Léon le Mathématicien () ou Léon le Philosophe () est un savant, philosophe et religieux byzantin né entre 790 et 800 et mort après 869, sans doute à Constantinople. Il fut métropolite de Thessalonique de 840 à 843.

Biographie

Léon serait né en Thessalie et serait apparenté à Jean le Grammairien, qui fut aussi réputé pour sa grande science. Il fit des études à Constantinople, où il apprit « la grammaire et la prosodie »À cette époque, les élèves étudiaient la poésie antique notamment dans le début de l’Iliade, la Batrachomyomachie, les Travaux et les Jours d'Hésiode et les Phénomènes d'Aratos de Soles, et ils apprenaient à composer des poèmes à l'antique, comme le fait même l'austère moine contemporain Théodore Studite (759-826), à qui il arrive de parler d'Achille et d'Hector dans ses vers (voir Jean Irigoin, La tradition des textes grecs, Les Belles Lettres, 2006)., c'est-à-dire les disciplines du trivium, mais il ne put trouver dans la capitale une école à même de satisfaire sa soif de connaissances. Il se serait alors rendu sur l'île d'Andros où un vieux moine érudit l'instruisit dans les domaines de la rhétorique, de la philosophie et de l'arithmétique. Mais toujours insatisfait, il alla de monastère en monastère pour y consulter les livres conservés dans les bibliothèquesLes détails de ce récit sont assez mystérieux : rien ne désigne l'Andros de cette époque comme un refuge de la culture, et les bibliothèques des monastères byzantins étaient en général presque uniquement garnies de livres de piété, et en tout cas pas de livres scientifiques (voir Cavallo G., Polis grammatôn : Livelli di istruzione e uso di libri negli ambienti monastici a Bizanzio, TM 14, 2002, p. 95-113)., et parfois il se retirait dans des lieux déserts, plongé dans ses méditations. Il acquit ainsi toutes les sciences , sur le bout des doigts : (c'est-à-dire les disciplines du quadrivium)Théophane Continué, PG 109, col. 109, 215..

De retour à Constantinople, il y ouvrit une école, installée dans une maison particulière, où il enseignait toutes les disciplines intellectuelles à des fils de riches familles qui se destinaient à des carrières de fonctionnaires. Il faut d'autre part remarquer que, s'il était le cousin de Jean le Grammairien, ce dernier, homme également très savant, était un proche des empereurs depuis l'accession au trône de Léon V l'Arménien en 813 ; dans les années 820, il était précepteur du prince héritier Théophile, et à l'avènement de celui-ci, en 829, devint syncellosAdjoint du patriarche de Constantinople. et collaborateur de l'empereur, chargé d'une mission diplomatique à Bagdad vers 830. Son cousin Léon devait avoir ses entrées au palais.

Le Continuateur de Théophane rapporte un récit jugé suspect par les historiens : un jour, un de ses anciens élèves, à qui il avait enseigné la géométrie, et qui était devenu secrétaire d'un stratège, fut fait prisonnier par les Arabes au cours d'une bataille, devint esclave au palais du calife al-Mamun à Bagdad, et stupéfia ce dernier et les savants dont il aimait à s'entourer par l'étendue de ses connaissances en géométrie. ( ou est la référence ? )

Apprenant qu'il devait tout son savoir à Léon, il le renvoya à Constantinople avec une lettre destinée à son maître par laquelle il invitait celui-ci à venir professer à Bagdad.. Léon, par patriotisme ou par prudence, remit la lettre au logothète Théoctiste, et c'est ainsi que l'empereur Théophile apprit qu'il avait dans sa capitale un savant que le calife lui enviait : il lui accorda une pension, et son enseignement se fit désormais publiquement dans l'église des Quarante-MartyrsCette église se trouvait en bordure du carrefour principal de la ville, le croisement de la Mésè et de l'artère transversale appelée le portique de Domninos, près du tétrapyle, l'arc à quatre ouvertures marquant le centre du réseau urbain.. Al-Mamun revint à la charge et écrivit directement à l'empereur., qui lui opposa une fin de non-recevoir (Théoph. Cont., éd. cit., col. 200-206).. Léon aurait quand même répondu par courrier à des consultations du calife. On ignore ce qu'il faut retenir de cette histoire, qui n'existe que dans les sources byzantines, mais si elle a un certain fond de vérité, elle doit se placer entre l'avènement de Théophile, en 829, et la mort d'al-Mamun en 833Une autre version moins reluisante et chronologiquement différente est donnée par Syméon Magistros (éd. Bekker, p.638-640) et Léon le Grammairien (ibid., p. 224-225) : l'élève de Léon aurait été un traître passé du côté des musulmans après la prise d'Amorium par le calife al-Mutasim, successeur d'al-Mamun, en 838, et de plus il n'était pas un pur géomètre, mais un astrologue..

Vers 840, Léon fut nommé métropolite de Thessalonique par Théophile et par Jean le Grammairien, qui était patriarche de Constantinople depuis 837 environ. Il apparut ainsi comme un des hauts dignitaires du clergé iconoclaste, bien qu'on ne lui connaisse aucune prise de position dans ce domaine. On a conservé l'homélie qu'il composa pour la fête de l'Annonciation de 842, qui est plus un exercice d'érudition que de piété, et qui d'ailleurs parle d'images religieuses. Quoi qu'il en soit, il fut déposé en 843 en même temps que Jean le Grammairien, au moment du rétablissement du culte des images. Mais il n'était pas, et de loin, aussi compromis que Jean dans l'iconoclasme, et ne fut pas frappé de la même damnatio memoriae.

Après 843, à une date incertaine, le patrice, puis césar Bardas, frère de l'impératrice Théodora et oncle de l'empereur Michel III, créa dans le palais de la Magnaure (une salle de cérémonie du palais impérial, où on recevait les ambassadeurs) une école pour servir de cadre à l'enseignement de Léon et d'autres savants dont certains au moins étaient ses anciens disciples : Théodore (ou Serge), disciple avéré, spécialisé en géométrie, Théodègios, en arithmétique et en astronomie, et Komètas, en grammaireKomètas, le seul autrement connu des trois collègues de Léon, établit une nouvelle édition des poèmes d'Homère, probablement en écriture minuscule (Cf. R. Aubreton, La translittération d'Homère, Byzantion, XXXIX (1969), p. 13-34).. Léon, lui, s'occupait de la philosophie, qui devait couvrir l'ensemble des disciplines. On sait peu de choses du statut et du fonctionnement de cette école, notamment s'il s'agissait d'un mécénat purement privé de la part de Bardas ou d'une institution plus officielle. À la même époque, Photios Ier de Constantinople, neveu de Jean le Grammairien et d'une génération plus jeune que Léon, donnait un enseignement comparable dans sa demeure privéeEn tout cas avant son accession au patriarcat en 858, comme il le raconte dans une lettre au pape Nicolas . ; mais alors que Léon, comme Jean, semble avoir été surtout intéressé par les sciences mathématiques du quadrivium, Photios était davantage tourné vers le trivium, c'est-à-dire une culture philologique et rhétorique ayant trait à l'éthique humaine.

Parmi les élèves fameux de Léon pendant cette période, qui fut aussi celui de Photios (Vie de Constantin le Philosophe, ch. 4, dans F. Dvornik, Les légendes de Constantin et de Méthode vues de Byzance, Prague, 1933, p. 352). La « dialectique », c'est-à-dire la logique formelle d'Aristote opposée à la rhétorique et à la grammaire dans le trivium, restait donc la base de l'enseignement supérieur., et qui occupa ensuite lui-même une charge d'enseignement, il y eut Constantin dit « le philosophe  » (827-869), plus connu par la postérité sous son nom monastique de Cyrille, qui partit en 863, avec son frère Méthode, évangéliser les Slaves de Grande Moravie et inventa pour eux l'alphabet glagolitique. Il faut peut-être aussi nommer Léon Choirosphaktès, qui a consacré au Mathématicien une épigramme funèbreLéon Choirosphaktès, Lettres, éd. trad. G. Kolias, Athènes (1939), 132 ; lettre reproduite et commentée par Paul Lemerle, Le premier humanisme byzantin, Paris (1971), 176..

Cet enseignement très axé sur l'héritage scientifique de l'Antiquité païenne suscita des attaques de la part de milieux dévotsUne épigramme de Léon, conservée dans l'Anthologie palatine (XV, 12), est intitulée : « De Léon le Philosophe, surnommé le païen, sur lui-même ». C'est un court poème de treize vers, nourri de réminiscences de l'Odyssée. : nous avons conservé des poèmes d'un ancien élève de Léon nommé Constantin, qui tantôt, dans un texte, dénonce son maître décédé comme païen (et lui souhaite un bon séjour dans l'Hadès avec ses amis Chrysippe, Socrate, Proclos, Platon, Aristote, Épicure, Euclide et Ptolémée, Homère, Hésiode et Aratos), tantôt, dans un autre, s'excuse de son ingratitude envers son « second père », mais se félicite d'avoir trouvé un nouveau maître, PhotiosLéon a répondu lui-même à l'accusation de paganisme dans une Apologie qui est un poème de soixante-seize vers. Les textes de Constantin et la réponse de Léon ont été édités par P. Matranga, Anecdota graeca, II, Rome, 1850, 555-559.. Il n'y a pas de raison de penser, comme certains l'ont cru, que l'auteur de ces poèmes est Constantin « le philosophe », qui d'ailleurs est mort avant Léon.

Léon était toujours vivant en 869, année où il échappa aux effets d'un tremblement de terre qu'il avait préditPseudo-Syméon Magistros, éd. Bekker, 688.. On ne sait pas en quelle année il mourut. Il passa dans les générations suivantes pour Théoph. Cont., éd. cit., p. 232. Son cousin Jean le Grammairien, en revanche, fut honni, sa grande science, non contestée, étant caractérisée comme de la sorcellerie.. L'école de la Magnaure, qu'il avait dirigée, laissa aussi un grand souvenirUn siècle après, Joseph Génésius, Basileiai, Corp. Script. Hist. Byz., p. 98.. Sa légende se mêla quelque peu à celle de l'empereur Léon VI le Sage, et les deux personnages furent parfois confondusVoir C. Mango, « The Legend of Leo the Wise », Zbornik Radova Bizant. Inst. 6 (1960), 59-93..

Activité intellectuelle

Léon est resté pour la postérité comme l'homme qui, dans les deux premiers tiers du , a développé et remis à l'honneur à Byzance, notamment par une activité de recherche et de transcription des vieux manuscrits oubliés, les sciences mathématiques (arithmétique, géométrie), l'astronomie qui leur était liée, et d'autres sciences naturelles comme celles qui se rapportaient à la médecine. ( ou sont les références ? les lieux ? )

Avec le temps, il semble que son intérêt, qui, au début, se portait exclusivement sur les sciences du calcul et de la mesure, se soit élargi à des textes plus littéraires et humanistes, notamment à l'œuvre de Platon ; cette évolution s'est peut-être faite sous l'influence de son cadet Photios, qui devait avoir une vingtaine d'années de moins que lui, et dont les centres d'intérêt étaient nettement plus littéraires : nous avons conservé une épigramme de Léon où il rend hommage à Photios et se déclare son élève, en l'appelant « professeur pour vieillards » ()Épigramme publiée pour la première fois par P. Matranga, éd. cit., p. 550, qui l'attribuait faussement à l'empereur Léon VI le Sage (Le mot est une allusion à Platon, 272c : les jeunes élèves du cithariste Connos s'en servent pour désigner leur maître depuis que Socrate, déjà âgé, vient lui demander des leçons.)dans l’Euthydème de PlatonCela étant, le tour d'esprit assez peu chrétien de Léon pouvait le rendre plus ouvert que Photios à certains aspects de la littérature antique. Ainsi on trouve dans l’Anthologie palatine une épigramme (IX, 203) célébrant la moralité de Leucippé et Clitophon, le roman d'amour d'Achille Tatius ; elle est attribuée, soit à Photios, soit à Léon. Mais dans le codex 87 de sa Bibliothèque, consacré à ce roman, Photios, tout en louant l'auteur comme styliste, critique sévèrement qu'il exprime. L'épigramme serait donc plutôt de Léon, amateur de ce genre de littérature..