Le camp du Vernet est un camp d'internement français situé dans la commune du Vernet en Ariège, sur le bord de la route Nationale 20, au nord de Pamiers. Il a été construit à partir de pour recevoir des troupes coloniales. À la fin de la Première Guerre mondiale, il est transformé en camp pour prisonniers allemands et autrichiens. Puis, de février à , il servira à interner les républicains espagnols lors de la Retirada après leur défaite dans la guerre civile espagnole. Dès 1939 (avant le régime de Vichy ) et jusqu'en 1944, sous commandement français puis allemand, il a servi à interner , notamment les étrangers (dont des républicains espagnols), les juifs et les communistes. Il a finalement été fermé en .

Historique Un camp d'internement pour les étrangers vignette|gauche|Reconstitution du camp en maquette. Le camp du Vernet sert à regrouper les espagnols et d'autres étrangers de la Division Durruti dès 1939, après la défaite de la République espagnole. Puis, à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, (donc avant le régime de Vichy) les étrangers dits « indésirables », dont des membres du Parti communiste d'Allemagne (KPD) et du Parti communiste d'Autriche (KPÖ), des anarchistes et des intellectuels antifascistes. Il s'agissait donc d'un camp particulièrement sévère qui servait au regroupement des populations jugées les plus dangereuses, indisciplinées ou déloyales, comme ces opposants politiques ou les travailleurs les moins obéissants des Compagnies de Travailleurs Etrangers (CTE).

Les membres des Brigades internationales sont internés au Vernet dans des conditions terribles décrites entre autres par l’écrivain Arthur Koestler, lui-même interné au Vernet d' à , dans son ouvrage La Lie de la terreSite telerama.fr, « On peut aujourd'hui grimper dans le wagon. Entendre les portes crisser. Étouffer de chaleur par une matinée d'été », dans Au camp du Vernet, où l'État français internait « la lie de la terre », article publié le lire (consulté le 13 novembre 2011).. Peter Nádas dont l’oncle, communiste hongrois, y a été interné, en fait une longue description dans son ouvrage Ce qui luit dans les ténèbres

Camp d'internement pour les Juifs À partir de 1942, il sert aussi de camp de transit pour les Juifs arrêtés dans la région par l'administration de Vichy dans un premier temps puis, par les Allemands à compter de , après qu'ils ont envahi la zone libre.

Évacuation du camp fin juin 1944 Le , le landesschutzen bataillon de la Wehrmacht prend le commandement du camp.. Le 30, les encore présents sont évacués par bus et camions et internés à Toulouse. Ils sont déportés quelques jours plus tard vers le camp de Dachau depuis la gare de Raynal par le (ce train porte ce nom car il mettra près de 2 mois à atteindre Dachau).

Au total environ de ont été internées dans ce camp, principalement des hommes, mais aussi des femmes et des enfants (ou de 58 nations différentes entre 1939 et 1945, d’après Peter Nádas, op. cit. p.730).

Lieux de mémoire Les bâtiments du camp n'existent plus, à l'exception de deux piliers de la porte d'entrée, d'un château d'eau et des maisons des gardiens (baraquements) situés de l'autre côté de la route. L'ancienne gare du camp se situe au bord de la route nationale 20 au nord de PamiersSite cheminsdememoire.gouv.fr, Camp d'Internement du Vernet-d'Ariège (09) (consulté le 13 novembre 2011). où se trouve un ancien wagon de train, identique à ceux qui ont transporté les internés aux camps d'extermination. À l'intérieur, une plaque identifie une quarantaine d'enfants juifs, âgés de 2 à , qui ont été déportés du Vernet à Auschwitz le .

vignette|gauche|Cimetière mémorial. Au village du Vernet, un musée est consacré au campSite cheminsdememoire.gouv.fr, Musée du souvenir du Camp de Vernet Mairie (09) lire (consulté le 13 novembre 2011)..

Dans le cimetière du camp, situé sur la commune de Saverdun, sont présentes des tombes d'internés décédés dans le camp, ainsi que différentes stèles rendant hommage aux internés et qui illustrent la coexistence de différentes mémoires, en particulier celle des internés par mesure de répression (stèle aux antifascistes et stèle aux « Résistants européens ») et celle des internés par mesure de persécution (stèle de l'Union des étudiants juifs de France et plaques de déportés). Un espace de mémoire comportant les panneaux de toutes les nationalités a été aménagé devant l'entrée du cimetière.

Les vestiges du camp et le cimetière sont protégés au titre des monuments historiques par décret du .

Par ailleurs, l'Amicale des Anciens internés politiques et résistants du camp de concentration du Vernet d'Ariège a œuvré pour la création du Musée du camp du Vernet et effectue des recherches historiques, organise des conférences et des expositions..

Camp de concentration ou camp d'internement ? Il existe un débat historiographique sur l'utilisation de l'expression « camp de concentration », que la majorité des historiens français de la Shoah voudraient voir limitée aux camps allemands. Par exemple Annette Wieviorka, dans un article de la revue Vingtième Siècle de 1997, écrit :

L'Amicale du Vernet a pris nettement position dans l'autre sens, considérant qu'un grand nombre de documents d'archives utilisent l'expression « camp de concentration » pour le camp du Vernet.

Personnalités ayant été internées au camp vignette|redresse|Plaque commémorative.

Parmi les personnalités ayant été internés dans le camp du Vernet, on peut citer : Max Aub, auteur dramatique, romancier, essayiste et critique littéraire espagnolLes épouvantables conditions de survie dans le camp ont été décrites par Max Aub dans Manuscrito cuervo. Historia de Jacobo (1999), J. A. Pérez Bowie (éd.). Segorbe: Fundación Max Aub-Universidad de Alcalá de Henares (références venant de l'article de WP es "Max Aub" , § "Relatos") . Sur l'internement ultérieur de Aub dans le Sud algérien, voir Norbert Bel-Ange, Quand Vichy internait ses soldats juifs d'Algérie : Bedeau, sud Oranais, 1941-1943, L'Harmattan, 2005, . Hermann Axen, communiste allemand ; homme politique de RDA

Joseph Bass, résistant juif français, fondateur du « réseau André » Erwin Blumenfeld, photographe américain d'origine allemande Joan Call Bonet, dit Call, dessinateur de presse espagnol puis français , révolutionnaire, pédagogue, écrivain espagnol Franz Dahlem, homme politique et résistant allemand Léon Degrelle, homme politique belge, fondateur du mouvement Rex, au départ parti nationaliste qui devint rapidement fasciste Carlos Duchatellier, artiste peintre haïtien. Il "occupe une place à part dans la mémoire du camp du Vernet car ses dessins, croquis et tableaux sont une immense source de témoignages pour comprendre la vie au camp" Gerhart Eisler, journaliste et communiste allemand , communiste allemand Lion Feuchtwanger, écrivain allemand, pacifiste et antimilitariste , communiste autrichien Paul Frölich, historien, essayiste et militant communiste allemand Wilhelm Gengenbach (1914 - 2002), militant communiste allemand Kurt Goldstein, communiste allemand d'origine juive Albert Gromulat Ljubo Ilić (général Ljubo), membre des Brigades internationales et résistant, plus tard diplomate de la Yougoslavie , communiste allemand Alfred Klahr, communiste autrichien Arthur Koestler, romancier, journaliste et essayiste hongrois, naturalisé britannique (dans son livre La Lie de la terre, il évoque son internement au Vernet) Hermann Langbein, communiste autrichien Nicolas Lazarévitch, militant libertaire, syndicaliste-révolutionnaire et anarcho-syndicaliste d’origine russe Rudolf Leonhard, communiste et écrivain allemand d'origine juive Luigi Longo communiste italien , communiste allemand Miguel Luengo Guillen (né en 1907), passeur à la frontière franco-espagnole, dénoncé à la Gestapo et surpris sur le pont d’Ussat-les-Bains. Il est tué le alors qu’il tente de s’échapper du camp ; il est enterré à Saint-Paul-de-Jarrat Boris Milev, communiste bulgare Antonio Ortiz Ramírez, anarcho-syndicaliste catalan Baron Wolf Von Osten-Sacken, noble allemand, libéré le Wilhelm Peter Paul Pitoum, décorateur de théâtre ukrainien Francisco Ponzán Vidal militant anarcho-syndicaliste espagnol ; il est à l'origine du réseau d’évasion du groupe Ponzan Heinz Priess, communiste allemand, membre des Brigades internationales Alexandre Putjatin (Poutiatine), monarchiste Siegfried Rädel, communiste allemand Josef Raab, communiste allemand, résistant antifasciste, momentanément commandant du bataillon Thälmann (Thälmann-Bataillon), pendant la guerre civile espagnole Heinrich Rau, communiste allemand Gustav Regler, écrivain allemand Ernest Rottiers, jeune fugitif belge Francesc Sabaté Llopart, militant anarchiste espagnol Joan Sauret, journaliste et homme politique catalan Sacha Schapiro, anarcho-syndicaliste ukrainien, père du mathématicien Alexandre Grothendieck Luis Suárez Cueto, combattant républicain espagnol (commandant d'aviation et chef de cabinet du ministre de la Guerre jusqu'en 1939, puis résistant à partir de fin 1941 à Figeac dans le Lot Nikolas Tchorbadieff, anarchiste bulgare Georges Vadnaï, futur Grand-rabbin de Lausanne social-démocrate allemand, ministre de l'Intérieur de la Grande-Hesse après la guerre Ludwig Weil Friedrich Wolf, écrivain et communiste allemand Jacques Wolga, artiste peintre russe d'origine juive, engagé volontaire et résistant

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Delpla, Claude, "Le camp du Vernet d'Ariège 1939-1945", dans . . Portier Pierre , Le Camp du Vernet d’Ariège ou les racines du désespoir ; la vie du camp de sa création en 1917 à sa disparition en 1947, Les Éditions du Champ de Mars, Saverdun, 1987. Solenn Sugier, Il y a 80 ans, la Retirada - Une enfance dans les camps français, Libération, , .

Articles connexes Liste des camps de concentration nazis Camp d'internement français Camp de Rivesaltes Gare du Vernet-d'Ariège (un wagon commémoratif y est exposé) Georges Sabo

Liens externes

Camp du Vernet Chemins de mémoire : Camp d'Internement du Vernet-d'Ariège Chemins de mémoire : Musée du souvenir du Camp de Vernet

Vernet Catégorie:Mémoire de la Shoah en France Catégorie:Lieu lié à la Shoah en France Catégorie:Histoire des Juifs sous le régime de Vichy Vernet d'Ariege, Le Catégorie:Monument historique inscrit en 2019 Catégorie:Monument historique dans l'Ariège Catégorie:Fondation en 1939 Catégorie:1944 Catégorie:Mémorial aux victimes du franquisme Catégorie:Mémoire de la guerre d'Espagne et de la dictature franquiste en France Catégorie:Camp d'internement en France