongrie et la Roumanie ayant pour principal enjeu l'appartenance de la Transylvanie à la « Grande_Hongrie » ou à la « Grande Roumanie », tandis que l'historiographie roumaine présente le laps de temps allant de l'union De_facto des Roumains transylvains à la Roumanie () jusqu'au Traité_de_Trianon De_jure (1920) comme une « période de collaboration hungaro-roumaine » : une « commission mixte hungaro-roumaine » a en effet administré la Transylvanie, présidée par les ministres hongrois Oskar_Jász et roumain Alexandru_Averescu, et une partie de l'aristocratie magyare offrit la couronne hongroise à Ferdinand , préférant une union personnelle entre la Grande_Hongrie et la Roumanie dans leurs frontières de 1918, plutôt qu'un rattachement pur et simple à la Roumanie des territoires austro-hongrois à majorité roumanophone (tel qu'il fut consacré par le Traité_de_Trianon) : lire Michel Sturdza, ancien ministre des affaires étrangères de Roumanie, The Suicide of Europe, Western Islands Publishers 1968, , Belmont, Massachusetts, Library of Congress Catalog Card Number 68-58284. Printed in the United States of America. En fait la guerre d'avril-août 1919 est une intervention militaire opposant au gouvernement bolchévik de Béla Kun une coalition anti-communiste comprenant l'armée roumaine principalement, mais aussi des troupes tchécoslovaques, serbes, françaises et le gouvernement contre-révolutionnaire de Gyula_Károlyi : lire József Breit : Hungarian Revolutionary Movements of 1918-19 and the History of the Red War, Vol. I : Main Events of the Károlyi Era, Budapest 1929, ..
La défaite des empires centraux et l'effondrement de l'Empire russe permettent aux roumanophones de Bessarabie, de Bucovine, de Transylvanie et de la moitié orientale du Banat de proclamer en 1918 leur union avec la Roumanie, union qui sera reconnue par les traités de Saint-Germain-en-Laye en 1919 et de Trianon en 1920 : c'est la « Grande Roumanie », dont la population est de d'habitants (dont de Roumains) contre pour le « Vieux Royaume » d'avant-guerre.
Unité des roumanophones et démocratie parlementaire Après la Première Guerre mondiale, la réforme agraire et les réformes démocratiques des années 1921-1923 consacrent l'émergence d'une démocratie parlementaire où beaucoup reste à faire, mais où le vote n'est plus censitaire, où les femmes votent (vingt-deux ans avant les Françaises) et où la citoyenneté n'est plus conditionnée par la religion ou la langue maternelle : un quart de la population est constitué de minorités, notamment magyares, allemandes, juives et tsiganesFlorin Constantiniu, Une histoire sincère du peuple roumain, Bucarest, ed. Univers Enciclopedic, 2002, 561 p.. Les Britanniques et les Français investissent, et les débuts de l'exploitation du pétrole et de l'industrialisation offrent à la Roumanie une situation économique relativement florissante (du moins par rapport aux pays voisins). La Grande Roumanie constitue un « point d'appui impérialiste à abattre » pour l'Union soviétique, qui ne reconnaît pas l'union entre le Royaume et la république de Moldavie de 1918 mais, malgré tout, des relations diplomatiques sont établies en 1924. En Transylvanie et dans le Banat, le royaume doit gérer le problème des minorités hongroises et saxonnes (en majorité aristocratiques, bourgeoises, citadines et cultivées au milieu des masses paysannes roumaines, qui bénéficient de la réforme agraire, d'où des tensions sociales et ethniques). La naturalisation des Juifs originaires de Galicie et de Russie, parlant allemand, yiddish ou russe (non-roumanophones), déplaît aux cercles conservateurs chrétiens et/ou nationalistes : la politique roumaine dans l'entre-deux-guerres est essentiellement guidée par la recherche du constitutionnel et territorial, face aux revendications des minorités, des nationalistes, et des pays voisins comme la Hongrie, la Bulgarie et l'URSS.