Beyoğlu est l'un des 39 districts de la ville d'Istanbul, en Turquie, situé sur la rive européenne du Bosphore et séparé de la vieille ville (péninsule historique de Constantinople) par la Corne d'Or.
Durant le Moyen Âge, il est connu sous le nom de Pera (« l'autre côté », en grec), nom qui est resté en usage jusqu'au début du et la fondation de la République turque.
Le district comprend de nombreux quartiers, parmi lesquels on peut citer Galata (la citadelle médiévale génoise dont Beyoğlu est à l'origine), Karaköy, Cihangir, Şişhane, Tepebaşı, Tarlabaşı, Dolapdere ou encore Kasımpaşa. Quatre ponts enjambent la Corne d'Or, reliant Beyoğlu et la vieille ville, depuis l'aval en remontant vers l'amont : le pont de Galata, le pont du métro sur la Corne d'Or, le pont Atatürk et le pont de Haliç. Beyoğlu est le centre de la vie nocturne d'Istanbul et le district le plus actif dans le domaine des arts et des spectacles.
Les quartiers historiques de Galata et Pera ont été habités par les Européens sous l'Empire ottoman. thumb|Vue panoramique de Beyoğlu.
Histoire thumb|250px|Carte de Constantinople (1422) par le cartographe florentin Cristoforo Buondelmonti montrant Pera (Beyoğlu) au nord de la Corne d'Or et la péninsule de Constantinople au sud. thumb|250px|S. Antonio di Padova sur l'avenue İstiklal. thumb|Ducat génois frappé à Pera en 1421 – 1435. La zone qui est maintenant connue sous le nom de Beyoğlu a été habitée depuis des millénaires, des fouilles ayant notamment montré l'existence de colonies de peuplement sur la rive nord de la Corne d'Or dès l'époque du Christ.
Période grecque / Galata Pendant la période grecque, la colline était couverte de vergers, et on l'appelait Sykai (« verger de figuiers »), ou Peran en Sykais (« verger de figuiers situé de l'autre côté »), en référence à « l'autre côté » de la Corne d'Or. Le développement de l'empire byzantin a entraîné celui de Constantinople et de ses environs. Ce côté de la Corne d'Or s'est développé comme faubourg de Byzance dès le . C'est durant cette période que le secteur a commencé à être appelé Galata, et qu'une forteresse a été construite par l'Empereur Théodosius II. Le nom de Galata (dont on ignore encore l'origine) pourrait être relié à la fonction agricole de ces terrains. Pour les Italiens, en revanche, le nom viendrait de Calata (« pente »), Galata ayant été une colonie génoise située sur une colline qui descend vers la mer. Dans la mythologie classique, Galata était l'aïeule du peuple gaulois. Mais ces explications restent des hypothèses.
De la quatrième croisade à la chute de Byzance Beyoğlu est connu pour être la base européenne des marchands, en particulier en provenance de Gênes et de Venise, dans ce qui était alors connu sous le nom de Péra. À la suite de la Quatrième croisade en 1204, et au cours de l'Empire latin de Constantinople (1204-1261), les Vénitiens ont été plus importants dans Pera. L'Église des Dominicains de Saint-Paul (1233), aujourd'hui connue sous le nom de Mosquée d'Arap (Arap Camii) date de cette période. En 1273, Pera a été donné à la république de Gênes par l'empereur byzantin Michel VIII Paléologue en remerciement de l'appui de Gênes à l'Empire après la Quatrième croisade et le pillage de Constantinople en 1204. Pera est devenu une colonie avec un commerce florissant, dirigée par un Podestà. Le Palais génois (Palazzo del Comune) a été construit en 1316 par Montano de Marinis, le podestat de Galata (Pera), et demeure aujourd'hui en ruines, près de la Bankalar Caddesi (rue des banques) à Karaköy, à côté de nombreux bâtiments et maisons génoises datant des années 1300. En 1348, les génois ont construit la fameuse tour de Galata, un des plus grands monuments d'Istanbul. Péra (Galata) est restée sous le contrôle génois jusqu'au , date à laquelle elle a été conquise par les Ottomans avec le reste de la ville, après le siège de Constantinople.
Organisation pendant la période byzantine Au cours de la période byzantine, le Podestà génois a régné sur la communauté italienne de Galata (Pera), qui était composé surtout de Génois, Vénitiens, Toscans et Ragusans). À la suite du siège turc de Constantinople en 1453, au cours duquel les Génois ont défendu la ville avec les Byzantins, le sultan ottoman Mehmed II a permis aux Génois (qui avaient fui vers leurs colonies de la mer Égée, tels Lesbos et Chios) de revenir, mais Galata n'est plus dirigé par un génois Podestà. Venise et Gênes ne manquèrent pas l'occasion de reprendre le contrôle stratégique de la citadelle de Galata (Pera), qu'ils ont dû quitter en 1261 lorsque les Byzantins reprirent Constantinople et mirent fin à l'Empire latin (1204-1261) créé par Enrico Dandolo, le doge de Venise. La république de Venise a immédiatement établi des liens politiques et commerciaux avec l'Empire ottoman, et un Baylo (bailli) vénitien a été envoyé à Péra comme « ambassadeur » politique et commercial, assurant un rôle proche du Podestà au cours de la période byzantine.
Les Vénitiens ont envoyé le peintre Gentile Bellini à Constantinople, qui a réalisé le célèbre portrait du sultan Mehmed II, aujourd'hui à la Galerie Nationale de Portait de Londres. Les Vénitiens ont également suggéré le nom de Léonard de Vinci à Bayezid II, lorsque le Sultan a fait part de son intention de construire un pont sur la Corne d'Or, et Léonard de Vinci a conçu le pont de Galata en 1502. Les croquis et les dessins de celui-ci se trouvent aujourd'hui au Musée National de la Science et de la Technologie de Milan.
Le Baylo Le siège du représentant vénitien (le Baylo a été le Palais vénitien, actuel Consulat d'Italie (et auparavant ambassade d'Italie, jusqu'en 1923, date à laquelle Ankara devint la nouvelle capitale turque). , dont le palais a été le plus grandiose monument du quartier. Le nom provient de Bey Oglu (littéralement « Fils du gouverneur » ) et il a été utilisé par les Turcs en particulier pour désigner Luigi Giritti, fils d'Andrea Gritti, le Baylo vénitien durant le règne de Soliman le Magnifique. La maison Luigi's Gritti était située à proximité de ce qui est aujourd'hui la place Taksim. L'Empire ottoman avait une relation intéressante et complexe avec la république de Venise. Même si les deux États ont été souvent en guerre pour le contrôle des territoires de la Méditerranée orientale et des îles, ils étaient désireux de restaurer leurs pactes de commerce après les guerres, comme en témoigne le renouvellement des pactes de commerce de 1479, 1503, 1522, 1540 et 1575 après les grandes guerres maritimes entre les deux parties. Les Vénitiens ont également été les premiers Européens à goûter des délices tels que le café ottoman, des siècles avant que d'autres Européens aient vu les grains de café pour la première fois de leur vie pendant la bataille de Vienne en 1683. Ces rencontres peuvent être décrites comme le début d'une riche "culture du café" à Venise (et plus tard dans le reste de l'Italie) et Vienne.
Après la conquête turque Après la conquête de Constantinople et de Péra en 1453, la côte et les zones plus basses ont été rapidement occupées par les Turcs, mais la présence européenne dans la région n'a pas pris fin pour autant. Au cours du , la zone était de nouveau occupée par de nombreux commerçants européens, et elle abrite encore de nombreuses ambassades, en particulier le long de la Grande Rue de Péra (aujourd'hui İstiklal Caddesi). La présence d'une telle population européenne – les Levantins – en fit la partie la plus occidentale d'Istanbul, en particulier par rapport à la vieille ville de l'autre côté de la Corne d'Or, et a permis l'afflux de la technologie moderne, la mode, et les arts. Ainsi, Beyoğlu fut l'une des premières parties d'Istanbul à avoir des lignes téléphoniques, l'électricité, les tramways, un gouvernement municipal, et même un métro.
Modernisation de l'urbanisme . L'ingénieur civil français Eugène-Henri Gavand eut l'idée, en 1867, de construire un plan incliné funiculaire souterrain. Les travaux durèrent du au . Il est inauguré le .
Le , après 96 ans de service, le premier funiculaire à cabines en bois, voies parallèles et mu par machines à vapeur, cède sa place au nouveau funiculaire électrique sur pneus à une seule voie qui est encore en service actuellement avec des anciennes voitures de rames MP 55 du métro sur pneus équipées de pneus mais aussi de roues classiques qui peuvent rouler sur les rails de la RATP de Paris. Les rames si typiques ont été remplacées en 2007 par du nouveau matériel. Un deuxième funiculaire ouvert à la fin 2005 qui relie aussi, comme le Tünel, la rive du Bosphore au quartier de Beyoğlu : Taksim - Kabatas.
Commerces et écoles Outre les théâtres et le cinéma, la culture du café et des pâtisseries est, jusqu'à aujourd'hui, un élément important de cette zone. Ces éléments datent de la fin de cette période ottomane. Des enseignes comme INCI, célèbre pour sa mousse au chocolat et ses profiteroles, sont antérieures à la fondation de la République et sont encore actives.
Les communautés étrangères ont également créé leurs propres écoles, dont beaucoup ont participé à l'éducation des élites turques. Certaines d'entre elles sont encore aujourd'hui parmi les meilleurs établissements d'Istanbul (voir liste des écoles à Istanbul).
Byoglu et les Tanzimat La rapide modernisation qui a eu lieu en Europe durant le et qui a bientôt gagné la Turquie ottomane a été symbolisée par les différences entre Beyoğlu et des quartiers historiques turcs, comme Eminönü et Fatih de l'autre côté de la Corne d'Or, dans la vieille ville. Lorsque les sultans ottomans lancèrent enfin le programme de modernisation des Tanzimat (« réorganisation ») à partir de 1839, ils commencèrent la construction de nombreux bâtiments à Beyoğlu qui mêlaient la culture traditionnelle ottomane avec les nouveaux styles européens. En outre, le sultan Abdülmecid cessa alors de vivre dans le Palais de Topkapı pour s'installer dans un nouveau palais à proximité de Beyoğlu, le Palais de Dolmabahçe, qui mélange les styles néo-classique, baroque et rococo.
De nos jours thumb|right|250px|Vue de Beyoğlu par une nuit neigeuse d'hiver. Après la chute de l'Empire ottoman et la proclamation de la République, Beyoğlu est allé en déclinant. Une grande partie des communautés étrangères ont quitté la ville, et les communautés locales de minorités ethniques, comme les Grecs, les Juifs, les Levantins et les Arméniens - qui ont formé la majorité des habitants de Beyoğlu pendant des siècles - se sont progressivement installés dans d'autres quartiers quand ils ne quittaient pas la ville pour s'installer ailleurs dans le monde. Ce processus a pris de l'ampleur avec la Varlık Vergisi, impôt sur la fortune créé durant la Seconde Guerre mondiale, le pogrom d'Istanbul en 1955 et l'invasion de Chypre en 1974. La montée des violences politiques entre les groupes de gauche et de droite, qui trouble la Turquie à la fin des années 1970, a durement affecté la vie de ces quartiers. Il a accéléré son déclin avec le départ de la classe moyenne, vers de nouvelles zones suburbaines telles que la banlieue de Levent et Yeşilköy. À la fin des années 1980, beaucoup de grandioses immeubles de style néoclassique et Art Nouveau, autrefois habités par la tardive élite ottomane, sont devenus les maisons des immigrants des zones rurales d'Anatolie. En définitive, si Beyoğlu a continué à être réputé pour son atmosphère cosmopolite et raffinée jusque dans les années 1940 et 1950, le district était globalement sinistré sur les plans économique et social au début des années 1980.