thumb|Extrait de Salvia Divinorum. Fumée, cette plante entraîne de puissantes hallucinations.
Un est une substance chimique psychotrope qui induit des hallucinations, soit, aux doses usuelles, des altérations des perceptions, de la cohérence de la pensée et de la régularité de l'humeur, mais sans causer de confusion mentale persistante ou de troubles de la mémoire. Cet état, appelé état modifié de conscience par certains usagers, peut être atteint par une démarche spirituelle, la méditation ou à travers l'art.
Malgré la variété de leurs modes d'action et de leurs structures chimiques, les hallucinogènes sont rassemblés dans une seule catégorie dans la plupart des classifications des psychotropes. Il s'ensuit que leurs caractéristiques diffèrent selon la classification utilisée, selon que les critères employés concernent leurs effets subjectifs, leurs mécanismes pharmacologiques ou encore leurs aspects légaux. En raison de l'allure de leur effet, ils sont aussi décrits et désignés comme des perturbateurs du système nerveux central. Les effets des hallucinogènes sont clairement différents de ceux des stimulants comme la cocaïne ou de la méthamphétamine, bien qu'ils augmentent aussi la vigilance ou l'activité.
La plupart des hallucinogènes appartiennent à des familles de molécules ayant des structures chimiques particulières, capables d'agir sur des sites spécifiques du cerveau tels que les récepteurs des neurotransmetteurs et leurs transporteurs, tout comme les psychotropes prescrits légalement. C'est ainsi qu'ils peuvent modifier qualitativement la perception, la pensée et l'émotion.
Histoire vignette|Carrés pré-découpés de papier buvard contenant du LSD. Associé au mouvement hippie dans les années 1960, il reste l'un des hallucinogènes les plus consommés, avec des millions d'utilisateurs dans le monde.
Historiquement, certaines de ces substances connaissent des utilisations rituelles ancestrales dont certaines ont survécu jusqu'à nos jours via notamment le chamanisme et certains cultes (l'ayahuasca par exemple). Leurs usages rituels sont variés : objet de culte, divinatoire, curatif, rituel de passage, initiation, transe, communication avec un autre monde, cérémonie avec fonction sociale. C'est à ce type d'usage que s'adresse le terme enthéogène. Il existe de nombreuses preuves de l'usage de ces substances dans les civilisations antiques et c'est l'apparition des grandes religions monothéistes qui est responsable de la disparition de ces usages qu'elles désignaient comme incarnant le mal.
Malgré leur aspect ancestral, la société occidentale moderne ne s'est véritablement intéressée à ces substances qu'au tout début du et surtout après la découverte du LSD et la révolution culturelle qui lui fut contemporaine. Ces substances furent alors testées principalement dans des buts thérapeutiques notamment lors de psychothérapies. Leur usage dans des buts militaires fut aussi l'objet de recherches commanditées par des instances officielles comme la CIA (projet MK-Ultra) mais n'obtint jamais les résultats escomptés.
Leur popularité croissante conduira à leur interdiction et la plupart de ces substances sont aujourd'hui illégales, même si certaines exceptions persistent pour usage religieux.
Il existe actuellement un renouveau de la recherche scientifique et médicale dans les pays occidentaux (États-Unis, Israël, Suisse, Espagne), de nombreuses études expérimentales ayant désormais démontré l'utilisation possibles de certains hallucinogènes dans des indications médicales et spirituellesChambon, La médecine psychédélique, 2009, Édition Les Arènes.
Les hallucinogènes sont essentiellement des éléments végétaux ou des alcaloïdes qui en sont extraits ; des produits de synthèse et exceptionnellement des substances d'origine animale type venin.
Usages thérapeutiques Les substances ayant un caractère hallucinogène sont souvent employées en médecine, principalement pour les effets physiques (anesthésie, par exemple) que certaines d'entre elles peuvent induire, mais jamais (ou très rarement) dans un but hallucinatoire. Les hallucinations sont donc évitées au moyen de faibles dosages, ou d'autres substances associées pour contrer ces effets. La classe des hallucinogènes dissociatifs est très utilisée en médecine humaine et vétérinaire, mais à hauts dosages ils sont la plupart du temps associés à un sédatif (souvent de type benzodiazépine) pour éviter la survenue d'hallucinations. De même, les substances à activité anticholinergique, qui sont classées dans le groupe des hallucinogènes délirants, sont largement employées en médecine, mais à des doses très inférieures aux doses psychotropes. Enfin, les hallucinogènes psychédéliques ne sont de nos jours pas utilisés en médecine, à de très rares exceptions près. En psychiatrie, les usages thérapeutiques des psychédéliques ont été etudiés dans les années 50 avant d'être interdit. Ils connaissent un important regain d'intérêt depuis une bonne dizaine d'années. Les thérapies assistées par psychédélique sont autorisées dans plusieurs pays, comme l'Espagne, la Suisse, ou les Pays-Bas. Elles sont prometteuses pour la prise en charge des psycho-traumas simples ou complexes.
Précautions Un protocole d'administration des hallucinogènes a été mis en place par une unité spécialisée du Centre Johns-Hopkins de l'Université Johns-Hopkins.
Classification selon les effets cliniques Comme tout psychotrope, les hallucinogènes altèrent l'homéostasie du système nerveux central en agissant sur les concentrations en neuromédiateurs : acétylcholine, dopamine, noradrénaline, sérotonine…
En s'attachant prioritairement aux allures des hallucinations produites en rapport avec le mode d'action, il a été dégagé trois classes d'hallucinogènes : les délirants, les dissociatifs et les psychédéliques. Bien sûr, la parenté des structures chimiques induit une proximité des modes d'action.
Comparant les effets des hallucinogènes délirants et des hallucinogènes psychédéliques, Martin Fortier affirme que leurs différences en termes de mode d'action neurochimique (les délirants sont anti-cholinergiques et les psychédéliques sont sérotoninergiques) se traduisent par des différences cliniques importantes. Il existe donc un recoupement important entre la neurochimie des hallucinogènes et leurs effets cliniques et subjectifs.
Hallucinogènes délirants vignette|Datura stramonium, une plante de la classe des hallucinogènes délirants.
Les hallucinogènes de ce type sont des anticholinergiques et leurs effets peuvent être apparentés au somnambulisme. Ils ne créent pas de pharmacodépendance. Les alcaloïdes des daturas appartiennent à ce groupe.
Ils induisent de véritables hallucinations et non seulement des illusions, les effets secondaires sont notamment la déshydratation et une dilatation de la pupille (mydriase).
Ils sont hautement toxiques et présentent des risques de surdosage.
Leur classement les divise en : tropanes : atropine, scopolamine, hyoscyamine, benzilate de 3-quinuclidinyle ; antihistaminiques : diphénhydramine, dimenhydrinate, cyclizine, trihexyphénidyle.
Hallucinogènes dissociatifs vignette|Flacon de kétamine, un anesthésiant détourné comme hallucinogène dissociatif. Beaucoup d'hallucinogènes dissociatifs ont un effet dépresseur sur le système nerveux central et peuvent conduire au décès par dépression respiratoire en cas de surdose. Les effets sont généralement marqués par une sensation de décorporation (sensation de sortir de son corps) et une analgésie. Certains sont susceptibles de provoquer une pharmacodépendance.
Classement pharmacologique : Antagonistes des récepteurs ionotropes du glutamate NMDA (acide N-méthyl-D-aspartique) et ligands du sigma 1 : dextrométhorphane (DXM) kétamine méthoxétamine (MXE) phéncyclidine (PCP) 4-MeO-PCP (methoxydine) 3-MeO-PCP (memocyclidine) éticylidine (PCE) 3-MeO-PCE (methoxieticyclidine) 2'-Oxo-PCE (éticyclidone) deschlorokétamine (2'-Oxo-PCM) diphenedine methoxphenidine ephenidine ibogaïne (également classée comme psychédélique) Agonistes des récepteurs opioïde kappa salvinorine A (origine végétale), le principe actif de la Salvia divinorum Agonistes des récepteurs GABA muscimole Divers (gaz) protoxyde d'azote
Hallucinogènes psychédéliques
vignette|Carrés de papier buvard contenant de la DOB, un hallucinogène psychédélique synthétisé en 1967 par Alexander Shulgin.
Un hallucinogène psychédélique n'induit pas de pharmacodépendance, mais provoque des modifications de l'humeur, de la pensée et de la perception qui ne se rencontrent habituellement que dans des états comme les rêves, la transe ou la méditation.
C'est un terme aussi utilisé aux États-Unis pour désigner les hallucinogènes.
Plusieurs sont des agonistes des récepteurs de la sérotonine 5-HT (LSD, mescaline). D'autres cibles moléculaires incluent la monoamine oxydase, les récepteurs des endocannabinoïdes (THC du cannabis), des catécholamines.
Certaines classifications incluent les empathogènes (tels que la MDMA (ecstasy), qui est aussi un stimulant) dans les psychédéliques, bien qu'ils puissent induire une forme de dépendance.
Classification des hallucinogènes par structure chimique D'un point de vue structurel, il est possible de les répartir en plusieurs groupes, notamment : les phényléthylamines, aux effets particulièrement variés, leur classification est difficile selon ce critère. (contient par exemple mescaline, ecstasy) ; les dérivés indoliques : les dérivés de la tryptamine (contient par exemple DMT, psilocybine, ibogaïne) ; les dérivés de l'acide lysergique (contient par exemple LSD, 1P-LSD, LSA) ; les arylcyclohexylamines (contient par exemple kétamine, PCP) ; les hallucinogènes à structures diverses (contient par exemple salvinorine A).
+ Classification des hallucinogènes par structure chimique et mode d'actionC. Sueur, A. Benezech, D. Deniau, B. Lebeau, C. Ziskind, Les substances hallucinogènes et leurs usages thérapeutiques, Toxibase, 1999 Classe - mode d'action Sous-classe Origine Substance Arylcyclohexylamines - antagonistes des récepteurs NMDA Synthétique
kétamine, N-éthylnorkétamine méthoxétamine (MXE) phéncyclidine (PCP), 3-MeO-PCP, 4-MeO-PCP tilétamine Cannabinoïdes - agonistes des récepteurs CB Naturelle
tétrahydrocannabinol (THC)
Synthétique
AM-2201 dronabinol JWH-018 nabilone
Naturelle et synthétique
protoxyde d'azote (gaz hilarant) Dérivés indoliques - agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5-HTDérivés de l'acide lysergique Naturelle
LSA (ergine) Synthétique
LSD, ALD-52, AL-LAD, ETH-LAD, 1P-LSD, PRO-LAD LSM-775 LSZ Tryptamines Naturelle DMT, bufoténine, psilocine, psilocybine, 5-MeO-DMT ibogaïne Synthétique A. Shulgin, TiHKAL : The Continuation, 2002. DET, 4-HO-DET DiPT, 4-HO-DiPT 2,alpha-DMT, 2-Me-DMT, 5-MeS-DMT DPT alpha-ET 4-HO-MET MiPT, 4-HO-MiPT, 4-MeO-MiPT, 5-MeO-MiPT 4-HO-MPT alpha-MT alpha,N,O-TMS 5-MeO-TMT Phényléthylamines - agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5-HT Naturelle
mescaline Synthétique A. Shulgin, PiHKAL : A Chemical Love Story, 1991.
bromo-DragonFly (BDF) 2C-B, 2C-B-FLY, 2C-BCB, 2C-B-NBOMe 2C-C, 2C-C-NBOMe 2C-D, 2C-D-NBOMe 2C-E, 2C-E-NBOMe 2C-G, 2C-G-3, 2C-G-5, 2C-G-N 2C-I, 2C-I-NBOMe 2C-N 2C-P 2C-T, 2C-T-2, 2C-T-4, psi-2C-T-4, 2C-T-7, 2C-T-8, 2C-T-9, 2C-T-13, 2C-T-21 2C-TFM, 2C-TFM-NBOMe Amphétamines Synthétique Aleph (DOT), Aleph-2, Aleph-4, Aleph-6, Aleph-7 DOB DOC DO-EF DO-ET DOI DOM, psi-DOM DON DOPR MDA, MDEA, MDMA (ecstasy) Terpénoïdes - agonistes des récepteurs opioïdes kappa Naturelle
salvinorine A Autres - antagonistes des récepteurs cholinergiques
Naturelle
atropine, hyoscyamine, scopolamine
Synthétique benzilate de 3-quinuclidinyle bipéridène diphénhydramine, diménhydrinate doxylamine trihexyphénidyle Autres - agonistes des récepteurs GABA Naturelle
muscimole Autres Synthétique dextrométhorphane (DXM)