Catherine Pozzi, née le à Paris et morte le dans la même ville, est une poétesse et femme de lettres française.
Biographie
Catherine Pozzi naît dans « le milieu du Tout-Paris aristocratique et bourgeois de la fin du » Claire Paulhan, Avant-propos, in : Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes, Poésie / Gallimard, Paris, 2002, . de Samuel Pozzi, d'une famille protestante, chirurgien, premier titulaire de la chaire de gynécologie à la faculté de médecine de Paris, et de Thérèse Loth-Cazalis, « héritière de la grande bourgeoisie catholique lyonnaise, apparentée par sa mère au poète Henri Cazalis (Jean Lahor) et au peintre Frédéric Bazille » Claire Paulhan, Repères biographiques, in : Catherine Pozzi,Très haut amour - Poèmes et autre textes, Poésie / Gallimard, Paris, 2002, ..
La famille, brillante et cultivée, reçoit et fréquente les salons parisiens où l'on rencontre des artistes, des écrivains (Leconte de Lisle, Alexandre Dumas fils, José-Maria de Heredia…) Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893-1906, Éditions Claire Paulhan, Paris, 1997, ., des hommes de science ou des hommes politiques. Georges Clemenceau est un ami de Samuel Pozzi. Catherine aura deux frères cadets, Jean (né en 1884), qui deviendra diplomate, et Jacques (né en 1896). Jeune, elle étudie avec des précepteurs ; elle suit des cours de piano avec Marie Jaëll Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893-1906, Éditions Claire Paulhan, Paris, 1997, . En 1914, Catherine Pozzi publiera un article sur Le problème de la beauté musicale et la science du mouvement intelligent: l'œuvre de Marie Jaëll - BNF Gallica. Voir : Les Cahiers Alsaciens, , Strasbourg, 1914, et suiv. ., pratique le tennis et l’équitation. Dès l’âge de 10 ans, elle commence à tenir un premier Journal Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893 - 1906, Éditions Verdier, Paris, 1995. Édition reprise, en 1997, sous nouvelle couverture rempliée coquille, par les Éditions Claire Paulhan..
En 1907, elle étudie un trimestre à Oxford, au Saint Hugh's College, une institution alors réservée aux jeunes filles. Mais bien qu'admise à revenir à l'automne, elle renoncera, sous la pression de sa mère, à y poursuivre ses études Lawrence Joseph, Préface à Catherine Pozzi, Journal 1913 - 1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, ..
En , à 26 ans, elle épouse, sans conviction, un jeune commis d'agent de change à la Bourse de Paris, Édouard Bourdet, de cinq ans son cadet, qui allait rapidement devenir un auteur dramatique à succès C'est au cours de leur voyage de noces à Cannes que Bourdet se met à écrire Le Rubicon, la pièce qui va le lancer et qui « reflète, de toute évidence, la situation du jeune homme : son personnage principal, Germaine, est une épousée de fraîche date dont le mari n'a pas su faire la conquête. » Voir : Lawrence Joseph, Préface à Catherine Pozzi, Journal 1913-1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, . Compte-rendu de la pièce de Bourdet - « une très jolie chose » - dans : Journal amusant, 29 janvier 1910, et dans Comœdia illustré, mars 1910, .. En naît leur fils Claude Catherine Pozzi et Édouard Bourdet se sépareront dès la fin de la Première Guerre mondiale, leur divorce étant prononcé en 1921. Voir : Claire Paulhan, Repères biographiques, in : Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes, Poésie / Gallimard, Paris, 2002, . Sur Édouard Bourdet et Catherine Pozzi, voir également sur le site de l'Association de la Régie Théâtrale : Geneviève Latour, Édouard Bourdet ou L'Ideal témoin du ..
Durant l'été 1912, apparaissent les symptômes de la tuberculose dont, déjà asthmatique, elle souffrira désormais jusqu’à sa mort Lawrence Joseph, Préface à Catherine Pozzi, Journal 1913-1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, .. En 1913, elle fait la connaissance d'André Fernet, auditeur au Conseil d'État, jeune auteur de deux pièces de théâtre, avec lequel « elle vécut une relation amoureuse platonique et qui mourut pendant la guerre » Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893-1906, Éditions Claire Paulhan, Paris, 1997, . André Fernet, né en 1886, ancien élève de l'École des Sciences Politiques, pilote aviateur durant la Première Guerre mondiale, « est tué au cours d’un combat aérien le aux commandes du Caudron G4 , dans les environs de Château-Bréhain (Moselle).» Croix de guerre avec palme, citation à l'ordre de l'armée (1915), chevalier de la Légion d'honneur à titre posthume. Voir : Portrait d'André Fernet (1886 - 1916).. À partir de 1916, année de la mort de Fernet, et jusqu'à ce qu'elle décède, Catherine Pozzi ouvrira au de chaque année son journal par une invocation à André Fernet : « Ma vie, mon esprit... » Excepté en 1927 et 1931. Pierre Boutang fait une analyse de L'invocation à André Fernet, ses variantes de 1917 à 1934, in : Karin Pozzi et la quête de l'immortalité, La Différence, « Mobile Matière », Paris, 1991 et suiv. ..
thumb|Catherine Pozzi et Paul Valéry (vers 1924). En 1918, alors qu'elle réside à Montpellier avec sa mère, elle apprend que son père a été assassiné par un de ses anciens patients Catherine Pozzi, Journal 1913-1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, ..
Elle passe avec succès en , à 37 ans, les examens de la première partie du baccalauréat « Enfin, étonnante expérience. Ils m'ont donné la Mention. » Voir : Catherine Pozzi, Journal : 1913-1934, Éditions Ramsay, Paris, 1987, .. Reçue à la deuxième partie en , « elle décide d'entreprendre des études de biologie à la Faculté des Sciences à Paris » Claire Paulhan, Repères biographiques, in : Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes, Poésie / Gallimard, Paris, 2002, . « Des sciences, pour faire après de la philosophie. » avait-elle répondu à l'examinateur de son épreuve orale de philosophie qui, après l'avoir félicitée pour son écrit « Vous avez fait un devoir remarquable » s'enquérait « Serait-ce très indiscret de ma part de vous demander ce que vous allez faire à présent ? » Voir : Catherine Pozzi, Journal : 1913-1934, Éditions Ramsay, Paris, 1987, ..
Elle est l’amie de Rainer Maria Rilke avec qui elle correspondra en 1924-1925 Catherine Pozzi, Rainer Maria Rilke, Correspondance 1924-1925, prés. Lawrence Joseph, La Différence, coll. « Littérature », Paris, 1990., Anna de Noailles, Jean Paulhan (rédacteur en chef de La Nouvelle Revue française), Colette, Henri de Régnier, Pierre Jean Jouve entre autres.
Elle entame en 1920 une liaison tumultueuse avec Paul Valéry, qui durera huit ans et donnera lieu à une importante correspondance. La rupture avec celui-ci l'éloignera du Paris des salons et provoquera chez elle un pénible sentiment de solitude. Elle ordonnera que toute sa correspondance avec Valery soit détruite après sa mort..
Au début des années trente, elle se lie avec Raïssa - qui « me plaît absolument » - 24 février 1931. Voir : Catherine Pozzi, Journal 1913 - 1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, . et Jacques Maritain Voir : Nicolas Cavaillès, L'Élégance et le Chaos - Correspondance de Catherine Pozzi avec Raïssa et Jacques Maritain, Hélène Kiener, Audrey Deacon, Éditions Non Lieu, Paris, 2011. - « grand plaisir de l'intelligence » - Catherine Pozzi, Journal 1913-1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, ., ainsi qu'avec Louis Massignon. Très affectée par la maladie qui la fait souffrir, elle écrit à ce dernier, en 1931 : « Je suis un des points singuliers par où la souffrance de la planète rayonne » Lettre à Louis Massignon, 20 mars 1931. Cité d'après : Jacques Keryell (sous la dir.), Louis Massignon et ses contemporains, Éditions Karthala, Paris, 1997, ..
Elle meurt à Paris le , minée par la tuberculose, la morphine et le laudanum. Elle est inhumée aux côtés de sa mère au cimetière Beauferrier de Bergerac., en Dordogne, non loin de la propriété familiale de La Graulet La propriété de La Graulet fut apportée en dot dans la famille Pozzi par Inès Escot-Meslon, la mère de Samuel Pozzi. Voir : Lawrence Joseph, Préface à Catherine Pozzi, Journal 1913 - 1934, Éditions Claire Paulhan - Phébus Libretto, Paris, 2005, . où elle fit tant de séjours : « La Graulet ! La Graulet ! Quand serai-je là-bas ? Loin de Paris et de ses misères, La Graulet, champs verts pleins de fleurs, herbes hautes qui vous cachent tout entier, sources pures courant sous la mousse... repos, repos, repos sous les vieux arbres ! Loin, loin, loin, bien loin de Paris et de ses misères. Oh mon cher Périgord ! » 12 mars 1898. Voir : Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893-1906, Éditions Claire Paulhan, Paris, 1997, ..
Cette « grande jeune femme, gracieuse et laide » (Jean Paulhan) Jean Paulhan, Lettre à Dominique de Roux, fac-similé reproduit dans : Dominique de Roux, Maison jaune, Christian Bourgois Éditeur, Paris, 1969, ., élégante, sportive, lucide, mais aussi intransigeante et orgueilleuse, fut toute sa vie, face à la souffrance, assoiffée d’absolu — « ma soif exaspérée d'amour » 29 mai 1905. Catherine Pozzi, Journal de Jeunesse 1893-1906, Éditions Claire Paulhan, Paris, 1997, .— et tourmentée du besoin de croire.
Ses traits ont été fixés dans un tableau de Raymonde Heudebert Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, Tome 7 page 18..
Œuvre
Catherine Pozzi a écrit des articles, un essai philosophique et des poèmes, et est connue surtout pour six poèmes, publiés en 1935, après sa mort, dans la revue Mesures Mesures, , 15 juillet 1935. Voir : Mesures - Cahiers trimestriels (1935-1940). et qu’elle considérait comme son testament littéraire : Ave, Vale, Scopolamine, Nova, Maya et Nyx. De ces poèmes qu'elle commença à écrire en 1926, « selon sa stricte volonté, un seul, Ave, a été publié de son vivant dans la NRF du » Claire Paulhan, Avant-propos, in : Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes, Poésie / Gallimard, Paris, 2002, .. Le dernier, Nyx (« la nuit » en grec), composé « d’un trait », le « un mois avant de mourir, est inspiré par un sonnet de Louise Labé, elle aussi « de Lyon et d'Italie », à qui il est dédié On peut lire dans le Journal de Catherine Pozzi (5 novembre 1934) : « Je ne sais quoi m'a fait prendre Louise Labbé (sic) et d'un trait j'ai écrit pour cette fille de mon pays, sur une consonance d'elle : NYX ». Le poème qui porte la dédicace suivante : « À Louise aussi de Lyon et d'Italie », commence ainsi : « Ô vous mes nuits, ô noires attendues... », faisant en effet référence au Sonnet II de Louise Labé : « Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés / Ô chauds soupirs, ô larmes épandues / Ô noires nuits vainement attendues / Ô jours luisants vainement retournés ! » (transposition en français moderne). Voir : Claire Paulhan, préface à Catherine Pozzi, Très haut amour - Poèmes et autres textes, Gallimard, Paris, 2002, . Catherine Pozzi était originaire de Lyon par sa mère et d'Italie par la famille de son père..