vignette|250px|Rapt de Proserpine (Autel funéraire romain, ) Le rapt de Perséphone, dans la mythologie grecque, ou rapt de Proserpine dans la mythologie romaine, est le récit de l'enlèvement de Coré par le dieu Hadès, de sa recherche désespérée par sa mère Déméter et de la solution adoptée, selon laquelle Coré, désormais Perséphone, reine des Morts, ne reste dans le monde souterrain qu'une partie de l'année.

Cet épisode mythologique est généralement interprété comme un mythe étiologique expliquant le changement des saisons.

Mythe Différents ouvrages évoquent l'enlèvement de Perséphone, mais le récit de celui-ci diffère suivant les ouvrages. Le plus ancien d'entre eux est le second hymne homérique à avoir été adressé à Déméter, et le douzième du recueil rassemblant tous les hymnes. Il est relativement complet. Ensuite, celui qui a eu le plus de répercussions dans l'art de l'époque moderne est la version du poète latin Ovide.

Hymne homérique Préliminaires vignette|Rapt de Perséphone. En bas, Hadès et Perséphone sur le quadrige, à leur droite Hermès. (Vase apulien, Antikensammlung Berlin)|alt=En bas, Hadès et Perséphone sur le quadrige, à leur droite Hermès (vase apulien) Hadès, dieu des Enfers et frère de Zeus, tombe amoureux de Coré. Il demande alors à son frère la permission de l'épouser. N'ignorant pas que Coré n'irait pas de son plein gré dans ce monde obscur, celui-ci ne se prononce pas ; Hadès interprètera ce silence tacite comme un consentement.

Enlèvement C'est à ce moment que l'hymne homérique commence, décrivant une idylle interrompue brusquement :

Déméter à Éleusis vignette|Perséphone chez Hadès, médaillon d'un kylix attique, vers 440-430 av. J.-C., British Museum. Déméter, qui est la mère de Perséphone, était cependant épouvantée par le rapt et restait bien loin de s'apaiser. Ne voulant plus rien avoir à faire avec les dieux, elle quitta l'Olympe, prit l'apparence d'une vieille femme et marcha ainsi parmi les hommes qui ne la reconnaissaient pas. Elle arriva ainsi à une fontaine dans la ville d'Éleusis, où elle se coucha sous un olivier. Alors Callidice, Cleisidice, Démo et Callithoé, filles de Céléos, roi d'Eleusis, arrivèrent à la fontaine. Elles demandèrent à la déesse déguisée d'où elle venait et pourquoi elle se trouvait si loin de sa patrie. Elle répondit que son nom était Doso, qu'elle venait de Crète et qu'elle avait été enlevée par des pirates, auxquels elle avait réussi à échapper.

Sur quoi, les filles de Céléos invitèrent Déméter dans la maison de leur père, et leur mère Métanère l'accueillit chaleureusement. La déesse était malgré tout silencieuse et pleine de tristesse, ne voulait rien manger, rien boire, jusqu'à ce que la servante Iambe la fasse rire par des plaisanteries obscènes. Elle repoussa le vin qu'on lui offrait, demandant à la place du cycéon.

Elle accepta ensuite la charge de nourrice de Démophon, le plus jeune fils de Céléos et de Métaneire. Elle le nourrit d'ambroisie, ce qui le fit grandir très rapidement et s'approcher, par son apparence, des dieux autant que des hommes. Déméter décida de le rendre immortel. Elle était sur le point d'accomplir le rituel en le passant dans les flammes quand elle fut surprise par Métaneire, qui poussa un grand cri, croyant qu'une vieille folle tentait de brûler son fils.

Cela irrita beaucoup la déesse ; elle tira le garçon du feu, grâce auquel il aurait pu échapper à la mort. Elle se montra ensuite sous sa vraie apparence et exigea qu'on lui érige un temple à Éleusis, ce qui fut fait. Quand Déméter fonda finalement les mystères d'Éleusis, Céléos devint le premier grand prêtre.

Retour de Coré

Mais avant cela, elle laissa libre cours à sa colère et à son désespoir : elle ordonna aux plantes de ne plus pousser, et rapidement tout le pays fut rongé par ce mal, si bien que la menace apparut que tous les hommes finissent par mourir de faim et que les dieux restassent seuls dans l'Olympe, sans les fumées des sacrifices dont ils se délectaient jusques alors. C'est pourquoi Zeus envoie Hermès à Hadès, lui demandant au nom de tous les dieux de libérer Coré.

Hadès semble se plier à contrecœur à la volonté de Zeus, mais il impose à Perséphone, avant qu'elle ne suive Hermès, d'avaler des pépins de grenade. Quand elle est de retour auprès de sa mère, celle-ci lui demande si elle a mangé quoi que ce soit dans les Enfers ; Coré raconte ce qui lui est arrivé. Or personne, qui a goûté aux mets des morts, ne peut rester longtemps dans le monde des vivants. Ainsi Perséphone doit vivre quatre mois avec Hadès aux Enfers ; elle peut passer les huit autres mois auprès de sa mère.

Déméter s'accommode finalement de ce compromis et accepte de développer à nouveau la fertilité terrestre. Elle descend sur Terre où elle fait pousser dans la plaine de Rharos à Éleusis la première pousse de céréale et fonde les mystères d'Éleusis. Les six mois dans le monde souterrain représentent la période stérile de la Terre : Déméter est triste, donc aucune plante ne pousse ; mais quand sa fille est avec elle, tout fleurit et prospère.

Métamorphoses d'Ovide vignette|L'Enlèvement de Perséphone - villa romaine de Chiragan, musée Saint-Raymond, Toulouse La première fois qu'Ovide traite du rapt de Proserpine, c'est dans son œuvre la plus connue, les Métamorphoses, V, 341-571.Ovid Fasti 4.417-620.

Enlèvement Les Métamorphoses commencent avec une description presque bizarre : après la Gigantomachie, le géant Typhée est enterré sous la Sicile, où il se démène avec agitation contre ses liens et provoque des tremblements de terre. Pluton s'inquiète pour son territoire et redoute surtout que des éboulements laissent entrer le soleil dans le royaume des ombres. L'inquiétude d'Hadès est aussi présente chez Hésiode, qui raconte comment Hadès tremble dans les Enfers alors que son frère Zeus combat courageusement Typhée et le soumet finalement, 820 ss.. Pour se rassurer, Pluton monte à bord de son char tiré par quatre chevaux noirs pour inspecter les fondements de la Sicile. vignette|Vénus et Amour voient Pluton dans son char (Virgil Solis, 1581). vignette|Pluton retourne aux Enfers malgré Cyané (Virgil Solis, 1581). Lors de ce voyage, Vénus remarque le dieu des Enfers. Elle se dit que, puisqu'aucune partie du monde ne doit être épargnée par les flèches de son fils Cupidon, le monde souterrain devrait aussi succomber à l'amour. Par ailleurs, elle a à l'œil Proserpine, qui est restée vierge jusque-là, et risquerait de le rester toujours comme Diane ou Minerve. C'est pourquoi elle ordonne à son fils de tirer un trait contre Pluton immédiatement.

Chez Ovide, l'enlèvement prend place au lac Pergusa, aux environs d'Enna en Sicile, comme le montre ce passage.

C'est là que Pluton, touché par la flèche, aperçoit Proserpine, qui joue avec ses amies en cueillant des fleurs. Il s'enflamme d'amour, l'enlève et s'enfuit à toute allure à travers les étangs des Paliques, bouillonnants d'un brouillard sulfureux.

La nymphe Cyané a le courage de barrer la route à Pluton, mais celui-ci laisse la terre l'engloutir et il s'enfonce dans les Enfers avec son char et celle qu'il a enlevée. Cyané est si inconsolable qu'elle fond littéralement en larmes pour devenir la source Cyané.

La quête de Cérès

Comme chez Homère, Cérès entreprend de chercher sa fille, et elle porte des torches dans sa quête nocturne Quand, assoiffée par sa recherche sans répit, elle est amicalement accueillie par Mismé, une vieille femme, qui lui donne une coupe de cycéon qu'elle boit d'un trait, elle est raillée par Ascalabe, qui se moque de sa manière goulue de boire. La déesse, pour le punir, lui jette à la figure le reste du breuvageMétamorphoses, V, 254.. Il se transforme alors en lézard, mais conserve sur sa peau les traces des gouttes : c'est un jeckoMétamorphoses, trad. par Georges Lafaye, association Guillaume Budé, Paris, sixième tirage 1980, première éd. 1928 , p.140, note 3.

Quand Cérès a parcouru toute la Terre à la recherche de sa fille, elle revient en Sicile, à la source de Cyané. Celle-ci pourrait lui raconter ce qui était arrivé à Proserpine, mais ce lui est impossible dans son état métamorphosé. Elle laisse alors affleurer à la surface de l'eau la ceinture que Proserpine a perdue. Quand Cérès voit l'objet, elle comprend ce qui est arrivé. La ceinture est en général, dans la mythologie romaine, un symbole de la virginité. Dans les mariages romains, la ceinture était attachée avec un nœud particulier, le , que le fiancé devait défaire lors de la nuit de noces avant de s'unir à son épouse.

Cérès est désormais désespérée. Elle maudit les environs et le monde entier, prive la Terre de la fertilité, gâte les semences, tue ensemble les bêtes et les bergers. À la vue de cette volonté destructrice et sans entraves, la nymphe Aréthuse, qui par ses nombreuses relations dans les Enfers connaissait le séjour de Proserpine, sort de sa source. Elle demande à Cérès d'épargner la terre innocente, et lui apprend que sa fille est désormais reine des morts. Cérès, désormais indignée en plus d'être désespérée, va voir Jupiter et exige de lui le retour de sa fille. Il accepte, à condition que Proserpine n'ait consommé aucun mets dans le royaume des morts.

Le retour de Proserpine vignette|Métamorphose des compagnes en sirènes (1885). Cérès part récupérer sa fille ; mais Proserpine qui avait remarqué dans un jardin du monde souterrain un grenadier en porte à sa bouche six grains. Personne ne l'avait vue, à l'exception d'Ascalaphe, une créature infernale, qu'elle transforma pour le punir en chouette, l'aspergeant de l'eau du Phlégéthon.

Mais les compagnes de Proserpine sont également transformées : après qu'elles ont parcouru tous les pays du monde dans une recherche avide, elles veulent porter leur chant nostalgique au-delà des mers et sont à cette fin transformées par les dieux en sirènes, que seule la tête humaine distingue des oiseaux marins.

Finalement il est décidé que Proserpine doit rester six mois aux Enfers, et six mois auprès de sa mère. Cela suit dans le récit d'Ovide la métamorphose d'Aréthuse et précède l'histoire de Triptolème, qui y est liée par le contexte des mystères d'Eleusis.

Fastes d'Ovide Cérès en Sicile Ovide traite le rapt de Proserpine une nouvelle fois dans les Fastes, IV, 417-620., un calendrier versifié des jours de fêtes romains, parmi lesquels, à la date du , le début des Ludi Cereris, les jeux en l'honneur de Cérès. L'écrivain bride ici sa fantaisie poétique, son récit est plus conventionnel.

Aréthuse a invité les matrones en Sicile pour la fête sacrée et aussi Cérès vient, suivie de Proserpine, qui se divertit sur une prairie en cueillant des fleurs. Là, son oncle Pluton la voit et l'enlève. Quand ses compagnes remarquent que Proserpine a disparu, elles poussent une grande plainte. Cérès l'entend et se met tout de suite à la recherche de sa fille, suit ses traces, mais les perd. Ovide énumère les points où elle passe dans sa quêteFastes, IV, 467 ss.Sauf indication supplémentaire en note, les informations des colonnes Description et Commentaires sont confirmées dans l'édition en ligne.