vignette|La main qui gouvernera le monde (dessin paru en 1917 dans le journal Solidarity). vignette|Mouvement social contre la réforme des retraites en France de 2023. vignette|Pancarte lors d'une manifestation contre les violences contre les femmes en 2019. vignette|Affiche contre l'apartheid en Afrique du Sud sur un bus londonien en 1989.
La justice sociale est une construction morale et politique qui vise à l'égalité des droits et conçoit la nécessité d'une solidarité collective entre les personnes d'une société donnée, tout en tenant compte de la protection de l'environnement et des ressources naturelles.
L'entrée correspondant à ce terme dans le Dictionnaire des sciences économiques et sociales le fait reposer théoriquement sur deux principes. Le premier repose sur le principe d'équité, avec lequel il ne faut pas confondre celui de justice, et qui s'entend plutôt comme le principe du « à chacun son dû ». Dans ce cas, la part individuelle revenant à celui qui bénéficie du traitement équitable doit être conforme aux attentes les plus généralement exprimées dans une société à l'égard des autres parts individuelles.. Soit, un second principe, dit moral, d'une prémisse d'égalité entre tous les membres composants la société. Dans ce cas, la notion de justice sociale est essentiellement une projection vers une société plus juste, en admettant qu'il y ait toujours des injustices. Elle peut être perçue soit comme une utopie, soit comme une démarche allant vers plus de progressisme.
Ce premier partage définitoire permet de tracer plusieurs règles générales d'application de la justice sociale. La justice sociale est dite commutative quand elle est fondée sur l'idée qu'une réciprocité stricte doit exister entre les membres et la société (chacun reçoit en contrepartie mesurée d'un effort fourni). Elle sera, en revanche, qualifiée de distributive, si elle vise à donner à chacun la part qui lui revient pour vivre décemment, en se réservant de préciser quels critères ou catégories seront utilisés pour élaborer cette distribution (économique, sociale, culturelle). Les actions ayant pour objectif de rétablir une justice sociale visent à élaborer un meilleur système de répartitions, où chaque individu a et conserve les mêmes chances de réussite tout au long des situations de sa vie d'individu. Ainsi, on parle parfois d'« égalité des chances ». Les corrections nécessaires peuvent être sociales, financières ou culturelles.
La justice sociale peut aussi se définir de manière négative : est injuste ce qui n'est pas acceptable socialement. Par exemple, les différences de salaires entre métiers de qualifications différentes sont souvent considérées comme justes, car elles sont socialement acceptées par la majoritéIl est très rare que soit revendiqué pour un ouvrier le salaire d'un cadre supérieur. Le mot d’ordre « à travail inégal, salaire égal » existe cependant depuis les années 1970, et l’idée d’un salaire égal pour tous a émergé au .. Il existe une distinction entre justice sociale (ou équité) et égalité. La justice sociale est aussi une notion qui évolue dans le temps, ce qui est juste socialement peut devenir injuste si le contexte change (voir sociologie de la justice sociale).
Dans son ouvrage majeur Théorie de la justice de 1971, le libéral John Rawls écrit qu'une société est juste si elle respecte trois principes, dans l'ordre : garantie des libertés de base égales pour tous ; égalité des chances ; maintien des seules inégalités qui profitent aux plus défavorisés.
Aperçu historique Origine de l'expression La plus ancienne mention de cette expression se retrouve dans L'esprit des journaux de , dans des propos attribués à Louis XVI concernant le droit de suite : L'esprit des journaux, p.131 L'esprit des journaux, décembre 1784..
Au début du , on retrouve une définition large de la justice sociale (ou distributive) dont les prémices se retrouvent dans Les principes d’économie d’Alfred Marshall en 1890. On y retrouve un principe d’équitabilité entre les individus à la naissance qui a pour but de libérer de la pauvreté et du travail mécanique excessif. L’apparition d’une « sécurité sociale » arrive avec le New Deal de Franklin Roosevelt dans l’optique de soulager les charges financières pesant sur la main d’œuvre qui avait une famille à chargeFLEISCHACKER, S., A Short history of distributive justice, Londres, 2009, p. 82.. Le socialisme se voit qualifier en 1910 comme un phénomène cosmopolite, opposé au patriotisme et au militarisme. Le mouvement revendique l’égalité des chances même avec les grands capitalistesFLEISCHACKER, S., A Short history of distributive justice, Londres, 2009, p. 91-92..
Pendant la révolution industrielle La suppression des corporations pendant la Révolution a fait évoluer en profondeur la condition des ouvriers en Europe. C'est ce que l'on a appelé la « question sociale ». Le jésuite italien Luigi Taparelli (1793-1862) s'est intéressé aux problèmes soulevés par la révolution industrielle. Il a repris le terme de justice socialeÉducation et Justice Sociale, par J. Zajda, S. Majhanovic, V. Rust , 2006, . et approfondi la notion de subsidiarité, inspirant par la suite le pape Léon XIII dans la rédaction de son encyclique Rerum Novarum (1891). Partant du constat que la pensée subjectiviste de Descartes avait provoqué des erreurs dans les domaines moral et politique, il devint convaincu de la nécessité de se réapproprier la philosophie de Thomas d'Aquin.
Vers la même époque, la pensée de Pierre Joseph Proudhon (1809-1865), précurseur de l'anarchisme Encyclopædia Britannica : The first person to willingly call himself an anarchist was the French political writer and pioneer socialist Pierre-Joseph Proudhon. (Le premier à s'être volontairement qualifié d'anarchiste fut l'écrivain politique français et pionnier du socialisme Pierre-Joseph Proudhon.., d'origine modeste, était essentiellement motivée par la justice socialeHenri de Lubac, Proudhon et le christianisme, Paris, 1945, éditions du Cerf, 2011 (réédition)..
Leçon de la Première Guerre mondiale : création d'une organisation pour la justice sociale L'Organisation internationale du travail a été constituée à la fin de la Première Guerre mondiale sur l'affirmation selon laquelle Origines et histoire de l'OIT. et a adopté en 2008 la .. Elle produit des normes et met en œuvre un programme pour « un travail décent pour tous ». Cette promesse se comprend comme une réponse aux revendications du mouvement ouvrier réformiste qui se trouvait au sein de l’union sacrée durant la Première Guerre mondiale. La demande formulée à Leeds en 1916 était de créer une organisation internationale du travail qui serait le parlement au niveau mondial où l’on discuterait les revendications sociales du mouvement ouvrier rejoint par le christianisme social. En réalité, les bases de cette organisation se trouvaient déjà dans la réforme libérale, dont l’OIT a notamment hérité l’Association pour la protection des travailleurs. L’activité réformatrice se compose en 1919 de trois volets : la protection, la redistribution et la négociation collective. Dans le préambule et les principes généraux de la constitution de 1919 (substitué en 1944 par la déclaration de Philadelphie), on retrouve les objectifs généraux théorisant l’idée de justice sociale :« [la]réglementation des heures de travail, la fixation d'une durée maximum de la journée et de la semaine de travail, le recrutement de la main-d’œuvre, la lutte contre le chômage, la garantie d'un salaire assurant des conditions d'existence convenables, la protection des travailleurs contre les maladies générales ou professionnelles et les accidents résultant du travail, la protection des enfants, des adolescents et des femmes, les pensions de vieillesse et d'invalidité, la défense des intérêts des travailleurs occupés à l'étranger, l'affirmation du principe « à travail égal, salaire égal », l'affirmation du principe de la liberté syndicale, l'organisation de l'enseignement professionnel et technique et autres mesures analogues ».KOTT, S., L’OIT : la justice sociale dans un monde global ? Une histoire en tension, dans Revue internationale de politique de développement, n°11, 2019, p. 3-14.Le travail normatif de l’OIT vise donc à la création d’une sorte de code du travail mondial. Celui-ci s’inspire des nations les plus avancées en termes de loi sociale. Mais sous la pression des États-Unis, ces objectifs d’unifications mondiales ont été réduits à la dépendance des logique nationales. Ces blocages n’ont pas empêché l’organisation d’accomplir un travail normatif important durant l’entre-deux-guerres. Aujourd’hui, 67 des 189 conventions signées entre 1919 et 1939 restent en vigeur.
Jean-Luc Porquet, dans son livre Que les gros salaires baissent la tête !, utilise cette conception pour affirmer qu'.
La Déclaration et programme d'action de Vienne, sur le droit international des droits de l'homme et le droit international humanitaire, affirme dans sa section II, paragraphe 80, que l'éducation en matière de droits de l'homme doit porter sur la paix, la démocratie, le développement et la justice sociale.
Dans le même temps, apparaît l’État-providence qui rompt avec la conception libérale de l’État qui le cantonnait au rôle de gendarme. Ici, il occupe un rôle important dans la vie sociale et économique en accord avec les impératifs sociaux. Au début du , le terme d’État-providence se comprend au sens de l’intervention de l’État dans la prise en collective des fonctions de solidaritésMERRIEN, F.-X., L’État-providence, Paris, 2007, p. 3.. L’apparition de cette nouvelle forme étatique n’a pas eu lieu de manière linéaire et peut se découper en trois grandes périodes constituant à chaque fois une rupture avec ce qui prévalait antérieurement. C’est le mouvement en faveur des assurances sociales pour les ouvriers qui constituent la première rupture. La question sociale se métamorphose alors durant la période 1870-1935 moment où la population s’inscrit dans une nouvelle civilisation du travail émergeant de la révolution industrielle. Le contexte de l’époque est marqué par l’extension des marchés, la paupérisation des masses ouvrières et la croissance des mouvements socialistes. Intervient alors, une prise de conscience de la part des élites sur le sort des ouvriers et l’idée de la nécessité d’étendre la protection sociale et d’en garantir l’existence. Bien que de nombreux réformateurs, experts et hommes politiques adhèrent à ces principes, ils se heurtent à une grande partie du corps social encore attachée aux solidarités volontaires et à la charité publique. Cependant de la fin du aux années 1930, le modèle bismarckien des assurances sociales va s’imposer dans tous les pays. Deux autres ruptures vont encore traverser le conduisant à l’État-providence et la justice sociale que nous connaissons aujourd’huiMERRIEN, F.-X., L’État-providence, Paris, 2007, p. 7-8..
Équité horizontale Le concept d'équité horizontale stipule que deux personnes dans la même situation devraient avoir les mêmes droits et obligations. Il est donc proche du principe d'égalité : « à situation égale, prestations égales » et il s'oppose aux discriminations. On retrouve la notion aristotélicienne de justice commutative.
Équité verticale L'équité verticale vise à ce que les plus riches contribuent davantage que les plus modestes. Elle aura donc tendance à réduire les écarts de niveau de vie entre les individus, sans que ce soit son but premier. On parle aussi de justice distributive.
En considérant l'utilité, c'est-à-dire le bien-être qu'auraient apportés les biens achetés grâce à l'argent tiré des revenus, Richard Musgrave distingue trois conceptions de l'équité verticaleIntroduction aux finances publiques, chapitre 6 Université de Fribourg, année 2007/2008. : le sacrifice absolu égal (SAE) : même sacrifice d'utilité pour chacun.