Jean Hérault, baron de Gourville, né le à La Rochefoucauld et mort le à Paris, est un gestionnaire et mémorialiste français.

Biographie

Une jeunesse au service des La Rochefoucauld

D’abord valet de chambre de l’abbé Louis de La Rochefoucauld, il devient maître d’hôtel, puis secrétaire de François de La Rochefoucauld (le futur auteur des Maximes), alors prince de Marcillac. Hérault est un agent de la Fronde, où il joue un rôle très actif. Il cherche à faire évader les princes lors de leur arrestation. Il organise un enlèvement raté de Retz. À la fin de la Fronde, il organise le rapt du directeur des postes et obtient une rançon de .

1653 : Intendant de l'armée de Catalogne

Puis il est intendant de l’armée de Catalogne, dont le commandement en chef est donné en 1653 à Jacques de Rougé du Plessis-Bellière.

1655-1661 : au service de Nicolas Fouquet

Il devient proche de Nicolas Fouquet, nommé surintendant des finances en 1653 avec Abel Servien. Il est un membre important du cercle de Fouquet, notamment au château de Saint-Mandé. Fouquet lui fait obtenir la recette générale des tailles de Guyenne, source de sa fortune considérable. Il signe 13 traités entre 1657 et 1661. En 1660, Gourville acquiert pour , somme colossale, la charge de secrétaire du Conseil d'ÉtatMme de la Fayette, Roger Duchêne, Fayard, 1988, p. 300.. Il achète alors le château et la seigneurie de Gourville pour la somme de . Il prend le nom de cette terre.

La condamnation à mort après la chute de Fouquet et son exil européen

Ses activités de financier lui valent un procès à l’issue duquel il est condamné à être pendu. Il l'est en effigie place du Palais. Il part alors aux Pays-Bas et voyage beaucoup pendant plusieurs années.

1671 : Lettres d'abolition de sa condamnation

En 1671, après avoir rendu de nombreux services à la couronne, en Espagne notamment, il obtient les lettres d’abolition de sa condamnation (y compris pécuniaire). Cette condamnation et la liberté qui lui a été laissée de s’y dérober peuvent s’expliquer, pense Daniel Dessert, comme un moyen d'éviter d’avoir à le faire témoigner au procès Fouquet. Gourville vient au secours de la famille de Fouquet pendant que celui-ci est détenu.

L'intendant de la maison de Condé vignette|gauche|Buste en bronze du Grand Condé par Antoine Coysevox, 1688, musée du Louvre.

En 1669, il devient intendant de la maison de Condé. Très considéré, il est ami, presque sur un pied d’égalité, de Condé, de La Rochefoucauld, de madame de Sévigné et de Boileau. Cas assez rare d’une ascension sociale à partir d’une origine très modeste. Il épouse secrètement une des trois filles de l'auteur des Maximes, probablement l'aînée, Marie Catherine, dite mademoiselle de La Rochefoucauld (1637-1711)Saint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1983, II, 334 et . Il s'agit bien d'une des trois filles de l'auteur des Maximes — et non d'une de ses trois sœurs, comme le dit par erreur l'éditeur dans sa ..

En tant qu'intendant, il s'occupe des finances de la maison de Condé, et notamment de la gestion et de l'embellissement des jardins du château de Chantilly, où réside le Grand Condé.

Son grand œuvre : l'embellissement du château de Saint-Maur

C'est lui qui fait entreprendre les travaux d'embellissement du château de Saint-Maur, que Condé lui a mis à disposition, pour créer l'un des plus spectaculaires jardins du Grand Siècle en Île-de-France. Il doit hausser le ton pour dire à madame de La Fayette de quitter le château, qu'elle occupait à titre gracieux.

Sa vieillesse et la rédaction de ses Mémoires

Devenu impotent, il entreprend la rédaction de ses Mémoires le ; ils sont publiés en 1724 (Mémoires de M. de Gourville, concernant les affaires ausquelles il a été employé par la Cour, depuis 1642 jusqu’en 1698, Paris, Estienne Ganeau, 1724), note 1 de la 502 (1449)..

(Sénac de Meilhan, 1736-1803, Considération sur l’esprit et les mœurs.) Saint Jérôme avait déjà écrit : (Apologie contre Rufin, fin du livre second.)

Il est enterré à l'église Saint-Sulpice de Paris.

Jugements sur Gourville Daniel de Cosnac, qui a fait sa connaissance pendant l’Ormée, la Fronde bordelaise : Sainte-Beuve a dit de lui, dans ses Causeries du lundi, qu’il était . À sa mort, madame de Sévigné écrit :

Iconographie Le portrait de Gourville a été peint par Hyacinthe Rigaud en 1703 pour 300 livresRoman, 1919, 101.. Gérard Edelinck a gravé ce portrait en 1705.

Voir aussi le château de Saint-Maur, mis à disposition de Gourville par les Condé.

La pièce de Voltaire Le Dépositaire (1767, de) de Voltaire est d'après une plaisanterie que Ninon de Lenclos a racontée à Molière.  Ninon de Lenclos et le prêtre de Notre-Dame avaient reçu chacun 60 000 livres en dépôt de Gourville, obligé de s’exiler en 1662. À son retour, six ans plus tard, la courtisane libre penseuse les rendit religieusement. L’ecclésiastique les garda pour lui. La pièce complexifie considérablement l'histoire en introduisant des fils de Gourville. Ce ne fut pas un succès.

Notes et références

Annexes Bibliographie Alain Mazère, Gourville le magnifique, Le Croît vif, 2009, 360 p.

Sources Notice sur Gourville, in Mémoires de J.H. de Gourville Notice in Daniel Dessert, Argent, pouvoir et société au Grand Siècle, Paris, Fayard, 1984, 604. Mémoires de Gourville, tome I et tome II.

Liens externes

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