Pascal Lissouba est un homme d'État congolais né le à Tsinguidi dans le département du Niari (Afrique-Équatoriale française) et mort le à Perpignan (France).
Agronome de formation, il a été Premier ministre de 1963 à 1966. Élu démocratiquement président de la république en , une guerre civile l’oppose à Denis Sassou-Nguesso au cours des derniers mois de son mandat. Défait par son adversaire après l'entrée des forces angolaises dans le conflit congolais, il quitte le pouvoir le , et part en exil à Paris en 2004, avant de décéder à Perpignan.
Biographie
Famille et formation Pascal Lissouba naît le à Tsinguidi, petite localité située à 70 km au nord de Mossendjo, dans le département du Niari. Ses parents appartiennent à l'ethnie nzebi, communauté à cheval entre le Congo et le Gabon.
D'abord marié à Annette Chantegreil, puis à Jocelyne Lissouba (née Pierrot), de nationalité française, il est père de onze enfants. Sa première fille, Mireille Lissouba, est sa directrice de cabinet de 1993 à 1996. Sa cadette Danielle Bineka est professeure d'université et écrivaine. Toutes deux sont actuellement exilées au Canada. Son plus jeune fils, Jérémy Lissouba, est revenu au Congo où il a été élu député en 2017. La mère de Pascal Lissouba, Marie Bouanga, meurt en 1996.
Pascal Lissouba fait ses études primaires à l'école urbaine [Dolisie] et à Boko. Il commence ses études secondaires à Brazzaville et les poursuit à Nice, où il obtient son baccalauréat en 1952 au lycée Félix-Faure. Il fait des études d’agronomie à l'École supérieure d'agriculture de Tunis et obtient en 1956 un diplôme d’ingénieur agronome. Revenu en France, il passe une licence en sciences naturelles. Il est ensuite stagiaire au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris et à l’ORSTOM (aujourd'hui Institut de recherche pour le développement dans la spécialité phytogénétique et amélioration des plantes). Il prépare une thèse en génétique sous la direction de Georges Rizet à l'université de Paris.
En 1961, il soutient à Paris sa thèse d’État et accède au grade de docteur ès sciences, avec félicitations du jury, mention très bien. À compter de , il est chargé de recherches à l'ORSTOM. Il est promu maître de conférences en biologie végétale, par arrêté du du ministère de l'Éducation nationale.
Carrière professionnelle et politique L'ascension politique (1963-1966) Lissouba rentre au Congo en 1962 et est nommé directeur général des Services agricoles, .
Le , Alphonse Massamba-Debat, devenu chef du Gouvernement provisoire après le renversement de Fulbert Youlou par une insurrection populaire, le nomme ministre de l’Agriculture et des Eaux et Forêts.
Le , Massamba-Débat, candidat unique, est élu président de la République. Le , il nomme Lissouba au poste de Premier ministre. Moins de deux ans après son entrée dans la vie active, il devient, à l’âge de 32 ans, l’un des principaux personnages de l’État et le premier collaborateur du chef de l'État, il est par ailleurs le plus jeune Premier ministre dans l'histoire politique du Congo. Aux termes de la nouvelle constitution adoptée par référendum le , le président de la République définit la politique générale et économique du pays, le Premier ministre et son gouvernement en assurent la réalisation.
Lissouba forme un gouvernement de 9 membres, au sein duquel il conserve le portefeuille de l’Agriculture et des Eaux et Forêts. Germain Bicoumat, Bernard Galiba, Édouard Ebouka-Babackas, Charles David Ganao et Paul Kaya qui, comme lui, faisaient partie du gouvernement provisoire, sont reconduits dans leurs fonctions. Parmi les trois nouveaux venus, on compte deux syndicalistes dont le rôle a été déterminant dans le renversement de Youlou : Aimé Matsika et Pascal Okyemba-Morlende.
Le gouvernement Lissouba manifeste dès le départ l’ambition de réduire la dépendance de l’économie congolaise vis-à-vis des capitaux étrangers. Il élabore un plan qui prévoit la nationalisation de plusieurs secteurs de l’économie et le développement d’une industrie d’État. La commercialisation des produits agricoles (ONCPA, RNPC) et le commerce d’importation (OFNACOM) sont nationalisés. Cependant, le président Massamba-Débat tempère l’ardeur socialisante du gouvernement en mettant son veto à la nationalisation du transport urbain, de la production d’électricité et de la distribution d’eau. La collaboration des pays industrialisés du bloc communiste (Chine, URSS) et parfois occidentaux, permet la création de plusieurs unités industrielles publiques (cimenterie, construction navale, textile, manufactures de cahiers et d’allumettes).
L’action de rénovation rurale, qui prévoit l’installation de jeunes de la ville en campagne pour développer l’agriculture, échoue faute d’adhésion.
Sur le plan social, le gouvernement Lissouba s’efforce d’assurer une couverture maximale du territoire en matière de santé et de scolarisation, en créant de nombreuses écoles et dispensaires.
Le stade de la Révolution, construit en un temps record, est inauguré en . Il sert de cadre aux premiers Jeux africains de 1965.
Sur le plan diplomatique, le Congo s’éloigne des pays occidentaux (rupture des relations avec les États-Unis) et se rapproche des pays du bloc communistes (reconnaissance de la Chine en 1964). L’encadrement de la Défense civile, branche armée de la jeunesse du parti unique, est assuré par des Cubains.
Comme la plupart des grandes figures du régime, Lissouba est membre du Groupe de Mpila, cénacle politique qui, pour l’opinion publique, porte la responsabilité de l’assassinat en de Joseph Pouabou, Lazare Matsocota et Anselme Massouémé, par la milice politique du régime. Cette tragédie altère les rapports entre Massamba-Débat et Lissouba.
En , Lissouba remanie son gouvernement. André Hombessa est nommé ministre de l’Intérieur et François Luc Makosso ministre de la Justice. Claude-Ernest Ndalla devient secrétaire d’État à la Jeunesse et Claude-Antoine Da-Costa, secrétaire d’État à la Défense. Okyemba-Morlende et Matsika quittent le gouvernement. En , il opère un second remaniement.
Le , les divergences de vue de plus en plus prononcées avec Massamba-Débat et l’hostilité d’Ambroise Noumazalaye qui contrôle le parti unique (MNR), le décident à présenter sa démission au président de la République. Celui-ci l’accepte et nomme Noumazalaye à sa place.
La longue période de vicissitudes (1966-1979)
Déchargé de ses responsabilités politiques, Pascal Lissouba enseigne la génétique au Centre d'études supérieures de Brazzaville. Parallèlement, il apporte son assistance aux planteurs de cacao de la région de la Sangha et réalise des expériences de croisement d’espèces de manguiers à Boko et à Loudima.
En , au beau milieu du bras de fer entre Alphonse Massamba-Débat et les officiers progressistes menés par le capitaine Ngouabi, il cosigne une lettre ouverte au président de la République. Avec ses amis Henri Lopès, Jean-Pierre Thystère-Tchicaya et Jean-Édouard Sathoud, il exhorte le Président à ne pas céder à la tentation du renfermement ethnique. Les quatre signataires préconisent l’instauration préalable d’une « démocratie nationale », encore à conceptualiser, avant toute édification d’un socialisme dont les conditions ne sont pas encore réunies au Congo. Ils demandent aussi au président de la République de désigner un comité qui serait chargé d’élaborer des réformes permettant de consolider l’unité nationale.
Après la négociation entre Alphonse Massamba-Débat et l’armée qui dénoue partiellement la crise politique, Pascal Lissouba est un des 39 membres du Conseil national de la Révolution (CNR) mis en place le . Il fait également partie du nouveau gouvernement formé par Alphonse Massamba-Débat, avec le rang de ministre d’État chargé du Plan. Le , après l’aménagement de l’Acte fondamental qui permet à Marien Ngouabi de devenir président de la République, il est nommé ministre d’État chargé de l’Agriculture et des Eaux et Forêts. Il garde ce poste jusqu’au remaniement du .
Le , il est mis en état d’arrestation et doit répondre devant la cour révolutionnaire de l’accusation de complicité dans le triple assassinat de Joseph Pouabou, Lazare Matsocota et Anselme Massoueme en 1965. Ses coaccusés sont Alphonse Massamba-Débat, Ambroise Noumazalaye, Ndalla, Hombessa, Lounda, Bindi, Maboungou-Mbimba et Van Den Reysen. Le , tous les accusés sont acquittés, excepté Bindi, Maboungou-Mbimba et Van Den Reysen qui étaient jugés par contumace. Cependant, ils sont interdits de toute activité politique et sortie du territoire pour deux ans.
De nouveau libre de toute responsabilité politique, Pascal Lissouba revient à l’enseignement de biologie cellulaire et de la génétique. Il mène des travaux de recherches et fait plusieurs publications scientifiques. En 1970, il devient directeur de l’École supérieure des sciences (future faculté des sciences de l’université de Brazzaville).
En , il est arrêté après l’échec du coup d’État militaire mené par Ange Diawara contre le gouvernement de la république populaire du Congo. Condamné à la réclusion par la cour martiale, il est cependant remis rapidement en liberté.
Lors du deuxième congrès extraordinaire du Parti congolais du travail (PCT), du 26 au , il fait sa rentrée dans le comité central. Il y a posé une condition : l’amnistie des prisonniers politiques. N’obtenant pas satisfaction, il organise une opposition interne au sein du parti unique. Quelques semaines seulement après son retour dans les instances de pouvoir, il est de nouveau arrêté le , pour complicité dans un putsch qu’aurait tenté le maquis d'Ange Diawara. Suspendu du PCT et traduit devant la cour révolutionnaire en avril, il est acquitté. Sa suspension du parti n’est toutefois pas levée.
Fin , après l’échec de la grève générale lancée par les victimes de la « radicalisation de la révolution » opérée par Marien Ngouabi en , il est encore arrêté. Il reste en prison quelques semaines seulement.
Le , dans les heures qui suivent l’assassinat de Marien Ngouabi, il est arrêté sur ordre du ministre de la Défense, Denis Sassou-Nguesso. Traduit devant la cour martiale, il est condamné à mort le , pour complicité avec Alphonse Massamba-Débat dans la conspiration qui a conduit à la mort du président de la République. Une intervention in extremis d’Omar Bongo, appuyée par une mobilisation de scientifiques français et africains, lui permet d’échapper au peloton d’exécution. Le Comité militaire du parti commue la peine capitale en détention à perpétuité. Il est incarcéré successivement à Brazzaville, Epena et Ouesso. En 1979, Denis Sassou-Nguesso, qui a évincé Joachim Yhombi-Opango, élargit tous les prisonniers politiques. Pascal Lissouba retrouve la liberté au mois de mars.
Retraite politique (1979-1990) Les conditions très sévères de sa détention ont altéré sa santé. Aussitôt libéré, il se rend en France pour les soins médicaux appropriés. Il va y rester, s’éloignant pour de longues années du champ politique. Il enseigne la génétique à l’université de Créteil. En 1985, il intègre l’UNESCO et est nommé directeur du secteur sciences exactes et naturelles. Il est ensuite directeur régional de l’UNESCO en Afrique pour la science et la technologie à Nairobi. Au cours de toutes ces années, Lissouba s’abstient de toute intervention et commentaire sur la vie politique du Congo.
Le retour à la vie politique (janvier 1991-février 1992)