thumb|upright=1.2|Trajet de l'expédition.

L'expédition Nimrod, officiellement appelée expédition antarctique britannique 1907–09 (en ), est la deuxième expédition britannique en Antarctique du , après l'expédition Discovery. Elle est menée entre 1907 et 1909 par Ernest Shackleton . Son nom est tiré du navire, le , trois-mâts goélette utilisé pour la chasse aux phoques.

L'expédition est un succès : même si le pôle Sud n'est pas atteint, un « Farthest South » de 88°23'S, à du pôle, symboliquement en dessous de la barre des , est franchi. C'est également de loin le plus long voyage polaire effectué vers le sud à cette date. Au cours de l'expédition, un groupe dirigé par Edgeworth David a atteint l'endroit approximatif du pôle Sud magnétique et effectue la première ascension du mont Erebus, sur l'île de Ross. L'équipe scientifique a mené des études géologiques, zoologiques et météorologiques. Enfin, les méthodes de transport retenues par Shackleton, avec des poneys de Mandchourie, de la traction motorisée et des chiens de traîneau, étaient des innovations qui, malgré un bilan mitigé et l'aggravation (en raison de cette expédition) de son inimitié avec Robert Falcon Scott, ont été suivies par celui-ci dans sa tragique expédition Terra Nova.

À son retour, Ernest Shackleton reçut de nombreux honneurs, dont l'anoblissement par le roi Édouard . Financièrement, il fallut, après son retour, une subvention gouvernementale pour couvrir ses déficits. En trois ans, son « Farthest South » fut dépassé, par l'expédition Amundsen, puis par l'expédition Terra Nova, qui atteindront le pôle Sud. Lors de son propre exploit, Roald Amundsen reconnaîtra : . Moins célèbre que la tragique expédition Endurance, l'expédition Nimrod reste cependant la plus importante en termes d'avancées géographiques pour Shackleton, dont la troisième et dernière expédition, au début des années 1920, fut écourtée par sa mort.

Genèse Ernest Shackleton, un sous-officier lors de l'expédition Discovery de Robert Falcon Scott, quitte l'Antarctique en 1903 à la suite d'une défaillance physique lors du principal voyage au sud de l'expéditionShackleton, Scott et Edward Adrian Wilson faisaient partie du voyage, établissant un record de latitude sud à 82°17’S et, bien que tous les trois souffrent au retour de fatigue et d'un probable scorbut, Shackleton est le plus diminué.. Le verdict de Scott est qu'il . Shackleton est nettement contrarié, et considère cela comme une stigmatisation personnelle, si bien qu'une fois rentré en Angleterre, il est déterminé à prouver de quoi il est capable. Ainsi, refuse-t-il un retour rapide en Antarctique en tant que premier officier du navire Terra Nova parti au secours de l'expédition DiscoveryLe Terra Nova sera plus tard le navire de l'expédition Terra Nova de Scott et était l'un des deux navires envoyés en 1903–1904 pour aider le Discovery à sortir du pack. mais il aide à l'organiser, tout comme il équipe le navire Uruguay parti au secours de l'expédition Antarctic d'Otto Nordenskjöld. Au cours des années suivantes, entretenant toujours l'espoir de reprendre sa carrière d'explorateur polaire, il suit d’autres voies, et en 1906, il est chargé des communications du magnat industriel Sir William Beardmore.

Selon son biographe Roland Huntford, Shackleton est piqué au vif par les allusions à sa faiblesse physique dans le livre de Scott The Voyage of the Discovery publié en 1905. Il commence alors à concevoir un plan d'une expédition en Antarctique et à rechercher des financements possibles. Ses plans initiaux sont connus par un document non publié, datant du début de 1906, qui fait état d'une estimation de , soit l'équivalent d'environ en valeur de 2008. À ce stade, il n'a pas encore de soutien financier et il doit attendre le début de 1907 pour recevoir un don de de son employeur Beardmore. Avec cette somme, Shackleton est assez confiant pour annoncer le son projet à la Royal Geographical Society.

Préparation Plan initial Le plan initial de Shackleton, qui n’a pas été publié, est d'utiliser à nouveau l'ancien camp de base de l'expédition Discovery vers le détroit de McMurdo et à partir de là, de tenter d'atteindre le pôle Sud géographique et le pôle Sud magnétique, avant d'autres voyages et un travail d'ordre scientifique. Ce premier plan renseigne également sur les modes de transport qu'avait prévu Shackleton : chiens de traîneaux, poneys et un véhicule spécialement conçu pour l'expédition. L’emploi de poneys et d'un tel véhicule était inédit dans l'AntarctiqueDes poneys avaient cependant été utilisés par Frederick George Jackson durant l'expédition Jackson-Harmsworth entre 1894 et 1897 en Arctique. Malgré le rapport de Jackson sur les capacités de ces animaux et les conseils de Nansen, Shackleton fut assez impressionné pour prendre quinze poneys, nombre réduit à dix par la suite. . Au moment où il présente ses plans à la Royal Geographical Society en . Shackleton révise son estimation financière à un niveau plus réaliste de (équivalent à de livres sterling de 2008). Toutefois, la réponse de la Society à ses plans n’est pas des plus encourageantes. Shackleton apprendra plus tard que la Society était au courant de la volonté du capitaine Scott de mener une nouvelle expédition, l'expédition Terra Nova, et qu'elle entendait s'investir plutôt dans cette dernière.

Navire

thumb|Le Nimrod.

Shackleton doit arriver en Antarctique en avec un départ d'Angleterre à l'été 1907. Il ne lui reste donc qu'environ six mois pour acquérir un navire, l'aménager, obtenir tout le matériel et les fournitures nécessaires, recruter le personnel et, par-dessus tout, obtenir la totalité du financement, car hormis la garantie de Beardmore, celui-ci n'est pas assuré. Shackleton se rend en Norvège dans l'intention d'acheter un navire polaire de , le Bjorn, idéal en tant que navire d'expédition, mais beaucoup trop cherLe Bjorn sera finalement acheté par l'explorateur allemand Wilhelm Filchner et renommé Deutschland, avant d'être utilisé dans son expédition Filchner de 1911 à 1913 en mer de Weddell. . Il doit se contenter d'un navire plus âgé et beaucoup plus petit, le , dont il se rend propriétaire pour (2008 : ).

Shackleton est très déçu lorsqu’il réceptionne et inspecte le Nimrod qui arrive à Londres en provenance de la colonie de Terre-Neuve-et-Labrador en : il le trouve beaucoup plus vétuste qu’il ne l'imaginait, sentant fortement l'huile de phoque. Il a besoin d'un calfatage et ses mâts doivent être changés. Toutefois, entre des mains expérimentées, il prend bientôt « une apparence plus satisfaisante ». Plus tard, Shackleton indiquera qu'il est devenu extrêmement fier de son solide petit navire.

Financement Au début du mois de , Shackleton obtient peu de soutien en plus de la garantie de Beardmore et n'a pas les fonds pour achever le réaménagement du navire. À la mi-juillet, il se rapproche du philanthrope comte de Iveagh, Edward Guinness de la famille du brasseur Guinness, qui accepte de garantir la somme de à condition que Shackleton trouve d'autres sponsors pour atteindre un montant de . Il est en mesure de le faire et ces fonds supplémentaires sont accompagnés de que Sir Philip Brocklehurst paye pour une place dans l'expédition.

À la dernière minute, un don de de William Bell, le cousin de Shackleton, amène l'expédition encore loin de l'exigence des , mais permet au Nimrod de naviguer pour mettre le cap au sud, après son inspection le par le roi Édouard et la reine Alexandra. sont donnés par le gouvernement australien et le gouvernement néo-zélandais donne . Grâce à cela, et à d'autres petits prêts et dons, les seront finalement récoltés, bien qu'à la fin de l'expédition, le coût total atteindra Il faudra finalement une aide de du gouvernement britannique pour que Shackleton puisse payer ses dettes. .

Shackleton espère que son livre sur l'expédition et ses conférences lui rapporteront également. Il a exprimé aussi l'espoir de tirer profit de la vente de timbres-poste portant le cachet du bureau de poste temporaire que Shackleton créera en Antarctique. Aucune de ces idées n'a produit les revenus prévus, bien que le bureau de poste ait été mis en place au cap Royds et utilisé comme lieu d'acheminement pour le courrier de l'expéditionUn bureau de poste en Antarctique avait déjà été monté dans les îles Orcades du Sud en 1904 à la base antarctique Orcadas lors de l'expédition Scotia..

Les hommes

thumb|upright|Douglas Mawson organisera plus tard sa propre expédition.

Désireux de recruter un fort contingent de vétérans de l'expédition Discovery, Shackleton offre à son ami Edward Adrian Wilson le poste de responsable scientifique et commandant en second. Wilson refuse, apparemment en raison de son travail avec une commission travaillant sur l'étude des maladies des Tetraonidae pour le ministère de l'Agriculture britannique. D'autres refus d'anciens collègues de l'expédition Discovery suivent, comme Michael Barne, Reginald Skelton ou George Mulock, qui révèlent par inadvertance à Shackleton que les anciens officiers de Discovery sont engagés auprès de Scott pour sa prochaine expéditionParmi ceux qui ont refusé, seul Wilson partira avec Scott lors de l'expédition Terra Nova.. De l'ancienne expédition, Shackleton n'est en mesure que de garantir les services de deux officiers, Frank Wild et Ernest Joyce.

Le commandant en second de Shackleton, même si cela n'est pas clarifié jusqu'à ce que l'expédition atteigne l'Antarctique, est Jameson Boyd Adams, lieutenant réserviste de la marine britannique qui a refusé la possibilité d'obtenir une commission pour se joindre à Shackleton. Il endosse également le rôle de météorologue de l'expédition. À bord du Nimrod se trouve un autre officier de la réserve navale, Rupert England, qui, avec John King Davis, allait plus tard se faire une grande réputation dans l'Antarctique, en tant que chef officier. Æneas Mackintosh, un officier de la marine marchande d'une ligne de la Peninsular and Oriental Steam Navigation Company, est nommé second officier et plus tard sera transféré dans l'équipe débarquée. Également destinés à l'équipe de la base, les deux chirurgiens Alistair Mackay et Eric Marshall, le mécanicien Bernard Day et Philip Brocklehurst, qui est pris comme assistant géologue à la suite de sa souscription.

La petite équipe de scientifiques qui quitte l'AngleterreEn dehors des deux médecins, l'équipe est composée du biologiste John Murray et du géologue Raymond Priestley, cofondateur du Scott Polar Research Institute. est considérablement renforcée par deux membres provenant d'Australie. Le premier est Edgeworth David, professeur de géologie à l'Université de SydneyDavid rejoint l'expédition comme physicien et est le responsable scientifique. et le deuxième est un ancien élève de David, Douglas Mawson, un professeur de minéralogie à l'Université d’Adélaïde. Les deux hommes ont à l'origine prévu d'aller en Antarctique, puis de revenir immédiatement avec le navire, mais on les persuade de devenir membres à part entière de l'expédition. Ils ont ainsi permis d'importantes contributions aux réalisations scientifiques de l'expédition, et David est aussi un élément favorable à l'obtention de la subvention du gouvernement australien.

Avant le départ pour l'Antarctique en , Joyce et Wild suivent une initiation rapide à l'imprimerie, car Shackleton a l'intention de publier un livre ou un journal pendant qu'ils sont encore en Antarctique.

La promesse à Scott thumb|left|upright|Robert Falcon Scott, autre grande figure de l'exploration en Antarctique.