Tati est une enseigne française de vente de textile et de bazar bon marché, ayant existé de 1948 à 2021. Ses magasins, devenus célèbres pour leurs prix modiques, sont présents en France, tout comme en Espagne, en Pologne, en Tunisie, en Algérie, au Maroc et aux Émirats arabes unis.
Installée après la Seconde Guerre mondiale, l'histoire de l'enseigne est faite de succès commerciaux, mais également de querelles et drames familiaux ainsi que de repreneurs en échec. Dans un marché textile concurrentiel, l'enseigne ne sait pas se renouveler et réagir et décline année après année jusqu'à la fermeture de son dernier magasin à Barbès le .
Historique de la société Période Ouaki vignette|Vue de l’enseigne du magasin Tati boulevard Barbès à Paris, en 2015
L'enseigne « Tati » est créée le par Jules OuakiChiffres clés Tati - Observatoire de la Franchise, 18 février 2006, sellier juif sépharade du quartier de La Goulette à Tunis en Tunisie, qui s'établit en France après la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il fut résistant. Pionnier sur le marché des articles à bas prix textile et bazar, il crée le premier magasin discount en libre-service « Textile Diffusion » de dans le quartier Barbès à Paris, au boulevard de Rochechouart. Il déménage ensuite au boulevard Barbès, à l'emplacement de la brasserie Dupont-Barbès.
Jules Ouaki choisit ensuite pour nom de son enseigne « Tati », anagramme de Tita, surnom de sa mère Esther, la marque Tita étant déjà déposée.
Immédiatement, la présentation originale de la marchandise (vente en vrac dans des « bacs à fouille ») et l'association d'un logo avec un motif de type vichy et le nom de la marque en gros, plus le slogan percutant , permettent un développement rapide. Le concept marque une dans le marché textile d'après guerre, où les habitudes voulaient une boutique fermée avec obligation de sonner pour entrer. L'entreprise démocratise les articles textiles et de maison, estampillés « mode parisienne », avec des prix modiques rédigés sur de grosses étiquettes en épais chiffres bleus sur fond rose, choses novatrices pour l'époque. Tati propose ainsi plusieurs gammes de vêtements (homme, femme et enfant), de linge de maison, de chaussures par des achats de gros pour avoir de meilleurs prix, ou bien, surtout, en s'approvisionnant avec des déstockages qu'il paye comptant. Les vendeuses, en chaussons et blouse rose, sont choyées.
Jusqu'en 1978, la marque dispose d'un unique magasin, boulevard de Rochechouart, qui s'agrandit sur les rues avoisinantes pour atteindre par le rachat des commerces adjacents.
À partir de cette date, l'entreprise se développe et s'implante dans d'autres quartiers parisiens rue de Rennes, aux abords de la place de la République (magasins fermés depuis) puis dans d'autres villes en France à Nancy, Lille, Rouen, puis Marseille et Lyon, touchant ainsi une clientèle plus aisée.
Jules Ouaki meurt à 67 ans, le , des suites d'un cancerDocumentaire « Tati : une famille en or », diffusé dans l'émission Complément d'enquête le 9 août 2018 sur France 2 . sans avoir préparé sa succession. Sa veuve, Éléonore, reste alors seule aux commandes. Les héritiers de Jules Ouaki, cinq frères, se disputant le contrôle de l’enseigne, essaient de gérer collégialement, mais en un statu quo, héritage du père, qui n'est plus adapté à l'époque. Finalement, la famille se déchire durant plusieurs années. Après la mort dans un accident du fils aîné de Jules Ouaki, Gregory, qui avait repris l'affaire de son père, l'entreprise tangue. Le , l’attentat de la rue de Rennes à Paris devant un magasin Tati (7 morts et 55 blessés) fait craindre un temps des représailles par un groupe terroriste pro-iranien et causera du tort à l'enseigne, les clients désertant les boutiques par peur des attentats.
En 1991, la veuve de Jules Ouaki demande à son fils cadet, Fabien Ouaki, entré dans l’entreprise au service des achats, de prendre la succession de l'enseigne. Fabien Ouaki rachète les parts familiales de l'entreprise et prend le contrôle de la marque. Tati se développe alors un peu plus, ouvrant sept autres enseignes spécialisées : « Tati Or », « Tati Mariage », « Tati Vacances », « Tati Optic », « Tati Phone » ou « Tati Bonbons », ainsi qu'une petite collection éphémère créée par Azzedine Alaïa aux motifs pied-de-poule et avec Naomi Campbell pour le défilé de présentation : la « Collection Tati ». En 1993, l’enseigne lance sa ligne de prêt-à-porter « La rue est à nous » pour passer ; celle-ci est abandonnée deux ans plus tard du fait de son échec commercial en raison des prix pratiqués, trop élevés pour sa clientèle habituelle.
À partir de 1994, le groupe s'implante en Europe et à l'étranger : en Afrique du Sud en 1996 et aux États-Unis en 1998 où il ouvre un magasin de robes de mariées Tati Mariage (qui contribue alors pour 20 % au chiffre d'affaires de Tati) sur la prestigieuse Cinquième Avenue à New York en s'associant avec Ilyse Wilpon, la fille d'un magnat de l'immobilier (fermé un an plus tard après de lourdes pertes). Le groupe dirigé par Fabien Ouaki diversifie aussi ses activités en accordant des licences dans des domaines comme la bijouterie, la vente de bonbons, l'optique ou les voyages. Cette expansion vers de multiples univers n’aboutit à rien d'autre qu'à grossir les déficits ; les ventes chutent et le chiffre d'affaires chute inexorablement.
Des pertes d'exploitation sont générées depuis 1993, Tati étant alors distancé par de nouvelles enseignes comme Babou, H&M, et Zara. Le marché du textile est alors en récession et Tati, avec ses tout petits prix, est l'une des premières enseignes touchées. Ces multiples événements conjoncturels défavorables (échecs des montées en gamme et de la diversification, errements marketing du patron de l'enseigne) conduisent la société à la cessation de paiement ; Fabien Ouaki, refusant un plan social, est alors obligé le de céder l’entreprise pour apurer la dette colossale (50 millions de dettes, la marque perdant quarante mille euros par jour).
Période Eram L'enseigne est rachetée par Vetura (groupe Fabio Lucci), filiale à 50 % du groupe Éram, pour 10 millions d'euros payables comptant, auxquels s'ajoutent un maximum de 4,5 millions d'euros pour les stocks des magasins, dans le cadre d'un plan de cession afin de relancer son développement. Le nouveau nom de la société est Tati Développement. Tati compte alors ouvrir plus d'une quinzaine de magasins en France. Des projets sont également prévus dans les pays du Maghreb et en Europe de l'Est, notamment en RoumanieTati (26 magasins en France), repris en 2004 par le groupe Vetura. - Observatoire de la Franchise, 20 février 2006. En 2007, Tati est repris à 100 % par le groupe Éram, qui abandonne les secteurs de diversification incohérents, le déstockage de produits peu intéressants et reprend la main sur la création, le prêt-à-porter étant désormais à 80 % imaginé par des designers maison. Mais sans réel projet ni ambition de la part du groupe, la marque continue à s'étioler année après année, devenant de plus en plus ringarde.
Alors que l'enseigne dispose de 80 points de vente à travers l'Hexagone, elle ouvre en son site web marchand qui propose alors plus de références, en 2011, dont 80 % à moins de 10 euros.
À partir de 2013, l'entreprise a 129 points de vente en France et ouvre des magasins XXL toujours discount, les bacs à fouille disparaissent au profit d'une présentation en rayonnage et d'une gamme réduite de moitié. Sa montée en gamme vise à s'adresser non plus au 25 % de foyers gagnant moins de euros par an, mais à 75 % des Françaises, même si le prix de vente moyen de l'enseigne reste de 5 euros. Tati regagne de nouveau un peu d'argent durant cette période. Mais les attentats de 2015, rendant l'économie morose vont encore précipiter la chute de l'enseigne. Dès l'année suivante, le groupe Eram jette l'éponge et en , il met en vente sa filiale déficitaire Agora, qui regroupe Tati, Giga Store, Degrif'Mania et Fabio Lucci. Le , la direction de l'entreprise annonce la cessation de paiement de Tati. Cette décision est la première étape vers un éventuel redressement judiciaire. Trois offres de reprise sont à l'étude par le tribunal de commerce de Bobigny, dont la proposition de Philippe Ginestet proposant des investissements de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Période Gifi Le , le tribunal de commerce de Bobigny désigne le groupe Gifi comme repreneur de l'enseigne. L'offre de Gifi permet de sauver emplois sur les menacés, en conservant 109 des 140 magasins. durant au moins deux ans comme s'est engagé Philippe Ginestet. Malgré l'investissement de 150 millions d'euros, en , le redressement s'avère « compliqué ».. En juillet, un magasin est brutalement fermé à Chambray-lès-Tours. : rénovation des magasins, refonte des gammes de produits, couteuse campagne de publicité télévisée , rien n'y fait.
Le , le groupe Gifi annonce le passage d'ici 2020 des magasins Tati sous son enseigne, à l'exception de celui de Barbès, de 13 autres amenés à fermer et d'une trentaine cédés pour l'ouverture d'une nouvelle enseigne de déstockage ; 189 postes sont menacés.., soit près d'un quart de l'effectif total de l'entreprise (880 salariés). La transformation des lieux de vente de « Tati » à « Gifi » permet à ces derniers d'augmenter sensiblement leur chiffre d'affaires. Au second semestre 2020, le point de vente historique du Boulevard de Rochechouart reste donc le dernier magasin de l'enseigne, sur plus d'une centaine ; il est destiné à être conservé s'il reste rentable.
À l'été 2019, les salariés contactent le gouvernement pour protester contre le PSE prévu par Tati... Le gouvernement signifie aux délégués syndicaux que le plan social prévu par Tati sera surveillé de près afin qu'un maximum d'emplois puissent être conservés..
En , la direction annonce la fermeture de l'emblématique magasin situé boulevard Barbès à Paris, le dernier portant la marque Tati en France.. Ses 34 employés sont licenciés. Le magasin ferme définitivement en et l'immeuble qui l'abritait est destiné à être réaménagé pour accueillir des bureaux, des commerces et des logements.
Quatre autres magasins situés en province sont fermés et un cinquième exploité à Agde (Hérault) est cédé..
Identité visuelle (logo) Le logo historique comprend un motif vichy à carreaux rose et blanc. L'historique vichy rose de Tati disparait le au profit d’un nouveau logo couleur framboise..
Caractéristiques thumb|Façade d'un magasin Tati, rue du Temple à Paris, en 2010
La plupart des produits sont des importations en grande quantité d'Asie (Chine, Inde, Bangladesh, etc.) mais on trouve aussi des produits textiles du quartier du Sentier.
Diversification Tati Mariage Tati Mariage possédait environ quatre-vingts modèles de robes de mariés, et possède aussi une vaste gamme d’accessoires (invitations, dragées, menu…).
Tati Vacances La licence d'utilisation et d'exploitation exclusive de la marque Tati Vacances est donnée à l'origine à la société le Comptoir Bleu en 2000. Ce contrat est cédé à la société LCB5 en 2001.
À partir de 2002, la licence d'exploitation de la marque Tati Vacances est détenue par le groupe Karavel-Promovacances.
Tati Or Il existait vingt-deux magasins Tati Or (bijouterie et joaillerie) en France - Franchise TATI ; Un entretien avec Xavier Piraux - Observatoire de la Franchise, 2 octobre 2002.
Notes et références
Annexes
Bibliographie Emmanuelle Lallement, « Tati et Barbès : Différence et égalité à tous les étages », Ethnologie française, 2005/1, (), . , consulté le , DOI : https://doi.org/10.3917/ethn.051.0037 Emmanuelle Lallement, « Espaces marchands et mode à Barbès », Hommes & migrations , 2015, , mis en ligne le , consulté le . , DOI : https://doi.org/10.4000/hommesmigrations.3150