Un kayak, ou parfois kayac« Kayac » est une forme peu usitée, connue notamment des joueurs de Scrabble : « Kayac » dans le Dico de FunMeninges. (du , issu de l'inuktitut , ), est un type de pirogue légère. utilisant une pagaie pour le propulser, le diriger et l'équilibrer.
À l'origine, le kayak est inuit (arctique), confectionné avec des membrures ployées, bordées et pontées de peaux, et manœuvré à l'aide d'une pagaie simple ou double.
Aujourd'hui, un kayak est réalisé en toile imperméable, matériaux synthétique ou pneumatique et manœuvré avec une pagaie doubleD'après l'ethnologue canadien D. W. Zimmerly, les deux types de pagaies (simple et double) étaient historiquement utilisés indifféremment, sauf entre le nord de l'Alaska et le Groenland, où l'on n'utilisait que la pagaie double. La Construction des kayaks, Chasse-marée, janvier 1989, n39, p.29.. À la différence du canoë ou canot, le kayak se pratique à la pagaie double en position assise. Certaines formes modernes comportent toujours un trou appelé hiloire servant à entrer dans le bateau.
Le kayak est parfois confondu avec le canoë, un type d'embarcation distinct, la pratique sportive étant désignée par le terme général « canoë-kayak ». La construction et la pratique contemporaines distinguent notamment le kayak de rivière (eaux vives), le kayak de vitesse en eaux calmes (course en ligne) et le kayak de mer.
Origine et histoire
Les kayaks ont été élaborés par les peuples autochtones des régions arctiques (Inuits), qui utilisaient ces canots pour la pêche et la chasse sur les côtes de l'océan Arctique, l'Atlantique Nord, la Mer de Béring et le Pacifique Nord. Les kayaks sont vieux d'au moins ans., d'après les plus vieux kayaks conservés au Musée d'ethnologie de Munich.
La plupart des peuples Inuits, des îles Aléoutiennes jusqu'au Groenland, s'appuyait sur le kayak pour la chasse de proies variées — principalement des phoques, mais aussi des baleines, des ours et des caribous dans certains territoires.
Formes traditionnelles
Selon les époques, les régions et les usages, les embarcations évoluent. Les kayaks traditionnels peuvent par exemple être distingués en plusieurs types : le baidarka ou kayak aléoute, en mer d'Alaska et aux iles Aléoutiennes. Il présente l'architecture la plus ancienne, avec une forme arrondie et de nombreux bouchains. Avec un cockpit double ou triple, il était destiné à la chasse et au transport de passagers ou de marchandises ;
Le qajaq : Le qajaq du Groenland Ouest, avec une forme plus angulaire et moins de bouchains, ayant des plats-bords débutant à la proue et la poupe, Le qajaq du Groenland Est, qui ressemble au Groenland Ouest, mais s'intègre souvent plus étroitement avec le pagayeur et possède un angle plus raide entre le plat-bord et la tige, ce qui confère une meilleure maniabilité.
Construction traditionnelle thumb|left|Structure d'un kayak groenlandais traditionnel.
Les premiers kayaks ont été construits à partir de peaux de phoque (parfois d'autres mammifères marins) cousues et tendues sur une structure en bois. Les peaux étaient lavées, trempées (urine fermentée) et épilées par les femmes, avant d'être cousues. Les coutures étaient enduites de graisse de phoque pour assurer une meilleure étanchéité. Le bois était généralement du bois flotté, puisque beaucoup de leurs territoires étaient dépourvus d'arbres. Les éléments de la structure étaient traditionnellement fixés par des assemblages, des chevilles de bois et des liens en cuir.
Les constructeurs autochtones concevaient et construisaient leurs bateaux en combinant leur expérience et les savoirs traditionnels transmis oralement. Le mot kayak signifie « bateau de l'homme » ou « bateau de chasseur » ; le kayak était une embarcation personnelle, construite par et pour le chasseur qui l'utilisait (avec l'aide de sa femme, qui cousait les peaux), et ajustée à sa taille pour un maximum de manœuvrabilité.
Le constructeur utilisait un système de mesure personnel pour créer un kayak à la mesure de son propre corps. Par exemple, la longueur du kayak était en général égale à trois fois l'écartement de ses bras tendus. La largeur au niveau du poste de pilotage était la largeur des hanches du constructeur additionnée à deux poings (parfois moins). La profondeur typique était d'un poing tendu, plus un pouce tendu. Ainsi, les dimensions typiques étaient d'environ 5,2 m de longueur, 51-56 cm de largeur, 18 cm de profondeur. Ce système de mesure personnalisé a confondu les premiers explorateurs européens qui ont essayé de reproduire le kayak, car chaque kayak était un peu différent. Les dimensions du kayak variaient en fonction de son utilisateur, mais surtout en fonction de ses usages ; il peut être long et stable pour naviguer sur l'eau libre de glace, ou bien léger, court et maniable pour la banquise morceléePaul-Émile Victor, Joelle Robert-Lamblin, La Civilisation du phoque : Jeux, gestes et techniques des Eskimo d’Ammassalik, Armand Colin, 1989..
Équipement traditionnel Le tuilik était un anorak imperméable à capuche, resserré aux manches et autour du visage, et fixé de manière étanche autour du trou d'homme du kayak (hiloire). Un tablier imperméable (agivilisaq, ancêtre de la jupe moderne) était fixé autour de l'hiloire et autour du buste et remonté jusqu'au bas des aisselles. Ces deux types d'équipement permettaient de créer un joint étanche entre le buste de l'homme et son embarcation. Cela permettait l'esquimautage, une technique pour récupérer sa posture initiale après le retournement du kayak, alors que peu d'individus pouvaient nager, leurs eaux étant trop froides pour qu'un nageur survive longtemps.
Les pagaies pouvaient être simples ou doubles, elles étaient fabriquées en bois avec parfois des renforts en os ou en ivoire aux extrémités. La pagaie groenlandaise est double (deux pales), plus longue et fine qu'une pagaie européenne contemporaine, et s'avère plus maniable dans le vent fort.
Le pont du kayak était également équipé de tous les outils et armes nécessaires à la chasse : couteaux, planchette-support à pagaie, stylet (pour achever le phoque), bouche-plaies, harpons pour la chasse aux mammifères marins, lances pour la chasse aux oiseaux, propulseur de harpon (norsaq, également outil de secours pour l'esquimautage), pièces bouche-trou (peau, pour réparer), flotteur (peau de phoque gonflée), courroies de remorquage, porte-lanière (support circulaire permettant le déroulage des lanières de cuir reliant flotteur et pointe de harpon). À la fin du apparaissent les supports à fusil (maintien au sec et tir) et les écrans de tir (camouflage).. Ces éléments étaient fixés sur le pont au moyen de lanières de cuir resserrées par de petits éléments en os ou en ivoire.
Abandon du kayak traditionnel
Les contacts avec les Européens impliquèrent graduellement des changements de vie chez les peuples autochtones. Dès le / (?), certains Inuits commencent à acheter auprès des marchands scandinaves le bois nécessaire à la confection des kayaks. Au fil des siècles, les constructions des kayaks perdent en diversité et en décorations. Puis vient l'usage de clous, cordes en nylon et plaques de métal. Les anthropologues notent en 1968 que certains kayaks sont construits entièrement en contreplaquéJoelle Robert, 1970..
« Malgré l'extrême habileté des chasseurs de cette région [Ammassalik], les accidents de kayaks étaient, au début du siècle, une des plus fréquentes causes de mortalité masculine. » — Paul-Émile Victor
Vers 1900, l'explorateur Knud Rasmussen remarque que certaines tribus en contact avec les baleiniers depuis les années 1860 ont abandonné le kayak et la chasse aux mammifères marins, pour se consacrer à la chasse à la baleine avec des techniques modernesM. Bachim, 1924.. À partir des années 1960, les Inuits du Groenland s'équipent graduellement de bateaux à moteur (bien que le phoque fuie ce bruit), et abandonnent les kayaks et umiaks. De même, la sédentarisation des populations implique dans certaines régions l'abandon de la chasse en kayak, très dangereuse, au profit d'autres techniques de chasse (filets). Enfin, beaucoup de jeunes ne veulent plus se consacrer aux activités de chasse, et délaissent donc l'apprentissage du kayak.
Aujourd'hui la culture traditionnelle du kayak a été abandonnée ou oubliée par de nombreux peuples de l'Arctique. Les pères ne l'enseignent plus à leurs enfants depuis les années 1960, et le kayak n'est qu'une discipline facultative dans l'enseignement scolaire. Depuis une dizaine d'années, quelques initiatives de kayakistes américains ou européens visent à faire découvrir aux nouvelles générations inuites la pratique du kayak.
Pratique récréative du kayak moderne
La pratique récréative du kayak débute très lentement au en Europe et en Amérique du Nord, peut-être en raison d'une difficulté de construction.
À partir des années 1970, avec les premiers kayaks fermés en plastique rotomoulé, cette embarcation commence à avoir un net succès, notamment en France. Bien que le kayak traditionnel fût destiné à la navigation en mer, les constructions modernes et la pratique du kayak à cette époque sont essentiellement destinées à la navigation en eau vive. Le kayak, embarcation solide, courte et pontée, permet une navigation dans des rivières jusqu'alors inaccessibles aux barques et canoës. Cette pratique plus extrême attire les jeunes pratiquants. De même sur les lacs et rivières calmes, le kayak séduit les débutants car il s'avère plus maniable, plus léger et moins couteux que le canoë, et il permet la pratique en soloGérard Richez et Josy Richez Battesti, « Les composantes patrimoniales du canoë récréatif au Canada », dans Norois, n° 199, 2006, consulter en ligne..
À partir des années 1990 débute un engouement pour le kayak de mer, qui ouvre une nouvelle pratique du kayak loisir et propose une découverte facile de la navigation et de l'espace marins.
Principes et formes Le kayak est un moyen de transport. Selon son utilisation, il peut être long ou court, large ou étroit. Par exemple, pour la pratique du kayak de haute rivière, il est nécessaire d'utiliser un bateau court et assez large pour permettre au pagayeur d'éviter rapidement les obstacles d'une rivière (pleureurs, syphons, rappels, etc.). On appelle ce genre d'embarcation « kayak manœuvrier ». À l'inverse, pour la pratique en mer par exemple, il est nécessaire d'utiliser un kayak très long (environ 5 m) et très étroit. Cela permet au pagayeur de parcourir de longues distances assez rapidement. Ce genre d'embarcation est appelé « kayak directeur ». En conséquence, ses formes divergent selon la pratique : Slalom : longueur ≃ 3 m ; largeur ≃ 65 cm ; Descente : longueur ≃ 4 m ; largeur ≃ 55 cm ; Freestyle : longueur ≃ 1,15 m ; largeur ≃ 80 cm ; Course en ligne : longueur ≃ 5 m ; largeur ≃ 40 cm.
Matériaux et constructions modernes Le kayak polaire de chasse a inspiré la construction de kayaks qui naviguent sous toutes les latitudes et dans toutes les eaux salées ou douces du monde. Il en existe en toile imperméabilisée tendue sur ossature rigide éventuellement démontable, en contreplaqué de bois ou en stratifié de diverses résines et matières plastiques actuelles. Les formes se sont diversifiées pour s'adapter à de nombreuses spécialités sportives, de jeux aquatiques et de loisirs.