La Première Assemblée nationale d’Épidaure ( / ) ( - ) fut la première réunion de ce qui est devenu de nos jours le parlement grec, à proximité de l'antique Épidaure. Elle fut une étape importante de la guerre d'indépendance grecque. Elle proclama l'indépendance du pays le julien ( du calendrier grégorien) 1822. Elle donna aussi au pays sa première constitution de l'ère moderne.

L'Assemblée Contexte

La guerre d’indépendance grecque fut une guerre de libération contre l’occupation ottomane. Le (julien)/ (grégorien) 1821, Alexandre Ypsilántis, militaire grec au service du tsar de Russie et chef de la Filikí Etería, franchit le Prout, entrant en Moldavie, où il chercha à soulever la population. L'insurrection était commencée. Il prit Iași, sans encombre, le jour même. Le il publia la proclamation qui était le signal officiel du début de la guerre d’indépendance grecque. Mais, les populations balkaniques ne répondirent pas à l’appel à l’insurrection des GrecsRichard Clogg, A Concise History of Geeece, Cambridge UP, , .. Ypsilántis fut battu par l’Empire ottoman en Moldavie et Valachie après neuf mois d'âpres combats. Sur le territoire grec, les premiers affrontements eurent lieu dans le Péloponnèse et en Épire. Là, Ali Pacha de Janina s’était révolté contre le sultan Mahmoud II. Il s'était allié avec les patriotes grecs organisés dans la Filikí Etería et qui préparaient le soulèvement national depuis la fin du Georges Contogeorgis, Histoire de la Grèce, ..

Tandis que les troupes ottomanes tentaient de réduire Ali Pacha, l’insurrection grecque fut déclenchée dans le Péloponnèse. Elle commença entre le 15 et le , sur toute la côte nord du Péloponnèse (Patras, Vostitsa, Kalavryta) et dans le Magne. Le , l’archevêque de Patras Germanós, proclama la guerre de libération nationale. Les premières victoires avaient été grecques : de mars à septembre, les Ottomans reculèrent partoutAn Index of events in the military history of the greek nation, .. Le (julien) / (grégorien), Theódoros Kolokotrónis avait conquis Tripolitza, la capitale de la Morée. Les Grecs étaient maîtres du Péloponnèse, ainsi que la Grèce centrale du Makrinoros aux ThermopylesBrunet de Presle et Blanchet, ..

Les Grecs avaient organisé des gouvernements locaux dans les diverses régions insurgées. Un Sénat (ou « Gérousia ») du Péloponnèse se mit en place de façon spontanée d'abord à Kalamata sous la forme d'une Gérousia de Messénie le , puis dans les montagnes de Laconie le pour l'ensemble de la presqu'île. Il s'agissait d'une assemblée de notables (« bourgeois », prêtres, chefs de guerre) représentative mais non élueBrunet de Presle et Blanchet, .. Les notables d'Étolie et d'Acarnanie s'étaient réunis en Assemblée de la Grèce continentale de l'Occident à la mi-novembre à Missolonghi. Ils avaient mis en place un Sénat (ou « Gérousia ») de la Grèce continentale de l'Occident, dirigé par Aléxandros Mavrokordátos. Fin novembre-début décembre un Aréopage pour la Grèce continentale de l'Est émana de la réunion de l'Assemblée de la Grèce continentale du Levant réunie à Salona. Les îles disposaient aussi de gouvernements locauxN. Svoronos, .. Il fallait donc essayer d'organiser le pays à un niveau supérieur. Le Sénat du Péloponnèse s'était d'ailleurs fixé comme objectif la prise de Tripolitza. Il avait ensuite prévu de se dissoudre et de convoquer une assemblée pour l'ensemble de la Grèce. La ville d'Argos avait d'abord été choisie pour réunir les délégués de toute la Grèce. Elle fut jugée trop proche de Nauplie tenue par les Ottomans : on se déplaça finalement à Épidaure.

À Épidaure Le (julien) 1821 ( grégorien), cinquante-neuf représentants des diverses régions engagées dans la lutte contre l'occupation ottomane se réunirent à Piada (rebaptisée de nos jours ), tout près de l'ancienne Épidaure. Ils venaient principalement de Morée (vingt représentants), de la Grèce du Levant (vingt-six représentants), de la Grèce de l'Occident (huit ou neuf représentants) et des îles d'armateurs : Hydra, Psará et Spetses. Les îles de l'Égée n'avaient pas de représentants. Quelques phanariotes étaient aussi présents. Il y avait enfin des délégués de l'Aréopage, qui avaient voix délibérative bien que n'ayant pas été désignés par une électionBrunet de Presle et Blanchet, .. Parmi les représentants, on comptait : vingt propriétaires terriens, treize armateurs, douze intellectuels, quatre chefs de guerre, trois membres du haut clergé et trois marchands.

Les Grecs étaient alors divisés en deux partis : celui des « politiques » et celui des « capitaines ». Le parti des politiques dominait dans le Péloponnèse. Il avait le soutien des trois îles et des évêques. Il était ainsi prépondérant dans l'Assemblée d'Épidaure au début des travaux. Il était dirigé par Mavrokordátos, ce qui lui donnait aussi le soutien d'une partie de la Grèce continentale de l'Occident. Le parti des politiques était plutôt libéral, défendant le concept de la souveraineté nationale, à l'occidentale.

Le parti des capitaines, qui avait au début de la guerre sa plus grande influence en Grèce centrale, avait progressé dans le Péloponnèse grâce aux victoires de Kolokotrónis. Celui-ci dirigeait le parti des capitaines, en lien étroit avec Dimítrios Ypsilántis. Sous l'influence d'Ypsilántis, très lié, comme son frère Alexandre au modèle autocratique russe, le parti des capitaines penchait pour la mise en place d'un pouvoir autoritaire, voire dictatorial le temps du conflit. Mais, le parti des capitaines était divisé en nombreux courants, correspondant aux différents chefs de guerre. L'Assemblée fut dominée par les politiques, aucun délégué issu des militaires ne participant aux débats..

Dimítrios Ypsilántis semblait, dans les premiers temps de l'Assemblée, le mieux placé pour assumer le pouvoir suprême. Son aura militaire, l'importance de l'expédition de son frère dans les provinces danubiennes au début de la guerre d'indépendance et le soutien russe faisaient de lui le candidat idéal. Les politiques s'employèrent immédiatement à diminuer son influence. Lui-même se disqualifia : il refusa la présidence de l'Assemblée et quitta Épidaure pour le siège de Corinthe.

Mavrokordátos assura la présidence de l'Assemblée. Les premières décisions furent d'interdire la publicité des séances et des comptes rendus. Ensuite, les représentants furent regroupés en quatre « classes » en fonction de leur provenance géographique (Morée, Grèce du Levant, Grèce d'Occident et Îles). Chaque classe désigna trois membres qui formèrent la commission constitutionnelle.

Représentants Délégués de l'Aréopage de la Grèce orientale Théodore Négris (), pour Zitouni Néophyte d'Atalánti (évêque d'Atalánti) (), pour Athènes Ánthimos Gazís (), pour la Thessalie Grigórios Konstantás (), pour la Thessalie Drósos Mansólas (), pour la Thessalie Ch. Kyriazís (), pour la Thessalie Ioánnis Logothétis (), pour Livadiá Lámbros Nákos (), pour Livadiá Geórgios Ainián (), pour Ypáti Geórgios Papailiópoulos (), pour Salona Yannoútsos Kóntes (), pour Salona Sotíros Doúros (), pour Thèbes Konstantís Zapountzís (), pour Thèbes Adám Doúkas (), pour Thèbes Ioánnis Skandalídis (), pour la Macédoine et Thessalonique Aléxandros Axiótis (), pour l'Euripe Lámbros Alexándrou (), pour Atalánti Dosítheos Panagiotídis (évêque de Litzas et Agrapha) () pour Skópelos

Délégués des insulaires de l'Égée (Hydra, Spetses, Psará) Ioánnis Orlándos () pour Spetses Francéskos Voúlgaris (), pour Hydra Emmanuel Tombazis (), pour Hydra Hadjiyánnis Méxis (), pour Spetses Ghíkas Bótasis (), pour Spetses Anagnóstis Monarchídis (), pour Psará Andréas Anargírou (), pour Spetses Geórgios Boúkouris () Anagnóstis Ikonómou () Pétros Omirídis Skylítzis ()

Délégués du Sénat de la Grèce continentale de l'ouest Aléxandros Mavrokordátos () Fótos Bóboris () Ioannis Kolettis () Fótios Karapánou () Aléxios Tsimbourópoulos () Spirídon Kourkoumélis ()

Délégués de la Gérousie du Péloponnèse Germanós de Pátras () Pétrobey Mavromichális () Sotírios Charalámbis () Panoútsos Notarás () Athanásios Kanakáris () Anagnóstis Papayannópoulos (Deligiánnis) () Yannoúlis Karamános () Polychrónios Tsannétou () Andréas Zaïmis () (arrivé après le début des travaux de l'Assemblée) Ioánnis Papadiamantópoulos () (arrivé après le début des travaux de l'Assemblée)

Autres délégués Christódoulos Ácholos () pour la Gérousie du Péloponnèse Geórgios Apostólou () Ioánnis Bizoúlas (), venu de Macédoine Capetán Manólis Kasiótis () Christódoulos Koútsis () Ch. Kyriazís () Nikólaos Dimitríou Lazarí () Anastásis Anagnóstou Lidoríkis () Vasílios Boudoúris (), venu d'Hydra Zacharías Panagiotádis () Zóis Pánou (), venu de Paramythiá Charálambos Papageorgíou () Spirídon Patoúsas () Dimítrios Perroúkas () Dionísos Petrákis () Yannákis Plakotís () Kyriakós Tassíkas () Geórgios Psíllas ()

Certains délégués auraient assisté ou participé à une partie des débats, sans être signataires des travaux de l'Assemblée. (pour Salona) Dimítrios Ypsilántis qui quitta très rapidement l'Assemblée

Décisions Mesures législatives Les principales décisions de l'Assemblée furent : La déclaration de l'indépendance de la Grèce ( (julien) / (grégorien) 1822). Une première constitution provisoire ()Le texte de la constitution dans Brunet de Presle et Blanchet sur Gallica. ( (julien) / (grégorien)). L'abolition de l'esclavage, de la tortureBrunet de Presle et Blanchet, p. 497-500.. La rédaction d'un nouveau code civil, en attendant, la Basilica, traduction sous Léon le Sage, vers 900 du Corpus iuris civilis de Justinien, restait en application, ainsi que le Code de commerce français de 1807. L'indemnisation des veuves, orphelins et blessés de la guerre d'indépendance. L'abandon du drapeau de l'Hétairie pour les couleurs bleu et blanc.

Il fut aussi établi que le gouvernement central n'avait pas vocation à remplacer les divers gouvernements locaux.

La constitution

Sa rédaction est attribuée à un Italien, V. Gallina. Elle était inspirée des constitutions américaine et française (1795)Fondation for the Hellenic World.. Les deux premiers chapitres de ce texte traitaient des grandes valeurs et définissaient la citoyenneté. Le christianisme orthodoxe était la religion officielle de l'État, mais les autres religions disposaient de la liberté de culte. Ce christianisme orthodoxe servait aussi à définir la citoyenneté : étaient considérés comme Grecs tous les « indigènes » (personnes nées en Grèce) de religion orthodoxe. Tout étranger disposait cependant, tout au long de son séjour en Grèce des mêmes droits civils que les Grecs. Les Grecs étaient considérés comme égaux devant la loi, les emplois (pas de privilège) et l'impôt proportionnel à la fortune et soumis à l'approbation législative.

Les chapitres III à VI organisaient les institutions du nouvel État : IV. Pouvoir législatif, V. Pouvoir exécutif et VI. Pouvoir judiciaire. Ces institutions étaient le résultat d'un compromis, non pas au sein de l'Assemblée ou entre les différents partis grecs, mais vis-à-vis de l'Europe occidentale : il fallait qu'elles soient suffisamment démocratiques pour satisfaire les libéraux occidentaux qui soutenaient la cause grecque (et qui deviendraient par la suite les philhellènes), mais aussi qu'elles ne le soient pas trop pour ne pas mécontenter la Sainte Alliance.

L'initiative des lois était partagée entre le législatif et l'exécutif.