Cet article traite plusieurs aspects de la grammaire suédoise.

La grammaire désigne ici un ensemble de règles connues inconsciemment par les locuteurs d'une langue et qui permettent la création d'un nombre à peu près infini d'énoncés, acceptés au sein d'une communauté linguistique comme étant bien formés.

Traditionnellement, la grammaire limite son terrain d'analyse à la phrase. On présentera donc pas à pas les unités et les règles qui permettent la construction de la phrase : aussi bien les différentes parties du discours (ou catégories de mots) reconnues par la tradition (nom, verbe, adjectif, etc.), que les règles régissant la formation des groupes de mots et des phrases.

Le nom Le suédois dispose d'une catégorie nominale bien délimitée et bien caractérisée (semblable à ce que l'on peut trouver en français et en anglais, par exemple). Parmi les traits de cette catégorie : propriétés morphologiques flexionnelles : pluriel marqué ; propriétés distributionnelles : présence (quasi) obligatoire de déterminant, possibilité d'épithètes diverses (adjectifs, subordonnées) ; sémantique des unités : les trois ordres d'entités ; procédés de construction de noms : à partir d'adjectifs ou de noms ; procédés de construction d'autres unités linguistiques à partir des noms : phénomènes de grammaticalisation (formation de pronoms), et de dérivation (formation de verbes et d'adjectifs).

Morphologie flexionnelle Le nom suédois est variable en nombre : il dispose ainsi du singulier et du pluriel. C'est le pluriel qui est morphologiquement marqué, et il l'est par un suffixe (r ou er) ou par un changement de suffixe (a devient or). On distingue cinq catégories de noms selon la morphologie de leur pluriel : Tous les noms se terminant en -a forment leur pluriel en -or : flicka (fille) donne flickor, panna (poêle) donne pannor ; noter que, si la plupart de ces noms font partie du fonds scandinave du lexique, des noms d'origine étrangère (notamment italienne) sont venus s'y rajouter par la suite : le pluriel suédois de pizza est pizzor, celui de geisha, geishor ; Beaucoup de noms de genre commun monosyllabiques (d'origine germanique) ou accentués sur la dernière syllabe (d'origine latine : direktör fait direktörer) ont leur pluriel en -er : rad (roue) donne rader, hand (main) fait händer (exactement comme en allemand), ou en -r : ko (vache) fait kor ; Beaucoup de noms de genre commun accentués sur une autre syllabe font leur pluriel en -ar : pojke (garçon) fait pojkar (le hiatus ear est réduit en ar), vår (printemps) fait vårar ; Tous les noms de genre neutre se terminant par une voyelle font leur pluriel en -n : äpple (pomme) fait äpplen, bi (abeille) fait bin ; Tous les noms de genre neutre se terminant par une consonne sont invariables en nombre : hus (maison) fait hus, löv (feuille) fait löv.

Propriétés distributionnelles Tout nom (ou substantif) suédois dispose d'un genre intrinsèque. Il existe deux genres : le genre commun et le genre neutre. Le genre commun est ainsi appelé parce qu'il résulte de la fusion entre les genres masculin et féminin qui existaient auparavant (voir vieux norrois) ; ainsi, les deux tiers des substantifs suédois environ sont de genre commun, et un tiers seulement de genre neutre.

Dans la plupart des positions syntaxiques, le nom suédois est employé avec un déterminant. On considèrera ici l'emploi des seuls articles.

Emploi du nom au singulier L'article indéfini du genre commun est le mot en, antéposé au nom : en bil : une voiture. L'article indéfini du genre neutre est le mot ett, antéposé au nom : ett hus : une maison. L'article défini du genre commun est le suffixe -en : bilen : la voiture (ce suffixe se réduit au seul -n lorsque le substantif se termine par une voyelle : en kvinna : une femme, kvinnan : la femme). L'article défini du genre neutre est le suffixe -et : huset : la maison (de même, ce suffixe peut se réduire au seul -t : ett äpple, äpplet pour la pomme).

Emploi du nom au pluriel L'article indéfini pluriel n'est pas marqué. On peut considérer qu'il s'agit d'un article « zéro » : bilar : des voitures. Pour les noms qui se terminent par -ar ou -er au pluriel indéfini, l'article défini pluriel est le suffixe -na : bilar (voitures) fait bilarna (les voitures), saker (choses) fait sakerna (les choses). Pour les noms neutres qui ne se changent pas au pluriel, le suffixe est -en: hus (maison, ou maisons, car ce nom est invariable au pluriel), husen (les maisons). Pour les noms qui se terminent par -(e)n au pluriel, le suffixe est -a : äpplen (pommes) fait äpplena (les pommes), huvuden (têtes) fait huvudena (les têtes).

Il existe d'autres déterminants (définis : possessifs, démonstratifs, etc., et indéfinis). On notera d'ailleurs plus tard que l'emploi des articles définis et indéfinis est, sur certains points précis, tout à fait différent de ce que l'on trouve notamment en français.

Certaines positions syntaxiques permettent l'emploi du nom sans déterminant. Certaines sont analogues à celles que l'on trouve en français : bli lärare (devenir professeur), vara sjuksjöterska (être infirmière), etc. D'autres non : har du bil ? (as-tu une voiture ?).

Le genre grammatical entraîne des phénomènes d'accord avec les adjectifs épithètes, ainsi qu'avec les pronoms reprenant les groupes nominaux : un groupe nominal dont le nom-tête est de genre commun sera repris par le pronom den : en hund ... den (un chien ... il) ; le pronom de genre neutre est det.

Pour les noms référant à des personnes (donc y compris les noms propres de personne dont il n'a pas encore été question) on utilise des pronoms personnels de troisième personne, han (il) pour le masculin, et hon (elle) pour le féminin. Depuis 1966, la pratique tend à introduire l'usage d'un pronom neutre pour désigner les personnes dont on ne connaît pas le sexe ou dans les énoncés évoquant le futur ou une hypothèse, il s'agit du pronom .

Sémantique des noms En suédois, les noms (comme dans toutes les langues qui ont vraiment des noms) peuvent référer à toute entité et tout phénomène conceptualisable, c'est-à-dire à tout objet auquel on peut penser. Du point de vue ontologique, si la réflexion en termes de concret ou abstrait est intéressante, il convient de l'affiner comme suit (cf. Lyons) : noms d'entités du premier ordre : ce sont les entités matérielles, c'est-à-dire susceptibles d'être localisées dans l'espace. On peut distinguer (cf. article sur le nom) : les noms massifs : qui renvoient à des entités matérielles dépourvues de forme intrinsèque (vatten : eau, luft : air, vin : vin, etc.) les noms comptables : qui renvoient à des entités matérielles disposant de leur forme propre. On peut distinguer : les entités naturelles : animées (hund : chien, människa : être humain) ou inanimées (sten : pierre) ; les objets fabriqués : butik (magasin), bil (voiture).

Comme dans d'autres langues, les êtres humains disposent de tout un répertoire de noms pouvant servir à les désigner : référence à l'être : à l'âge (tonåring : personne de 10 à 19 ans, tjej : jeune fille, kille : jeune homme, barn : enfant), au sexe (kvinna : femme, man : homme [au sens du latin vir]), à diverses qualités intellectuelles (dåre : crétin) ; référence au faire : à la profession (skådespelare : acteur), à la fonction (ombud : député), à diverses activités passagères (cyklist : cycliste) ; référence à diverses relations (noms syncatégorématiques) : notamment les relations familiales comme bror (frère), syster (sœur), relations spatiales comme granne (voisin), relations sociales comme president (président).

noms d'entités du second ordre : ce sont les noms des entités qui ne sont pas matérielles, mais qui sont localisables (et bornées) dans le temps et dans l'espace ; on accepte plus ou moins ces diverses appellations : événements, éventualités : noms généraux : händelse (événement), handling (action), etc. noms spécifiques : mordförsök (tentative de meurtre), arbetsskada (accident du travail), etc.

noms d'entités du troisième ordre : ce sont les entités qui ne sont ni matérielles ni localisables dans le temps ou l'espace, des concepts. Par exemple : demokrati (démocratie), geografi (géographie), skönhet (beauté), etc.

Procédés de construction de noms On retrouve en suédois le procédé de suffixation commun à d'autres langues germaniques. Plusieurs suffixes servent en effet à dériver des noms : à partir de verbes : -else : permet de former le nom d'entité du second ordre à partir du verbe dénotant le même procès : le verbe hända (se produire) donne händelse (événement) ; -ing : le verbe älska (aimer) donne älskling (être aimé ; chéri[e]) ; -are : permet de former un nom d'agent à partir d'un verbe (författa : rédiger donne författare : auteur) ;

ou à partir d'adjectifs : -het (cf. allemand -heit) : permet de former un nom de propriété (entité du troisième ordre) à partir d'un adjectif qualificatif : l'adjectif skön (beau) donne skönhet (beauté), snabb (rapide) donne snabbhet (vitesse).

Procédés de création de mots à partir de noms

Phénomènes de grammaticalisation Comme dans d'autres langues européennes (le meilleur exemple étant sans doute l'anglais), une poignée de noms généraux servent à former des pronoms. Ainsi : ett ting (une chose) forme någonting (quelque chose).

Dérivation morphologique

Formation de mots composés Comme dans les autres langues germaniques, le suédois permet de former des mots composés en accolant plusieurs morphèmes lexicaux (notamment, nominaux) ou grammaticaux. Prenons l'exemple de återupplivningsförsök (tentative de réanimation). On peut l'analyser comme suit : -liv- (radical du verbe leva : vivre) -upp+liv- (la particule upp- permet de former uppleva : vivre quelque chose) åter+uppliv- (la particulier åter qui dénote le retour à un état antérieur forme återuppleva : réanimer) återuppliv+ning (formation du nom d'entité du second ordre par suffixation : le fait de réanimer). Par ailleurs, le nom sök (recherche) forme, à l'aide de la particule för, le nom försök (tentative). les deux noms återuppliv+ning et försök sont alors soudés par l'intermédiaire d'un -s- de génitif (qui apparaît dans certaines circonstances pas forcément prédictibles), et dans un ordre déterminant/déterminé, pour former återupplivningsförsök.

Il faut noter que cette formation de mots composés par synthèse remplace en suédois (comme en allemand et dans les autres langues germaniques) l'expansion du nom par un adjectif relationnel (voire par un groupe prépositionnel) telle qu'on la connaît en français. Voici quelques exemples autour du nom suédois EU (UE, Union européenne) en comparaison avec l'adjectif français européen : val (élection) forme EU-val (élection européenne) ; kommission (commission) forme EU-kommissionen (la Commission européenne) ; upplysning (information) forme EU-upplysningen (l'information sur l'UE).

On trouve cependant, plus ou moins exceptionnellement, des adjectifs relationnels, comme ces adjectifs de nationalité qui viennent désigner des langues : en svensk bibelöversättning (une traduction de la Bible en suédois).

L'adjectif

L'adjectif en suédois s'accorde avec le nom qu'il accompagne. Sa désinence aussi change selon que le nom est défini ou indéfini.

Adjectif à la forme indéfinie

En vacker sjö : Un beau lac Ett vackert hav : Une belle mer Vackra sjöar : Des beaux lacs Vackra hav : Des belles mers

Adjectif à la forme définie

Den vackra sjön : Le beau lac Det vackra havet : La belle mer De vackra sjöarna : Les beaux lacs De vackra haven : Les belles mers

On notera qu'à la forme définie il y a une triple indication de la définition du mot par l'ajout d'un article avant l'adjectif.

Le déterminant Le déterminant reçoit la marque du genre et du nombre du nom.

Article défini L'article défini est postposé et enclitique (soudé au mot). Dans sonen (le fils), la finale -en est un déterminant ajouté à la racine du nom, son.