Le canoë, ou canoéD'après l'orthographe réformée . Avec accent aigu au lieu du tréma, graphie conforme à ses dérivés canoéisme et canoéiste., également appelé au Canada et canoë canadien en France, est un type de pirogue légère non pontée., mue à la pagaie simple, destiné à la navigation sur les rivières et les lacs. Il peut exceptionnellement être équipé de voile latine, lorsque le canoë est équipé de dérives latérales.
Construit à l'origine par des peuples nord-amérindiens, le canoë moderne est aujourd'hui utilisé dans diverses pratiques récréatives et sportives. La personne pratiquant le canoë se nomme « canoéiste » ou parfois « céiste ».
Le canoë est parfois confondu avec le kayak (embarcation des Inuits), la pratique sportive ou de loisir avec toutes embarcations propulsées à la pagaie étant souvent désignée en français par l'expression « canoë-kayak ». En français et dans d'autres langues, le terme « canoë » peut aussi être synonyme de n'importe quel type d'embarcation à pagaie simple (canot).
Étymologie et sens Le mot « canoë » provient de l'espagnol , qui est lui-même dérivé de l'arawak Ka-no-a, qui signifie « flotter sur l'eau » : ..
Le mot canoé est apparu en France en 1535 après les voyages de Cartier chez les Iroquoïens du Saint-Laurent. Les gens de Stadacona utilisent alors le terme de Canouey ou casnouey (voir Cartier dans Bideaux, Relations, 1984, p. 181) pour décrire leurs embarcations. Cinquante années plus tard en 1584, L. Leroy parle de « canoes indiennes », sans tréma. La forme « canot » est consignée dans le Dictionnaire françois de César-Pierre Richelet en 1680. Dix ans plus tard, canoes et canot furent consignés dans le Dictionnaire universel d'Antoine Furetière. Canot est déjà présent dans les récits de Marc Lescarbot et est entré dans l'usage en Nouvelle-France dès le milieu du comme en font foi les Relations des jésuites. Le remplacement du « e » par le « t » provient probablement du rapprochement des mots ayant la même assonance, comme « fagot ». La forme « canot » reste la forme utilisée jusqu'au Littré. À la suite d'une évolution divergente du français populaire qui réemprunte le mot de l'anglais (prononcé ) pour les canots en canevas sous la forme « canoë » (prononcé ), l'erreur de prononciation devient finalement la règle. Quant aux Canadiens, ils n'ont jamais adopté cet usage, le considérant comme un anglicisme. Ce mot, prononcé (parfois avec un [o] fermé, ), apparait en français sous différentes orthographes, selon les époques. Il était écrit canoé au (Guérin 1892), parfois canoe. Le mot apparait avec le tréma à partir du Larousse (Quillet, 1965), traduisant en français l'inflexion de la prononciation anglaise canoe (pour indiquer que la voyelle [o] doit être prononcée séparément)Dans Trésor de la langue française informatisé consulter en ligne et etymonline.com.
La confusion entre le canoë et d'autres embarcations vient également du mode de propulsion de ces embarcations assurée par une pagaie, objet non fixé à l'embarcation qui permet une grande souplesse notamment pour orienter l'embarcation. Ce principe est aussi utilisé par les oumiaks, les kayaks ou plus récemment les rafts. A contrario, les barques ou gondoles possèdent des avirons, propulseurs solidaires de l'embarcation.
Histoire Origines historiques Les embarcations humaines les plus anciennes sont des pirogues monoxyles, construites à partir d'un tronc d'arbre évidé. Les Nord-Amérindiens construisaient également ce type d'embarcations primitives, à l'exemple de la pirogue monoxyle de la tribu Nuu-chah-nulth de l'île de Vancouver, dont la coque est construite à partir d'un seul tronc d'arbre. Ces pirogues en bois (genévrier, cèdre) partagent un style commun avec d'autres cultures du Pacifique et elles étaient utilisées pour le transport côtier et la chasse (rorqual, baleine grise)..
Les canoés du site néolithique de La Marmotta en Italie centrale sont également creusés dans des troncs d'arbres (chêne, aulne, peuplier, hêtre). Datés entre 5700 et 5150 av. notre ère, ils sont équipés de renforcements longitudinaux qui accroissent la longévité de l'embarcation et aident à la stabilisation pour une meilleure tenue en mer ; ils ont aussi des pièces en T trouées pour le passage de cordages, soit pour une voile soit pour une liaison avec un autre canoé qui en ferait un type de catamaran..
Canoë amérindien en écorce thumb|alt=Photo|Reconstitution d'un canoë amérindien en écorce, Abbe Museum. thumb|left|Photographie de femmes ojibwées dans un canoë sur le lac Leech vers 1896. Le canoë des Amérindiens avait un rôle central dans leur vie quotidienne et était utilisé sur les lacs et rivières pour le transport, le travail (pêche, chasse, cueillette), la guerre, les actes culturels et l'exploration des territoires.
La construction du canoë en écorce faisait appel à des techniques complexes, qui variaient selon les régions et les populations. On en trouve une description chez Louis Hennepin, qui a vécu au Canada de 1676 à 1681. p. 19-22..
Le canoë était généralement construit à partir d'une structure en bois, constituée de lanières de bois (frêne) ployées, rigidifiées par des barres d'écartement. L'armature était ensuite recouverte de grands morceaux d'écorce (mâchecoui), constituant le bordage, généralement de l'écorce de bouleau blanc cousus entre eux, ou parfois de peaux. La couture pouvait être réalisée par des racines d'épinette fendues dans le sens de la longueur. L'étanchéité et le colmatage des coutures étaient réalisées avec de la résine de conifères. Le bordage pouvait être doublé interieurement.
Cette embarcation était très légère (facilitant le portage), très maniable, mais aussi très fragile. À titre d'anecdote, les Amérindiens ne toléraient pas que les Européens montent dans leurs canoës avec leurs grosses bottes. De plus, lorsqu'ils voulaient aborder la rive, les autochtones devaient se jeter à l'eau pour éviter que le canot ne heurte la grève. Quand venait le temps de faire un portage, le canot d'écorce était avantageux vu sa relative légèreté. Le canoë typique en écorce de bouleau « avait une longueur de et pouvait charger jusqu’à avec deux ou trois convoyeurs ».. Comme il est possible d'y installer une voile, on peut faire jusqu'à 120 ou 140 km par jour par vent favorable.
L'usage du canoë était limité aux régions forestières du bouleau ; les embarcations autochtones des régions plus au sud étaient des pirogues (tronc d'arbre évidé), plus au nord des kayaks ou des oumiaks (armature couverte de peaux).
Canoë des colons européens
En 1534 Jacques Cartier découvrit le canot des Micmacs, qu'il utilisa ultérieurement pour certains de ses déplacements. Dès le début du , les colons du Canada utilisent le canoë comme moyen de transport vers les contrées plus à l'ouest ou au nord, devenant ainsi indispensable aux trappeurs, coureurs des bois, aux marchands (commerce de la fourrure), et voyageurs. Les compagnies marchandes améliorèrent le canot traditionnel, avec des constructions bien plus imposantes : le « canot à voyageurs » ou le « canot à marchandises » appelé aussi rabaska, beaucoup plus longs et larges, pouvaient transporter jusqu'à et 12 personnes, mais nécessitaient des tirants d'eau plus importants. Le canoë devint également indispensable au pour l'exploration du Nord-Ouest canadien, par les prospecteurs miniers (ruée vers l'or) et prospecteurs forestiers.
Ces voyages furent l'objet de nombreux récits et représentations artistiques, créant un imaginaire d'une nation et d'une nature sauvage fortement liées au canoë. De même les récits et romans des créèrent en Amérique et en Europe le mythe de l'aventurier solitaire, en communion avec la nature, affrontant les dangers de la rivière sur son canoë.
À partir du milieu du , la construction de canoës se rapprocha des techniques de charpenterie européenne : le canoë était construit entièrement en planches de bois (bordages à clin ou à franc-bord), ou bien bordé et recouvert de toile de coton (peinte et vernie). Les premières compagnies de construction de canoës apparaissent aux États-Unis (, 1880) et au Canada (, 1892). La construction de canoës d'écorce fut ainsi abandonnée (avec la raréfaction du bouleau blanc), mais préservée de l'oubli par de lointaines tribus amérindiennes. Au début du , le canoë disparut progressivement comme moyen de transport utilitaire, remplacé par le chemin de fer, les routes, et les embarcations à vapeur ou moteur.
Canoë de loisir
Dès le apparait au Canada et aux États-Unis la pratique du canoë à des fins récréatives (promenade, chasse, pêche), chez les militaires et la bourgeoisie citadine. Cet engouement s'étend ensuite à l'ensemble des classes aisées, attirées par des séjours dans les espaces naturels canadiens (Laurentides, Parc Algonquin…).
Le philosophe Henry David Thoreau est le premier à décrire le plaisir et les aspects spirituels de la croisière en canoë ; dans son récit de voyage Une semaine sur les fleuves Concord et Merrimac (1857) il décrit son périple en canoë dans la nature sauvage du Maine. Le concept du voyage en canoë par plaisir est encore popularisé par différents auteurs et livres : A Thousand Miles in the Rob Roy Canoe (1866) de John MacGregor, fondateur du britannique la même année. Nathaniel Holmes Bishop relie, dans un canoë en papier, le golfe du Mexique depuis la ville de Québec durant l'hiver 1874-5 .Robert Louis Stevenson décrit son périple en France et Belgique dans Voyage en canoë sur les rivières du Nord (1878).Le développement des voies de transport fluvial développa encore cet attrait, pour les excursions dans la nature, et l'apparition vers 1900 du canot-camping. L'Association canadienne de canot est créée en 1900, et dédiée au canoë de randonnée (nature, chasse, pêche).
À l'identique des jeux traditionnels amérindiens, la première compétition de canoë fut organisée au port d’Halifax en 1826. En 1860 est créé à Halifax le premier club de canoë du Canada. Le canoë de compétition (régates), ainsi que le canoë à voile (abandonné vers 1920-1930), prirent de plus en plus d'importance. L'aspect sportif et compétitif poussa progressivement à l'écart les pratiques de nature.
À partir de la crise de 1929, l'engouement pour le canoë diminua très fortement ; en raison d'un contexte économique difficile (diminution des loisirs, pauvreté) et d'une image archaïque attachée au canoë (moyen de transport rustique et dépassé). La pratique et la construction de canoë cessent presque totalement. Les anciens canoës sont abandonnés en objets de décoration. L'intérêt du canoë ne perdure que dans de rares camps de jeunes (canoë traditionnel), ou bien auprès de la bourgeoisie (canoë de lac en bois précieux).
L'intérêt pour le canoë récréatif réapparait à partir des années 1950 et se développe surtout dans les années 1980, en raison de développement technologique (canoës modernes, plus solides et moins chers), et d'une démocratisation des loisirs. Au Canada, la diversité des nouveaux loisirs et sports ne donne plus au canoë la place centrale qu'il avait par le passé, et la majorité des pratiquants se détachent de l'origine historique et des liens culturels du canoë. Dans le même temps, les sports et pratiques en rivières se diversifient avec l'apparition d'autres types d'embarcation (kayak, raft, sit-on-top, canot à moteur).
Constructions modernes
La majorité des canoës sont aujourd'hui fabriqués en fibre de verre, en kevlar, en plastique (ABS).
On retrouve aussi encore quelques modèles de cèdre et de cèdre entoilé. Ils présentent l'avantage d'être relativement légers ; on s'en sert donc pour avoir accès à des lieux reculés. Au contraire d'autres canots et barques, le canoë peut se porter aisément, ce qui permet de contourner les obstacles (rapides, chutes, maigres, espace de terre entre deux lacs).