Bertran de Born ( – ), serait né au château de Born, aujourd'hui disparu, sur la commune de Salagnac (Dordogne), seigneur de Hautefort, à la frontière entre Limousin et Périgord.
C'est un troubadour qui célèbre l'amour et la guerre. Il est mêlé aux luttes des fils d'Henri Plantagenet, et prend parti contre Richard pour Henri le Jeune. À la mort de celui-ci, il se réconcilie avec Richard, qu'il soutient à son tour contre Philippe-Auguste. Ses plus belles poésies en langue occitane sont des sirventès à l'accent satirique très violent.
Biographie
Recherches La vie de Bertran de Born a été décrite dans l'édition de ses poèmes qu'a faite Gérard Gouiran, professeur à l'université de Montpellier Paul-Valéry.
Jean-Pierre Thuillat a également fait de nombreuses recherches sur ce troubadour singulier et les a regroupées dans sa biographie..
Vie Bertran de Born étant vavasseurMarc Bloch, « Les distinctions de classes à l’intérieur de la noblesse » texte en ligne, ., sa seigneurie n'était pas divisible. Il était donc conjointement seigneur de Hautefort avec son frère, Constantin, lequel avait comme lui épousé une Lastours.
On trouve d'autres cas de coseigneuries parmi les troubadours, le plus célèbre étant celui des « quatre troubadours d'Ussel », trois frères et un cousin. Le a été marqué par ce que les historiens du Moyen Âge considèrent comme un « renouveau de l'État », du moins de l'idée princière. Les seigneuries qui s'étaient rendues indépendantes dans le passéElles s'étaient rendues indépendantes dès l'époque carolingienne, pour Dominique Barthélémy, autour de l'an 1000 dans une hypothèse plus traditionnelle. entrèrent en concurrence avec des principautés territoriales — le duché d'Aquitaine, le comté de Barcelone et de Provence, le comté de Toulouse, puis la royauté française après la croisade albigeoise du — qui leur contestaient leurs « mini-États ». Un des moyens employés par les principautés territoriales pour diminuer l'influence des châtelains locaux fut de recourir aux luttes féodales internes de leurs familles.
C'est ainsi que Bertran de Born entra en conflit avec son frère, passé sous le giron des Plantagenêt — devenus après 1154 et le mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri suzerain du Limousin. Dès lors, Bertran de Born eut toutes les difficultés pour faire valoir son droit à être seigneur indépendant de Hautefort. Cette lutte pour l'indépendance est au cœur de la poésie de Bertran de Born, qui aborde quasiment exclusivement des thèmes politiques. Gérard Gouiran a retracé les allées et venues du pouvoir du troubadour sur son bout de territoire.
Il suffit de dire que Bertran de Born chercha lui-même à jouer sur les dissensions à l'intérieur de la famille des Plantagenêt afin de garder son indépendance, mais qu'il fut contraint finalement d'aller s'humilier publiquement devant la famille de ses suzerains lorsqu'elle fut réconciliée. Il incita les fils de à lutter contre leur père, soit parce qu'il les considérait comme des chefs nationaux, à cause du sang aquitain que leur avait transmis leur mère, soit parce qu'il voulait perdre ces princes en les dressant les uns contre les autres. Il fut lié surtout avec l'aîné Henri le Jeune. Étant tombé entre les mains du roi d'Angleterre Henri , il n'avait eu pour obtenir son pardon qu'à éveiller le souvenir de ce jeune prince. lui rendit son château.
Après la mort de Richard Cœur de Lion, il renonça aux intrigues politiques ainsi qu'à la guerre, et finit par se retirer à l'abbaye de Dalon — fondée au à Sainte-Trie (Dordogne) par Géraud de Salles et que son beau-père, Gouffier de Lastours, avait contribué à fonder. Il y termina sa vie.
Œuvres vignette|Bertran de Born en enfer levant sa tête décapitée. Illustration de Gustave Doré pour une édition de l'Enfer de Dante. Bertran de Born fut l'un des maîtres du sirvente politique. Sa poésie, qui aborde des thèmes parfois très violents comme lorsqu'il chante la joie de la guerre, est à placer parmi les œuvres majeures de la poésie occitane médiévale.
Dante a représenté Bertran de Born au chant de son Enfer, en compagnie des semeurs de discorde ; en sa qualité de conseiller du prince, il est jugé responsable du conflit entre le roi et son fils Henri le JeuneDante, Enfer, chant , 118-142..
L'image de Bertran de Born arrivant aux enfers, décrite par Dante, a d'ailleurs inspiré Paul Auster dans son livre Invisible.
Le poète allemand Heinrich Heine, curieux du personnage, a consacré à son pouvoir de séduction trois strophes charmantes, où rien ne choquera l'historien. Ezra Pound lui a consacré le poème Sestina : Altaforte Texte original. Consulté le 5 janvier 2013..
Ci-dessous, deux extraits de Bem platz lo gais temps de pascor :
Postérité Au , durant la période de répression religieuse contre les huguenots, les jésuites s'emparent du terrain de l'éducation catholique. Ils s'affairent donc à la création de collèges afin de diffuser la religion catholique. Ainsi est créé le collège Bertran de Born à Périgueux en 1591.
Aujourd'hui encore, la cité scolaire porte son nom, ainsi qu'un boulevard et la piscine municipale de Périgueux (Dordogne), ainsi qu'à une rue à Limoges, Montpellier et Toulouse.
en littérature Louis Aragon fait un rapprochement entre lui et Alain Borne dans 'Pour un chant national' (Les Yeux d'Elsa). Paul Auster le cite dans son roman « Invisible ». Jean Giraudoux le cite et le qualifie de « plus grand poète limousin » à la fin du cinquième chapitre de son roman Sigfried et le Limousin.
en chanson Francis Cabrel l'évoque, dans la chanson Rockstars du Moyen Âge (album À l'aube revenant).
au théâtre Bertran de Born, comédie héroïque en dix tableaux de Jean Valmy-Baysse, musique de scène de Darius Milhaud (1936).
Notes et références Notes
Références
Bibliographie
. Stanisław Stroński, La Légende amoureuse de Bertran de Born. Critique historique de l'ancienne biographie provençale, appuyée de recherches sur les comtes de Périgord, les vicomtes de Turenne, de Ventadour, de Comborn, de Limoges, et quelques autres familles, Paris, Champion, 1914, -202 p. ; réimpr. Genève, Slatkine, 1973 (lire en ligne sur Internet Archive). Richard de Boysson, « Études sur Bertrand de Born : sa vie, ses œuvres et son siècle », → Dans Bulletin de la Société scientifique, historique et archéologique de la Corrèze, tome , 1900, , , , tome , 1901, , , , , tome , 1902, , , (Préface), Brive, Marcel Roche, imprimeur-éditeur. → Tiré à part : Paris : Alphonce Picard et Fils, Toulouse : Édouard Privat, 1902, , . → Reproduction en fac-similé de l'édition de 1902 : Slatkine, Genève, 1973, 419 pages, . Gérard Gouiran, Le seigneur troubadour d’Hautefort : l’œuvre de Bertran de Born, Aix-en-Provence, université de Provence, 1987, 643 p. Gérard Gouiran, « Bertran de Born : un maître pour les princes Plantagenêt ? », Civilisation Médiévale, 14, Poitiers, Centre d'études supérieures de civilisation médiévale, 2003, . .
Voir aussi
Articles connexes Hautefort Lantelmet d'Aiguillon Langue occitane
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