Cet article traite de la morphologie des mots que les grammaires du roumain prennent en compte comme des pronoms et des adjectifs pronominaux personnels, réfléchis, de renforcement, possessifs, démonstratifs, interrogatifs, relatifs, indéfinis et négatifsArticle d’après Cojocaru 2003, , sauf les informations des sources indiquées à part..
Le roumain est une langue flexionnelle comme les langues romanes occidentales, mais il l’est dans une plus grande mesure que celles-ci. Comme dans les autres langues romanes, les pronoms roumains se caractérisent par des traits tels que le nombre et le genre. L’expression de toutes les personnes est limitée aux pronoms personnels et aux pronoms/adjectifs possessifs.
Si les noms roumains peuvent être masculins, féminins ou neutres, ces derniers l’étant dans le sens où il y a des noms masculins au singulier et féminins au pluriel, les pronoms et les adjectifs pronominaux ne peuvent être que masculins ou féminins, puisqu’ils s’accordent au masculin singulier, au masculin pluriel, au féminin singulier ou au féminin pluriel.
L’une des spécificités du roumain est d’avoir gardé des éléments de déclinaison. Dans les grammaires du roumain, on prend en compte cinq cas, dont quatre concernent les pronoms aussi : nominatif, génitif, datif et accusatif. Sauf pour le pronom personnel et le pronom réfléchi, la forme de l’accusatif ne se distingue pas de celle du nominatif ; c’est pourquoi on parle souvent de nominatif-accusatif. De même, la forme du datif est identique à celle du génitif, ce qui fait parler de génitif-datif.
Les pronoms personnels
Les pronoms personnels roumains ont pour origine les mêmes pronoms latins dont proviennent les pronoms personnels français. Ils se déclinent comme suit :
+ Nominatif Génitif Datif Accusatif toniques atones toniques atones eu « je, moi » – mie îmi mine mă tu « tu, toi » – ție îți tine te el « il, lui » lui lui îi el îl ea « elle » ei ei îi ea o noi « nous » – nouă ne noi ne voi « vous » – vouă vă voi vă ei « ils, eux » lor lor le ei îi ele « elles » lor lor le ele le
Au nominatif, les pronoms personnels n’ont pas de formes différentes selon qu’ils sont toniques ou atones. Leur emploi n’est pas obligatoire avec le verbe, puisque les désinences de celui-ci distinguent en général les personnes. On les utilise pour mettre en relief une personne par rapport à une autre : Eu sunt profesoara, ea e o studentă! « C’est moi la professeure, elle, c’est une étudiante ! »
Attachement des formes atones
Les pronoms personnels atones ont des formes s’attachant au mot qui les suit ou qui les précède, avec lequel ils forment un seul mot du point de vue phonétique. Cela vaut généralement pour les mots commençant ou se terminant par une voyelle, mais le pronom o s’attache également au participe utilisé dans les formes verbales composées et au gerunziuMode qui correspond tantôt au participe présent, tantôt au gérondif français., bien que ceux-ci se terminent en consonne.
Il y a des cas où l’attachement n’est pas obligatoire. Par exemple, dans la parole relativement lente, bien articulée, on entend Mă ascultă și îmi răspunde « Il/Elle m’écoute et me répond », mais dans la parole rapide, cela devient Mă ascultă și-mi răspunde. À l’écrit, l’attachement est marqué par le trait d'union.
L’attachement se fait souvent par la chute de certaines voyelles. Dans l’exemple précédent, c’est la première voyelle du pronom qui tombe, dans d’autres cas, c’est la voyelle finale du mot précédant le pronom : Nu o ascultă ou N-o ascultă « Il/Elle ne l’écoute pas » (« l’ » féminin). La voyelle initiale du mot suivant le pronom aussi peut tomber, à condition que ce soit î: Mă întreabă ou Mă-ntreabă ceva « Il/Elle me demande quelque chose »Avram 1997, ..
Dans certains cas, l’attachement se fait par un -u- de liaison, par exemple lorsque le verbe au gerunziu est suivi d’un autre pronom atone que o : văzându-vă « en vous voyant »Avram 1997, ..
Dans d’autres cas, il n’y a pas de chute de voyelle, mais celle du pronom atone devient semi-voyelle et forme une diphtongue avec la voyelle initiale du mot suivant : dans la phrase Ne ascultă « Il/Elle nous écoute », le e de ne est vocalique, mais dans Ne-a ascultat ’Il/Elle nous a écouté(e)s’, cet e est semi-vocalique.
Le tableau ci-dessous présente les cas où l’attachement est obligatoire.
+ Cas Pronom Forme attachée Position Exemple A. mă m- devant une voyelle m-a ascultat ’il/elle m’a écouté(e) » -mă après une voyelle ascultându-mă « en m’écoutant » te te- [te̯] devant une voyelle te-aș asculta « je t’écouterais » -te [te] après une voyelle ascultându-te « en t’écoutant » îl l- devant une voyelle l-am ascultat « je l’ai écouté » -l après une voyelle ascultă-l ! « écoute-le ! » o -o après une voyelle ne-o trimite « il/elle nous l’envoie » (« l’ » féminin) après une consonne ascultând-o « en l’écoutant » (« l’ » féminin) ne ne- [ne̯] devant une voyelle ne-ar asculta « il/elle nous écouterait » -ne [ne] après une voyelle ascultă-ne ! « écoute-nous ! » vă v- devant une voyelle v-a ascultat « il/elle vous a écout(e)(s) » -vă après une voyelle ascultându-vă « en vous écoutant » îi i- [j] devant une voyelle i-ar fi ascultat « il/elle les aurait écoutés » -i [j] après une voyelle mi-i trimite « il/elle me les envoie » (« les » masculin) le le- [le̯] devant une voyelle le-a ascultat « il/elle les a écoutées » -le [le] après une voyelle ascultă-le ! « écoute-les ! » (« les » féminin) D. îmi mi- [mj] devant une voyelle mi-ai trimis « tu m’as envoyé (à moi) » -mi [mʲ] après une voyelle trimițându-mi « en m’envoyant (à moi) » -mi- [mi] après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-mi-le « en me les envoyant » (« les » féminin) îți ți- [t͡sj] devant une voyelle ți-am trimis « je t’ai envoyé (à toi) » -ți [t͡sʲ] après une voyelle nu-ți trimit « je ne t’envoie pas (à toi) » -ți- [t͡si] après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-ți-le « en te les envoyant » (« les » féminin) îi i- [j] devant une voyelle i-am trimis « je lui ai envoyé » -i [j] après une voyelle să-i trimitem « envoyons-lui » -i- [i] après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-i-le « en les lui envoyant » (« les » féminin) ne, ni ne- [ne̯] devant une voyelle ne-o trimite « il/elle nous l’envoie » (« l’ » féminin) ni- devant les pronoms à l'accusatif -l et -i ni-l trimite « il/elle nous l’envoie » (« l’ » masculin) -ni- après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-ni-le « en nous les envoyant » (« les » féminin) -ne [ne] après une voyelle trimite-ne ! « envoie-nous ! (à nous) » vă, vi v- devant une voyelle v-ar trimite « il/elle vous enverrait (à vous) » -v- après une voyelle et devant une autre voyelle trimițându-v-o « en vous l’envoyant » (« l’ » féminin) vi- devant les pronoms à l'accusatif -l et -i vi-l trimite « il/elle vous l’envoie » (« l’ » masculin) -vi- après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-vi-i « en vous les envoyant » (« les » masculin) -vă après une voyelle trimițându-vă « en vous envoyant (à vous) » le le- [le̯] devant une voyelle le-a trimis « il/elle leur a envoyé » li- devant les pronoms à l'accusatif -l et -i li-l trimite « il/elle le leur envoie » -li- après une voyelle et devant un autre pronom trimițându-li-i « en les leur envoyant » (« les » masculin) -le [le] après une voyelle trimițându-le « en leur envoyant »
Les pronoms personnels de politesse
Deux pronoms de politesse étaient de la à leur origine, mais, ultérieurement, ils sont devenus de la . Ils expriment deux degrés différents de politesse.
Dumneata a évolué de domnia ta « ta seigneurie »Dexonline, article dumneata.. Son génitif-datif est dumitale. Au , il n’est employé avec une valeur neutre que dans les milieux populaires ; dans la langue courante, c’est plutôt condescendant. Par exemple, un supérieur hiérarchique peut l’utiliser en parlant à un subordonné, mais l’inverse n’est pas possible selon l’usage. Lorsqu’il est sujet, le verbe est à la du singulier : Dumneata ești american? « Vous êtes américain ? » Le pluriel de ce pronom se confond avec le pronom ci-après.
Dumneavoastră était à l’origine domnia voastră « votre seigneurie ». Il ne se décline pas, étant également invariable quant au genre et au nombre. Quand il est sujet, le verbe se met à la du pluriel : Dumneavoastră sunteți din Statele Unite? « Vous venez des États-Unis ? »
Il y a aussi des pronoms de politesse utilisés pour la : dumnealui (m. sg.) (< domnia lui « sa seigneurie à lui »), dumneaei (f. sg.) (< domnia ei « sa seigneurie à elle »)Dexonline, article dumnealui., dumneasa (m. et f. sg.) (< domnia sa « sa seigneurie »), dumnealor (pl.) (< domnia lor « leur seigneurie »). De ces formes, seule dumneasa se décline : G.-D. dumisale « son, sa, ses », « à lui/elle »Dexonline, article dumneasa..
Un autre pronom se référant à la , qui n’exprime pas nécessairement la politesse mais peut être utilisé avec une telle valeur, est dânsul (m. sg.), dânsa (f. sg.), dânșii (m. pl.), dânsele (f. pl.). Son génitif-datif est dânsului « son, sa, ses », « à lui » ; dânsei « son, sa, ses », « à elle » ; dânșilor « leur », « à eux » ; dânselor « leur », « à elles ».
Les pronoms réfléchis
Comme en français, les pronoms réfléchis de la et de la (mă, te, ne, vă) ne diffèrent pas des pronoms personnels qui se réfèrent à une autre personne que le sujet, seuls ceux de la étant différents. Par contre, en roumain, à la , les formes au datif (c’est-à-dire en fonction de complément d'objet indirect d’attribution) sont différentes de celles à l’accusatif (complément d'objet direct).
Au datif : – formes atones : Își povestesc aventurile unul altuia « Ils se racontent leurs aventures l’un à l’autre » ; dulapul pe care și l-a cumpărat « l'armoire qu’il/elle s’est achetée » ; – forme tonique : Își face rău sie însuși « Il se fait du mal à lui-même ».
À l’accusatif : – forme atone : Se piaptănă « Il/Elle se peigne / Ils/Elles se peignent » ; – forme tonique : Se disprețuiește pe sine « Il/Elle se méprise lui/elle-même ».
Ces pronoms aussi ont des formes attachées au mot voisin :
+ Pronom Forme attachée Position Exemple își și- [ʃj] devant une voyelle și-ar face « il(s)/elle(s) se ferai(en)t » -și [ʃʲ] après une voyelle să-și facă « qu’il(s)/elle(s) se fasse(nt) » -și- [ʃi] après une voyelle et devant un autre pronom făcându-și-i « en se les faisant » (« les » masculin) se s- devant une voyelle s-a îmbrăcat « il/elle s’est habillé(e) » -se après une voyelle îmbrăcându-se « en s’habillant »
Au datif, le pronom réfléchi peut exprimer la possession. Parfois, deux constructions équivalentes sont possibles : Îmi ascult fratele (avec le pronom réfléchi) ou Îl ascult pe frate-meu (avec l’adjectif possessif) « J’écoute mon frère ». D’autres fois, seule la construction avec le pronom réfléchi est correcte : Și-a irosit viața « Il/Elle a gaspillé sa vie »Avram 1997, ..
Les adjectifs pronominaux de renforcement
L’emploi pronominal de ces mots est déjà désuet ; c’est pourquoi ils sont utilisés en tant qu’adjectifs pronominaux, parfois avec un nom, mais surtout avec un pronom personnel, un pronom réfléchi, éventuellement avec d’autres pronoms qui peuvent aussi être des adjectifs pronominauxAvram 1997, ..
L’adjectif pronominal de renforcement peut être placé devant ou après un nom ou un pronom démonstratif : însuși autorul / autorul însuși « l’auteur même », însăși aceasta / aceasta însăși « celle-ci même ».
Avec les pronoms personnels, les adjectifs pronominaux de renforcement sont généralement postposés :
eu însumi (m.), eu însămi (f.) « moi-même » ; tu însuți (m.), tu însăți (f.) « toi-même » ; dumneata însuți/însăți « vous-même » (de politesse) ; el însuși « lui-même » ; ea însăși « elle-même » ; dumnealui însuși « lui-même » (de politesse) ; dumneaei însăși « elle-même » (de politesse) ; noi înșine (m.), noi însene (f.) « nous-mêmes » ; voi înșivă (m.), voi însevă (f.) « vous-mêmes » ; dumneavoastră înșivă « vous-même(s) » m. (de politesse) ;