La maison de Croÿ ou de Croy (prononcez « croui » [krwi]) est une ancienne famille de la noblesse européenne, originaire de Picardie.
Elle connut une ascension rapide au en se mettant d'abord au service des ducs de Bourgogne, puis, après la mort de Charles le Téméraire, au service de leurs descendants Habsbourg dans leurs territoires des Pays-Bas.
Histoire Ascension
On trouve les premières traces de la maison de Croÿ au , en Picardie. Elle tire son nom du village de Crouy-Saint-Pierre (Somme), ce qui explique que le nom Croÿ se prononce toujours en français « croui » [krwi], avec un « i voyelle » (et non pas « croye », avec un « i semi-consonne »). Ce sont alors des seigneurs locaux sans fortune ni influence.
Jacques II de Croÿ prit part à la bataille de Crécy, le .
thumb|Antoine de Croÿ, le grand (1390-1475).|alt= C'est Antoine , dit « le Grand », qui, sous le règne de Philippe le Bon, favorise l'ascension de la famille. Ayant obtenu l'oreille du prince, il devient dans la dernière décennie du règne son plus proche conseiller. Les Croÿ sont alors le parti le plus important de la cour. Ils reçoivent gouvernements, titres et largesses, et ces faveurs leur attirent la haine de la noblesse burgondo-flamande qui accuse Antoine, petit seigneur français, d'accaparer à son seul profit l'attention d'un prince vieillissant. Antoine entre alors en conflit avec le comte de Charolais, futur Charles le Téméraire. L'héritier, déjà en âge de régner, n'apprécie guère ce clan « parasitaire » qui capte le pouvoir alors que lui-même est exclu du gouvernement par son père. Lors de son « coup d'État », Charles accuse les Croÿ de travailler pour la France et, avec leurs alliés Rubempré, il les raye du titre de chevalier de la Toison d'or. Ils sont bannis. Beaucoup trouvent refuge à la cour de France, dont le roi n'est que trop content de pouvoir nuire ainsi à son encombrant cousin.
Après la mort du Téméraire, les Croÿ reviennent d'autant plus vite en faveur qu'ils se posent en défenseurs des droits de la princesse Marie de Bourgogne face au roi de France. Les premiers Habsbourg, Maximilien, Philippe le Beau et Charles Quint, continuent à s'appuyer sur cette famille aux clientèles influentes et à la récompenser de leurs largesses. Les Croÿ parviennent à l'apogée de leur puissance au début du , quand Guillaume de Croÿ, seigneur de Chièvres, est fait précepteur de Charles de Bourgogne, futur Charles Quint, à Malines et Bruxelles. Le théologien et philosophe Érasme, qui réside près de Bruxelles à Anderlecht, écrit à cette occasion son traité de L'Éducation d'un prince. Mais après la mort de Guillaume, la puissance acquise sous Charles Quint ne se maintient plus que localement, très contestée qu'elle est lorsque Philippe III de Croÿ, duc d'Aerschot, demeuré farouchement catholique, doit s'exiler à Venise après avoir abdiqué son titre de gouverneur général des Pays-Bas pendant la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Illustrations
Les Croÿ doivent leur fortune à leur position de conseillers et serviteurs des princes : avant le et l'ascension fulgurante d'Antoine le Grand, ce n'est qu'une famille de noblesse locale.
thumb|Le château des princes de Croÿ à Chimay.|alt=
La seigneurie de Croÿ, pour être la plus ancienne, ne fut pas la plus importante possession de la famille avant le . Ce sont surtout les terres de Chimay — élevée en comté, puis en principauté dans la deuxième moitié du — de Beaumont et d'Aarschot — cette dernière élevée en duché par Charles Quint en 1534 — qui concentrèrent la fortune des Croÿ et distinguèrent les deux principales branches issues d'Antoine. Ces dernières furent réunies en 1525 par la mort de la dernière princesse de Chimay, Anne fille de Charles de Croÿ, qui avait épousé son cousin éloigné le duc d'Aerschot, accroissant notablement la fortune de la famille. Le titre de prince de Chimay devint celui des aînés du vivant de leur père.
Avec les guerres entre la France et l'Empire, les Croÿ furent un enjeu de taille. Pour tenter de les attirer, Henri IV proposa en 1598 à Charles de Croÿ d'ériger en duché sa terre de Croÿ, sise en France. Il s'agissait de faire aussi des Croÿ des Grands dans le royaume de France, et ainsi de les détacher de l'Espagne. Ce droit ne fut confirmé qu'en 1768 par Louis XV.
La maison de Croÿ a donné naissance à deux cardinaux, l'un en 1517, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de Castille, l'autre grand aumônier de France et archevêque de Rouen ; deux évêques et ducs de Cambrai, princes du Saint-Empire ; cinq évêques de Thérouanne, de Tournai, de Camin, d'Arras et d'Ypres ; un grand-bouteiller, un grand-maître et un maréchal de France ; six chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit ; un tuteur, parrain et premier ministre de la personne de l'empereur Charles Quint, grand-chambellan, grand-amiral et premier ministre de ce monarque et bien sûr régent de l'empire à la mort des parents de Charles V ; un grand chambellan et premier ministre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne ; un grand-maître et plusieurs maréchaux de l'Empire ; un grand-écuyer du roi d'Espagne, un dignitaire de la même charge près d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, en 1555 ; un gouverneur-général des Pays-Bas en 1573 ; treize généraux des armées bourguignonne, impériale et espagnole et sept généraux au service de la France ; un généralissime des armées du tsar Pierre le Grand, quatre chefs du Conseil des finances aux Pays-Bas et un surintendant des finances de Philippe III, roi d'Espagne ; enfin, un grand nombre d'ambassadeurs et de ministres plénipotentiaires aux diètes de l'Empire, en France, en Espagne, en Italie et en Angleterre.
À ce brillant palmarès fait par le chevalier de Courcelles, ajoutons que cette maison a donné naissance également à des députés, des sénateurs et pairs de France.
Le gouvernement du duché de Brabant et des comtés de Flandre et de Hainaut a été, pour ainsi dire, héréditaire dans cette maison. Deux de ses branches sont depuis plus de deux siècles en possession de la grandesse d'Espagne, et elle compte en 1979 trente-deux chevaliers de l'ordre de la Toison d'Or.
Légende vignette|Armes primitives de la maison de Croÿ dans les Albums de Croÿ.
Au début de son histoire, la maison de Croÿ a souffert d'une mauvaise réputation due à la vitesse et au caractère récent de son ascension. Elle ne correspondait pas à l'idéal d'une noblesse issue de la chevalerie immémoriale, et les vieilles familles flamandes la taxaient facilement d'arrivisme. En un mot, la maison n'avait pas la légitimité de la durée. Il fallait pour la maison de Croÿ se construire la légende familiale qui manquait à son nom. Au début du , on fit donc dresser une de ces généalogies légendaires dont l'époque raffolaitJacques de BYE, Livre contenant la généalogie et descente de ceux de la Maison de Croy tant de la Ligne Principale estant Chef du Nom et armes d'Icelle que des Branches et Ligne Collaterale de Ladicte Maison, Anvers, 1612. Jacques de Bye, l'historiographe retenu pour cette tâche, ne se contenta pas d'inventer une foule d'ancêtres prestigieux à la famille picarde : il remonta sans discontinuer ni hésiter à Adam lui-mêmeAndré DEVYVER, Le sang épuré. les préjugés de race chez les gentilshommes français de l'ancien régime 1560-1720, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1973, ..
Le duc Charles prétendit ainsi descendre des rois de Hongrie de la dynastie des Árpád, que la légende fait remonter à Attila. La filiation se basait sur la similitude héraldique (un appareil de bandes horizontales rouges et blanches)Croÿ primitif : argent à trois fasces de gueules. Hongrie ancien : fascé de gueules et d'argent., se rattachant par Marc de Hongrie, chassé par son frère et dépossédé de son royaume, qui se serait réfugié en France, en 1147, où il aurait épousé Catherine de Croÿ.
Cela donna lieu à la fameuse anecdote du tableau des Croÿ, sans doute apocryphe : dans son château, le duc de Croÿ aurait fait peindre une représentation du Déluge où un personnage nageant à côté de l'arche aurait été figuré tendant un parchemin à Noé en déclarant : « Sauvez les titres de la maison de Croÿ ! »Frédéric-Auguste, Baron de Reiffenberg, "Une existence de Grand seigneur au , Charles de Croÿ", in Archives historiques du nord de la France et du midi de la Belgique, série 3, tome 1, 1850, .
Branches
Terres : Aerschot, Château-Porcien, Chimay, Cresecques (Crecques), Dülmen, Havré, Meghen, Millendonck/Mylendonk, Molembais, Renty, (Le) Rœulx, Seneghem, Solre, Warneck/La Motte Warnecque...
Personnalités Bourgogne Antoine de Croÿ (1390-1475), chambellan de Philippe III de Bourgogne Agnès de Croÿ
Croÿ-Aerschot Philippe de Croÿ (1435-1511). Antoine de Croÿ, évêque de Thérouanne, † le à Chypre où il fut inhumé, fils du précédent. Guillaume II de Croÿ (1458-1521), frère du précédent. Guillaume III de Croÿ (1498-1521), cardinal, neveu du précédent. Philippe II de Croÿ (1496-1549), duc d'Aerschot, frère du précédent. Charles II de Croÿ (1522-1551), duc d'Aarschot, fils du précédent. Philippe III de Croÿ (1526-1595), duc d'Aarschot, frère du précédent. Charles III de Croÿ (1560-1612), duc d'Aarschot, fils du précédent.
Croÿ-Havré Première ligne Charles Philippe de Croÿ (1549-1613) épouse Diane de Dommartin, marquise d'Havré, baronne de Dommartin, dame de Fontenoy-le-Château, de Bayon, d'Hardemont et d'Oginvillier (-162?), marquis d'Havré, de Philippe II de Croÿ (1496-1549), duc d'Aerschot Charles Alexandre de Croÿ (1581-1624), duc de Croÿ, marquis d'Havré, fils des précédents Ernest Bogislaw de Croÿ (1620-1684), duc de Croÿ, évêque protestant de Cammin, neveu du précédent
right|thumb|Dessin de la chasse et du corps momifié de Charles Eugène de Croÿ (Église Saint-Nicolas de Tallinn)
Deuxième ligne Charles Philippe Alexandre de Croÿ (+1640), duc d'Havré (le 12.8.1627 à Madrid par Felipe IV roi d'Espagne, en sa faveur et celle de sa femme ; dans les lettres élevant Charles Philippe de Croÿ, marquis d'Havré au titre de duc, ses titres cités sont : marquis d'Havré, marquis de Renty, vicomte de Bourbourg et de Gravelines ; son épouse Marie Claire de Croÿ, marquise d'Havré est la fille unique de Charles Alexandre de Croÿ, marquis d'Havré, comte de Fontenoy, lequel avait reçu en 1624 le titre de duc d'Havré en récompense de ses services, mais les lettres patentes ne purent être délivrées en raison de sa mort arrivée peu après. Ce duché devait être tenu en fief et relever de la Cour de MonsAmédée le Boucq de Ternas, Recueil de la noblesse des Pays-Bas, de Flandre et d'Artois, Douai, 1884, , lire en ligne.). Marie Claire de Croÿ (1600/1605-1664), duc d'Havré, épouse du précédent Philippe Francois de Croÿ (+1650), duc d'Havré en 1643 jure uxoris Marie Claire de Croÿ qui l'épousait, veuf de Marie Madeleine de Bailleul, en cette année après la mort de son premier époux, le duc d'Havré Ferdinand Joseph Francois de Croÿ (1644-1694), duc d'Havré en 1664, fils des précédents Charles-Antoine de Croÿ (1683-1710), duc de Croÿ et duc d'Havré, fils du précédent Jean Baptiste Francois Joseph de Croÿ (1686-1725), frère du précédernt, duc d'Havré Louis-Ferdinand de Croÿ (1713 - tué le à la bataille de Villinghausen), duc de Croÿ et duc d'Havré, lieutenant général des armées du roi, fils du précédent Jean-Just Ferdinand Joseph de Croÿ (1716-1790), comte de Priego, frère du précédent Joseph-Anne-Maximilien de Croÿ d'Havré (1744-1839), fils de Louis Ferdinand, et dernier duc d'Havré et seigneur de Tourcoing (1761-1789), chevalier de la Toison d'Or, colonel du régiment d'infanterie de Flandre française, maréchal de camp (1784), député aux États Généraux de 1789, pair de France (1814), lieutenant général des armées et capitaine des gardes-du-corps (1814) Louise-Élisabeth de Croÿ-Havré (1749-1832), duchesse de Tourzel, sœur du précédent.
Croÿ-Rœulx vignette|redresse=1.5|Le Château des Princes de Croÿ au Rœulx, Belgique
Adrien de Croÿ-Le Rœulx (vers 1475-1553) Jean de Croÿ (? - 1581)