Le Grand Prix automobile du Canada 1995 (Grand Prix Molson du Canada), disputé sur le circuit Gilles-Villeneuve de l'île Notre-Dame au Canada le , est la trente-troisième édition du Grand Prix du Canada de Formule 1, la dix-septième sur ce tracé, le Grand Prix de Formule 1 couru depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1995.
La course, prévue sur puis ramenée à en raison de l'envahissement de la piste par les spectateurs, est remportée par Jean Alesi (Ferrari), parti de la cinquième position. Il s'agit de la seule victoire de sa carrière en en , à sa cinquième et dernière saison au volant des voitures de Maranello, le jour de ses . Rubens Barrichello (Jordan-Peugeot) finit deuxième et son coéquipier Eddie Irvine se classe troisième ; c'est le premier double podium de l'écurie Jordan dans la discipline. Suivent Olivier Panis (Ligier-Mugen-Honda), Michael Schumacher (Benetton-Renault), auteur de la pole position et du meilleur tour en course, et Gianni Morbidelli (Arrows-Hart).
Michael Schumacher, qui s'élance depuis la première place sur la grille, conserve son avantage au premier virage sur Damon Hill (Williams-Renault) bien qu'il soit parti du côté sale de la piste. Schumacher accroît rapidement son avance et mène une course en solitaire. Promis à la victoire, il est victime, à dix tours de l'arrivée, d'un blocage de son sélecteur de vitesse sur le troisième rapport qui l'oblige à rentrer aux stands pour faire réparer sa monoplace. Jean Alesi, après avoir dépassé son équipier Gerhard Berger en début d'épreuve puis profité des abandons successifs des Williams de David Coulthard et Damon Hill, avec d'autres concurrents, prend la tête de la course et la conserve jusqu'au drapeau à damier.
La victoire de Jean Alesi et les déboires des pilotes des écuries Benetton et Williams permettent à Ferrari de prendre, provisoirement, la tête du classement du championnat du monde des constructeurs avec une avance de trois points sur Benetton. Malgré sa cinquième place, Michael Schumacher conserve la première place du classement du championnat du monde et augmente de deux points son avance sur Damon Hill.
Contexte avant le Grand Prix Situation du championnat du monde Organisation du Grand Prix Le Grand Prix du Canada se déroule alors qu'il est question de sa pérennisation. En effet, le contrat de parrainage de la brasserie Molson s'achève en et son concurrent, Labatt, candidate pour commanditer l'épreuve. D'autre part, le Champ Car souhaite organiser une épreuve à Montréal pour tirer profit de la popularité du pilote local, Jacques Villeneuve. Or, les responsables politiques locaux préviennent que la tenue d'une épreuve du championnat américain de formule monoplace entrainerait la disparition du Grand Prix de Formule 1. Ainsi, le , Bernie Ecclestone, président de la , Pierre Bourque, maire de Montréal, Gérald Tremblay, ministre de l'Industrie du Québec, et Robert Ferland, initiateur du Grand Prix du Canada, trouvent un accord pour sécuriser l'avenir de l'épreuve, qui rapporte de dollars canadiens de bénéfices à la ville de Montréal..
Alors que la chicane de pneus aménagée en 1994 après l'épingle du Casino demeure en place, Bernie Ecclestone demande aux organisateurs de modifier le circuit Gilles-Villeneuve pour en améliorer la sécurité d'ici l'édition 1996. Cette chicane est jugée inutile, notamment par Michael Schumacher et Damon Hill, qui considèrent que l'introduction des moteurs trois litres a suffisamment ralenti la vitesse des monoplaces de Formule 1. Pour autant, afin d'accroître la sécurité des pilotes, John Corsmit, le directeur de course, interdit d'effectuer une manœuvre de dépassement dans la section du circuit précédant cette chicane.
Le circuit, caractérisé par de grandes lignes droites et deux virages en épingle, favorise les phases d'accélération et de freinage. Il est éprouvant pour les transmissions, les boîtes de vitesses et les freins des monoplaces mais semble favoriser la Scuderia Ferrari. Son directeur sportif, Jean Todt, entend briser à Montréal l'hégémonie des écuries motorisées par Renault qui ont remporté les cinq premières manches du championnat. Damon Hill, pilote Williams, avoue ne pas apprécier ce circuit, qu'il considère . De l'avis général des pilotes, le tracé canadien est ..
Classements avant l'épreuve À l'approche du Grand Prix du Canada, le pilote Benetton Michael Schumacher, vainqueur de trois des cinq épreuves disputées jusqu'alors, mène le championnat avec . L'Allemand aborde avec confiance cette sixième manche, bien que sa Benetton B195 soit techniquement inférieure à la Williams FW17..
Son principal rival pour le titre, le pilote Williams Damon Hill, a remporté deux victoires et inscrit , cinq points de moins que Schumacher. Les pilotes de la Scuderia Ferrari, Gerhard Berger et Jean Alesi, pointent aux troisième et quatrième rangs, avec 19 et ...
Chez les constructeurs, à l'issue du Grand Prix de Monaco, Benetton occupe la première place avec , suivie par Williams et Ferrari avec 32 et . Ces écuries distancent nettement McLaren, quatrième avec huit points, Sauber, cinquième avec quatre points, Jordan, sixième avec deux points, et Ligier, septième avec un point.
Réintégration du Grand Prix d'Italie vignette|alt=Vue aérienne d'un circuit automobile, couvert d'arbres|Le circuit de Monza (ici, vue aérienne de 2018) accueille le Grand Prix d'Italie 1995.
Une dizaine de jours avant le Grand Prix du Canada, la Fédération internationale de l'automobile et l', promoteur du Grand Prix d'Italie, concluent un accord quant à la tenue de la manche italienne, prévue du 8 au . En effet, celle-ci était, au début du mois de mai, sur le point d'être annulée car l' rechignait à effectuer des travaux afin d'améliorer la sécurité du circuit de Monza ; il lui faut désormais construire de nouvelles zones de dégagement, ce qui nécessite d'abattre de nombreux arbres aux abords du circuit et suscite le courroux de militants écologistes. En outre, Max Mosley, président de la Fédération internationale de l'automobile, fait pression sur le gouvernement italien pour faire changer une loi afin que les écuries de course ne soient plus poursuivies en cas d'accident mortel et puissent avoir accès aux monoplaces impliquées pour constituer une défense. Enfin, Bernie Ecclestone n'est toujours pas parvenu à récupérer la promotion de cette épreuve, la seule avec le Grand Prix de Monaco à ne pas être organisée par la ...
Finalement, Mosley comprend que la loi italienne ne pourra être modifiée (Williams n'a toujours pas récupéré la FW16 que pilotait Ayrton Senna lors de son accident mortel au Grand Prix de Saint-Marin 1994, disputé sur le circuit d'Imola, au nord-est de l'Italie). Néanmoins, l', en partie sous la pression du groupe Fiat et de sa filiale, la Scuderia Ferrari, consent à réaliser les travaux d’aménagement demandés par la FIA et abat 125 arbres aux abords du virage afin de construire de larges zones de dégagement. Enfin, Bernie Ecclestone convainc les écuries de disputer les dix-sept courses de la saison bien que les accords de la Concorde prévoient que les équipes de Formule 1 ne sont tenues de disputer que seize épreuves par an..
Vers un Grand Prix à Las Vegas et en Afrique du Sud en 1996 ? vignette|alt=Vue d'un grand boulevard, entouré de grands immeubles et casinos|La ville de Las Vegas candidate pour accueillir un Grand Prix de Formule 1 en 1996. En marge de l'épreuve canadienne, la Fédération internationale de l'automobile et Bernie Ecclestone, directeur des droits commerciaux de la Formule 1, esquissent le calendrier du championnat 1996 qui doit connaître des modifications à la faveur de l'intérêt croissant porté par de nouveaux pays extra-européens. Ainsi, le Grand Prix d'Australie, organisé sur le circuit d'Adélaïde en novembre, doit désormais se tenir en mars sur le circuit de l'Albert Park, à Melbourne, en ouverture de la saison. Afin de diminuer leurs frais de transport, les écuries souhaitent que cette épreuve précède le Grand Prix du Pacifique, à Aïda au Japon, bien que les conditions climatiques y soient difficiles en début de printemps. La Formule 1 devrait ensuite se rendre au Brésil et en Argentine fin mars et début avril, ces deux manches étant organisées à une semaine d'intervalle. En mai débuterait la saison européenne, à Saint-Marin, en Espagne et à Monaco. Puis la Formule 1 se rendrait au Canada avant de faire escale aux États-Unis, où Ecclestone pourrait donner son accord à la tenue d'un Grand Prix de Las Vegas , dans les rues situées en périphérie de la ville...
La discipline reviendrait ensuite en Europe pour les manches estivales, en France, en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Belgique et en Italie. Le contrat liant la Formule 1 au Grand Prix de France a en effet été prolongé d'un an, jusqu'en 1996. La Fédération française du sport automobile, qui organise la course, lance un appel d'offres pour la tenue de l'épreuve sur la période 1997-2001, pour laquelle devraient postuler le circuit de Nevers Magny-Cours, hôte du Grand Prix de France, mais aussi le circuit Paul-Ricard, le circuit Bugatti et le circuit de Montlhéry..
Puis, fin septembre, deux épreuves doivent être organisées en Asie, l'une au Japon, la seconde en Chine, en Malaisie, ou en Indonésie. Enfin, le Grand Prix d'Afrique du Sud, en novembre, serait le théâtre de la fin de la saison : ayant quitté le calendrier de la Formule 1 en 1993 à cause de l’instabilité politique et des problèmes économiques de ce pays, le circuit du Kyalami pourrait profiter de l'embellie économique et de la fin des violences permises par la politique du président Nelson Mandela pour accueillir de nouveau la discipline-reine du sport automobile..
Tommy Baker, promoteur de cette hypothétique épreuve à Las Vegas, présente à la presse dans le paddock de Montréal son projet soutenu par plusieurs casinos et hôtels de « ». Il souhaite que ce qu'il appelle le Grand Prix des États-Unis-Las Vegas soit la manche finale de la saison, le . De plus, il annonce que les spectateurs accèderont gratuitement au Grand Prix s'ils réservent l'une des d'hôtel de la ville. La construction du circuit, confiée à Chris Pook, promoteur du Grand Prix de Long Beach en , coûterait de dollars. Le tracé, long de , emprunterait le Strip et passerait devant sept casinos. Enfin, l'épreuve doit être organisée sur quatre jours, avec des essais libres tenus le jeudi, à l'image du Grand Prix de Monaco..
Situation des pilotes Heinz-Harald Frentzen chez McLaren, Jos Verstappen chez Sauber ? À Montréal, d'insistantes rumeurs de paddock annoncent que Heinz-Harald Frentzen quitterait Sauber pour McLaren à partir de la prochaine manche, en France. L'Allemand, régulièrement dans les points malgré sa modeste monoplace, impressionne les observateurs. Ron Dennis souhaiterait donc qu'il remplace Mark Blundell, qui assure l'intérim depuis la retraite de Nigel Mansell. Ce transfert nécessiterait le rachat du contrat liant Frentzen à Sauber, notamment par Mercedes qui soutient financièrement McLaren.
Selon les bruits de paddock, le départ de Frentzen vers McLaren entraînerait l'arrivée de Jos Verstappen chez Sauber. La carrière du Néerlandais, sans volant à la suite du forfait de Simtek, est gérée par Flavio Briatore qui est aussi son patron au sein de Benetton Formula où il officie en tant qu'essayeur. Contractuellement, Briatore doit engager Verstappen à seize manches du championnat et Sauber pourrait servir d'équipe de rechange en cas de faillite de Simtek. La presse spécialisée rapporte enfin que Verstappen pourrait remplacer Gianni Morbidelli, qui ne serait plus capable de financer son baquet chez Arrows..
Ces rumeurs sont toutes démenties le samedi par McLaren, Mercedes et Frentzen.
L'attrait du public canadien et de la Formule 1 pour Jacques Villeneuve