vignette|Slogan anticapitaliste« Kapitalismus normiert, zerstört, tötet » (Le capitalisme impose ses normes, détruit, tue) sur un immeuble de Prenzlauer Berg à Berlin.
L'anticapitalisme regroupe un ensemble de mouvements qui s'opposent au capitalisme. Les aspects visés diffèrent selon les conceptions et peuvent notamment concerner, sans y être limités, le profit et l'importance de l'argent, la spéculation, le salariat, la concurrence économique, la propriété privée des moyens de production, les effets considérés comme des effets néfastes du capitalisme sur la société telles les inégalités économiques et sociales qu'il entraîne et la considération de son consécutive, la course d'accumulation induite et ses conséquences pour l'environnement, ou les formes sociales de base du capitalisme.
Un spectre politique large et très divers s'est réclamé ou se réclame de l'anticapitalismeMichel Lequenne, Le trotskisme, une histoire sans fard, Syllepse, 2005, p. 333Alain Bihr, Le spectre de l'extrême droite. Les français dans le miroir du front national, Éditions de l'Atelier, 1998, p. 157Sylvain Crépon, Le Tournant anti-capitaliste du Front National. Retour sur un renouveau idéologique des années 1990, blog Fragments sur les temps présents, 25 avril 2010. En effet, on retrouve aussi bien des courants politiques anticapitalistes à gauche qu'à droite.
Historique succinct Les idées anticapitalistes se sont développées de pair avec l'essor du système capitaliste.
L'anticapitalisme socialiste naît dans les années 1840Publication du Manifeste du Parti communiste en février 1848Analyse historienne de Karl Marx de la Révolution française de 1848 disponible en ligne.. Porté par une classe ouvrière démographiquement croissante et pauvre, il se développera plus tard au sein de l'Association internationale des travailleurs (AIT, 1864-1872), dont il est le principal courant. L'AIT déclare que . Elle ajoute que ..
Au lendemain de l'écrasement militaire de la Commune de Paris en 1871, c'est la scission entre « marxistes » et « anarchistes » autour de la méthode pour abolir le capitalisme : les « marxistes » estiment nécessaire de participer aux élections, alors que les « anarchistes » prônent l'abstention. Ces courants sont par contre d'accord sur la nécessité d'une action des exploités eux-mêmes, par une révolution sociale, ainsi que sur l'internationalisme et la lutte contre la société divisée en classes sociales (pour une société sans classe).
Jusqu'en 1917, les marxistes étaient souvent dénommés « collectivistes » ou « socialistes ».
Aujourd'hui, l'anticapitalisme est divisé en trois grands courants : Les marxistes (communistes et socialistes révolutionnaires), dont certains se présentent aux élections. Les écologistes radicaux (altermondialistes, écologistes sociaux et objecteurs de croissance), qui choisissent souvent de se présenter aux élections aux côtés des marxistes. Les anarchistes qui refusent de se présenter aux élections, et prônent le plus souvent l'abstention.
Courants se réclamant de l'anticapitalisme Anarchisme
Les anarchistes, nombreux à participer à l'insurrection de la Commune de Paris de 1871, s'investissent par la suite pour une partie dans l'anarcho-syndicalisme, et une autre dans l'anarcho-communismeNicolas Inghels, « Approche épistémologique de l'anarchisme. Petite contribution à l'étude du mouvement anarchiste ». Ils sont au premier plan de la création de la CGT en France et de celle des Industrial Workers of the World dans les années 1910 et 1920 aux États-Unis. Ils jouent un rôle de premier plan avec la CNT en Catalogne aux côtés du POUM (communistes antistaliniens), contre le Parti communiste d'Espagne (sous la tutelle de Staline) lors de la révolution espagnole de 1936-1937. Ils furent aussi actifs pendant la Révolution russe de 1917.
Par la suite, l'anarchisme en tant que mouvement organisé a perdu une grande partie de son influence mais parvient à la fin du à subsisterVoir Vivien García, L'Anarchisme aujourd'hui, L'Harmattan, 2007..
Marxisme
Karl Marx consacre plusieurs décennies à étudier et expliquer le fonctionnement, l'histoire et le développement du mode de production capitaliste. Son plus célèbre ouvrage sur ce sujet est Le Capital dont le livre premier est publié en 1867Le Capital, 1867-1894. Lire en ligne. Marx arrive à la conclusion que le capitalisme est un système profondément et par nature inégalitaire, qui contraint les êtres humains à l'aliénation et à la lutte fratricide, qui doit donc être aboli. vignette|221x221px|Anton Pannekoek, penseur marxiste du communisme de conseils (ou "conseillisme"), opposé au léninisme. Les marxistes participent à la fondation et au développement des partis socialistes qu'ils regroupent en 1889 au sein de la Deuxième Internationale. Cette dernière explose à la suite de l'éclatement de la Première Guerre mondiale en 1914. Seule une minorité s'oppose à la guerre et maintient des liens internationaux au cours des conférences de Kiental et de Zimmerwald en Suisse. C'est notamment sur la question de la guerre qu'éclate la Révolution russe en 1917, qui aboutit, après un processus de révolution permanente long de huit mois, à la prise du pouvoir par les bolcheviks. Les divisions apparues lors de la Première Guerre mondiale et les différentes attitudes vis-à-vis de la révolution russe font partie des causes du fractionnement du marxisme en de nombreux courants, aux orientations très différentes : réformisme, léninisme, luxemburgisme, conseillisme, etc.
École de Krisis À la suite des interprétations du « marxisme hétérodoxe » (ou dit marxisme occidentalVoir par exemple Sur le marxisme occidental, Pierre Souyri, 1979.), un nouveau courant théorique distinct de l'ensemble des marxismes, apparaît au tournant des années 1986-1987, d'abord en Allemagne (groupe Krisis), quand dans des versions peu différentes et chez plusieurs auteurs à différents endroits du monde, on voit la publication de nouvelles thèses assez proches dans leurs résultats.
Cette critique du capitalisme se fait non pas du point de vue du travail mais plutôt de la possibilité de son abolition. C'est une critique aussi bien du mode de distribution que du mode de production capitaliste en partant de l'analyse des catégories finalement reconnues comme historiquement spécifiques au capitalisme et que sont la valeur, la marchandise, l'argent, le travail, le capital. La critique est dite alors radicale, car elle analyse de façon approfondie les catégories qui sont à la base (à la racine) de la socialisation, de nous tous, dans le capitalisme. Elle est dite aussi pour cela, « critique catégorielle ».
Syndicalisme révolutionnaire Le syndicalisme révolutionnaire s'oppose au capitalisme directement sur le lieu de travail, et souhaite Charte d'Amiens, 1906.. Les syndicalistes révolutionnaires désirent, pour la plupart, remplacer le capitalisme par le socialisme autogestionnaire.
Écologie radicale
Certains courants de l'écologie politique sont partisans de la , puisqu'ils l'estiment incompatible avec la protection de l'environnement. André Gorz et Jean Zin en sont les auteurs les plus notables.
Une partie d'entre eux se réclament de l'écosocialisme. Depuis peu le mouvement des objecteurs de croissance (et les décroissants) remettent eux aussi en cause le capitalisme qu'ils jugent trop productiviste. En France ils sont représentés par l'Association d'objecteurs de croissance (ADOC) regroupant le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC) et le Parti pour la décroissance (PPLD). De plus certains altermondialistes radicaux (souvent proches des partis communistes ou d'extrême gauche) se réclament anticapitalistes. Même si au départ les altermondialistes ne remettent pas en cause la propriété privée,
Courants critiques vis-à-vis du capitalisme vignette|La Pyramide du Système Capitaliste (1911)
Certains courants chrétiens Si les mouvements chrétiens sont généralement réfractaires à l'idée de révolution, et si la lutte contre les idéologies leur a paru plus urgente au cours des derniers siècles, il n'en reste pas moins que certaines traditions chrétiennes s'opposent au capitalisme.
Le philosophe Luc Ferry écrit ainsi : Luc Ferry, « Sur la religion catholique », Le Figaro, 23 août 2012, p. 19..
Il s'est développé en Amérique latine un courant de chrétiens « communistes » ayant élaboré ce qui est appelé théologie de la libération. Ce courant a été condamné par le Vatican sous Jean-Paul II considérant qu'elle est incompatible avec le dogme de l'Église catholique romaine.
En France, le philosophe chrétien Emmanuel Mounier et son personnalisme rejoignent également l'anticapitalisme. Il écrivait ainsi dans la revue Esprit en : Esprit, , juin 1935, (repris in Œuvres, tome 4, Paris 1963, ). Le personnalisme chrétien de Mounier se réclame anticapitaliste, critiquant ce qu'il estime être une assimilation de l'être à l'avoir. Dans Trois tentations dans l’Église, l'historien Alain Besançon décrit, en s'y opposant, les sympathies anticapitalistes d'une partie de la hiérarchie catholique françaiseAlain Besançon, Trois tentations dans l’Église, Calmann-Lévy, 1996, 226 p..
Dans la première moitié du , Etienne Cabet est un autre représentant de l'anticapitalisme chrétien, qui rejoint le communisme sur de nombreux points, mais pas sur ses prémissesÉtienne Cabet in Encyclopedia Universalis, édition 2002. Pour Cabet, supprimer la propriété et instaurer une société qui revienne à un supposé communisme primitif, c'est revenir au seul vrai christianisme, corrompu par l’Église catholique. Il propose un système fondé sur la propriété collective, la suppression de la monnaie et le principe « À chacun suivant ses besoins. De chacun suivant ses forces ». L'individualisme est combattu, comme la recherche de la liberté : « la passion aveugle pour la liberté est une erreur, un vice, un mal grave ». Ainsi, pour des raisons différentes des marxistes, Cabet entend revenir à la vraie foi : « Le communisme, c’est le Christianisme […] c’est le Christianisme dans sa pureté, avant qu’il ait été dénaturé par le Catholicisme » (in Le vrai christianisme)Étienne Cabet, Le vrai Christianisme suivant Jésus-Christ, 1846, Chap. XVIII : Le communisme, c’est le Christianisme, .
Sans aller jusqu'à une opposition franche au capitalisme, Bernard Perret s'interroge sur le fait que le capitalisme soit durableBernard Perret, Le capitalisme est-il durable ?, 2008.
Les premières communautés chrétiennes ont été en outre souvent interprétées comme des ébauches de communautés communistes..
Conservatisme et nationalisme Parmi les différents courants de la droite au , la droite , aussi appelée , se méfie de la , et de la morale du profit, incompatible avec les valeurs traditionnellesMichel Winock, La Droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012, .
Parmi ces légitimistes, nombreux sont ceux qui œuvrent à l'élaboration d'un , mouvement cherchant à aider les ouvriers, avec toutefois un certain paternalisme. Parmi ces hommes politiques, La Tour du Pin et Albert de Mun en sont des exemples.
L'historien français Michel Winock note que de même au , cette droite , opposée aux autres droites comme celle de Charles de Gaulle, ou de Valéry Giscard d'Estaing se caractérise par la xénophobie, le nationalisme, l'antisémitisme et l'anticapitalismeMichel Winock, La Droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012, .
Notamment sous l'influence des traditions religieuses, l'aile traditionaliste de l'extrême droite peut voir l'argent comme malsain et corrupteur des valeurs morales ; par exemple, le maréchal Pétain déclarait à propos de l'argent : Michel Winock, La Droite, hier et aujourd'hui, Perrin, 2012, .
Pour certains, comme Édouard Drumont, cette rhétorique s'accompagne également d'un discours antisémiteÉdouard Drumont stigmatisait les « marchands juifs ambulants » (cf. Zeev Sternhell, La droite révolutionnaire: 1885-1914 : les origines françaises du fascisme, Éditions du Seuil, 1978, ).