Le comté d'Herbauges est une principauté créée par Louis le Pieux à partir des pagi d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges, alors situés à l'ouest du comté du Poitou (Bas-Poitou, actuelle Vendée) afin de lutter efficacement contre la menace normande et l'avancée bretonne. Les comtes d'Herbauges étaient originaires d'AquitaineCédric Janneau. Le Bas-Poitou du au milieu du : organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société. Thèse d'histoire médiévale. Poitiers : Université de Poitiers, 2006. 1698 p. mais exerçaient aussi leur souveraineté sur Nantes et son comté avant que ceux-ci ne passent sous domination bretonne au milieu du André Chédeville et Hubert Guillotel, La Bretagne des saints et des Rois: , Rennes, éditions Ouest-France, « université », 1984, .

Le comté d'Herbauges était dirigé depuis le château d'Hério, situé sur l'île de Noirmoutier.

Géographie Localisation thumb|Bas-Poitou et Haut-Poitou|gauche|242x242pxLe comté d'Herbauges s'étendait depuis le littoral charentais au sud, jusqu'à l'estuaire de la Loire au nord. Il recouvrait l'actuel pays de Retz, les Mauges à l'intérieur des terres, ainsi qu'une grande partie de l'actuelle Vendée (qui correspondait à l'époque au Bas-Poitou) depuis les îles côtières de Noirmoutier et de Bouin, jusqu'à Tiffauges et la vallée de Clisson à l'est. Au sud, il comprenait Luçon et s'étendait jusqu'aux marais au nord du territoire des comtes d'Angoulême.

Circonscriptions Le comté se composait de 3 circonscriptions. Le Pagus d'Herbauges entre l'embouchure de la Loire, la baie de l'Aiguillon et la Moine. Le Pagus de Tiffauges autour de Tiffauges. Le Pagus des Mauges entre la Moine, la Loire et le Layon.

Toponymie Michel Kervarec relève le toponyme « Herbonne », nom d'une île, cité dans un texte du sous la forme « Derbonne ». Il l'interprète comme un composé Arb-onna (la rivière de Arb) et estime que ce préfixe Arb est aussi présent dans Herbauges, désignant à la fois un territoire au sud de la Loire et son chef-lieu de localisation incertaine..

La plus ancienne mention de Herbauges (territoire) se trouve dans Grégoire de Tours : « Vicus est in Erbatilico, nomine Becciacum,... » (« il y a un village en Herbauge, du nom de Bessay... ») ; Bessay se trouvant sur la rive sud du Lay, cela permet de situer la limite sud de l'Herbauge à la vallée (entière) du Lay, ce que confirme la présence du lieu-dit Ingrandes (commune de la Réorthe).

Michel Kervarec analyse Erbatilicum comme dérivant de *Arb-basilica (la basilique de Arb). Considérant que des fouilles sous l'abbatiale de Saint-Philbert ont révélé une bâtisse du comportant une basilique, il estime que la ville d'Herbauges correspond à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu (appelé anciennement Deas avant l'arrivée des moines de Noirmoutier au fuyant justement les raids vikings). Le nom Deas conserve la trace d'un ancien culte païen, voué à une divinité féminine, qui aurait localement le surnom de Arb, probablement personnification du lac de Grand-Lieu ; cette divinité gauloise serait Belisama, assimilée par les Romains à Minerve.

Histoire

Le pays d'Herbauges et la cité d'Herbauges en Aquitaine vignette|Les pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges (Herbatilicum, Teifalia et Medalgicum) apparaissent au Nord-Ouest du royaume d'Aquitaine. Le pays d'Herbauges était un territoire situé à proximité de la côte atlantique, cité pour la première fois par Grégoire de Tours. Le pays d'Herbauges était voisin de deux « pays » plus petits, le pays de Tiffauges et le pays des Mauges, situés plus à l'intérieur des terres, dans le bocage vendéen.

Sur la partie nord du pays d'Herbauges, il aurait existé une ville peuplée et riche : la cité d'Herbauges ou « Herbavilla ». Cette ville légendaire aurait, selon un mythe local, été engloutie au dans le lac de Grand-Lieu sur ordre divin afin de punir ses habitants de leur péchés et de leur rejet de l'évangélisateur St-Martin-de-Vertou.

Aux époques Mérovingiennes et Carolingiennes, les pays d'Herbauges, de Tiffauges et des Mauges, appartenaient au royaume d'Aquitaine (au sein du comté du Poitou), dont la frontière Nord était la Loire.

Le pays de Retz, les Mauges et la Vendée, bien que rattachés par la suite à d'autres régions que l'Aquitaine, ont gardé des traces de ce passé Aquitain et conservent des traits culturels méridionaux tel que les toitures en tuile canal ou encore la présence du dialecte poitevin-saintongeais (une langue d'oïl aux nombreuses influences occitanes).

Contrairement à Rezé, la ville de Nantes et son Comté, situés sur l'autre rive de la Loire, n'étaient pas en Aquitaine mais faisaient partie du royaume des Francs. Toutefois, Nantes, grand port sur l'Atlantique, était tournée vers l'Aquitaine dont elle constituait la porte maritime septentrionale, notamment vers les îles Britanniques, et fut dirigée par des évêques AquitainsMichel Rouche, 1976 L'Aquitaine des Wisigoths aux Arabes, 418-781 : naissance d'une nation. Paris, cité par CHAUVET Alain. L'Armorique : essai de géographie régionale. In: Norois, , Juillet-Septembre 1985. pp. 345-364; p.347.

La création du comté vignette|Les pays d'Herbauges, des Mauges et de Tiffauges étaient compris dans l'Aquitaine, mais sur une partie du plateau armoricain. Plateau armoricain située au sud de la Loire, la partie occidentale du Poitou, (qui à l’époque s’étendait jusqu’à l’estuaire de la Loire), s’apparente essentiellement a un territoire granitique dont le relief est légèrement accidenté (collines vendéennes) et bocageux, ce qui le rend moins propice à l’agriculture que les grandes plaines fertiles du Haut Poitou. Le nom de « Bas » Poitou donné à cette partie du Poitou, s’explique d’ailleurs, non pour son altitude, mais pour son niveau de richesses, puisqu’il désignait un territoire de la province plus pauvre et considéré par les élites provinciales comme ayant une valeur inférieure à celui de la partie désignée comme « Haute »René Musset, Le Bas-Maine, étude géographique, 1917.

Situé en périphérie de l’Aquitaine mais aussi du comté du Poitou et relativement éloignés du centre de commandement que constituait Poitiers, les pays d’Herbauges, de Tiffauges et des Mauges, ont connu une autonomisation progressive vis-à-vis du reste du Poitou au fil des sièclesCédric Janneau. Le Bas-Poitou du : organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société.Thèse d'histoire médiévale. Poitiers : Université de Poitiers, 2006. 1698 p. « Une principauté éphémère » p. 198. Cette différence se manifesta notamment lors de la période des raids vikings.

En effet, en 820, les Vikings menacent Noirmoutier, brûlent le prieuré de Beauvoir, prennent et pillent l'île de Bouin, font prisonniers ses habitants et repartent pour leur pays, chargés du butin. Face à leurs razzias et aux menaces permanentes qu'ils font peser sur les populations du bas-Poitou, les seigneuries décident d'organiser la défense et la résistance à ces envahisseurs.

Ainsi au début du , l’empereur Carolingien Louis le Pieux décida de partager le Poitou en deux comtés indépendant l’un de l’autre. Le Comté de Poitiers, plus vaste et plus riche fût donné à Abbon, tandis que le Comté d’Herbauges à l’Ouest fut donné à un autre chevalier, RenaudCédric Janneau, Le Bas-Poitou du au milieu du : organisation de l'espace, affirmation du lignage et évolution des structures de la société. Thèse d'histoire médiévale. Poitiers : Université de Poitiers, 2006. 1698 p. « La principauté maritime de Renaud » p.200, qui prit alors le titre de Renaud d’Herbauges.

Les frontières du comté d'Herbauges reprenaient peu ou prou celles du territoire du peuple celte des Ambilatres probablement présent sur cet espace dans l'antiquité et liés au gaulois armoricains situés de l'autre coté de la Loire.

Pour protéger à la fois les îles menacées et le continent qui les avoisine, il est décidé la création du comté d'Herbauges, vaste possession militaire , délimité vraisemblablement par la Loire au nord, la Sèvre nantaise, et le Layon à l'est, le Grand Lay au midi et, à l'ouest, par l'océan Atlantique.

Il comprenait un vaste pays s'étendant de la Loire au Lay : le pays d'Herbauges. Deux pagi moins considérables, Mauges et Tiffauges, se trouvent incorporés à ces limites.

Ce comté, nommé Herbauges, renfermait donc des forces militaires assez importantes, pouvant, à l'improviste, se porter sur des points menacés.

Les combats contre les Normands gauche|vignette|254x254px|Vitrail de l'église de Beauvoir-sur-Mer, représentant la fuite des moines de Noirmoutier, vers le continent avec les reliques de Saint-Philibert, en juin 836, dans le contexte des raids vikings. Renaud et les habitants de l’Herbauges durent livrer de nombreux combats contre les Normands puis contre les Bretons afin de défendre leurs terres.

En 834 des pirates de Scandinavie ravagent les côtes de la Frise..

En 835, les Normands se présentent face au port nommé « la Conque » avec neuf vaisseaux de haut bord portant, dans leurs flancs, une cavalerie nombreuse. Ils débarquent, mais la résistance courageuse de Renaud et des insulaires, qui se portent en foule aux remparts, a raison de la bravoure des Normands. Beaucoup de cavaliers et de fantassins normands sont tuésErmentaire, Miracula, livre II, XI, 1999, p. 137-138. Voulant venger cet échec, les Vikings reviennent quelques mois plus tard, avec des forces plus considérables, s'emparent de l'île de Noirmoutier, abandonnée par les moines et les habitants, et en font une sorte de quartier général où ils rapportent le butin de leurs expéditions.

En 836, les moines du monastère de Saint-Philbert situé à Noirmoutier, apprirent que les Normands se dirigeaient de nouveau vers leur île afin d'y mener un raid. Le , ils décidèrent de fuir, mais transportèrent le corps du fondateur (saint Philbert) avec eux, jusqu'à la ville de Déas, située sur le continent et qui prit par la suite le nom de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.

La souveraineté des comtes d'Herbauges sur Nantes Au début du , Nantes et son comté n'avaient pas encore été rattachés à la Bretagne mais faisaient partie intégrante du royaume des Francs, de l'empire Carolingien et étaient dirigés par des comtes Francs. Le comté de Nantes était un territoire clé de la Marche de Bretagne, dispositif défensif mis en œuvre par les Francs afin de contrer l'avancée des Bretons vers l'est. Différentes familles franques étaient alors en rivalité pour la possession de ce comté. Nantes exerçant une influence notable sur le comté d'Herbauges, Renaud d'Herbauges souhaitait probablement s'en emparer, mais ce comté était contrôlé depuis plusieurs décennies par la famille franque des Widonides dont semblait être l'héritier naturel.

Lambert II de Nantes combat au côté du comte Ricuin de Nantes à la bataille de Fontenoy-en-Puisaye, le . Toutefois, après la mort de Ricuin, le comté de Nantes, que Lambert considérait comme son légitime héritage, est confié par Charles le Chauve, roi de France, à Renaud de Nantes, comte d’Herbauges. Renaud d'Herbauges reçu le titre de Duc de Nantes.

Lambert II abandonne alors le parti du roi et rejoint Nominoë,souverain de Bretagne, dans le camp adverse et lutte à ses côtés contre Renaud.

En 843, Renaud de Nantes bat les Bretons de Nominoë à la bataille de Messac ; peu après, le comte est tué par Lambert II à bataille de Blain, le . Les Nantais refusent de reconnaître Lambert II comme comte, ce dernier étant soupçonné d’avoir guidé les Vikings qui, le , mettent la ville à sac et tuent saint Gohard, évêque de Nantes, dans sa cathédrale. Après le départ de ses alliés, Lambert se rend enfin maître de Nantes, présentation en ligne..

La disparition du comté d'Herbauges face aux assauts bretons et vikings

L'annexion du Comté de Nantes et de la Viguerie de Retz par la Bretagne en 851 vignette|Gains territoriaux du royaume de Bretagne entre 845 et 867.