Sonam Gyatso (, né Ranusi Chopal Zangpo le et décédé le ), fut le dalaï-lama, et le premier officiellement reconnu par le khan mongol Altan Khan, qui lui donna ce titre, conféré rétroactivement à ses deux prédécesseurs. Dalaï ( est un terme mongol signifiant « océan », ou encore « mer »), adapté du modèle du titre mongol Dalai-yin qan () . Dalaï est l'équivalent Anne Chayet, in Authenticating Tibet, Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille eds., 2008, p. 35 : ou la traduction du mot tibétain gyatso () St. Elmo Nauman Jr, Dictionary of Asian Philosophies, p. 40 Thomas Laird The Story of Tibet: Conversations with the Dalai Lama, 2006, p.143 : : , Matthew T. Kapstein, The Tibetans, p. 112. Le titre tibétain de lama est la traduction du mot sanskrit guru signifiant « maître spirituel ».

Biographie Sonam Gyatso naît à Tolung, près de Lhassa, le Martin Brauen, Patrick A. McCormick, Shane Suvikapakornkul, The Dalai Lamas: A Visual History, 2005, p. 53 . Son père, Depa Namgyal Drakpa, de la petite noblesse locale, et sa mère Paldzom Butri, craignaient pour sa vie car leurs précédents enfants étant tous morts. Ils l'élèvent donc au lait d'une chèvre blanche et le nomment Ranusi Chopal Zangpo (« l'heureux épargné par le lait de la chèvre ») Martin Brauen, Patrick A. McCormick, Shane Suvikapakornkul, The Dalai Lamas: A Visual History, 2005, p. 53 : .

En 1546, Sonam Dakpa Gyaltsen, le dirigeant du , et panchen Sonam Dragpa, le ganden tripa, reconnaissent l'enfant, alors âgé de trois ans, comme étant la réincarnation du dalaï-lama, Gedun Gyatso. Il est ensuite escorté au monastère de Drépung, intronisé et, lors d'une cérémonie bouddhiste symbolisant la renonciation au monde, ses cheveux sont coupés.

À l'âge de sept ans, il prend les vœux de novice de panchen Sonam Dragpa, lequel lui donne son nom religieux de Sonam Gyatso (« Océan de Mérites »).

À 22 ans, il prend les vœux complets de gelong de Gelek Palsang.

En 1552, il devient abbé du monastère de Drépung et, en 1558, celui de Séra : .

Sonam Gyatso a fondé plusieurs monastères. En 1574, il fonde Phende Lekshe Ling, le monastère personnel du dalaï-lama, connu de nos jours sous le nom de monastère de NamgyalSonam Gyatso, sur dalailama.com.. En 1580, il fonde le monastère de Litang dans le Kham et le monastère de Kumbum, sur le lieu de la naissance de Tsongkhapa., actuelle Haidong, signifiant à l'est du Kokonor (ou Qinghai en traduction littérale)

Sonam Gyatso a pour la première fois un rôle de pacificateur quand il se rend dans le district de Nub-Hor dans le nord du Tibet pour calmer des peuples nomades en conflit. Lors de son retour, il s'arrête au monastère de Réting.

Selon Madan Gopal Chitkara, il aurait su arrêter les combats qui opposaient deux écoles du bouddhisme tibétain, les gelugpa et les kagyupa, à Lhassa : . Cependant, selon Roland Barraux, la guerre qui opposait dans le premier tiers du les monastères et les clans, avait cessé à l'époque de Sonam Gyatso. Il entretint d'excellentes relations tout au long de sa vie et rencontra à plusieurs reprises le chef de l'école karma-kagyu, le karmapa, à qui il demanda sa médiation et son arbitrage d'un violent conflit des seigneurs de YarlungLama Kunsang, Lama Pemo, Marie Aubele, History of the Karmapas: The Odyssey of the Tibetan Masters with the Black Crown, ce qu'il fit en 1583Biographie in Ouang Tchoug Dordjé, Le Mahamoudra qui dissipe les ténèbres de l'ignorance, commentaire de Béroul Khyentsé. Suivi de 'Cinquante stances de dévotion au gourou' d'Ashvagosha, édité par Aryashoura, commentaire de Guésché Ngaouang Dhargyey, trad. de la version anglaise J.C. de Verneuil et F. Jacquemart, Yiga Tcheu Dzinn, 1980. 2° éd. revue et corrigée, introduction Alexander Berzin, Édition Marpa, 1992, 191 p. , p. XI-XII..

Altan Khan, connu pour le rétablissement des liens entre la Mongolie et le Tibet, invite Sonam Gyatso, alors abbé de Drépung et de sa lignée de réincarnation, qui le rencontre le près de la frontière mongolo-tibétaine à Tsavchaal dans le Kokonor, au monastère de Thegchen Chonkhor. Il donne à Sonam Gyatso le titre de Vachir Dara (Vajradhara) dalaï-lama () lors de cette rencontre. Sonam Gyatso fait reconnaître ses deux prédécesseurs Gendünduv comme et Gendünjamts dalaï-lamas. Selon , la signification première du mot Dalaï est « suprême », « illimité », « sans bornes ». Le terme devint par la suite l'adjectif spécifique de l'« océan », et l'on désigne ou plutôt désignait le premier magistrat du Tibet sous le nom de « dalaï lama » J. J. Saunders, The History of the Mongol Conquests, University of Pennsylvania Press, 2001, 275 pages, p. 225 : . Altan Khan choisit ce terme car il implique que Sonam Gyatso est le chef de toutes les écoles du bouddhisme tibétain. Il souhaite ainsi que son propre projet politique soit poursuivi par Sonam Gyatso. En retour, ce dernier confère à Altan Khan le titre de Chakravartin, roi du Dharma. Sonam Gyatso a accepté de rencontrer Altan Khan dans le but de le persuader de mettre fin à ses attaques du Tibet et des Ming, lesquels le lui avaient demandé L. Chuluunbaatar, Political, economic and religious relations between Mongolia and Tibet, in Tibet and Her Neighbours : A History, ss la dir. d'Alex McKay, 2003, Londres, Édition Hansjörg Mayer, .. Il lui donne le titre de « Grand Khagan Sechin », ce qui entraîne des conflits entre les Mongols et suscite une alliance entre religion et politiqueUrgungge Onon, Derrick Pritchatt, Asia's First Modern Revolution: Mongolia Proclaims Its Independence in 1911, 1989, BRILL. , p. 111.. Devant le khan, son épouse, la cour et un interprète, Sonam Gyatso déclara : «Vous devez renoncer au mal et suivre la voie de bonté prescrite par Bouddha. Le meurtre, le pillage, le rapt des femmes des autres tribus doivent cesser et vous devez au contraire apprendre à respecter la vie, la propriété et les droits de chacun. » Après quelques mois de telles prédications, Altan Khan publia le code des Chakar, une loi applicable à ses sujets, Mongols, Chinois, Tibétains et Sogs (Mongols de l'ouest). Les nouvelles dispositions prévoyaient notamment l'abolition des sacrifices de l'épouse, des esclaves et chevaux, faisant suite à la mort d'un chef de famille.

L'activité de Sonam Gyatso parmi les Mongols attire l'attention de la dynastie Ming. Il accepte l'invitation du gouverneur de la province chinoise du Ningxia de le rencontrer, où il prêche à de nombreuses personnes venant du Turkestan oriental (Xinjiang), de Mongolie et des provinces voisines de Chine. Lors de son séjour, il reçoit de nombreux présents de l'empereur de Chine, Ming Wanli (parfois surnommé Shen Tsung) en 1578, mais décline son invitation à se rendre dans la capitale car il a déjà promis d'aller dans le Kham où il fonda le monastère de Lithang en 1580 Ram Rahul, The Dalai Lama: The Institution, 1995, p. 24 : . Selon Peter Schwieger, il est alors le premier dalaï-lama à recevoir un sceau d'un empereur chinois . Selon d'autres sources, il décline invitation de l'empereur Shen Tsung (Ming Wanli) qui lui parvient à la fin de l'été 1578 au camp des Mongols où il se trouve, ne voulant pas laisser croire qu'il recherche d'autres honneurs que ceux d'Altan Khan. Il envisage de répondre favorablement à une nouvelle invitation de Shen Tsung dix ans plus tard, mais il meurt avant de pouvoir l'honorer.

Après la mort soudaine d'Altan Khan en 1583, son fils, Sengge Düüreng, poursuit la politique de son père. En 1582, il demande au dalaï-lama, qui se trouve au monastère de Kumbum, de célébrer les obsèques d'Altan Khan.

Les Khalkha mongols jouèrent un rôle important dans l’histoire du Tibet quand Abadai Khan, petit-fils de Dayan Khan, rencontra le dalaï-lama en 1582D’après . Abadai Khan fonde le monastère d'Erdene Zuu en 1585Mongolie, , Lonely Planet.

Le dalaï-lama se rend en 1586 en Mongolie, où il meurt en 1588, sur le chemin du Tibet, sur les rives du lac Jighasutai.

Influence sur la religion d'État

Le bouddhisme tibétain est devenu particulièrement influent sous Kubilaï Khan, pour Gilles Béguin en particulier, le bouddhisme tibétain obtint plus précisément le statut de religion officielle sur tout le territoire de l'Empire des Yuan en 1260Gilles Béguin, L'art bouddhique, 2009, : , sans devenir religion d'État.

Pour Françoise Pommaret et Michael Harris Goodman, le bouddhisme tibétain devint religion d'État de la Mongolie au après la visite de Sonam GyatsoFrançoise Pommaret, Lhasa, lieu du divin: la capitale des Dalaï-Lama au , .. Pour Peter Schwieger, les écoles Karma-kagyu et Sakya étaient également très actives, en particulier depuis l'acceptation de cette religion par Kubilai Khan. Les Mandchous, maîtres de la Dynastie Qing, ont eux aussi fait établir dans leur capitale, à Mukden (aujourd'hui Shenyang, dans la province du Liaoning), un temple Sakyapa, comme le premier de leurs temples bouddhiques tibétains .

Les religions d'État du Tibet alors dans la période Phagmodrupa (1351 — 1642), contrôlé par le roi du Tsang, sont le bouddhisme tibétain kagyüpa et le chamanisme tibétain bön. Le gelugpa n'y deviendra religion d'État que plus tard, après son invasion par le Mongol Qoshot Güshi Khan, ce sera le début de la période dite du Ganden Phodrang (1642 — 1959).

Œuvres Dalai Lama III, Selected Works of the Dalai Lama III: Essence of Refined Gold, trad. par Glenn H. Mullin, Snow Lion Publications, coll. "Teachings of the Dalai Lamas", éd. 1985, 250 p. "Here the present Dalai Lama comments on the writings of the Dalai Lama."

Annexes Notes et références

Bibliographie

Bernard Baudouin, Le grand livre des Dalaï-Lamas. Transmission du pouvoir spirituel dans le bouddhisme tibétain, éd. de Vecchi, 2004, 134 p. . Martin Brauen, Les Dalaï-Lamas. Les 14 réincarnations du bodhisattva Avalokiteshvara, Favre, 2005, 303 p.

Voir aussi Articles connexes Dalaï-lama Gelugpa Histoire du Tibet Liste des dalaï-lamas Panchen-lama Tibet Histoire du Tibet

Liens externes

The Third Dalai Lama, Sonam Gyatso. Treasury of Lives

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