vignette|250px|La baie du Mont-Saint-Michel. La forêt de Scissy ou forêt de Quokelunde est une forêt mythique qui aurait existé dans la baie du Mont-Saint-Michel avant sa destruction et son engloutissement par les eaux liés à l'imaginaire raz de marée de mars 709.

vignette|Extension maximale des calottes glaciaires du Nord de l'Europe au cours du Vistulien. Au cours de cette dernière glaciation (vers 17000 ans BP), la mer était environ au-dessous du niveau actuel : les îles du Ponant et celles de la baie du Mont-Saint-Michel n'étaient que des buttes dominant de vastes étendues terrestres planes.. Le mythe de la forêt de Scissy rappelle que plusieurs fois déjà au cours des temps géologiques, les transgressions marines et que la mer s'est retirée parfois très loin au cours des périodes de glaciation..

Extension géographique Elle aurait englobé les zones suivantes : Saint-Pair-sur-Mer avec l’abbaye de Scissy ; Les trois monts : Tombelaine, Le mont Saint-Michel, Le mont-Dol.

Dès après le raz-de-marée, Tombelaine et le mont Saint-Michel auraient acquis leur caractère insulaire.

Origine du nom Le nom Scessiacum est mentionné pour la première fois dans la Vita sancti Paterni (la vie de saint Paterne ou saint Pair, ancien évêque d'Avranches) écrite par le poète Venance FortunatFormes anciennes du nom Scissy. Cette forme ancienne du toponyme constitue probablement la forme primitive du nom de Scissy, comme le montre, entre autres, celle du village de Sissy dans l'Aisne, mentionné également Sessiacum en 1168Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Librairie Droz 1991. .. Albert Dauzat et Charles RostaingDictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Librairie Guénégaud, Paris, 1989 . . interprètent ce type toponymique comme « la propriété de Siccius ou Siscius » nom de personne gaulois ou gallo-romain, suivi en cela par Ernest NègreOp. cité.. Ce nom de lieu n'a pas de rapport avec une dénomination forestière, puisqu'il s'agit vraisemblablement de celui d'un fundus ou d'une villa gallo-romaine caractéristique par sa suffixation en -(i)-acum, d'origine gauloise -acon (-*āko(n)) marquant le lieu à l'origine, puis la propriété. Il a plus généralement abouti à -ey dans l'Avranchin et y est extrêmement répandu.

Une autre interprétation de Sessiacum s'avère possible, par le nom de la déesse gauloise Sessia, protectrice des semailles et de la germination, suivi du même suffixe -acum dans sa dimension localisante, d'où le sens global de « lieu (où est vénérée) de Sessia ».

Éléments constitutifs du mythe Selon le mythe, il aurait existé un monument druidique sur le Mont-Saint-Michel, lié à la fertilité. D'après cela, le nom des îles Chausey aurait la même racine que Scissy. Cependant, l'ancienne forme de Chausey est Calsoi (1022 - 1026)François de Beaurepaire, Les Noms des communes et anciennes paroisses de la Manche, Paris, A. et J. Picard, 1986, 253 p. . ., terme basé sur le germanique *-aujō « île » > -oi > -ey, finale par ailleurs semblable à celle des autres îles de la Manche, cf. Guernesey (Greneroi), Jersey (Gersoi) et Aurigny (Alneroi)F. de Beaurepaire, op. cit., précédé d'un élément cals- de signification obscure. Elle n'entretient, à l'évidence, pas de relation phonétique et sémantique avec Sessiacum.

Une autre dénomination de la forêt de Scissy ou d'une partie de celle-ci, comme forest de Quokelonde attesté vers 1155 (Guillaume de Saint Pair) Jean Renaud, Les Vikings et la Normandie, éditions Ouest-France université, 1989 .Jean Renaud, Vikings et noms de lieux de Normandie, éditions OREP, 2009, . est plus explicite, car si Scissy peut s'expliquer par un nom de fundus gallo-romain sans rapport avec un élément forestier, l'appellatif toponymique -lunde renvoie directement au mot désignant un bosquet ou un bois en ancien normand (cf. la Londe, toponymes en -londe(s), issu du vieux norrois lundr> lunda). Il est précédé d'un premier élément Quoke- qui représente l'ancien norrois skógr « forêt » et que l'on retrouve dans le nom de lieu norvégien homonyme Skoglund (Lemma) également nom de famille et du village danois de Skovlunde (Skoghlunde 1249). L'ancien norrois skógr « forêt » est bien identifié en Normandie dans Écoquenéauville (Manche, Escoghernevilla, sans date ; Escoquernovilla en 1200)Dominique Fournier « Ecoquenéauville#Toponymie » in WIKIMANCHE .. La forme attendue devrait être *Escoghe- / *Escoque- / *Escokelonde mais la mention de 1155 avait déjà subi l'aphérèse du groupe /Es-/ comme on le constate à maintes reprises en Normandie, par exemple : Coquebourg (Manche, Brévands, Escoquebugle, sans date) ; Négreville (Manche, Esnigiervilla 1198 ; Esnegrevilla vers 1210) et probablement aussi dans les autres noms en Coque- possédant un second élément en rapport avec la forêt, ainsi : Coglandes (Seine-Maritime, Massy, In valle de Quoquelande 1231, Cultura de Coquelonde 1248) ; Coquesart (Seine-Maritime, Tancarville, Coquessart )Guy Chartier, « Les toponymes des relatifs aux défrichements sur le territoire de l'actuelle Seine-Maritime » in Annales de Normandie, Année 1997 47-1, p. 34. équivalent romano-norrois du nom de lieu norvégien Skogtveit cf. « [es]sart ») et peut-être Coquetot, hameau de l'Eure (Cauquetot, sans date, composé avec l'appellatif -tot, d'origine norroise -topt) cf. Skogtoft, nom de famille scandinave du nom d'un hameau.

La présence d'un toponyme d'origine scandinave dans l'Avranchin, par ailleurs quasiment exempt de noms de lieux norrois, a intrigué les commentateurs. C'est Guillaume de Saint Pair qui évoque la forest de Quokelunde dans son Roman du Mont-Saint-Michel, écrit vers 1155.

Le raz de marée de se serait produit bien avant les premiers établissements vikings dans le Cotentin et il est difficile d'admettre que ce mythe se soit perpétué chez les Normands de souche scandinave avec un vocable de même origine. Il est donc plus vraisemblable de considérer qu'il existait bien une forêt dans la région et qu'elle n'ait pas été engloutie par un évènement naturel de cette importance.

Développements ultimes de la légende Selon la légende chrétienne qui s'est développée au La légende se développe quand Paul Féval assène « La forêt de Scissy est morte d'une maladie qui s'appelle l'invraisemblable ». Cf ., l’épaisse forêt de Scissy aurait été un lieu de culte païen que le raz-de-marée aurait englouti dans le but de purifier la contrée.

La légende de la forêt de Scissy apparaît dans la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis in monte Tumba, rédigé par un chanoine du Mont au début du , le mont Saint-Michel aurait été un mont en pleine terre entouré d’une épaisse forêt à l’époque où les premiers moines ermites s’y sont installés. Elle est reprise et également propagée sous la plume du moine Hervard qui, vers 996-1006, relate les visions de saint Aubert. Dans son récit, il rapporte le voyage de deux missionnaires envoyés en 709 par Aubert au mont Gargan en Italie, afin de récupérer les reliques de saint Michel. et qui, lors de leur retour le , jour de l'achèvement de l'abbaye, découvrent l'absence de forêt : . Ce récit évoque un défrichement, et non la disparition d'une forêt ou d'un raz-de-marée. C'est au qu'un manuscrit d'auteur inconnu, parle pour la première fois d'une forêt disparue en 709 au cours du voyage des moines en Italie. Ce récit est repris les siècles suivants et popularisé par l'abbé Manet, géographe du , pour élaborer sa thèse de la « fatale marée de mars 709 » qui aurait englouti en une nuit la baie du Mont-Saint-Michel..

Ce n’est qu’ensuite qu’il aurait acquis peu à peu son caractère insulaire.

Cette thèse du raz-de-marée, qui s’inscrit dans une grande série de légendes présentes un peu partout dans le monde évoquant des mondes engloutis (Déluge, Atlantide, Ys), a été invalidée de manière scientifique : d'abord par l'étude de ses sources et ensuite par celle des sols, cette dernière (1882) ne relevant aucune trace d'un raz-de-maréeAlexandre Chèvremont, Les Mouvements du Sol sur les côtes occidentales de la France dans le golfe Normand-Breton, chapitre 22. ..

À l'échelle historique, les variations du niveau de la mer qui découlent des phases de réchauffement et refroidissement climatique, bouleversent la ligne de rivage. Les transgressions marines (dont la transgression dunkerquienne du ) ont pour conséquence de fossiliser les tourbes à souches et troncs d'arbres (les « couërons » ou « coërons » utilisés comme bois de charpente ou d'ébénisterie) abondants dans les bancs de tourbe du marais de Dol. La croyance populaire a cru trouver dans ces troncs d'arbres fossilisés les preuves de cette forêt.. , la transgression dunkerquienne se manifestant surtout dans la plaine côtière de Flandre.

Lieux de dévotion chrétien Saint Pair et saint Scubillon y auraient fondé un ermitage au .

Gaud d'Évreux s'y serait retiré.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Forêt de Scissy: Légende ou réalité? La Revelatio ecclesiae sancti Michaelis et son auteur Bibliographie du Mont-Saint-Michel La forêt de Scissy et les prairies de Cézembre

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