La Grande Borne est une vaste cité d'habitat social de (dont 206 individuels) édifiée par l'architecte Émile Aillaud sous la maîtrise d’ouvrage de l'Office public HLM interdépartemental de la Région parisienne, sur le territoire des communes de Grigny et Viry-Châtillon, dans l'Essonne (91) entre 1967 et 1971.

La cité est bâtie, à l'origine, dans le cadre de la résorption des bidonvilles de la région parisienne et est surtout utilisée pour reloger les habitants du de Paris alors en pleine transformation. La réalisation de la cité est confiée à l’entreprise Bouygues. À l’exception de appartenant à la SA HLM Logirep et d'une partie du secteur des Patios, l'ensemble de la cité est géré par l'OPIEVOY (Office public interdépartemental de l'Essonne, du Val-d'Oise et des Yvelines).. Quoique divisée en quartiers puis en secteurs d'environ , la cité de la Grande Borne demeure néanmoins profondément unitaire, de par sa conception d'ensemble, l'emploi d'éléments et de procédés architectoniques répétitifs et l'esprit du lieu, fondé sur l'intégration poussée dès la conception d’un travail plastique (couleurs, fresques, sculptures) dans le cadre architectural singulier de ce grand ensemble atypique. Le nombre d'habitants de la Grande Borne peut être estimé à environ ( selon le recensement général de la population de 1999.)

Accueillant en grande partie une population fragilisée et précarisée, classée quartier prioritaire, parmi les plus sensibles du pays, la Grande Borne est célèbre pour sa situation sécuritaire dégradée et l'extrême gravité des actes criminels imputables à certains de ses résidents. Les violences urbaines de n'épargnent pas la Grande Borne, où sont recensées les confrontations parmi les plus dures du pays. Compte tenu de la configuration de la cité désormais peu adaptée aux usages actuels, de la relative vétusté du bâti et des difficultés sociales de la population qui y vit, d'importants moyens de police terrestre et aérien sillonnent le territoire en permanence afin de maintenir l'ordre. La cité est également qualifiée de par certains résidents, à cause des affrontements souvent quotidiens avec les forces de l'ordre, parfois d'une extrême violence, mettant en valeur la question de la loi dans certaines banlieues en France.

En , deux policiers essuient une tentative de meurtre par des jeunes de la cité, dans l'affaire des policiers brûlés à Viry-Châtillon. Très vite, une campagne de suivi psychologique est établie afin de soutenir les effectifs de police locale, lors de laquelle beaucoup témoignent au sujet de certaines interventions jugées traumatisantes. Aujourd'hui, la commune compte parmi les villes avec le plus haut taux de chômage et de pauvreté du pays, où 49 % des jeunes sortent du système scolaire sans aucun diplôme. Les dettes financières ne permettent pas aux jeunes de s'inscrire dans une auto-école ou dans des formations professionnelles spécialisées, mais des associations caritatives se mobilisent afin de leur venir en aide autant sur le plan économique que social.

Édifiée alors que s'aiguisait la critique contre les premières opérations de construction de grands ensembles d'après-guerre, dont l'ampleur le disputait souvent à la monotonie, la Grande Borne se voulait une réponse humanisée et poétique au problème du logement social de masse en même temps que la . Connue pour la mise en couleur des façades des bâtiments qui la composent, la Grande Borne emprunte ses teintes, selon les vœux de ses concepteurs, à ces ciels de traîne si caractéristiques de l'Île-de-France.. L'environnement semble très dégradé, certains secteurs ont des coupures d'électricité et d'eau très fréquentes et les locaux sont hors d'usage et vandalisés. La jeunesse apparaît refermée sur elle-même, rejetant le reste de la société française. Puisant dans les idéaux de la cité-jardin et du , la Grande Borne s’inscrit, modestement, dans la longue histoire des utopies construites.

Localisation et organisation du quartier La cité de la Grande Borne occupe un triangle d’une superficie de bordé par la RN 445 à l’ouest, la RD 310 (avenue Émile-Aillaud) au sud et la rue de la Grande Borne (qui longe l’autoroute A6 sur toute sa longueur) au nord-est, à l’exception des secteurs des Patios et du Ravin, situés au sud de la RD 310. Quoique la majeure partie du quartier soit située sur la commune de Grigny, la frange de la Grande Borne bordant la RN 445 sur les quartiers des Radars, de la Peupleraie, des Places Hautes (ou Ville Haute) et du Méridien est sur le territoire de Viry-Châtillon, la limite entre les deux communes ne coïncidant pas avec le tracé de la RN 445. Les Castelvirois de la Grande Borne sont rattachés administrativement au quartier du Plateau, situé de l’autre côté de la RN 445. La Grande Borne compte répartis comme suit à l’origine : ( carrés de surface en moyenne), ( carrés de surface en moyenne), ( carrés de surface en moyenne), ( carrés de surface en moyenne) soit collectifs et ( carrés de surface) et ( carrés de surface) soit individuels..

Une plaine centrale, 7 quartiers, 27 secteurs Le point d’ancrage de la Grande Borne, à partir duquel tout le plan masse de la cité se développe, est la place du Damier qui forme l’angle sud-est de l’ensemble : les bâtiments de cette place sont en effet organisés sur le plan masse de la Ferme Neuve, bel ensemble agricole du situé face à la Grande Borne, de l’autre côté de l’autoroute A6 et auquel ils répondent...

Organisation en quartiers et secteurs

thumb|right|Les quartiers et secteurs de la Grande Borne.

thumb|right|Détail de la Ville-Basse.

La cité de la Grande Borne est ensuite organisée en sept sous-ensembles de bâtiments très différents dans leur morphologie, appelés , et eux-mêmes divisés en , petits groupements d’immeubles appelés à fonctionner ensemble, possédant des caractéristiques et une ambiance propres et généralement organisés autour d’une œuvre plastique dont ils tirent leurs noms.. L’unité architecturale de la Grande Borne reste assurée par le traitement des façades (à l’origine, deux types de revêtements possibles), l’utilisation systématique de modules de fenêtres semblables sur toute la cité (seulement trois modèles de fenêtres) et par le gabarit modeste des immeubles (seulement trois modèles de bâtiments ne dépassant pas cinq étages, en raison ici d’une servitude locale de radiodiffusion. mais la recherche de gabarits à taille humaine est une préoccupation constante d’Émile Aillaud"Il faut que la mère qui habite au dernier étage puisse voir son enfant jouer dans la rue et l’appeler pour qu’il vienne faire ses devoirs." ().).

L’implantation des bâtiments et le traitement des façades varient selon les quartiers : elle peut être courbe (Radars) ou orthogonale (Peupleraie). Tous les immeubles sont exclusivement constitués de logements collectifs, sauf sur les secteurs des Places Hautes et du Damier, où les rez-de-chaussée peuvent avoir une vocation commerciale, et sur le secteur des Patios, où l’habitat est de type individuel. Enfin, la majeure partie des bâtiments sont construits au niveau du terrain naturel, les seules exceptions étant les immeubles des Places Hautes (place du Quinconce, place du Mouton, place aux Herbes, place de la Carpe), construits sur dalle..

Selon le découpage le plus communément admis et sans préjuger de l’existence de facto d’autres sous-ensembles issus de la pratique quotidienne de leur cadre de vie par les habitants, les secteurs de la Grande Borne, au nombre de 27, sont les suivants : les Patios, le Ravin, l’Étang de sable, la Montagne, la Peupleraie, l’Oiseau, le Miroir, la Treille, le Quinconce, les Herbes, la Carpe, le Mouton, le Méridien, le Solstice, les Enclos, la Demi-Lune, le Ménisque, la Serpente, l’Œuf, la Balance, l’Astrolabe, les Heures, le Dédale, le Minotaure, l’Ellipse, les Petits Pas et le Damier. Ils appartiennent aux sept quartiers de la Grande Borne que sont le Labyrinthe, le Méridien, la Ville-Haute, la Ville-Basse, la Peupleraie, les Enclos et les Radars. On notera le caractère particulièrement poétique de certaines de leurs appellations. Les paragraphes suivants donnent une description plus précise des sept quartiers et de leurs secteurs respectifs..

La Plaine centrale thumb|right|La Plaine Centrale, au fond le Labyrinthe, avril 2007. L’ensemble des secteurs de la Grande Borne est organisé autour d’un vaste espace herbeux, peu qualifié, d’une trentaine d’hectares. Cet espace qui se diffuse jusqu’à l’intérieur des secteurs qui lui sont contigus est communément appelé en raison de sa localisation au cœur du quartier. C’est à cet espace diffus que l’on doit la sensation étrange de bâtiments comme posés sur une mer d’herbe..

Les aménagements de la Plaine Centrale demeurent encore aujourd’hui réduits, préservant cette respiration majeure au cœur de la cité. En plus des cheminements, organisés ou spontanés, qui la sillonnent, la Plaine est aujourd’hui peuplée de quelques réverbères et d’un petit terrain dédié aux sports collectifs.

Trois quartiers de bâtiments courbes Trois quartiers sont composés de bâtiments courbes dont les façades étaient à l’origine revêtues de pâte de verre colorée : le Labyrinthe, le Méridien et les Radars.

Le Labyrinthe

L’ondulation des façades, tour à tour proches et lointaines, crée des perspectives mouvantes dont on ne voit pas la fin. Le quartier est jalonné de places qui sont autant de secteurs animés par un geste plastique..

L’Astrolabe s’organise autour d’une place circulaire pavée dont le centre est occupée par un obélisque de marbre noir dont l’ombre se projette sur un cadran dallé, marquant les heures.

thumb|right|Place de l’Œuf, avril 2007. L’Œuf est un ensemble de quatre bâtiments entourant une place circulaire avec une étendue de sable en forme d’œuf entourée d’arbres et dans laquelle un gigantesque personnage de béton (le Gulliver) semble ensablé.

Le Ménisque se déploie autour d’un espace pavé comportant un bassin pour patauger ( à sec).

La Balance est formée de bâtiments sinueux qui amènent à une place pavée dont le sol se soulève en mamelons (sur le même principe que l’aménagement des espaces extérieurs des tours Nuages à nanterre).

L’Ellipse est centrée sur une place entourée de gradins formant théâtre.

Le Marigot s’organise autour d’une place comportant une étendue de sable bordée d’un quai et contenant des rochers et des hippopotames de béton.

La Demi-Lune est un petit secteur resserré autour d’une place occupée par une sculpture en béton représentant un croissant de lune.

Le Damier est le seul secteur du Labyrinthe dont les bâtiments sont droits; la place centrale initialement bordée de commerces est pavée comme un grand damier carré et occupe la pointe est de la Grande Borne. Le plan masse de ce secteur, point d’accroche initial de la Grande Borne, répond à celui de la Ferme Neuve, situé de l’autre côté de l’autoroute A6..

Les Villages (non construits) devaient consister en des cellules basses dépourvues de toit et réunies autour d’une placette pour former un village d’enfant.

Ce quartier comprend également les secteurs de la Serpente, des Heures, du Dédale, du Minotaure et des Petits Pas.

Le Méridien Une ordonnance monumentale de bâtiments ondulant légèrement marque un espace très cadré : des espaces clos, un sol pavé d’hexagones en béton…

Le Méridien est une succession de deux places rectangulaires organisées autour du méridien de Grigny, un muret d’ardoise de de long dont l’extrémité nord est occupée par un obélisque de marbre qui marque de son ombre les heures sur des sièges en béton.

Les Solstices est un ensemble de deux bâtiments courbes qui flanquent une place ovale herbeuse où se dresse un obélisque et où deux longs bancs courbes dessinent le tracé de la course du soleil aux solstices.

Les Radars

thumb|right|Le Serpent de Mer, secteur des Radars, .

Onze bâtiments fortement cintrés et revêtus de couleurs fortes occupent un vaste espace herbeux dans l’angle sud-ouest de la cité.