Simon (dit Louis-Simon) Dereure, est né le à Lapalisse (Allier)Archives départementales de l'Allier, état-civil numérisé de Lapalisse, naissances 1823-1842, acte N°72 de l'année 1838, cliché 472. et mort le à Paris ( arrondissement)Archives de Paris, État-civil numérisé du arrondissement, registre des décès de l'année 1900, acte N°3086.. Simple artisan-ouvrier cordonnier, il devint un syndicaliste engagé, militant politique du socialisme guesdiste et membre de l'Association internationale des travailleurs. En , Louis Simon Dereure est élu maire adjoint du auprès de Georges Clemenceau maire et de Victor Jaclard ( place des Abbesses, ancienne Mairie de Montmartre ), devenant ainsi une des personnalités incontournables de la Commune de Paris.

Biographie Jeunesse

Apparenté à une vieille famille d'origine lapalissoise dans la lignée industrielle et artisanale du minotier Étienne DereureLe négociant en grains lapalissois Étienne Dereure obtint à Paris à la exposition universelle une Médaille de Classe (Classe - Agriculture). Voir le Journal d'Agriculture Pratique, volume 21, page 478, Distribution des Récompenses à l'Exposition Universelle, Édition Dusacq, Librairie Agricole de la Maison Rustique, Paris, 1855.En 1866, il publia un petit opuscule, Question de transport au point de vue agricole et commercial, 11 pages, Édition E. Voitelain, Paris, 1866. négociant en grains et farines, lequel obtint sous le Second Empire du garde des Sceaux et ministre de la justice Jean-Pierre Abbatucci, signataire du décret du , l'autorisation confirmant

gauche|vignette|Illustration de Ernest Yan Dargent pour L'Histoire d'un crime par Victor Hugo. Gravure début .

Fils aîné d'un modeste artisan, Louis Simon Dereure exerce la simple profession d'ouvrier cordonnier comme son père, décédé à l'âgeArchives de l'Allier, commune de Lapalisse, acte de décès de François Dereure, cordonnier, 2 MI EC 13411, vue 424/594. de 41 ans en 1852, année du rétablissement de l'Empire par Louis Napoléon Bonaparte à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851. La résistance au coup d’État fut particulièrement rude à LapalisseLapalisse, ancienne sous-préfecture de l'Allier, est une des rares communes françaises à avoir érigé un monument aux victimes du coup d’État du 2 décembre 1851. Ce monument fut inauguré le par Albert Peyronnet, sénateur de l'Allier., où l'adolescent qu'il était connut la tragique rébellion de sa ville natale, qui fut l'un des principaux foyers d'opposition républicaine en France. Deux parentsAdrien Dereure, serrurier, 32 ans, n° d'ordre 8785, marié 1 enfant, archives nationales F/7/*/2590, interné le 2/12/1852.Olivier Jean-Baptiste Dereure, cabaretier, 39 ans, célibataire, n° d'ordre 8786, archives nationales F/7/*/2590, interné le 2/12/1852. du jeune Simon, jugés comme de dangereux propagandistes anti-bonapartistes, seront condamnés par les Commissions mixtes de l'Allier et déportés le vers l'Algérie. Dans son ouvrage Histoire d'un crime paru dès 1852, Victor Hugo évoque l'insurrection de Lapalisse à la suite de l'opposition des démocrates venus du Donjon et des campagnes environnantes. À Paris, l'écrivain, membre de l'Assemblée nationale où il s'opposa avec une véhémente fermeté politique contre le coup d'état fomenté par le futur Napoléon III, fut accusé d'avoir menacé à la sûreté de l’État et, pressentant que les foudres de la loi ne viennent permettre la prononciation de sa condamnation et de sa déportation inéluctable, préféra prendre les devants (exil de Victor Hugo) pour s'expatrier en territoire anglais sur l'île de Jersey. Exilé sur cette île d'outre-Manche loin des agitations politiciennes parisiennes ou nationales, le poète proscrit y séjourna avec son vieil ami de lutte, son très cherBarthélémy Terrier sur maisonsvictorhugo.paris.fr. Barthélémy Terrier, qui fut parlementaire du département de l'Allier et maire du Donjon en 1851 pendant les tragiques évènements de Lapalisse. Témoin direct de cette violente jacquerie républicaine, l'adolescent Simon Dereure, qui voue déjà une haine viscérale envers le nouveau régime autocratique institué par Badinguet, n'a que 15 ans en 1854, quand il est impliqué pénalement pour la première fois dans une société politique secrète dite de La Marianne, fréquentation sacrilège qui lui valut alors deux mois d'emprisonnement.

Orphelin à 14 ans à la mort de son père, laissant seule sa mère, Anne Vareille, Louis Simon Dereure est l'aîné d'une fratrie de trois enfants, dont Jean Nicolas, qui fut boulanger, et Jean, qui exerça le métier d'ébéniste. À tout juste 25 ans, en 1863, désirant rompre une vie routinière et sans réel idéal, Simon Dereure décide de monter à Paris, où il s'installe dans le quartier des Grandes-Carrières. L'année suivante, des bans de nuptialité publiés par les services de l’État civil de la mairie du arrondissement (ancienne Mairie de la place des Abbesses à Montmartre) annoncent peut-être prématurément, le , un premier mariageJournal Le Siècle, 15 novembre 1864.Journal La Gazette de France, 24 novembre 1864.Journal L'Indicateur des Mariages, 30 octobre 1864, année, n°1082. du cordonnier Dereure, habitant alors au 4 rue des Moulins (actuelle rue Norvins), avec une certaine demoiselle Boizot, habitant chez ses parents au 7 rue Neuve-Véron. Pour des raisons obscures, ce premier projet de mariage fut très vite démenti et n'eut pas de suite.

Débuts syndicaux

Lorsque s'ouvre à Paris, sur le Champ-de-Mars, l'Exposition universelle française de 1867, les délégations ouvrières (Commissions ouvrières), encore très peu représentatives à l'exposition et très peu structurées pour défendre les intérêts de leurs corporations professionnelles, commencent enfin à s'organiser. D'après les journaux Le Temps et Le Siècle, ce fut précisément le que fut fondéeJournal Le Siècle du 12 juin 1867. Création d'une Chambre syndicale des ouvriers cordonniers de Paris. Page 3. la première Chambre syndicale des ouvriers cordonniers-bottiers de Paris, où Louis Simon Dereure apparait comme l'un des 21 syndicsExposition Universelle de 1867 - Commission Ouvrière de 1867 - Recueil des Procès-verbaux des Assemblées Générales, des délégués et des Membres des Bureaux électoraux, recueillis par Eugène Tartaret, ébéniste, secrétaire de la Commission de 1867, Paris, imprimerie Augros, passage du Caire. 1868.Noms des syndics : Dereure , page 35.Statuts de la Chambre Syndicale des Ouvriers cordonniers (1867) pages 35-39. signataires de cette création. À la suite de l'abrogation de la loi Le Chapelier (1791), créant un délit de coalition, par la loi Ollivier du , sous le Second Empire, le droit de grève apparait en France. Le monde du prolétariat ouvrier, acteur de cette , commence laborieusement à s'organiser et à prétendre légitimement à quelques protections ou avancées sociales. La légalisation des premières chambres syndicales (syndicats) jusque-là très peu tolérées par le régime autocratique de Napoléon III, commence timidement à voir le jour.

gauche|vignette|Vue officielle a vol d'oiseau de l'exposition universelle de 1867.

Le L'Indicateur des Mariages de Paris, publication hebdomadaire, mariages du 20 au 27 décembre 1868, affichés dans les mairies, édition du 20 décembre 1868, année, n° 1297., fut un grand jour dans la vie personnelle du cordonnier Louis Simon Dereure, âgé de tout juste 30 ans, qui convola en justes noces à la mairie du arrondissement (ancienne mairie des Abbesses à Montmartre) avec une jeune Normande originaire de Vatteville, une certaine demoiselle Caroline Ortance Poitray, âgée de 25 ans, piqueuse de bottines de son état et habitant sur la butte Montmartre chez son époux au 19 de la Chaussée de Clignancourt. Selon son acte de mariageArchives de Paris, arrondissement, acte de mariage de Simon Dereure & Ortance Poitray, n° 1385, 30 décembre 1868., Simon Dereure se maria en présence de sa mère Anne Vareille, habitant alors passage du Chantier, et eut comme témoins ses deux frères Jean, boulanger & ébéniste.

1869 - 1870 : les débuts frondeurs d'un syndicaliste et militant politique

En , Simon Dereure, représentant la Chambre syndicale des ouvriers cordonniers bottiers de Paris, est envoyé comme délégué français au Congrès ouvrier de l'Association internationale des travailleurs à Bâle.

En 1870, il est condamné à trois ans de prison pour atteinte à la sûreté de l'État. La proclamation de la République le le libère. Il est membre du Comité de vigilance et du de la Garde nationale du arrondissement, dirigé par le maire Georges Clemenceau. Après le soulèvement du 31 octobre 1870 auquel il prend part, il est élu le 5 novembre maire-adjoint du arrondissement aux côtés de Clemenceau, élu maire.

L'insurrection parisienne du 18 mars 1871

Il participe au soulèvement du 22 janvier 1871 contre le gouvernement de la Défense nationale.

Le Simon Dereure est élu au Conseil de la Commune par le arrondissement. Il siège à la commission des Subsistances et à celle de la Justice (). Le , il est nommé Commissaire civil auprès du général Jaroslaw Dombrowski. Il vote pour la création du Comité de Salut public. Pendant la Semaine sanglante, il combat sur les barricades, il parvient à se réfugier en Suisse, mais est condamné à mort par contumace par le Conseil de Guerre en .

Établi à New-York dès 1871, il milite dans l'Association internationale des travailleurs et au congrès de La Haye en 1872, il vote l'exclusion de Bakounine et est élu au Conseil de l'Internationale. Revenu en France après l'amnistie de 1880, il adhère au Parti ouvrier mais échoue à toutes ses tentatives pour devenir député.

Notes et références

Notices biographiques Jacques Rougerie, La Commune et les communards, Folio Histoire (réuni le Paris Insurgé et le Procès des communards), édition Gallimard 2018. Michel Cordillot, Aux origines du Socialisme moderne. La Internationale, La Commune de Paris, l'Exil, édition de l'Atelier, Paris, 2010. Ian Brossat, Louis-Simon DEREURE (1838-1900) : Un artisan qui incarne un tour de force pour son époque. in L'Humanité, vendredi . . Enquête sur la Commune, déposition de Simon Dereure, parue dans La Revue blanche, année, tome XII, n°91, (Dereure pages : 275-277. Un portrait de Trinquet à la place de celui de Dereure (sur Gallica). . Léon Osmin, ''Figures de Jadis, Les pionniers obscurs du socialisme', édition Nouveau Prométhée, Paris, 1934. Lettre-préface de Léon Blum. . . .

Articles connexes Élections municipales du 26 mars 1871 à Paris

Liens externes

Portrait de Louis-Simon Dereure Autre portrait de Louis-Simon Dereure

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