Le détroit de McMurdo est un bras de mer séparant l'île de Ross du continent Antarctique. Les eaux froides et pleines d'icebergs du détroit sont larges et longues d'environ 55 km. Il possède de côte antarctique, ouvert sur la mer de Ross au nord. Le chaînon de la Royal Society s'élève jusqu'à d'altitude sur la côte ouest du détroit, la barrière de glace de McMurdo forme la côte sud, et l'île de Ross, refuge des explorateurs, la côte est. Le mont Erebus, un volcan actif, domine l'île de ses . Les bases scientifiques les plus grandes du continent, la station McMurdo (États-Unis) et la base Scott (Nouvelle-Zélande) sont sur la côte sud de l'île au bout de la péninsule de Hut Point.

Découvert par le capitaine James Clark Ross en , le détroit, situé à environ du pôle Sud, fut nommé en honneur du lieutenant Archibald McMurdo du navire . Aujourd'hui, il sert de route de ravitaillement pour les cargos et les avions qui atterrissent sur la glace flottante près de la station McMurdo. L'occupation quasi constante de la station par des scientifiques et des employés depuis 1957-1958 a pollué sa baie, appelée la Winter Quarters Bay.

La banquise sur la côte de la baie et dans le reste du détroit est un obstacle important pour les navires qui essaient d'y entrer. Ils ont obligatoirement besoin de coques renforcées voire de l'escorte d'un brise-glace. La difficulté d'accès restreint encore le nombre de touristes, de plus en plus présents dans le reste de la péninsule Antarctique. Ceux qui parviennent à y débarquer peuvent y voir des paysages fantastiques et une diversité remarquable de la faune, allant des orques aux phoques et de manchots Adélie et empereurs.

Les courants froids polaires de l’océan Austral réduisent l'impact des courants chauds venant du sud du Pacifique et de l'Atlantique. Les vents très froids sont communs dans le détroit, qui est gelé tous les hivers, la glace étant d'une épaisseur d'environ . L'été austral provoque la dispersion de la glace ; le vent et les courants peuvent les pousser au nord, dans la mer de Ross, mélangeant les courants froids qui remontent vers tous les coins du globe. Les températures relevées à la station McMurdo vont jusqu'à pendant les longs et froids mois de l'hiver austral. Décembre et janvier sont les mois les plus chauds, avec des températures moyennes de et de respectivement.

Une position stratégique Le rôle stratégique du détroit McMurdo date de l'âge héroïque de l'exploration en Antarctique. Les explorateurs Ernest Shackleton et Robert Scott construisirent des bases sur les côtes comme point de départ pour leurs explorations de l'intérieur du continent.

L'importance logistique du détroit continue à être très grande de nos jours. Des avions transportant des provisions et des passagers atterrissent sur les pistes gelées de Williams Field devant la station McMurdo, sur la banquise permanente. L'arrivée, une fois par an, d'un cargo et d'un navire citerne dépendent du passage du détroit.

Les bases américaine et néo-zélandaise se trouvent toutes les deux au sud de l'île de Ross, la terre la plus australe accessible par la mer. Le port de Winter Quarters Bay est le plus austral du mondeFaculté de géographie, Texas A&M University. Toutefois, l'accès aux bases dépend de l'état du détroit et de la banquise. Pendant l'hiver, le détroit présente une masse impénétrable de glace. Pendant l'été, les navires sont souvent confrontés à des concentrations de glace formée pendant l'hiver précédent, la banquise côtière, et de glace très dure datant de plusieurs années. Dans ces cas, on a recours à des brise-glace, mais les courants et les très forts vents antarctiques peuvent parfois pousser ces obstacles vers le nord, ouvrant alors le détroit pour les navires.

L'iceberg B-15A vignette|Image satellite de B-15

Un événement assez courant dans la région, le détachement d'un iceberg de la banquise, en 2005. L'iceberg B-15 se détacha de la barrière de Ross le , il avait alors une superficie de Antarctic Climate and Ecosystems: Cooperative Research Center. Le , l'iceberg se cassa en plusieurs morceaux.

Des recherches faites sur des sismographes placées sur B-15 indiquèrent que les lames de fond provoquées par un tremblement de terre à de là, dans le golfe d'Alaska, causèrent la désintégration de l'icebergU.S. National Public Radio. Le vent et les courants poussèrent ensuite l'iceberg B-15A vers le détroit de McMurdo. Là, il bloqua la sortie de la glace dans le détroit ainsi que le passage des manchots, qui prenaient ce chemin pour aller chasser dans la mer. La glace s'empila derrière l'iceberg, bloquant aussi deux cargos en route pour approvisionner les stations dans le sud de l'île de RossU.S. National Science Foundation. Les brise-glace américain et russe Krassine durent frayer un chemin jusqu'à la base dans la glace épaisse de . Ce chemin suivra la côte est du détroit jusqu'à l'île, escortant le navire-citerne USNS Paul Buck au port de McMurdo en fin . Le cargo USNS American Tern suivra le .

Une banquise similaire bloqua une expédition du National Geographic Society sur le navire Braveheart, les empêchant de s'approcher de l'iceberg B-15A. Toutefois, les membres de l'expédition purent explorer sous un autre iceberg, y trouvant des poissons, étoiles de mer, crabes, et poissons de glace, ces derniers se faisant des trous dans la glace pour s'y protéger. L'expédition assista aussi au spectacle rare d'une explosion d'iceberg. Des morceaux de glace sautèrent en l'air, quelques heures après que le Braveheart commence à s'éloigner de l'icebergMagazine National Geographic.

Les vents thumb|left|200px|Installation d'instruments météorologiques sur l'iceberg B-15A

Les vents polaires sont la force motrice derrière les trois systèmes météorologiques qui se rejoignent sur le détroit : celui du plateau polaire et la chaîne Transantarctique, celui de la barrière de Ross, et celui de la mer de Ross. Ces zones créent une gamme de systèmes météorologiques dynamiques. Les vents froids et lourds descendant rapidement du plateau polaire, à une élévation de créant de forts vents catabatiques. Ces vents secs atteignent vite une force d'ouragan avant d'atteindre la côte. Des instruments qui mesurent la vitesse du vent ont mesuré la vitesse la plus haute jamais enregistrée en Antarctique en , à la station côtière de Dumont d'Urville : Gouvernement Australien, Division antarctique.

Les vents qui se rencontrent au-dessus du détroit passent par des cols et autres formations géologiques, créant des blizzards localement appelés herbies. Ils peuvent survenir à n'importe quelle époque de l'année. Les résidents des stations McMurdo et Scott ont nommé les îles White et Black Herbie Alley (« allée des herbies »), pour les vents qui causent de fréquents blizzards entre les îlesField Manual for the U.S. Antarctic Program.

L'air très froid du continent empêche en général l'humidité de former des flocons de neige. Les blizzards, au lieu de faire neiger, causent donc la dissémination de la neige déjà existante sur le sol. L'équivalent en eau des précipitations annuelles sur l'île de Ross n'est que de National Science Foundation ; dans l'intérieur du continent il n'est que de . Les vallées sèches de McMurdo, sur la côte ouest du détroit, ne voient quasiment jamais de la neige.

Le manque de précipitations en Antarctique ne diminue pas l'importance de son climat polaire ; sa superficie double chaque hiver pendant le gel de l'eauAntarctic Connection. Le dégel des estimés constitue l'évènement climatique annuel le plus important du mondeUSA Today.

Le détroit McMurdo est un composant important de l'effet que l'Antarctique a sur le climat mondial. Un facteur clé est le vent polaire, qui peut pousser la banquise dans la mer de Ross pendant l'été ou l'hiver. Les vents catabatiques très froids touchent la surface de l'eau, formant de la glace. L'eau gelée exclut le sel de l'eau en dessous, laissant l'eau froide et lourde qui tombe au fond de l'océan. Ce processus se répand sur toute la côte antarctique, répandant l'eau froide dans tous les océans du mondeGouvernement de l'Australie, Division antarctique.

Dans une entrevueNational Science Foundation, Arctic Sun, le climatologue Gerd Wendler a dit que, où qu'on va dans le monde, au fond de l'océan on trouvera de l'eau provenant de l'Antarctique : « Soixante-quinze pour cent de toute l'eau du fond, où qu'on soit, vient de l'Antarctique. »

La station McMurdo

Température moyenne : Température moyenne par mois : en janvier, en août Mois avec le plus de tempêtes : février et octobreU.S. National Science Foundation

La vie sous la glace

thumb|250px|La vie sous la surface

La vie sous-marine est très riche sous la glace du détroit. Les eaux froides, qui tueraient beaucoup d'autres poissons, abritent les Notothénioïdes antarctiques, proches des dorés jaunes et des perches. Les Notothénioïdes possèdent une protéine qui les empêche de geler dans les eaux froides. Environ la moitié des espèces de poissons vivant sur les côtes antarctiques sont des notothénioïdes, composant de 90 à 95 % de la biomasseNational Academy of Sciences, États-Unis.

Si certaines espèces sont rares, elles ne sont pas invisibles. Le détroit abrite ainsi plusieurs espèces de vives couleurs, dont des éponges « cactus » jaunes et des éponges « globe » vertes. L'étoile de mer, l'oursin et l'anémone de mer sont aussi présents. De grandes araignées de mer vivent au fond, mangeant les anémones. Le krill antarctique vit près de la surface de l'eau ; il est un élément clé de la chaîne alimentaire de la région, alimentant des mysticètes aux manchots. Le détroit abrite aussi du corail mou, dont la forme flexible la permet de se « pencher » pour manger sur le fond du détroitUnderwater Field Guide to Ross Island & McMurdo Sound.

thumb|250px|Méduse et plongeur juste en dessous de la banquise

Les manchots d'Antarctique, célèbres pour leur manière de marcher sur la glace, se transforment en nageurs puissants et pleins de grâce sous l'eau. Les manchots empereur chassent des calmars, des poissons, et beaucoup de crustacés, et ils peuvent plonger jusqu'à de profondeur pour en trouver. Les manchots Adélie sont, eux, moins ambitieux : ils mangent sous l'eau jusqu'à deux minutes, et à une profondeur maximum de .

Les phoques de Weddell, très présent au détroit, peut plonger encore plus loin que le manchot empereur. La phoque peut retenir sa respiration jusqu'à 80 minutes et nager jusqu'à de profondeur. On peut aussi y voir des léopards de mer et des phoques crabiers en grand nombre, le premier étant un prédateur féroce des autres phoques et des manchots tandis que le second, plus tranquille, s'alimente surtout de krill.

Le prédateur des phoques par excellence est l'orque, qui peut manger jusqu'à 227 kg de viande par jour. Il est blanc et noir, avec une grande nageoire dorsale (jusqu'à ) et de taille énorme (jusqu'à de long pour les mâles). Les orques voyagent en groupe de jusqu'à 30 individus et peuvent nager à .

Impact environnemental de l'être humain thumb|250px|Le pétrolier Lawrence H. Gianella dans le détroit

Les plus de 50 années d'opération quasi continuelle des bases scientifiques américaine et néo-zélandaise a laissé des poches de pollution dans le détroit. Jusqu'à 1981, les résidents des bases jetaient leurs ordures sur la banquise ; elles tombaient au fond du détroit lors du dégel.

Une étude menée en 2001 au fond du détroit y trouva 15 véhicules, 26 conteneurs et 603 citernes à pétrole, ainsi que quelque variés, tout dans seulement 20 hectaresState of the Environment Report, Nouvelle-Zélande.

Une étude menée par l'agence gouvernementale néo-zélandaise Antarctica New Zealand révèle qu'après plusieurs décennies d'évacuation des eaux usées des estivaux directement dans le détroit avait pollué Winter Quarters Bay. Le dépotoir près de la station laissait filtrer des métaux lourds, des composés de pétrole et des produits chimiques dans l'eau de la baie.