, né vers 305 à Rome et mort dans la même ville le , est un évêque de Rome qui accède à l'épiscopat le 366.
Promoteur de la primauté romaine, il est l'une des grandes figures épiscopales des premiers siècles de l'ère chrétienne, dont l'action contribue à la fois « à la romanisation du christianisme et à la christianisation de Rome », jetant les bases du développement futur de la papauté malgré un épiscopat troublé à la suite d'une élection entachée de violence.
Son action se ressent essentiellement à Rome mais si celle-ci permet de rassembler autour du siège romain l'épiscopat italien, son incompréhension des différends théologiques résultant de la crise arienne et l'intransigeance de ses interventions contribuent à affaiblir l'autorité romaine dans la partie orientale de l'Empire romain, y réduisant la possibilité d'intervention juridictionnelle du Siège romain auprès d'une Église d'Orient dont l'orthodoxie se structure sous l'impulsion de l'empereur romain .
Homme de lettres et poète cultivé, Damase est considéré comme l'initiateur de l'épigraphie chrétienne officielle ainsi que l'ordonnateur du culte des saints et des martyrs à Rome, particulièrement dans les catacombes romaines. Selon le comput de la tradition catholique qui le célèbre comme saint le , il est le pape.
Biographie Les sources concernant Damase sont, à la différence de ses prédécesseurs, relativement abondantes et variées, permettant de dresser un portrait qui, pour la première fois dans l'historiographie de l'épiscopat romain, trace notamment les contours de la personnalité intellectuelle d'un évêque de Rome.
Origines Si l'on en croit Jérôme de Stridon qui rapporte que Damase est mort « presque octogénaire »Jérôme de Stridon, , 103 : « »., ce dernier est vraisemblablement né vers 305. Même si le Liber Pontificalis évoque une origine hispaniqueCette origine est peut-être forgée pour associer symboliquement le prélat avec un autre personnage originaire d'Hispanie, l'empereur romain Théodose ; cf. ., Damase est plus vraisemblablement issu d'une famille d'origine romaine, eu égard aux fonctions que sa famille exerce au sein du clergé de la ville : son père Antonius gravit les échelons au service de l'église romaine, au sein de laquelle il est notaire, lecteur puis diacre avant de se voir élevé au rang de presbytre ou d'épiscope dans les environs de Rome. À la mort de ce dernier, la mère de Damase, Laurentia, rejoint l'ordre des veuves consacrées (ordo viduarum) tandis que sa sœur, Irène, fait vœu de virginité. Les souvenirs et l'engagement de la famille dans l'église chrétienne remontent donc à la période pré-constantinienne, celle qui a connu la Grande persécution.
Avant qu'il n'accède à l'épiscopat romain, on sait peu de choses du parcours ecclésiastique de Damase. On sait qu'il fonde sa propre église en transformant en titulusLes tituli sont des lieux de culte chrétiens titulaires situés dans les différents quartiers de Rome et souvent bâtis sur d'anciennes domus ecclesiae — préfigurant les églises et les paroisses — auxquels sont attachés des prêtres qui y assurent le service liturgique mais qui, dépendant de l'évêque, ne sont pas autonomes. la maison familiale qu'il agrandit d'une nef à chacune de ses deux extrémités et dote d'objets liturgiques en argent ainsi que d'un confortable revenu de quatre cents solidi provenant du patrimoine foncier qu'il possède dans la région de Ferentino et de Cassino.
On sait également qu'il a compté au nombre des diacres de Libère et qu'il a suivi ce dernier lors de son exil en 355. Damase retourne bientôt à Rome où il prête allégeance à l'archidiacre ., mis en place sur le trône épiscopal par l'empereur romain à la place de Libère, une consécration acceptée en violation d'un serment du clergé romain de ne pas remplacer l'exilé. Néanmoins, lorsque celui-ci est autorisé à revenir à Rome en 358 et que Félix en est chassé par des émeutiers, Libère semble s'être réconcilié avec Damase.
Épiscopat Élection mouvementée À la mort du pape Libère, le , la communauté chrétienne de Rome est divisée entre différentes factions, l'une proche de l'orthodoxie nicéenne, l'autre, qui avait été soutenue par l'empereur défunt Constance II, penchant du côté de l'homéisme, laissant éclater de violentes querelles à propos du choix d'un successeur au siège épiscopal qui se soldent par des rixes sanglantes.
Dès l'annonce du décès de l'évêque de Rome, deux factions revendiquent l'héritage libérien et essaient de contrôler l'espace du sacré. : un groupe réunissant notamment sept prêtres et trois diacres, revendiquant d'être constamment restés fidèles à Libère, se rassemble à la basilica Iulii et élit l'un d'entre eux, Ursin, aussitôt consacré par un évêque de Tivoli nommé Paul. Dans le même temps, une faction plus nombreuse, composée de partisans de Félix, se rassemble au titulus Lucinae et y élit Damase, un clerc déjà relativement âgé qui a consacré la majeure partie de sa vie au service de l'Église. Les « ursiniens » dénoncent cette procédure mais Damase, pour asseoir son élection, soudoie des hommes de main — des gladiateurs, des auriges du cirque romain et des fossoyeurs, au dire de ses détracteurs — qui assiègent la basilica Iulii puis se livrent durant trois jours au massacre des partisans d'Ursin. Ils investissent ensuite la basilique du Latran où Damase est consacré le par l'évêque d'Ostie Florentius, suivant une tradition inaugurée par son prédécesseur Marc..
C'est peut-être pour cette raison, et par souci de l'ordre public, que l'autorité civile de Rome, sollicitée par Damase — qui inaugure de la sorte le premier recours au pouvoir civil par un évêque de Rome contre un adversaire — considère l'élection comme régulière : le préfet de la Ville Viventius et le préfet de l'annone Julianus exilent Ursin et ses diacres sans pour autant calmer les violences : les partisans d'Ursin réquisitionnent bientôt la basilique Sainte-Marie-Majeure sur l'Esquilin et là encore, Damase mobilise sa faction qui donne l'assaut à la basilique le . Les soudards y perpètrent un massacre qui occasionne près de parmi les fidèles des deux sexes. et ruinent l'édifice, assurant certes le trône épiscopal à Damase mais affaiblissant durablement son autorité morale auprès des évêques d'Italie.
Cette situation schismatique locale — bien documentée par les et les pièces de la relatives au conflit ursinien., ainsi que par le , texte issu du courant luciférien également hostile à Damasecf. — et les accusations infamantes à l'encontre de Damase perdureront tout au long de l'épiscopat de ce dernier qui, de son côté, n'hésite pas à mettre en œuvre une pastorale énergique, voire violente, pour arriver à ses fins : les partisans d'Ursin — des « purs » qui, pour certains chercheurs, contestent l'évolution d'un appareil ecclésiastique qui s'enrichit et se rapproche des puissants mais, pour d'autres, sont au contraire soutenus par des membres chrétiens intransigeants issus de la haute aristocratie. — continueront de soutenir les prétentions de leur champion au siège romain jusqu'après la mort de son opposant.
Par ailleurs, Damase s'attire les grâces de l'aristocratie romaine par son train de vie fastueux, son hospitalité, et en se gardant d'attaquer le paganisme auquel une partie de cette aristocratie reste largement attachée. Il bénéficie tout particulièrement du soutien des aristocrates romaines au point que ses détracteurs le surnomment le « cure-oreille des matrones ». Il faut cependant nuancer les relations de Damase avec l'aristocratie au sein de laquelle il semble se tourner plus particulièrement vers les couches inférieures constituées des familles des hommes « nouveaux » ayant prospéré au service du système constantinien, plus susceptibles d'être enclines au christianisme que la vieille aristocratie païenne qui entend toujours incarner les valeurs de la « vraie » Rome, même si celle-ci pouvait déjà compter des chrétiens convaincus en son sein.
Quels que soient les soutiens dont il bénéficie, il n'en demeure pas moins que Damase reste par la suite régulièrement contesté tout au long de son épiscopat., l'un des plus longs du .. Ainsi, en 374, les partisans d'Ursin se manifestent à nouveau à l'occasion d'une action criminelle intentée contre Damase par un juif converti, Isaac, accusant Damase d'adultère, puis à nouveau en 380, ce qui vaut à l'affaire d'être évoquée, en 381, au premier concile d'Aquilée d'où sont absents Damase ou ses représentants. Ces mises en cause restent toutefois infructueuses dans la mesure où il est blanchi et soutenu par ses collègues italiens. Quand Damase meurt le , l'élection de son successeur Sirice se déroule sans heurts et lorsque Valentinien II donne son accord à cette nomination, le jeune empereur se félicite auprès du préfet de Rome Pinianus de l'accueil populaire unanime de la décision.
Primauté romaine vignette|redresse=1.0|Solidus figurant l'empereur romain Gratien (359–383). vignette|redresse=1.0|Empire romain vers 395 avec centres chrétiens contemporains de l'épiscopat de .
L'importance croissante du siège épiscopal de Rome pousse progressivement ses titulaires à transformer la primauté d'honneur — que ses collègues évêques lui reconnaissent généralement — en primauté juridictionnelle, revendiquant un rôle d'instance universelle dont la légitimité se fonde non sur l'aura ou le statut politique de Rome mais sur l'apostolicité d'un siège fondé par l'apôtre Pierre, « chef des apôtres », dont la tradition chrétienne romaine fait de l'évêque de la capitale de l'empire le successeur.
Pour Damase, la primauté romaine se fonde avant tout sur son origine pétrinienne et la promesse évangélique faite par le Christ à l'apôtre Pierre., à la différence de Constantinople dont la primauté repose sur des décisions synodales. Cette conviction se traduit dans la plupart des décisions de Damase concernant la discipline ecclésiastique. Ce dernier, à l'instar de son prédécesseur Libère, dénomme d'ailleurs souvent Rome le « Siège apostolique » et, en infatigable promoteur de cette primauté romaine, tente d'affirmer et d'étendre celle-ci sur le plan juridictionnel, non sans succès : fin 371, il organise un synode qui, réunissant près de 90 évêques, condamne le symbole homéen de Rimini (359) et expose sa foi dans la lettre synodale Confidimus quidemCette profession de foi continue de tenir pour équivalentes lousia (l'« essence ») et lhypostasis (la « substance ») ; cf. .. La même année, Damase adresse aux évêques de l'Illyricum une confession de foi qui fixe les strictes conditions, tant disciplinaires que théologiques, pour adhérer à la communion romaine. La plus ancienne décrétale connue« Canones synodi Romanorum ad Gallos episcopos »., en réponse à des questions soulevées par des évêques gaulois au cours d'un concile à Arles, est datée de cette époque et a régulièrement été attribuée à DamaseCette attribution reste débattue, ainsi que sa datation, la décrétale étant parfois attribuée à Sirice ou à , successeurs de Damase, ou encore sa rédaction attribuée à Jérôme de Stridon. La recherche actuelle penche plutôt pour une attribution à Sirice. Pour un point de la question voir et ..