Léona Delcourt, née le à Saint-André-lez-Lille, (Nord), commune de la banlieue lilloise et morte le à l'asile psychiatrique de Bailleul, (Nord), est une artiste et danseuse française, connue sous le surnom de Nadja, l'héroïne du roman Nadja d'André Breton.
Biographie Léona Delcourt est la seconde fille d'Eugène Delcourt, typographe pour un journal lillois, puis et de Mélanie, son épouse, née en Belgique, ouvrière venue s'installer à Lille pour échapper à la misère. La grand-mère paternelle ayant réussi dans une entreprise de teinture des textiles, la famille vit dans une certaine aisance.
Sa mère est une catholique pratiquante. Son père a des prédispositions esthétiques qu'il met au service de l'éducation de ses filles, leur inculque le sentiment de la liberté intérieure. Cependant, il est sujet à d'imprévisibles crises qui le poussent à battre ses filles.
En , Léona Delcourt rencontre un officier britannique encore mobilisé à Lille. Enceinte de lui, elle accouche seule, d'une fille, le . Elle refuse de se marier pour sauver les apparences mais, quelque temps après, accepte la proposition de ses parents d'aller vivre à Paris sous la protection d'un vieil industriel, tandis que sa fille Marthe resterait à Saint-André. Léona Delcourt arrive dans la capitale en 1920André Breton, Œuvres complètes, tome 1, Bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1988 , . Elle s'installe dans un petit appartement près de l'église Notre-Dame-de-Lorette. On connaît mal ses moyens d'existence : Breton, OC1, .. Quand André Breton la rencontre dans la rue, le , elle habite à l'hôtel du Théâtre, rue de Chéroy, face à l'entrée des artistes du Théâtre Hébertot situé sur le boulevard des Batignolles.
Nadja thumb|upright|Qui est elle ? - autoportrait de Nadja, 1926. Du 4 au , Léona Delcourt et André Breton se retrouvent chaque jour. À partir de ces rencontres quotidiennes, Breton écrira le récit Nadja. Elle a choisi ce pseudonyme de Nadja <ref>Breton, OC1, . Ce surnom lui aurait été inspiré par la danseuse américaine Nadja qui se produisait avec un certain succès au Théâtre Ésotérique. Breton, OC1, note .</ref>. Il voyait en elle Breton, OC1, .
Après le , André Breton la revoit Breton, OC1, .. De son côté, elle lui envoie de nombreuses lettres et quelques dessinsLa Fleur des amants parut dans la revue Minotaure du 12 décembre 1933. Breton, OC1, . jusqu'à son internement en Vente Drouot en avril 2003 : lot de 27 lettres de Nadja à André Breton plus quelques lettres de collections privées. La vente de la collection Pierre Leroy en juin 2002 révèle l'existence de cinq brouillons de lettres au crayon noir sur papier d'écolier, trois brouillons non datés relatifs aux lettres du 20 et 28 janvier et 11 février 1927 conservés par Breton et un brouillon portant la mention qui permet de dater la lettre sous enveloppe adressée à et qui, semble-t-il, a été glissée sous la porte de l'appartement de Breton, 42 rue Fontaine, Georges Sebbag, André Breton l'amour-folie, éditions Jean-Michel Place, Paris, 2004, qui note, en outre, qu'aucune n'a été retrouvée.. Ils sont probablement convenus d'écrire chacun de leur côté un récit des événements qu'ils viennent de vivre. Début novembre, Nadja désapprouve le texte d'André Breton : De son côté, Breton est déçu par le cahier dans lequel elle s'est confiée. Il le trouve trop Sebbag, .. Le , dans une lettre à sa femme Simone Breton, il se demande quoi faire puisqu'il n'aime pas cette femme et que vraisemblablement il ne l'aimera jamais. Il la juge Breton, OC1, .
Les lettres de Nadja Léona Delcourt supporte mal la séparation : , lettre du Sebbag, . et ne cesse d'espérer son retour. Lettre du 15 novembre : Lettre du 4 décembre : Sebbag, ..
En décembre, l'écrivain Pierre Naville la rencontre à la Galerie Surréaliste : Pierre Naville, Le Temps du surréel, Galilée, t.1, Paris 1977, cité dans Albach, p=166.
Fin décembre, elle semble résignée : lettre du 23 décembre, citée par Albach, et Sebbag, .
Le , Léona est mise à la porte de son hôtel. Le , elle retrouve une chambre à l'hôtel Becquerel. Dans ses lettres, elle exprime à la fois l'espoir de revoir Breton et l'amertume de ce qui est perdu : Lettre du 3 ou 4 janvier.
Lettre du :
Lettre du :
Lettre du : Toutes ces lettres sont citées dans Sebbag, ..
Mais sa situation matérielle est dramatique au point qu'elle lui demande de la placer chez un de ses amis, pour y faire Sebbag, .. À ses appels désespérés s'ajoutent la rancœur et la colère. Lettre du :
Lettre du 2 ou : Sebbag, .
Dans la lettre du 25 ou qu'elle glisse sous la porte de l'appartement de Breton, elle semble apaisée : Sebbag, .
L'enfermement Le , Léona Delcourt a une crise d'angoisse. Croyant voir des hommes sur le toit de l'hôtel Becquerel, elle crie, fait du tapage dans les couloirs, réveille les pensionnaires. La propriétaire de l'hôtel appelle la police. Elle est emmenée à l'Infirmerie spéciale du Dépôt au 3 quai de l'Horloge et le psychiatre de service appose sa signature sur le formulaire de placement d'office. Le médecin-chef Benjamin-Joseph Logre diagnostique des Il envoie Léona Delcourt à l'hôpital Sainte-Anne où le médecin-chef confirme le diagnostic de Logre. vignette|209x209px|Tombeau de Léona Delcourt dite « Nadja », cimetière de Bailleul (Nord). Le , Léona Delcourt est transférée à l'asile de Perray-Vaucluse à Sainte-Geneviève-des-Bois, au sud de Paris. Le certificat d'entrée indique . Dans les archives d'André Breton, il a été retrouvé une lettre d'introduction du docteur Gilbert Robin auprès du médecin-chef de Perray-Vaucluse mais sa visite n'a jamais été enregistrée.
Après des demandes répétées de sa mère, Léona Delcourt est transférée à l'asile de Bailleul, dans son Nord natal, le .
Léona Delcourt meurt le . La cause officielle du décès est , terme ancien pour désigner une tumeur cancéreuse. Elle aurait probablement succombé à une épidémie de typhus aggravée par une sous-alimentation chronique due, comme pour d'autres malades mentaux, à la politique d'extermination par la faim menée sournoisement par le gouvernement de Vichy et l'occupant allemand en conformité avec l'idéologie nazie. Elle est inhumée au cimetière de Bailleul.
Correspondance et dessins J'ai bien des choses à vous dire : les lettres de Nadja à André Breton, édition établie, présentée et annotée par Herman de Vries, Labyrinth, 2010 Ce n'est pas les images qui me manquent : les dessins de Nadja, édition établie, présentée et annotée par Herman de Vries, Labyrinth, 2010 Lettres à André Breton. Suivi d’autres textes et d’un choix de dessins, édition établie et présentée par Olivier Wagner, Paris, Gallimard, 2026.
Bibliographie
Ella Balaert, Léona D., la femme cachée dans le mythe de Nadja, Éditions des femmes-Antoinette Fouque, Paris, 2026, Julien Bogousslavsky, Nadja et Breton : un amour juste avant la folie, L'Esprit du temps, 2012, André Breton, Œuvres complètes, tome 1, éditions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1988 André Breton, Nadja, version de 1964, Gallimard, collection Folio, 2015 Nadja, Lettres à André Breton, 2026, Gallimard, Georges Sebbag, André Breton l'amour-folie, éditions Jean-Michel Place, Paris, 2004
Notes et références
Liens externes
Atelier André Breton : archives et collections personnelles d’André Breton pour consulter les lettres de Nadja] Léona /Nadja, héroïne du surréalisme sur Mediapart.fr]
Marylaura Papalas, Léona Delcourt and Suzanne Muzard : a gendered perspective on flânerie in Dada/Surrealism'' 22, 2018 (https://doi.org/10.17077/0084-9537.1323).
Catégorie:Naissance en mai 1902 Catégorie:Naissance à Lille Catégorie:Personnalité féminine française Catégorie:Personnalité liée au surréalisme Catégorie:Décès en janvier 1941 Catégorie:Décès à Bailleul Catégorie:Décès à 38 ans Catégorie:Personnalité inhumée au cimetière de Bailleul Catégorie:Mort dans un hôpital psychiatrique