La différence des sexes (le Geschlechtsunterschied) en psychanalyse s'organise dans la sexualité infantile au regard de la différence anatomique des sexes (présence ou absence du pénis), autour du complexe de castration et en relation avec le complexe d'Œdipe.

Sigmund Freud

À la fin du , prédomine la conception naturaliste d’un « instinct génital » s’éveillant à la puberté dont la finalité biologique est la reproduction.

L’apportArticle « sexualité » dans L’Apport freudien, Larousse, Paris, 1998, et suivantes de Sigmund Freud a été de montrer que ne relève pas d’un instinct génital ou de la biologie. La différence des sexes, au sens anatomique, ne relève pas forcément d’une identité sexuelle biologique mais chacun négocie la question de la différence des sexes et de sa propre position subjective comme être sexué et son rapport à un autre être sexué. La sexualité est présente dès l’enfance et l’enfant est décrit comme un , elle ne relève pas de la biologie mais de l’inconscient, du complexe d'Œdipe et de l’angoisse de castration. Freud expose sa théorie de la sexualité infantile et du monisme de la libido (primat du phallus) principalement dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905).

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Cette vision sera critiquée par bon nombre de psychanalystes femmes qui cherchèrent à donner une définition de la féminité non réductible à la privation de l’organe mâleArticle « féminité » dans L’Apport freudien, Larousse, Paris, 1998, et suivantes

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Autres théoriciennes et théoriciens de la psychanalyse Helene Deutsch La psychanalyste Helene Deutsch complète l'analyse freudienne en posant une essence de la féminité caractérisée par la passivité et le masochisme. Elle fait de l’érotisation de la douleur chez la femme la conséquence d’un processus psychologique nécessité par son destin biologique (menstruation, défloration, accouchement). L’« envie du pénis » est indirectement satisfaite dans la relation à l’homme.

La passivité est le premier rôle adopté par l’enfant, « objet » de l’affection et des soins de sa mère, alors perçue comme toute-puissante. Cela provoque une angoisse dont l’enfant se débarrasse très tôt par le jeu et l’affirmation de son autonomie mais qui peut survivre sous forme de fantasmes destructifs (être dévoré, battu, châtré). Le père apparaît alors comme le sauveur..

Jacques Lacan Selon Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Jacques Lacan révise la doctrine classique freudienne à la lumière de . : quand il l'écrit avec une majuscule, il fait du « Phallus » , mais c'est . Chez Lacan, en effet, . Le phallus est ainsi exerçant une fonction symbolique.

Selon Ligia Gorini, la théorie lacanienne de la sexuation ne repose pas sur la seule différence anatomique de sexes, mais sur la position du sujet à l'égard du signifiant phallique. S'appuyant sur le Séminaire XX, elle rappelle que Lacan envisage l'inscription du côté masculin ou féminin comme relevant d'un choix subjectif, indépendamment du sexe biologique. Dans cette perspective, Mathieu Siriot écrit que, pour Lacan, "on se fait homme ou femme" à partir des semblants qui circulent dans le discours, et non selon un déterminisme naturel. .  

Les psychanalystes et le genre au XXIe siècle

Introduction par Jean Laplanche de la catégorie du « genre » en psychanalyse Dans Sexual (2007), Jean Laplanche fait observer que le « genre » qui concerne , est , bien que . Laplanche cite alors Freud dans la Nouvelle suite des leçons d'introduction à la psychanalyse: Jean Laplanche,« Le genre, le sexe, le sexual » (2003), dans J. Laplanche, Sexual — La sexualité élargie au sens freudien 2000-2006. J. Laplanche cite Freud dans Nouvelle suite d'introduction à la psychanalyse, OCF.P, XIX, (en note 2 à la de son ouvrage Sexual).. En 2015, Laurie Laufer reprend cette citation de Freud par Laplanche dans un séminaire de recherche du CRPMS de l'Université Paris VII sur « Axe Genre, normes et psychanalyse » . Laplanche interroge en effet: , écrit Laurie Laufer en citant le psychanalyste. Dans l'article « Le genre, le sexe, le sexual » (2003), auquel L. Laufer se rapporte, Jean Laplanche considère que ce n'est pas le genre qui organise le sexe, mais le sexe (celui, unique, d'un « primat du phallus » selon la théorie de Freud du complexe de castration) qui organise le genre, lequel est social et « pluriel »: J. Laplanche, « Le genre, le sexe, le sexual » dans Sexual, .. Laplanche fait jouer, notamment au cours de la confrontation « Beauvoir-Freud » qu'il convoque, au moment de J. Laplanche,« Le genre, le sexe, le sexual » dans Sexual, ..

Avec l'« assignation de sexe / genre », le « genre » vaudrait pour Laplanche comme « message énigmatique »Ilka Quindeau, « The Ascription (Assignment) of Sex / Gender as Enigmatic Message », communication au Colloque de Cerisy, « La séduction à l'origine; l'œuvre de Jean Laplanche », juillet 2014 (Colloque publié), voir ., à resituer par conséquent dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée de Jean Laplanche, comme « catégorie » du « message » adressé par les proches du socius (les parents ou les personnes qui en tiennent lieu) à l'enfant qui aura à le « traduire ».

Dans un article intitulé « De l’identité sexuelle à l’identité de genre: une révolution képlerienne ? » (2005) Damien Trapin se propose . Il considère en effet que Damien Trapin, « De l'identité sexuelle à l'identité de genre: une révolution képlerienne ? », Psychologie clinique et projective, 2005/1 (n° 11), . DOI : 10.3917/pcp.011.0009. .

La psychanalyse lacanienne et le genre

Dans Subversion lacanienne des théories du genre (2015), Fabian Fajnwaks et Clotilde Leguil réunissent des contributions qui interrogent la manière dont la psychanalyse lacanienne peut penser le genre sans le réduire à une norme sociale. Les auteurs mettent en évidence la distinction entre les identifications de genre et la position singulière du sujet à l'égard du désir et de la jouissance, étant donné que "l'objet qui cause ce désir est un objet partiel, coupé de tout genre". Fajnwaks rappelle encore que "la notion de genre même est étrangère à la psychanalyse, si ce n'est pour désigner les modalités logiques d'articuler un rapport au Tout universalisant et à l'exception à cet univers fermé du Tout" (ibid). .

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Textes de référence Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle (1905)

Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes, 1925. La vie sexuelle, PUF, 1969.

Études psychanalytiques (Dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs)

Janine Chasseguet-Smirgel, Le corps comme miroir du monde, PUF, 2003. Les deux arbres du jardin : Essais psychanalytiques sur le rôle du père et de la mère dans la psyché, Des femmes, 2005, Collectif (avec Jean-Bertrand Pontalis,Pierre Fédida, Wilhelm Fliess, André Green, Joyce McDougall, Masud R Khan), Bisexualité et différence des sexes, Gallimard-folio, n°359, 2000, Jean Cournut, Pourquoi les hommes ont peur des femmes ?, PUF, 2001 , présentation sur Cairninfo Michel Fain et Denise Braunschweig, Éros et Antéros. Réflexions psychanalytiques sur la sexualité, Payot-poche, 1971. Antoinette Fouque, Il y a 2 sexes, Le Débat, Gallimard,2004 . Jean Laplanche, « Le genre, le sexe, le sexual » (2003), dans J. Laplanche, Sexual — La sexualité élargie au sens freudien 2000-2006, Paris, PUF/Quadrige, 2007, . Christian Flavigny, « Le genre ou les genres : quelle “théorie du genre” chez Jean Laplanche ? », Le Carnet Psy, 2021/9 N° 248, , . Ilka Quindeau, « The Ascription (Assignment) of Sex / Gender as Enigmatic Message », communication au Colloque de Cerisy, « La séduction à l'origine; l'œuvre de Jean Laplanche », (Colloque publié), voir Damien Trapin, « De l'identité sexuelle à l'identité de genre: une révolution képlerienne ? », Psychologie clinique et projective, 2005/1 n° 11, , DOI : 10.3917/pcp.011.0009, . . Florence Bécar, « Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion, de Laurie Laufer, La Découverte, 2022 », Dialogue, 2024/2 n° 244, , DOI : 10.3917/dia.244.0140, . Diane Scott, « Laurie Laufer. Vers une psychanalyse émancipée. Renouer avec la subversion, Paris, La Découverte, 2022 », Savoirs et clinique, 2021/2 n° 29, . DOI : 10.3917/sc.029.0203. . Donald Meltzer, Les structures sexuelles de la vie psychique, Payot, 1977. Sophie de Mijolla-Mellor (dir.) Les femmes dans l'histoire de la psychanalyse , Actes du Colloque de l'Association Internationale d'Histoire de la Psychanalyse (VIIe Rencontre Internationale de l'A.I.H.P., Londres, 16-), Bordeaux-Le-Bouscat, L'Esprit du Temps, coll. « Perspectives Psychanalytiques » , 1999, sommaire et présentation sur cairn.info : Sabine Prokhoris, Le Sexe prescrit, la différence sexuelle en question, Paris, Flammarion, 2000. . Jacqueline Schaeffer, Le Refus du féminin, PUF, 2003, Michel Schneider, La confusion des sexes, Flammarion, 2007. Monique Schneider, Le paradigme féminin, Flammarion-Champs, 2006, Généalogie du masculin, Flammarion-Champs, 2006 , Qu'est-ce que le sexe ? (What IS Sex?, 2017, présentation ), traduit de l'anglais par Sybille Flamand, Diaphanes (diffuseur : Les Presses du réel), 2019, , présentation chez l'éditeur

Articles connexes Sexualité infantile (psychanalyse) Trois essais sur la théorie sexuelle (Freud) Complexe d'Œdipe Complexe de castration Études de genre Différences de genre en psychologie humaine Inégalités homme-femme, pour les aspects sociologiques Comparaison biologique entre la femme et l'homme, pour les aspects anatomiques

Liens externes Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes de Sigmund Freud (1925) La différence des sexes : enjeux et débats contemporains (dossier en ligne)

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