Lizzie Andrew Borden est une Américaine née le et morte le . Protagoniste de l'un des faits divers les plus célèbres aux États-Unis, elle est accusée d'avoir tué son père et sa belle-mère à la hache, le , à Fall River.
Ayant essayé d'acheter du poison la veille du double homicide et fourni des témoignages contradictoires juste après les faits, elle est arrêtée et jugée. Ses avocats la présentent comme une femme de bonne famille et bien éduquée, qui ne peut pas être coupable d'un acte aussi violent. Les éléments à son encontre sont rejetés par le juge, ce qui laisse peu de marge de manœuvre aux avocats de l'accusation. Après une heure de délibérations, le jury la prononce non coupable. Aucun autre suspect crédible n'est identifié, bien que des rumeurs circulent sur la sœur de Lizzie, Emma Borden, sur son oncle, John Morse, et sur la bonne, Bridget Sullivan.
Le motif du meurtre n'est jamais confirmé : si la thèse la plus souvent retenue est celle de l'héritage d'un demi-million de dollars, d'autres explications supposent un trouble psychiatrique chez Lizzie, une vengeance après des années d'inceste.
Après la mort de leur père et de leur belle-mère, Lizzie et Emma héritent de la fortune familiale et achètent ensemble une maison où elles mènent une vie de luxe. Ostracisées par la communauté de Fall River, elles sortent peu, bien que Lizzie prenne l'habitude d'organiser de grandes fêtes chez elle pour les troupes de théâtre passant en ville. Après une de ces fêtes, Emma quitte leur maison pour une raison inconnue et n'adresse plus jamais la parole à sa sœur. Bridget Sullivan, comme les sœurs Borden, refuse jusqu'à sa mort de raconter les événements du .
Le double meurtre, le procès qui suit et leur couverture médiatique, qui est amplifiée par l'essor de la presse écrite, deviennent un sujet d'étude en criminologie et font de Lizzie Borden une icône du folklore américain. Une chanson enfantine populaire, , est composée au sujet de l'affaire. Dans les années 1950, elle devient une icône du féminisme en raison du verdict obtenu grâce aux clichés sexistes de l'époque victorienne, qui présentent la femme comme faible par nature. À partir de cette époque, les théories populaires ne cherchent plus tant à l'innocenter qu'à justifier le double meurtre.
Biographie alt=Une maison avec un étage et des combles derrière une barrière et un arbre.|vignette|La maison des Borden à Fall River en 1892.
Jeunesse Lizzie Borden. est la deuxième fille d'un homme d'affaires aisé, Andrew Jackson Borden, né en 1822, et de Sarah Borden, née en 1823. Andrew se remarie en 1865, trois ans après le décès de sa première femme, avec Abby Durfee Gray., née en 1828. Bien que sa fortune soit estimée à plus d'un demi-million de dollars de l'époque, ce qui équivaut en 2019 à quelque dix millions d'euros., Andrew refuse catégoriquement de s'installer dans un quartier huppé de la ville, restant dans le quartier ouvrier pour limiter ses dépenses. Les Borden vivent également avec une bonne irlandaise, Bridget Sullivan, née en 1869.
Dans sa jeunesse, Lizzie participe à de nombreuses actions caritatives, elle est généralement très appréciée des habitants de Fall River, ce qui est remarquable pour une femme encore célibataire à l'âge de . Ses amies la qualifient de douce et serviable et affirment qu'elle n'a jamais été impolie ou méchante.. Elle anime l'école du dimanche de sa paroisse, est affiliée à la Woman's Christian Temperance Union. Comme sa sœur aînée, Emma, âgée d'une dizaine d'années de plus qu'elle., elle s'entend mal avec son père et sa belle-mère, connus dans les environs pour être avares et antipathiques.. Alors qu'Emma reste généralement calme et réservée malgré les tensions, Lizzie se dispute régulièrement avec eux, en particulier parce que leur contrôle financier très strict l'empêche de participer à des activités mondaines avec ses amies..
Après la mort de la première femme d'Andrew, la mère de Lizzie et Emma, l'atmosphère du foyer Borden se refroidit considérablement. Les repas sont rarement pris en commun et les sœurs s'éloignent de leur père après sa décision de rédiger un testament qui les priverait de certains biens. En 1887, Andrew offre une maison à la sœur d'Abby, ce que Lizzie et Emma considèrent comme du favoritisme. Une maison doit revenir à des parents d'Abby, et un frère de la première femme d'Andrew, John Morse, est en visite la semaine du double meurtre pour faciliter la cession d'un terrain où se trouve une maison très appréciée des deux sœurs.
Double meurtre Quelques jours avant le meurtre, les parents Borden et leur bonne Bridget tombent très malades. Abby est persuadée qu'on cherche à les empoisonner et rend visite au docteur Bowen, le médecin de famille. Le docteur diagnostique une intoxication alimentaire due à des aliments douteux servis au dîner la veille.
Le , la veille du meurtre, Lizzie essaie d'acheter du cyanure d'hydrogène à un pharmacien, sans succès. Le soir même, elle dit à une de ses amies, Alice Russell, qu'elle se sent déprimée : .
vignette|upright=0.875|gauche|Le corps d'Andrew Borden.
Le matin du , Andrew Borden prend le petit déjeuner avec sa femme et John Morse, le frère de sa première femme, puis il quitte la maison vers pour conduire ses affaires, laissant à la maison Abby, Lizzie et Bridget ; Emma, elle, est en visite chez des amis., et Morse quitte le domicile dans la matinée. Lizzie demande à Bridget de nettoyer les fenêtres au rez-de-chaussée : la bonne dit s'être exécutée puis être partie se reposer au troisième étage.
Andrew rentre au domicile vers et s'allonge sur le canapé pour faire une sieste. Lizzie affirme être entrée dans la pièce une demi-heure plus tard environ et avoir découvert son père mort., le crâne brisé par onze coups d'un instrument coupant. Il s'avère plus tard que l'arme du crime est une hache, qui lui a fendu le crâne en deux, lui arrachant l'œil gauche ; sa tête n'est plus reconnaissable. Bridget témoigne qu'elle était en train de dormir au troisième étage quand, peu après , Lizzie l'a appelée du bas des escaliers en disant que quelqu'un avait tué son père.
vignette|upright=0.875|droite|Le corps d'Abby Borden. Les voisins et le médecin de famille arrivent rapidement sur place pour s'occuper de Lizzie. Pendant ce temps, Bridget monte les escaliers et trouve le cadavre d'Abby, encore plus mutilé que celui de son mari. Abby a été tuée du premier coup, mais l'assassin a continué à la frapper de dix-huit coups de hache supplémentaires dans le dos. L'enquête montre que sa mort a précédé celle d'Andrew d'environ une heure. En fin de journée, des témoins voient Bridget sortir de la maison avec un sac.
Une hache correspondant aux coups est retrouvée dans le sous-sol de la maison des Borden. Il manque une partie de son manche en bois, et les policiers supposent qu'il s'agit de la partie tachée de sang qui aurait été coupée.
La police suspecte immédiatement Lizzie, mais ne l'arrête pas tout de suite. Les seuls témoignages sont ceux de Lizzie et de Bridget, ce qui rend l'enquête très malaisée. Lizzie fournit plusieurs témoignages contradictoires sur ses activités pendant la matinée du double meurtre. Elle affirme d'abord avoir été dans la grange pour y chercher du fer et fabriquer des hameçons, puis dit avoir mangé des poires au même endroit. La température le jour du meurtre étant très élevée, les policiers estiment qu'il est très improbable que quelqu'un puisse s'être rendu dans la grange par une si forte chaleur. De plus, Lizzie raconte que sa belle-mère a été appelée par un messager le matin des meurtres, mais aucun autre témoin n'en fait mention. L'incohérence des affirmations de Lizzie peut être expliquée par le fait que le docteur Bowen lui a donné de la morphine pour l'aider à se calmer.. Chaque porte de la maison est fermée à double tour, ce qui rend presque impossible l'intrusion d'une personne extérieure au ménage. L'absence de suspects crédibles encourage la spéculation. Plusieurs suspects sont proposés : un locataire d'une des maisons dont Andrew est propriétaire, un fermier portugais ancien employé des Borden, un homme mal habillé vu dans la rue le matin des meurtres avec un paquet mal emballé dans la main. Les sœurs Borden proposent une récompense de en échange de toute information, mais aucune piste crédible ne se dégage.
Le , le jour de l'enterrement des deux victimes, le maire de Fall River qualifie Lizzie de suspecte.. Plus de assistent à l'enterrement, dont une majorité de curieux. Le mari de la sœur d'Andrew, Hiram Harrington, est interviewé le même jour et raconte une conversation récente avec Lizzie : pour lui, le seul mobile possible est celui de l'héritage d'un demi-million de dollars ; il souligne que Lizzie n'a montré aucune émotion pendant leur conversation, mais ne s'en étonne pas particulièrement, disant qu'elle n'est jamais émotive ; au cours de leur discussion, il trouve suspect le fait que Lizzie ait insisté sur les petits témoignages d'amour qu'elle a donnés à son père à son retour à la maison le matin du crime ; il ne s'agit pourtant pas du genre de relation qu'elle aurait eue habituellement avec son père, d'après Harrington.
Le lendemain, Lizzie brûle une robe qui lui appartient. Elle affirme avoir taché la robe avec de la peinture. Pendant le procès, les avocats de la partie civile émettent l'hypothèse que sa robe a été tachée de sang et qu'elle a voulu s'en débarrasser..
Procès alt=Douze hommes en habits de l'époque victorienne, un rang assis et le deuxième rang debout, regardent le photographe.|vignette|Les douze jurés du procès de Lizzie Borden. Le , Lizzie est arrêtée ; le lendemain, elle plaide non coupable du double meurtre. Un grand jury se penche sur l'affaire du au . En , le procès se déroule à New Bedford. Un des avocats de la partie civile est William Moody. Les avocats de Lizzie Borden sont Andrew Jennings, Melvin Adams et George Robinson.
Le juge chargé de l'affaire, estimant que Lizzie n'a pas reçu d'accompagnement légal suffisant avant de fournir son premier témoignage, qui contient de nombreuses contradictions, le déclare non recevable. Il refuse aussi de prendre en compte le témoignage du pharmacien, affirmant que l'achat d'un produit toxique ne constitue pas une intention d'empoisonner une personne. Ces deux décisions sont très critiquées, puisqu'elles suppriment les deux principaux arguments de l'accusation. Réduit à s'appuyer sur des impressions, un avocat de la partie civile décrit les meurtres comme « non pas relevant d'une force masculine, mais de la main d'une personne qui n'était forte que par haine et désir de tuer ».
Emma est appelée à témoigner. Elle fournit un témoignage qui soutient Lizzie, sans l'innocenter clairement ni fournir plus d'informations sur le déroulement des faits, mais son manque de conviction est très remarqué. Elle n'a également pas réagi comme on aurait pu l'attendre le jour des meurtres ; les deux sœurs ont dormi dans la maison familiale sans s'en plaindre, alors même que les corps de leur père et de leur belle-mère étaient allongés dans la cuisine.
Le , après une heure de délibérations, le jury prononce Lizzie non coupable.
Le procès reçoit une importante couverture médiatique au niveau national. Des journaux en dehors du Massachusetts et des associations féministes présentent Lizzie comme la victime innocente de policiers incompétents, citant régulièrement son investissement au sein de son église locale comme preuve qu'elle n'a pas pu commettre de crime haineux. La popularité de l'affaire est multipliée par la démocratisation contemporaine de l'information de masse dans les journaux..
Après le procès