Charles Marie René Leconte de Lisle, dit Leconte de Lisle, est un poète français, né le à Saint-Paul sur l'île de la Réunion, et mort le à Voisins (Louveciennes).

Son œuvre est composée de trois recueils de poésie, de pièces de théâtre et de traductions d’auteurs anciens.

Il est considéré comme le chef de file du mouvement parnassien : il a exprimé dans des préfaces certains principes auxquels se sont ralliés les poètes d’une génération — entre la période romantique et le symbolisme — regroupés sous le terme de parnassiens à partir de l'année 1866.

Il a été décoré de la Légion d'honneur en 1870 et élu à l'Académie française en 1886.

Biographie Origines familiales

Charles Marie René Leconte de Lisle naît à Saint-Paul sur l'île de La Réunion (à l'époque appelée Île Bourbon). Il passe son enfance entre La Réunion et la Bretagne, au gré des déménagements de sa famille, notamment à Nantes entre 1822 et 1832.

Années d'études Pendant ses études secondaires, Leconte de Lisle découvre Les Orientales de Victor Hugo et . C'est à cette époque qu'il écrit ses premiers essais littéraires.

En 1837, il quitte à nouveau son île natale pour la métropole afin d'obtenir son baccalauréat et poursuivre des études de droit. Le , il s'inscrit à la faculté de droit de Rennes.

Le , Leconte de Lisle est reçu avec difficulté bachelier en droit. Sa famille s'installe à Saint-Denis (La Réunion). .

Vie familiale Le , il épouse Anna Adélaïde Perray, Félix Jobbé-Duval et avec laquelle il vit depuis deux ans ; c’est un mariage modeste.

Carrière de bibliothécaire au Sénat

Le , à la Bibliothèque du Palais du Luxembourg en remplacement de François Coppée. Il accepte, tout en se sentant blessé par la médiocrité de l’offre. Il restera en fonction jusqu'à sa mort.

Positions politiques Entre 1843 et 1845 alors que , les rédacteurs du journal phalanstérien La Démocratie pacifique lui proposent une place dans leur société, avec promesse de publier un livre de poésie. Il décide alors de retourner s'installer à Paris.

En 1845, lors de son départ, il rencontre à Brest le phalanstérien Paul de Flotte avec qui il rejoint Paris. Là-bas, il rencontre Charles Baudelaire. C'est à ce moment qu'il se passionne pour la politique et en particulier pour les "idées démocratiques et fouriéristes et pour les phalanstériens".

, pour se présenter à la députation. Il n'est pas élu. Déçu par la tournure que prennent les événements après 1848, il se détourne de la politique pour se consacrer à la littérature.

En 1864, tacitement rallié au régime impérial, il accepte une pension payée sur la cassette personnelle de l’Empereur.

Dans sa correspondance de 1871, , qui lui semble compromettre les chances d’établir la République.

Relations littéraires Le , présenté à Sainte-Beuve lors d'une soirée littéraire, il récite son poème Midi, qui impressionne Sainte-Beuve :

Entre 1853 et 1855, Leconte de Lisle fréquente chez Louise Colet, Gustave Flaubert, Alfred de Vigny, Victor Cousin, entre autres.

Le , aux funérailles de Victor Hugo, il prononce un discours.

En 1888, il rencontreYann Mortelette, Histoire du Parnasse, Fayard, 2005, 364. : la reine Élisabeth de Roumanie, qui signe ses œuvres littéraires du pseudonyme de Carmen Sylva ; la princesse Hélène Vacaresco ; la princesse Brancovan et sa sœur Hélène Bibesco ; Elena Goldschmidt.

Le , la revue La Plume annonce la constitution d'un comité de souscription pour but d'élever une statue à Charles Baudelaire. Sur le conseil de Stéphane Mallarmé qui décline ce rôle, Leconte de Lisle en a accepte la présidence d'honneur ; c'est à Auguste Rodin que le travail est demandé.

Le , José-Maria de Heredia publie dans la revue La Plume une lettre qui lance un appel aux poètes en faveur du monument à ériger à Leconte de Lisle. Il demande à Léon Deschamps, directeur de la revue, l’ouverture d’une souscription dans ses colonnesLa Plume, , , (Gallica).

Élection à l'Académie Française En 1877, sa première candidature à l'Académie Française échoue au profit de Victorien Sardou. Victor Hugo vote pour lui avec ostentation. Leconte de Lisle déclare que le suffrage de Victor Hugo équivaut à son élection et qu’il ne se présenterait plus.

Le , il se porte à nouveau candidat à l'Académie française au fauteuil de Victor Hugo. Le 11 février 1886, malgré l'opposition d'adversaires irréductibles, il est élu à l'Académie française, par 21 voix sur 32 votants, au fauteuil de Victor Hugo. Leconte de Lisle est reçu sous la coupole en le par Alexandre Dumas fils.

Mort Le mardi , à 7 heures du soir, à Voisins, où il se trouve en villégiature chez Élena Goldschmidt.

Le , José-Maria de Heredia et Gaston Boissier prononcent des discours lors des funérailles de Leconte de Lisle. Ses obsèques religieuses ont lieu à Saint-Sulpice. Il est enterré au cimetière du Montparnasse, à Paris. Une souscription publique est ouverte afin d'élever un monument. Son exécution est confiée au sculpteur Denys Puech.

En , les cendres de Leconte de Lisle sont rapatriées à l'île de La Réunion. Il est inhumé le au cimetière marin de Saint-Paul, conformément à son vœu de reposer en terre réunionnaise exprimé dans ses poèmes le Manchy et Si l'Aurore.

Œuvre Poèmes et recueils Le , Sainte-Beuve évoque dans un article pour Le Constitutionnel le poème de Leconte de Lisle « Hélène » et y retranscrit « Midi ». Son ami Auguste Lacaussade le met en relation avec l’éditeur Marc Ducloux, qui publie le les Poèmes Antiques, avec la préface. Très remarqué, le recueil prend sa place dans le monde des lettres. Pour Poèmes Antiques, Leconte de Lisle reçoit le prix Maillé-Latour-Landry 1854 de l’Académie française. En 1874, il publie une seconde édition des Poèmes antiques, augmentée et refondue.

En 1855, Leconte de Lisle publie un second recueil intitulé Poèmes et poésies. L'année suivante, il reçoit le prix Lambert de l'Académie française.

En 1857, il publie « Hypatie » et reçoit un nouveau prix de l'Académie française. En 1858, il publie un recueil de ses Poésies complètes.

En 1862, Leconte de Lisle publie Poésies barbares. Il en publie en 1872 une réédition refondue et augmentée intitulée Poèmes barbares.

En 1884, le recueil Poèmes tragiques paraît. Pour ce recueil, il reçoit le prix Jean-Reynaud de l’Académie française.

Mouvement parnassien

Le Parnasse contemporain Les poètes se réclamant du mouvement parnassien se retrouvent au salon de Leconte de Lisle et contribuent à une série de recueils collectifs : Le Parnasse contemporain. Leconte de Lisle en préside le comité de rédaction. Trois éditions de ce recueils seront publiées : la première en 1866, la seconde entre 1869 et 1871 (sa publication est interrompue par la guerre contre la Prusse) et la dernière en 1876. 99 poètes ont contribué à ces trois éditions.

Réceptions et critiques En 1860, le succès des recueils poétiques, sa préface des Poèmes antiques, une série d’articles sur Les Poètes contemporains dans Le Nain jaune conduisent les jeunes poètes à adopter Leconte de Lisle comme chef de file d’un nouveau courant poétique.

Au début du mois d', il emménage au 8, boulevard des Invalides, où il commence à recevoir les jeunes poètes. Chaque samedi, ils se rendent dans son salon au cinquième étage « à la file indienne, par un étroit escalier » : d'abord Catulle Mendès (introduit par Louis Ménard), François Coppée et Villiers de L’Isle-Adam ; viendront ensuite Louis-Xavier de Ricard, Paul Verlaine, Jules Andrieu, Albert Mérat, Léon Valade, Léon Dierx, Sully Prudhomme, Albert Glatigny, José-Maria de Heredia, et parfois Mallarmé et Emmanuel des Essarts, etc.

Le , il est témoin au mariage de Catulle Mendès avec Judith Gautier. En novembre de la même année, Barbey d’Aurevilly publie un pamphlet comprenant une critique consacrée à Leconte de Lisle et aux 36 autres poètes ayant contribué au premier volet du Parnasse contemporain : Les trente-sept médaillonnets du Parnasse contemporain.

Entre 1867 et 1868, les traductions par Leconte de Lisle de l'Iliade et de l'Odyssée paraissent. Alphonse Daudet, Paul Arène et plusieurs de leurs amis publient un pastiche, Le Parnassiculet contemporain, visant notamment Leconte de Lisle. Dans son premier roman, Alphonse Daudet campe le poète Baghavat, qui est une caricature de Leconte de Lisle.

Début , Paul Verlaine lui consacre une monographieCollection « Les Hommes d’aujourd’hui », )., accompagnée d’un portrait-charge dû à Coll-Toc.

Le 1887, parution de la Protestation des artistes contre la Tour de M. Eiffel, dont Leconte de Lisle est cosignataire parmi environ trois cents artistesVoir le texte de la protestation des artistes contre la tour Eiffel et la réponse de Gustave Eiffel.

Commandes et œuvres théâtrales En 1871, après la chute de l'Empire et la découverte de la pension qui lui était attribuée, Leconte de Lisle publie des œuvres de commande chez Lemerre : Histoire populaire de la Révolution française et Histoire populaire du christianisme. Il publie aussi anonymement un Catéchisme populaire républicain, qui sera tiré en 24 éditions.

Le , il crée à l’Odéon la tragédie antique Les Érinnyes. La musique de scène de Jules Massenet est jouée par un petit orchestre composé de 40 musiciens sous la direction d'Édouard Colonne, avec Eugène Ysaÿe au premier violon. La même année, il finit de rédiger avec Anatole France l’édition posthume du Grand dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas père.

En 1874, il se lie avec Victor Hugo.

En 1876, il collabore à une Histoire du Moyen Âge, signée seulement par Pierre Gosset. Le , reprise de la pièce Les Érinnyes pour quatre représentations à la Gaîté Lyrique, sous la direction de Jules Danbé. Jules Massenet a remanié la partition : il a ajouté une ouverture, des airs de ballet, une marche et des chœurs. Mais il a aussi réorchestré pour un orchestre symphonique complet.

En 1877, Leconte de Lisle entame une collaboration avec le compositeur Franz Servais pour l’Apollonide.

Après l'échec de sa première candidature à l'Académie française, un important article de Jules Lemaître fait l’éloge de Leconte de Lisle dans La Nouvelle Revue ().

En 1888 L'Apollonide paraît.

Le , les Érinnyes sont reprises à l'Odéon pour une série de vingt représentations.

Le , nouvelle reprise des Érinnyes, à l'Odéon pour une série de seize représentations.

Idées littéraires Le choix de certains thèmes et leurs traitements par Leconte de Lisle le relient au romantisme, notamment : la description de la nature sauvage (couleur, exotisme, animaux…), les sujets historiques et mythologiques, le goût de la liberté dans la fantaisie, l’énergie.

Mais, amplifiant l’impulsion donnée par Théophile Gautier avec son culte de l’Art pour l’Art et par Théodore de Banville, Leconte de Lisle rompt avec ce mouvement et défend une doctrine nouvelle — celle qui va servir de modèle aux parnassiens — caractérisée par quelques principes : la poésie doit rester impersonnelle (le poète ne doit pas chanter son ego) ; le poète doit privilégier le travail de la forme plutôt que se laisser aller à sa seule inspiration débridée. Il doit viser la beauté, dont l’antiquité (grecque, hindoue, nordique, etc.) fournit les modèles absolus ; par opposition aux sentiments, la science, guidée par la raison, constitue un champ d’expression infini. Le poète ne doit pas s’impliquer dans la vie moderne.

Liste des œuvres Poésie En 2011, Edgard Pich, dans son édition critique nouvelle, a mis en évidence qu’entre 1837 et 1847, Leconte de Lisle avait constitué sans les publier quatre recueils de poésie : Essais poétiques de Ch. Leconte de Lisle ; Cœur et âme ; Odes à la France ; Hypatie.

Pendant près d’un siècle et demi, la structure adoptée pour la publication des poésies complètes de Leconte de Lisle a été celle de l’éditeur Alphonse Lemerre, en quatre volumes, constitués entre 1872 et 1895 : Poèmes antiques, Poèmes barbares, Poèmes tragiques, Derniers Poèmes.

Les poèmes de Leconte de Lisle sont sur wikisource.

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