Tango, est une aventure de Corto Maltese. Écrite et dessinée par Hugo Pratt, elle se déroule en 1923, dans le milieu interlope de Buenos Aires.

Personnages

Personnages historiques

Robert Leroy Parker, alias Butch Cassidy

Personnages de fiction

Corto Maltese : Commandant dans la marine marchande, héros de l'histoire. Il enquête sur le sort de son amie Louise Brookszowyc. Louise Brookszowyc : Amie de Corto, juive d'origine polonaise, plus connue sous le nom de « Belle de Milan ». Elle est assassinée dans cette histoire, avec un journaliste. Le marin tente de savoir qui l'a tuée, pour ensuite la venger. Esmeralda : Prostituée, amie de Corto, que celui-ci a rencontrée au Honduras dans La Conga des bananes (Corto toujours un peu plus loin). Dans la présente histoire, elle aide le marin à entrer en contact avec plusieurs personnes, dont Butch Cassidy. Lorsqu'elle demande à Corto s'il a déjà été amoureux, celui-ci répond que oui, autrefoisIl s'agit ici d'une jeune fille chinoise, sans doute Wee-Lee Song, ex amour du marin qui le hante tout au long de Corto Maltese en Sibérie.. Señor Harban : Latifundiste, habitant une riche maison à Barrancas de Martinez. A commandité l'assassinat de Louise et du journaliste, qui en savaient trop sur ses magouilles et a fait retomber le crime sur la Warsavia. Il a rencontré Corto en 1906, dans l'« estancia » patagonne des Newbery. « China » [surnom donné par son grand-père] Farias Gomez Paso Viola : Nièce d'Harban, elle travaille à l’Armée du salut. S'est occupée de la fille de Louise, avant l'arrivée de Corto. Inspecteur Estevez : Homme de main d'Harban, qui a assassiné sous ses ordres Louise et le journaliste. En tendant une embuscade à Corto dans le jardin de son patron, il chute dans un trou de chaux vive.

L'Histoire Après quinze ans d'absence, Corto retourne à Buenos Aires, pour répondre à l'appel à l'aide de son amie Louise BrookszowycVoir Fable de Venise.. Au terme d’une partie de billard avec son ami Fosforito Ramirez, ils parlent de la Warsavia, association pour laquelle Louise est venue travailler. En vérité, il s'agit d'un organisme de prostitution qui contrôle les bordels du pays et sert de façade à un réseau du crime.

Comment retrouver son amie ? Fosforito lui demande de lui accorder quelques jours et de le laisser faire car cela pourrait être dangereux pour elle. Hébergé chez son ami Vasco PintiOn voit cet homme boire du maté, boisson traditionnelle sud-américaine obtenue en infusant des feuilles de yerba mate, très populaire en Argentine, qui se consomme dans une "calebasse" grâce à une "bombilla" (paille)., dans la banlieue de San Isidro, il reçoit le soir même, un coup de téléphone de Fosforito. Victime d’une confusion, quelqu’un a été tué à sa place. Il faut redoubler de prudence... Il a déjà des renseignements sur Louise : elle a disparu depuis quelques mois déjà, avec sa fille Maria, âgée de trois ans. C’est par le señor Gomez qu’il sait cela ; il lui a d’ailleurs arrangé une rencontre avec lui...

Gomez lui fait savoir que Louise est morte et que son enfant est introuvable. Louise avait rencontré un journaliste qui voulait l’aider pour démasquer la Warsavia ; il fut tué. La police ne bougea pas. Peu après on apprit qu’elle s’était suicidée en se jetant d'un troisième étage.

Louise morte, sans doute assassinée, il reste à la venger. Corto décide alors de mener son enquête sur les circonstances réelles de sa mort, mais auparavant il veut rechercher la petite Maria.

À « la Centrale », l’inspecteur de police Estevez est avisé que des personnes se posent des questions sur l’affaire Brookszowyc, dont un certain Corto Maltese, qui semblerait être un ami de Louise. En entendant son nom, l’inspecteur appelle les archives pour sortir les dossiers de Patagonie datant de 1902 à 1910. Il veut vérifier si ce n’était pas le nom de ce marin qui fréquentait les bandoleros yankees qui attaquaient les banques.

De son côté, Corto a appris que Louise était hébergée par la famille Farias, très connue à San Isidro et dont l’une des filles est lieutenant dans l’Armée du salut. Il veut la rencontrer.

Il aurait cependant besoin de l’aide d'un ancien compagnon surnommé El Gringo : Butch Cassidy, un hors-la-loi, donné pour mort et vivant sous une fausse identité. Il avait fait partie de ces hors-la-loi qui furent engagés, au début des années 1900, pour défendre les gros propriétaires anglo-américains contre les soulèvements des indigènes. Pour le joindre, il va voir son amie Esmeralda. Elle saura trouver le moyen de transmettre à El Gringo, que Corto cherche à le revoir...

Plus tard, Corto se rend au siège de l’Armée du salut pour rencontrer le lieutenant China Farias Gomez qui lui apprend que l’enfant de Louise est sous leur protection. Elle lui remet une lettre où Louise exprime le désir que sa petite Maria soit conduite par Corto jusqu'à Venise afin de la confier à Petit Pied d’argent...

Après avoir accepté une invitation à une soirée dansante de l'Armée du salut au Club Sportif de San Isidro, une lettre signée El Gringo l’attend à son retour : « Il faut qu'on se voie, Corto... »

En attendant, Fosforito lui apprend, devant la , que l’inspecteur Estevez avait donné l’ordre de tuer Louise pour faire retomber le crime sur la Warsavia et camoufler ainsi les intrigues des propriétaires étrangers pour protéger leurs intérêts.

La présence de Corto devient gênante. Des tueurs sont à ses trousses mais Butch sera là pour lui sauver la vie...

À l’instigation de Butch, le grand-père de China, le señor Habban, gros propriétaire américain, invite Corto Maltese à une soirée. Le señor Habban, n’est pas un inconnu. Corto l’a déjà rencontré voilà 17 ans. Parmi les invités, il y a l’inspecteur Estevez.

Tout est en place pour accomplir la vengeance...

Le , Esmeralda et la petite Maria embarquent pour l’Italie par le Río de la Plata, tandis qu'Harban et sa nièce partent pour Viña del Mar afin d'embarquer pour les Caraïbes, en attendant que la situation troublée à Buenos Aires se calmeMaria, la fille de Louise Brookszowyc, deviendra la mère de Valentina, l’héroïne de bande dessinée créée par Guido Crepax. Quant au père de Maria, Pratt assure que ce n'est pas Corto..

Hugo Pratt, le tango et l'Argentine Hugo Pratt a vécu plusieurs années en Argentine, s'étant installé à Buenos Aires en 1949 et y a vécu quasiment sans interruption jusqu'à 1962. Ce pays ayant une longue histoire de la bande dessinée a été pour lui important pour sa formation de bédéiste, grâce à ses rencontres avec des personnes comme Cesare Civita et Héctor Oesterheld et il s'y est fait de vrais amis. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait réalisé une histoire ayant Buenos Aires pour cadre. Mais contrairement aux autres épisodes de la série de Corto Maltese, celui-ci délaisse l'onirisme habituelCet onirisme est toutefois présent à travers les deux croissants de lunes, avec qui Corto discute en rêve. Ceux-ci expliquent qu'ils refusent de grandir, un peu comme un personnage croisé par le marin à Kensington Gardens. Il s'agit de Peter Pan, qui a une statue à son effigie dans ce parc londonien., au profit d'une intrigue policière mettant en avant le côté sombre de son pays d'adoption. Ce qui lui permet par la même occasion d'évoquer de nombreux aspects de l'Argentine, sa culture et son histoire.

Le Tango gauche|vignette|227x227px|Dans le monde entier, "danser un tango" est synonyme de séduction. Le tango est un art complexe construit à partir de la danse. L'Argentine a aussi joué un rôle pour le bédéiste dans son intérêt pour deux styles musicaux qui l'ont marqué : le jazz (c'est dans la capitale qu'il a rencontré son futur ami Dizzy Gillespie) et le tango. Pratt rend principalement hommage au tango, lui qui écoutait des musiciens comme Astor Piazzolla pour dessiner Tango. Il a même déjà écrit sur ce style musical un texte, repris dans l'album, évoquant cette musique métissée d'influences variées. Dans ce texte, il explique que le tango est le fruit de différentes musiques : africaine apportée par les esclaves noirs, espagnole à travers les zarzuelas, cubaine avec les habaneras, créole de par la milonga (représentée par ), italienne, etc. D'abord populaire, il a progressivement gagné ses lettres de noblesse en inondant l'Europe, notamment grâce à Carlos Gardel. Pratt considère cet artiste français comme le plus célèbre des chanteurs de tango, qui collabora par exemple avec pour son (rendant hommage au jockey uruguayen Irineo Leguisamo)Pratt cite aussi comme grands noms du tango : Susana Rinaldi, , , Pepita Avellaneda, Sofía Bozán, , , Libertad Lamarque, , Amelita Baltar, Tita Merello, Francisco Canaro, Juan d'Arienzo, Aníbal Troilo, Enrique Santos Discépolo, Astor Piazzola... Mais pour être plus complet selon lui, il faudrait consulter l'encyclopédie du tango par Constantino Sobrino.. Le bédéiste parle du tango comme étant accompagné par les femmes argentines, qu'il considère comme parmi les plus belles du monde, issues du mélange « afro-hispano-indo-judéo-russo-italo-germano-turco-franco-anglo-gallois ».

Y todo a media luz, titre original de l'histoire, évoque A media luz, titre d’un tango des années 1920Hugo Pratt, De l’autre côté de Corto, Casterman, 1996., composé par et . Quant au titre francophone Tango, il a été choisi à la place de l'original, que les Français n'auraient pas compris. Le nom « Y todo a media luz » (« Et tout dans une demi-lumière ») se réfère donc à une chanson populaire en Argentine, qu'on entendait souvent dans les « maisons de rendez-vous ». Il parle aussi du fait que l'intrigue se déroule généralement de nuit ou dans la pénombre. D'ailleurs, le bédéiste explique que les nuits argentines sont agréables, avec un ciel formidable. Les deux lunes souvent représentées sur les cases sont le fruit de phénomènes de réverbération. Pour en revenir à la chanson, ses paroles évoquent une adresse de Buenos Aires, ville où pullulent les garçonnières : « 348 avenue Corrientes, étage, ascenseur, sans concierge ni voisin, et dedans, cocktail et amour... »Corrientes tres cuatro ocho, segundo piso, ascensor. No hay porteros ni vecinos. Adentro, cocktail y amor.... Outre que l'avenue en question est associée au tango, c'est cette même adresse où vit Fosforito, l'ami de Corto.

Corto venu pour la première fois à Buenos Aires lors de son retour en Argentine en 1908. Il y apprit le tango, y fréquenta Jack London, Mansfield et y fit la connaissance du futur dramaturge américain Eugene O'Neill, à l'hôtel le Drowning MaudCet hôtel a bel et bien existé, situé près du , au croisement de la et de la .Tango, préface de Marco Castellani.. Ensemble, ils s'amusaient avec Carolina Maud et sa conseur Eve Leneve, comme l'explique le marin dans cette histoire à son ami Vasco.

Auteurs argentins Dans certaines cases, Corto lit un auteur argentin, Leopoldo Lugones, à qui le bédéiste voulait rendre hommage. Dans la planche 34, et sans doute aussi dans la planche 47, on voit Corto lire son ouvrage El Payador (recueil, paru en 1916, de conférences données en 1913). Un autre écrivain argentin, Jorge Luis Borges, est évoqué allusivement, au moyen d'un grand panneau portant le nom de la gare bien réelle de Borges. Pratt le considérait comme un grand écrivain, mais il ne voulait pas lui rendre hommage ouvertement, à cause des propos qu'il a tenus vers la fin de sa vie, et de toute façon l'œuvre de Jorge Luis Borges s'est fait connaître après que Corto Maltese eut quitté l'Argentine. Toutefois, Pratt reconnaît que . De fait, Les Celtiques et Les Éthiopiques comportent chacun un récit dont le scénario reprend la trame d'une nouvelle de BorgesDans le premier, Concert en O mineur pour harpe et nitroglycérine s'inspire de Thème du traître et du héros, et, dans le second, Le Coup de grâce s'inspire de La Forme de l'épée..