Jean-Marthe-Adrien Lhermitte ou L'Hermitte, dit le Brave, né le à Coutances et mort le à Plessis-Picquet près de Paris) est un contre-amiral français.

Formation Fils d'un conseiller du roi aux bailliage et présidial de Cotentin, à l'âge de quatorze ans, il débuta dans la carrière maritime, comme novice à bord du Pilote-des-Indes, cotre garde-côte en croisière dans la Manche. Il participa alors à son premier abordage contre un corsaire britannique embusqué dans les îles Chausey. Embarqué fin 1780 comme volontaire sur le vaisseau Northumberland, il participa à la campagne de Grasse, à la bataille de la Chesapeake et à la prise de l'île Saint-Christophe.

Il fut ensuite embarqué sur la frégate La Médée rapportant les dépêches de Grasse en France ; de ce fait il ne fut pas présent à la bataille des Saintes qui termina la campagne. Il fit la dernière année de guerre en tant qu'officier auxiliaire sur le lougre L'Oiseau puis la flûte La Pintade.

N'étant qu'officier bleu, il fut démobilisé à la fin de la guerre et s'enrôla dans la marine de commerce et fit, en qualité de lieutenant puis de second, plusieurs campagnes de pêche à Terre-Neuve sur des navires de Granville, la Modeste et la Surveillante.

En 1787, il profita de la réforme du ministère faite par Castries et réintégra la marine royale comme sous-lieutenant de vaisseauLe ministre constatant les insuffisances, surtout en matière de navigation, des états majors de la Royale, créa ce grade permanent de sous-lieutenant de vaisseau pour les anciens officiers bleus, le plus souvent roturiers, ayant fait la guerre d'Amérique ; la plupart d'entre eux étaient des marins accomplis, ayant souvent exercé des commandements dans la marine de commerce. Les intéressés rejoignirent en masse en raison du prestige supérieur de la Royale et surtout de soldes très incitatives. Ces sous-lieutenants de vaisseau fourniront une bonne partie des capitaines et des amiraux de la marine révolutionnaire puis impériale.. Il navigua notamment sur le vaisseau L'Achille, puis sur différents petits bâtiments de guerre escortant la flotte marchande de Granville.

La Révolution Campagnes en Manche et en Atlantique Second sur la frégate Résolue dès le début de la guerre contre la Grande-Bretagne en , il participe à la guerre de course en Manche et sur les côtes atlantiques. Lieutenant de vaisseau au mois d', il reçoit en octobre le commandement de la frégate (anciennement HMS Thames) prise par la division à laquelle appartenait la Résolue. Il est d'abord chargé de tester les qualités techniques du bâtiment, première prise faite par les Français sur la Royal Navy depuis le début de la guerre, puis il effectue deux brèves croisières de course en Manche particulièrement fructueuses. Toujours au commandement de la Tamise, frégate du vaisseau amiral, il participe à la campagne de prairial an II au sein de la flotte commandée par Louis Thomas Villaret de Joyeuse, et en particulier à la grande bataille du 13 prairial an II ()Voir l'article sur la Tamise dans la campagne de Prairial, cf. SOURCES.

Campagne d'Irlande et de Norvège En 1795, il commanda la frégate La Seine, et eut sous ses ordres une division qui alla croiser sur les côtes d'Irlande, et fit un nombre important de prises, en général de peu de valeur, sauf la corvette HMS Hound. Il se rendit ensuite avec deux frégates et une corvette à Christiansand et visita différents ports de Norvège, neutre comme le Danemark dont elle dépendait, dans le but d'y récupérer des prises qui s'y étaient réfugiées. Bloqué par des avaries et par le froid, il fut contraint d'y passer l'hiver 1794-1795 pendant lequel ses équipages furent décimés par la maladie ; il revint en France au printemps 1795, remorquant trois prises jusqu'à Lorient ; toutefois, prise dans la tempête, sa seconde frégate, la Galathée sombra sur les rochers de Penmarc'h.

Les mers de l'Inde En , il commanda la frégate La Vertu dans la division de l'amiral Sercey à destination de l'île de France. Il participa aux différentes campagnes et combats de la division dans l'océan Indien. Il fut sérieusement blessé lors de la rencontre avec deux vaisseaux de ligne britanniques.

En 1798, commandant la frégate La Preneuse, il appareilla avec la mission de reconduire à Mangalore les ambassadeurs que Tipoo-Saëb, sultan de Mysore, avait envoyés au gouverneur de l'île de France pour demander des secours contre les Britanniques. En passant devant Tellicherry, il vit au mouillage deux vaisseaux de la compagnie des Indes : c'était une bonne fortune, il voulut en profiter ; mais au moment où il manœuvrait pour aller les attaquer, un de ces terribles orages si fréquents dans ces mers éclata inopinément. La foudre tomba sur La Preneuse ; le feu prit à bord, le commandant lui-même reçut plusieurs éclats de mâture. L'orage passé, on répara la frégate. Elle fondit ensuite sur les deux vaisseaux qui amenèrent leur pavillon dès les premières bordées.

Arrivé à la colonie hollandaise de Surabaya, Lhermitte voulut faire remettre à l'amiral Sercey les pavillons britanniques pris à Tellicherry. Cela donna lieu à une révolte à bord de La Preneuse ; l'équipage voulait garder ses trophées et s'opposa à leur débarquement, en disant que, conquis par la frégate, ils étaient sa propriété et non celle de l'amiral. Lhermitte n'était pas homme à souffrir une pareille insubordination ; il tomba à coups de sabre sur les mutins, dispersa les meneurs et les fit mettre aux fers. Cinq matelots, déclarés chefs de la révolte, furent condamnés à mort par un conseil de guerre et fusillés sur le pont.

Quittant les côtes de Java, Lhermitte alla faire une croisière de trois mois dans la mer de Chine méridionale. Après cette campagne qui eut pour résultat la destruction de plus de quarante bâtiments britanniques, La Preneuse et la corvette Brûle-Gueule revinrent à l'île de France, où une division ennemie les bloqua durant trois semaines dans le fond de la baie de la Rivière Noire avant qu'elles pussent entrer au port. Lhermitte eut l'idée de débarquer ses canons de tribord inutiles et de les placer en batterie à terre jusqu'à ce que les vaisseaux anglais doivent se retirer. Ce combat est désigné sous le nom de second combat de la Rivière noire.

Lhermitte reprit la mer aussitôt que sa frégate eut reçu les réparations dont elle avait besoin. Il alla croiser dans les parages du cap de Bonne-Espérance, sur les côtes de Madagascar et dans le canal du Mozambique. Le , à la chute du jour, il aperçut dans la baie de Lagoa cinq bâtiments que la brume lui fit prendre pour des navires de commerce. Sa frégate jeta l'ancre à demi-portée de canon de leur mouillage. Il se proposait de les attaquer le lendemain matin, mais il ne tarda pas à être lui-même assailli par eux. L'engagement dura près de six heures, La Preneuse eut une quarantaine d'hommes hors de combat et Lhermitte, craignant une avarie qui l'immobiliserait dans cette zone hostile, préféra se retirer. Elle avait affaire à une flûte armée de 40 canons et un brick mais surtout à un fortin à terre doté d'une artillerie redoutable. vignette|250x250px|Combat entre le HMS Jupiter et La Preneuse Dans les jours qui suivirent, La Preneuse, qui s'était rapprochée du cap de Bonne-Espérance, fit rencontre, sur le banc des Aiguilles, d'un vaisseau britannique de 54Il est parfois attribué 64 canons au Jupiter ; la vérité est difficile à déterminer, les bâtiments anglais ayant à cette époque souvent plus de canons que leur dotation officielle ; ce bâtiment est aussi parfois confondus avec d'autres bâtiments homonymes, ce nom étant très répandu dans toutes les marines de guerre., le , devant lequel elle prit chasse. L'ennemi la poursuivit pendant vingt-deux heures ; mais sa marche étant supérieure à celle de la frégate française, ses boulets finirent enfin par l'atteindre. Réduit à se laisser amariner ou à livrer combat, Lhermitte vira de bord et attaqua le vaisseau. La canonnade fut vive de part et d'autre, le vaisseau anglais ne pouvant toutefois utiliser sa batterie basse (les canons de plus gros calibre en raison de la mer trop agitée).

Les deux bâtiments évoluèrent pour se prendre par leur faible ; le Français, plus habile, plus prompt dans ses manœuvres, parvint à envoyer en poupe à son adversaire plusieurs volées d'enfilade qui mirent le désordre à son bord. Lhermitte saisit ce moment de confusion pour tenter l'abordage ; mais l'ennemi, prévenant cette intention, rompit le combat et se sauva sous toutes voiles. La frégate française essaya à son tour de donner la chasse mais le vaisseau était trop rapide et réussit à s'enfuir.

Lhermitte poursuivit sa campagne jusqu'à la date prévue par ses ordres bien que La Preneuse fût affaiblie par ses deux combats et son équipage ravagé par le scorbut. Mais, en vue des pics de l'île de France, un vaisseau britannique apparut sous le vent de la voile française. La frégate changea son sillage pour éviter l'ennemi qui n'osa la poursuivre ; mais aux atterrages, quand elle se croyait hors de tout danger, un autre vaisseau se trouva encore sur sa route, et celui-ci paraissait décidé à lui disputer le passage. Elle veut gagner un mouillage protégé par le canon de la côte. Parvenue à la baie du Tombeau, célèbre par la découverte du corps de Virginie après le naufrage du Saint-Géran dans le roman Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, une suite de vents brusques et violents, saisissant La Preneuse, la jette sur un récif de corail au moment où elle allait échapper à la poursuite de l'ennemi. Les deux vaisseaux arrivent alors sur elle et l'écrasent de leurs bordées. Lhermitte, voyant sa perte inévitable, fait débarquer ses nombreux blessés, ses malades plus nombreux encore, puis son équipage. Resté à bord avec son état-major et quelques hommes de sa maistrance qui ne voulurent point le quitter, il fit saborder sa frégate, et c'est seulement lorsqu'il la vit hors d'état de pouvoir être relevée qu'il amena son pavillon. Lhermitte, victime d'une maladie contractée probablement lors d'un séjour à Batavia est présenté comme étant lui-même très malade au moment de cette redditioncf. Louis Garneray, Aventures et Combats, Corsaire de la République.

Il fut conduit avec ses officiers sur le vaisseau L'Adamant, commandé par le commodore William Hotham, où on le reçut avec tous les égards dus. Quelques jours plus tard, l'état-major de La Preneuse fut mis en liberté sur parole, à la demande du gouverneur de l'île de France. L'arrivée de Lhermitte dans cette colonie fut un véritable triomphe ; il se vit accueilli à son débarquement par une foule enthousiaste qui voulait le porter sur un brancard de lauriers jusqu'à l'hôtel du gouverneur, pendant qu'un salut de quinze coups de canon se joignait aux acclamations publiques pour rendre hommage à sa valeur.

Lhermitte souffrait depuis déjà un an ou deux d'une maladie tropicale contractée probablement lors d'un séjour à Batavia (Jakarta). Il était atteint de crises nerveuses périodiques paralysantes qui allaient le poursuivre tous le reste de sa vie. Cette maladie est à l'origine de la légende inventée de toutes pièces par Louis Garneray, selon laquelle il aurait été victime d'un empoisonnement par un espion britannique à l'île de France en 1800, hypothèse absurde pourtant reprise régulièrement. Lhermitte souffrira de cette maladie tropicale tout le reste de sa vie et écourtera sa carrière en mer.

Lhermitte « le Brave » Lhermitte ne tarda pas à être échangé ; il rentra en France dans le courant d'. Le premier Consul, qui connaissait ses hauts faits, le manda aux Tuileries pour lui donner de vive voix le témoignage de son estime, et lui remettre de sa main le brevet de capitaine de vaisseau de première classe. C'est à cette occasion que Bonaparte lui décerna le qualificatif de « Brave » qui sera assez systématiquement accolé à son nom par la suite.