Alain Finkielkraut, né le à Paris, est un essayiste, écrivain polémiste, enseignant de philosophie, producteur de radio et académicien français.

Dès 1979, il est l'auteur de nombreuses publications et intervient fréquemment dans l'espace médiatique français, notamment via son émission Répliques sur France Culture. Ses commentaires sur l'actualité sont régulièrement à l'origine de controverses et de polémiques.

Il s'est engagé dans le mouvement de mai 68 avant de rejoindre la « nouvelle philosophie » dans les années 1970. Devenu un intellectuel familier du public au cours des années 1980, il développe alors une réflexion propre sur l'identité, la mémoire et l'intégration par l'école. Dans ce contexte, il s'est exprimé sur des questions politiques comme la judéité, le nationalisme, la colonisation, le sionisme, la notion d'identité, l'antisémitisme et le racisme, sur le multiculturalisme, sur le système éducatif français, ou encore sur les guerres de Yougoslavie .

Il est officier de la Légion d'honneur depuis 2009 et lauréat de nombreux prix pour ses essais.

Biographie Origines et parcours Alain Luc Finkielkraut naît à Paris le de Daniel et Janka Finkielkraut, réfugiés juifs polonais.

Daniel Finkielkraut, né le à Varsovie, maroquinier, a quitté la Pologne dans les années 1930 en raison de l'antisémitisme.. Après avoir été victime de la rafle du billet vert.. il est déporté dans le convoi , en date du , de Beaune-la-Rolande vers le camp d'extermination nazi d'Auschwitz., où il survit à la Shoah. Les grands-parents paternels d'Alain Finkielkraut, Aron Finkielkraut et Terner Finkielkraut, sont déportés par le convoi , en date du , du Camp de Drancy vers AuschwitzVoir, Klarsfeld, 2012..

Janka, née sous le prénom de Laura dans la ville de Lviv alors polonaise, a survécu à l'extermination de sa famille dans les camps situés en Pologne"Alain Finkielkraut, l'imparfait du présent" de Ilana Cicurel, réalisation de Cathie Levy, diffusé sur France 5 le 30 mai 2010 (collection Empreintes), trentième minute et s'est d'abord réfugiée en Allemagne, puis à Anvers, en Belgique. . En 1950, Daniel et Janka Finkielkraut et leur fils unique Alain Luc bénéficient d'une naturalisation collective de l'État français..

Après ses études secondaires, Finkielkraut entre en classes préparatoires au lycée Henri-IV.

Pascal Bruckner, un de ses condisciples, témoigne de l'antimilitarisme de Finkielkraut, qui se serait fait réformer du service militaire par simulation : ..

Il s'engage dans le mouvement de mai 68 avant de rejoindre la « nouvelle philosophie » dans les années 1970.

En 1969, il est reçu à l'École normale supérieure de Saint-Cloud.Alain Finkielkraut, « J'aimais l'arbitraire et la fantaisie de cette délicieuse punition », dans Le Monde cahier Éducation daté 13 avril 2011, . après avoir raté le concours de la rue d'Ulm..

En 1972, après une maîtrise de philosophie., il est reçu à l'agrégation de lettres modernes. (et non à celle de philosophie). Il est ensuite nommé professeur de lettres modernes au lycée technique Paul-Langevin de Beauvais..

De 1976 à 1978, il est assistant-professeur invité à au département de littérature française de l'université de Californie à Berkeley.

Il enseigne à l'Institut universitaire privé Elie-Wiesel à Paris.

Il se marie en 1985 avec l'avocate Sylvie Topaloff.. La même année, il devient l'animateur de Répliques sur France Culture.

De à 2014, il exerce comme professeur d'histoire des idées au département humanités et sciences sociales à l'École polytechnique. À la rentrée 2014, Alain Finkielkraut prend sa retraite de l'École polytechnique, où il est remplacé par le philosophe Michaël Fœssel.

En 2000, il cofonde l'Institut d'études lévinassiennes..

Critique médiatisé des réformes du système éducatif français, il est consulté par l'État sur les questions scolaires (il fait notamment partie de la commission Thélot, dont il démissionne par désaccord avec le contenu du rapport final)« Pour la réussite de tous les élèves » Rapport de la Commission du débat national sur l’avenir de l’École présidée par Claude Thélot La Documentation française, 2004. disponible en ligne..

Le , il est élu à l'Académie française pour succéder, au fauteuil 21, à l'écrivain Félicien Marceau, par sur 28 votes, dès le premier tour... Son élection est critiquée par certains académiciens reprochant le caractère du personnage., alors que d'autres saluent .. Le Auparavant, son épée d'académicien lui est remise par Amin Maalouf lors d'une cérémonie organisée le 18 janvier 2016 au Centre national du livre. Sur cette arme symbolique, le philosophe a fait faire graver deux signes : une vache normande (Finkielkraut dénonçant les maltraitances auxquelles l'industrie intensive soumet ces bovins), et un Aleph, la première lettre de l'alphabet hébraïque. D'après ., il est accueilli sous la Coupole par Pierre Nora. et prononce l'éloge de Félicien MarceauLire les deux discours là : ..

Début 2022, il est hospitalisé pendant trois mois à la suite d'une infection nosocomiale..

Engagements Dans sa jeunesse, dans le sillage de Mai 68, Alain Finkielkraut est maoïste, proche de la Gauche prolétarienne., et . Sans renier ce premier engagement, il s'éloigne de ses camarades politiques en soutenant Israël lors de la guerre du Kippour en 1973. À la fin des années 1980, ... En 1989, il cosigne un appel dans Le Nouvel Observateur, avec notamment Régis Debray et Élisabeth Badinter, demandant l’interdiction du foulard islamique à l'école..

Années 1990 Dans les années 1990, il est avec Bernard-Henri Lévy parmi les premiers intellectuels à s'engager pour une intervention occidentale en ex-Yougoslavie, dans un climat plutôt hostile . Il défend également le droit de la Croatie à la sécession contre la Grande Serbie bâtie sur les ruines de l'ex-Yougoslavie, au nom du principe de la défense des comme gage de liberté. En 1998, il est témoin des parties civiles au procès en appel de Roger Garaudy pour contestation de crimes contre l'humanité..

Années 2000 Dans les années 2000, il condamne la seconde intifada et critique le silence du gouvernement PS de Lionel Jospin au sujet de la montée de l'antisémitisme en France. Lors de l'élection présidentielle de 2002, il fait un discours devant le Panthéon pour protester contre la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour du scrutin... Il dénonce également les positions de l'humoriste Dieudonné, qu'il accuse de prôner l'antisémitisme au nom de la défense des Noirs et qu'il estime représentatif d'un . Il juge à ce titre Dieudonné plus dangereux que le Front national..

Années 2010 Dans le cadre de l'élection présidentielle française de 2017, Alain Finkielkraut indique qu’il a voté pour Manuel Valls à la primaire de la gauche.. En vue du second tour de la présidentielle, qui oppose Emmanuel Macron à Marine Le Pen, il apporte son soutien au candidat d’En marche« A. Finkielkraut : “Pour ma part, je voterai Macron au deuxième tour mais je ne suis pas un barragiste forcené” », causeur.fr, 30 avril 2017..

Œuvre radiophonique et éditoriale Depuis 1985, Alain Finkielkraut produit et anime chaque semaine une émission sur France Culture, Répliques. Il y reçoit des invités qu'il fait dialoguer, présentant souvent des oppositions marquées, et où il introduit une troisième voix, la sienne, en réplique.

Répliques a donné lieu à plusieurs publications thématiques, rassemblant des comptes rendus d'émissions de 2003 à 2020, notamment Enseigner les lettres aujourd'hui (Tricorne, 2003) sur les questions d'enseignement ou en 2020 un recueil des émissions auxquelles Mona Ozouf a participé, en particulier sur les femmes, la littérature et l'histoire.

Finkielkraut intervient aussi sur la radio communautaire juive RCJ, où il chronique des questions d'actualité. Il y anime l'émission d'opinion Qui vive jusqu'en , et jusqu'à l’émission L’esprit de l’escalier avec la journaliste Élisabeth Lévy, le dimanche, de 12h à 12h30. Il collabore également au magazine Causeur de Lévy qui publie des morceaux choisis de l'émission depuis . Finkielkraut est aussi régulièrement invité sur des plateaux de télévision qui en font une figure célèbre du débat public.

En parallèle de cette activité médiatique, Alain Finkielkraut collabore à plusieurs revues dont Arguments et Égards, et écrit de nombreux essais sur les thèmes qu'il affectionne : l'amour, l'identité juive, la nation française, la littérature et la nostalgie.

Le , la directrice de France Culture Sandrine Treiner écrit : ..

Les références de Finkielkraut Alain Finkielkraut se réclame de plusieurs intellectuels critiques de leur temps. De Hannah Arendt, il retient son analyse du totalitarisme et plus particulièrement sa réflexion sur la banalité du mal, mais aussi son analyse de La Crise de la culture dans les sociétés modernes. La critique de la modernité passe aussi, chez lui, par la lecture de Charles Péguy, à qui il consacre son essai Le Mécontemporain, Charles Péguy, lecteur du monde moderne (1992)Voir Le Mécontemporain, Charles Péguy, Lecteur du monde moderne, Alain Finkielkraut, Gallimard, 1991..

Finkielkraut a également souvent évoqué l'influence que le romancier Milan Kundera a exercée sur lui : il l'aurait en particulier aidé à se départir de son lyrisme spontané hérité de Mai 68, et à découvrir la complexité du monde..

La « pensée 68 », le progressisme et le conservatisme Le Nouveau Désordre amoureux, écrit en 1977 avec Pascal Bruckner, est l'ouvrage qui a rendu Finkielkraut célèbre. Le livre s'attaque au , qui serait issue de Mai 68 et des théories de Gilles Deleuze et Félix Guattari, de Guy Debord et des situationnistes. Selon la lecture de Finkielkraut et de Bruckner, Deleuze et Guattari nient l'amour ou, en tout cas, affirment que l'amour en tant que valeur abstraite serait une chose . Finkielkraut et Bruckner affirment a contrario l'existence de l'amour et son impossible réforme : . Ils voient tous deux les femmes comme les victimes de cette idéologie.

Proche du mouvement des « nouveaux philosophes », Alain Finkielkraut s'oppose à ce qu'il appelle , que les héritiers de Mai 68 auraient rendue dominante dans la sphère intellectuelle française et dans laquelle il décèle un aveuglement :

Bien qu'opposé au progressisme, Finkielkraut entend se distinguer tant de la gauche que de la droite contemporaine :

Au sujet du conservatisme, il précise :

L'identité juive, Israël et le nouvel antisémitisme Dans Le Juif imaginaire (1981) Alain Finkielkraut interroge l'identité des juifs de sa génération, athées et nés après la guerre. Il affirme que la mémoire du génocide requiert de leur part une posture qui ne soit ni indifférence ni identification. Il défend le devoir de mémoire mais rappelle que les descendants des victimes n'ont aucun titre à se présenter eux-mêmes comme des victimes qu'ils ne sont pas. À la question de la mémoire de la Shoah, il consacre les essais L'Avenir d'une négation : réflexion sur la question du génocide (Seuil, 1982) et La mémoire vaine : du crime contre l'humanité (Gallimard, 1989). En 2000, il publie Une voix vient de l'autre rive, dans le fil du Juif imaginaire : comment ne pas oublier sans s'identifier, comment transmettre sans s'approprier une tradition qui, universelle, n'appartient à personne en particulier ?

Au nom de l'autre : réflexion sur l'antisémitisme qui vient (2003) est un essai sur ce qu'il perçoit comme la résurgence d'insultes et d'actes antisémites :

Ce climat menaçant serait légitimé par un antisémitisme intellectuel et au nom de la dénonciation d'Israël : . Cet attachement serait celui porté à la fois à Israël et à la France.

Finkielkraut critique en même temps les immigrés qui s'en prennent aux Juifs, les intellectuels qui les légitiment, et les Juifs français qui ne se sentent pas français à part entière. Après une série d'actes traduisant, selon lui, une de la part de populations issues de l'immigration postcoloniale, il écrit dans le magazine juif L'Arche :