L'union d'Afrique du Sud ou l'Union sud-africaine (en anglais, Union of South Africa, en néerlandais Unie van Zuid-Afrika et en afrikaans Unie van Suid-Afrika), est le prédécesseur historique de l'actuelle république d'Afrique du Sud. Elle est née le , à la suite de l'entrée en vigueur de la Loi sur l'Afrique du Sud de 1909 qui a uni les colonies britanniques du Cap, du Natal, du Transvaal et de la rivière Orange. Elle incluait des territoires qui ont fait partie autrefois de la République sud-africaine et de l'État libre d'Orange.

Après la Première Guerre mondiale, l'union d'Afrique du Sud a été signataire du traité de Versailles en 1919 puis un membre fondateur de la Société des Nations en 1920, où l'administration du Sud-Ouest africain (actuel Namibie) lui a été conférée comme mandat de la Société des Nations. Le territoire était traité comme les autres provinces de l'Union, mais sans être formellement annexé.

Comme le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et Terre-Neuve, l'union d'Afrique du Sud était un dominion de l'Empire britannique, en union personnelle avec le Royaume-Uni. Elle disposait initialement d'une souveraineté interne, puis elle a obtenu de facto la souveraineté externe au début de l'entre-deux-guerres et cette situation a été reconnue par le Royaume-Uni avec la déclaration Balfour de 1926, la conférence impériale de 1930 et le Statut de Westminster de 1931. L'Union était une monarchie constitutionnelle héréditaire, où la Couronne était représentée par un gouverneur général.

L'union d'Afrique du Sud se caractérisait par une importante minorité blanche (23 %) qui dominait la vie politique et contrôlait l'économie du pays. Cette minorité était constituée de deux nations (Afrikaners et Anglo-sud-africains). L'Union se caractérisait aussi par d'importantes richesses minières (or, diamant, charbon) qui la rendait indispensable aux autres pays occidentaux durant la Seconde Guerre mondiale et au début de la guerre froide.

Le système empirique de ségrégation raciale, hérité de la colonisation néerlandaise et britannique, laisse progressivement place, à partir de 1948, à une ségrégation renforcée et institutionnalisée connue sous le nom d'apartheid. Cette politique était marquée par la division raciale, ethnique, politique, économique et géographique du territoire sud-africain et de ses populations. À la suite d'un référendum organisé en 1960, la monarchie sud-africaine est abolie et l'Union devient une république en 1961, se retirant du Commonwealth par la même occasion.

Géographie L'Union sud-africaine est entourée au nord par le Sud-Ouest africain, le Bechouanaland et la Rhodésie du Sud, au nord-est par le Mozambique portugais et le Swaziland. Le Basoutoland britannique est quant à lui enclavé au sein du territoire sud-africain.

À ce territoire s'ajoute Walvis Bay, enclavée au sein du Sud-Ouest africain et seul port en eau profonde de la région, ainsi que les îles de l'archipel du Prince-Édouard (île Marion et île du Prince-Edward).

Les frontières terrestres sud-africaines atteignent km de long (Bechouanaland : km ; Basoutoland : ; Sud-Ouest africain : ; Mozambique: ; Swaziland : ; Rhodésie du Sud: ).

Nature et espaces Dans la partie sud du pays se trouvent les monts du Drakensberg, qui s'étendent du Natal jusqu'à la province du Cap sur environ . L'altitude moyenne est de . Ce massif du Drakensberg est plutôt ancien avec des sommets arrondis, c'est une zone verdoyante et lieu de vie du peuple San. C'est également dans ce massif, que le fleuve Orange prend sa source. Au nord du pays, se trouve une ancienne zone volcanique, Pilanesberg. C'est une zone relativement escarpée sur laquelle se trouvent des cratères. La faune y est très riche. On y trouve également une flore typique tels les adansonia, teck, ébène, hibiscus

Les plaines se situent principalement dans le nord-ouest et dans l'État libre d'Orange, qui sont les greniers céréaliers de l'Afrique du Sud, grâce à la production de blé, de maïs, de coton et de par l'élevage de moutons. Les sous-sols y sont également très riches en or, en diamants, en uranium et en charbon, particulièrement dans les villes de Kimberley et Bloemfontein.

Le Nord-Ouest du pays est occupé par le désert du Kalahari. Caractérisé par ses dunes de sable rouge, c'est un désert semi-aride comportant de nombreuses zones de savanes et quelques arbres tels les acacias à épines et baobabs. On y observe de nombreuses migrations animales.

L'Afrique du Sud compte de côtes. Le Namaqualand est marqué par une explosion florale d'un mois où plus de végétales fleurissent en même temps (lys, aloes, protea) généralement entre mi-août et mi-septembre. La zone du cap de Bonne-Espérance est principalement rocheuse et des colonies de manchots y sont installées. Les principales stations balnéaires se développent à l'est du pays (East London, Jeffreys Bay, Port Elizabeth, Durban).

L'Afrique du Sud possède également une faune et une flore très diversifiées. Le parc national Kruger est symbolique de la richesse de la biodiversité du dominion.

Répartition administrative de l'Union Pour des raisons historiques, l'Union s'est dotée de trois capitales officielles : administrative à Pretoria, législative au Cap, judiciaire à Bloemfontein. Johannesbourg, ville la plus riche du pays et siège de la bourse, est généralement considérée comme son centre économique. Le pays se divise en quatre provinces : Province du cap de Bonne-Espérance : comprenant également les deux îles de l'archipel du Prince-Édouard, Walvis Bay et la région du Transkei ; Natal : comprenant le Zoulouland ; État libre d'Orange ; Province du Transvaal dont la région du Witwatersrand.

Démographie En 1911, l'Afrique du Sud compte environ d'habitants dont Noirs, Blancs, Métis et Indo-AsiatiquesGeorges Lory, Histoire de l'Afrique du Sud, L'Harmattan, ..

En 1960, le pays compte habitants.

Population par province en 1904 et 1960 ProvincePopulation blanche en 1904Pourcentage en 1904Population blanche en 1960Pourcentage 1960Transvaal297,27723,4 %1,455,37223,4 %État libre d'Orange142,67936,8 %Province du Cap579,74124,1 %Natal97,1098,76 %

Histoire La fondation de l'Union thumb|left|Louis Botha, John X. Merriman et Jan Smuts, les trois principaux pères fondateurs de l'Afrique du Sud lors de la convention nationale de 1908-1909. thumb|left|Le premier cabinet de l'Union sud-africaine en 1910 dirigé par Louis Botha. Debout de gauche à droite : J.B.M. Hertzog, Henry Burton, F.R. Moor, C. O'Grady Gubbins, Jan Smuts, H.C. Hull, F.S. Malan, David Graaff. Assis de gauche à droite : J.W. Sauer, Louis Botha, Abraham Fischer. thumb|left|Le premier Red Ensign de l'union d'Afrique du Sud (1910-1912). thumb|left|Le deuxième Red Ensign de l'union d'Afrique du Sud (1912-1928).

Au lendemain de la seconde guerre des Boers, les républiques boers annexées par le Royaume-Uni sont conjointement gérées par le Colonial Office aux côtés des colonies britanniques du Cap et du Natal. Après avoir accordé la formation de gouvernements autonomes et l'élection de parlements au Transvaal et dans la colonie de la rivière Orange, le gouvernement britannique décide de créer, sous la forme d'un dominion, une union étroite entre ces quatre colonies à partir des modèles canadiens et australiens. Cette volonté coïncide avec les aspirations des populations boers.

Une Convention nationale sud-africaine est réunie à Durban à partir du mois d'octobre 1908 réunissant une trentaine de représentants du Transvaal, de la colonie de la rivière Orange, du Natal et du Cap. Parmi eux figurent James Barry Munnik Hertzog, Marthinus Steyn, John X. Merriman et Jan Smuts. En plus de ces trente délégués figurent des observateurs de la Rhodésie du Sud, une colonie britannique située au nord du Transvaal. Au bout de trois sessions qui se tiennent à Bloemfontein et au Cap, la convention achève ses travaux le sur un projet d'union sud-africaine, proposée ensuite pour ratification aux assemblées législatives des quatre colonies. Les assemblées du Transvaal et de l'Orange approuvent à l'unanimité le projet d'union. Au Cap, il n'y a que deux voix contre alors qu'au Natal un référendum est organisé. Sur fonds d'abstention élevée à 42 %, les 3/4 des électeurs donnent leur assentiment à l'Union. Le projet de convention, établissant les conditions d'une union gouvernementale, législative et économique, est alors présenté au gouvernement britannique qui soumet alors un projet de loi au Parlement britannique pour approbation.

Ce projet de loi, reprenant le projet des conventionnels sud-africains, institue en Afrique du Sud un régime parlementaire sur le modèle de Westminster. Alors que le projet de loi est examiné par les parlementaires britanniques, des représentants des populations bantoues et métis, exclus des négociations commencées à Durban, sont mandatés par la convention indigène réunie à Bloemfontein en 1909Paul Coquerel, Afrique du Sud, l'histoire séparée, p. 80. pour venir exposer à Londres leurs doléances. Ils effectuent leur démarche sous la conduite de William Philip Schreiner, ancien Premier ministre de la colonie du Cap mais n'obtiennent aucune prise en considération. Le , le Parlement britannique adopte le South Africa ActRobert Lacour-Gayet, Histoire de l'Afrique du Sud, Fayard, 1970, pp. 310-319. à la suite duquel le roi Édouard VII proclame la formation de l'union d'Afrique du Sud pour le , date anniversaire de la fin de la guerre des Boers.

À cette époque, des processus d'unification de peuples et de nations se généralisent non seulement en Afrique mais à travers le monde : avec la formation de la Confédération canadienne en 1867, l'unification de l'Allemagne en 1871, celle de la Bulgarie en 1885, l’Unification de l’Arabie saoudite en 1902, le temps était venu pour l'Union d'Afrique du Sud.

Un dominion blanc Le , la colonie du Cap, comprenant le Griqualand, et le Stellaland, devient la nouvelle province du Cap pour former l'union d'Afrique du Sud, au côté des provinces du Natal, du Transvaal et de l'État libre d'Orange. Le Swaziland, le Basutoland et le Béchuanaland britannique, sous tutelle directe britannique, n'intégreront pas l'Union. La capitale administrative de l'Union est fixée à Pretoria, le siège du parlement au Cap et le siège de la cour suprême à Bloemfontein. L’anglais et le néerlandais sont adoptées comme langues officielles du parlement. C’est dans ce cadre que les Afrikaners, vaincus militairement, dominés économiquement par la minorité Anglo-sud-africaine, s'attellent à la conquête du pouvoir politique. Bénéficiant d'un avantage démographique sur les Anglo-sud-africains, ils reprennent en main la réalité du pouvoir politique dès la constitution du premier gouvernementPaul Coquerel, L'Afrique du Sud des Afrikaners, Complexe, 1992, p. 89 à 92 consacrées à la formation de l'Union sud-africaine..

La vie politique de l'Union est d'abord dominée par les conflits politiques entre Afrikaners et Anglo-sud-africains avant de l'être entre Blancs et hommes de couleurs (Noirs, Métis, Indiens). Les problèmes économiques et sociaux auxquels le nouveau dominion doit faire face sont multiples et complexes. L'organisation industrielle, la prolétarisation d'une partie des Afrikaners et le surpeuplement des terres africaines constituent les premiers dossiers vitaux du premier gouvernement sud-africain dirigé par le général boer Louis Botha, ancien héros de la guerre des Boers. Son gouvernement, comme ceux qui suivent, est constitué par une alliance d'anglophones et d'Afrikaners modérés regroupés dans le parti sud-africain. Ce nouveau gouvernement doit affronter une opinion boer hostile au Royaume-Uni et l'opposition de « petits Blancs » déclassés et racistes, inquiets pour leur avenir.