Tahar Ben Ammar (), né le à Tunis et mort le , est un homme d'État tunisien qui a joué un rôle primordial dans le mouvement national tunisien dès 1920, où il est membre de la première délégation du Destour, jusqu'en 1956.
En tant que chef du gouvernement tunisien, c'est lui qui signe les accords d'autonomie interne en 1955 et le protocole d'indépendance en 1956.
Biographie Jeunesse et formation Issu d'une famille de propriétaires terriens de la grande bourgeoisie tunisoise installés au début du après avoir quitté Tripoli, Tahar Ben Ammar naît le dans le quartier de Ras ed-Derb à Tunis.. Son père est alors propriétaire de plusieurs domaines agricoles à Bourada, Kharja (pont de Bizerte) et Cebala, qu'il gère en utilisant les techniques agricoles les plus modernes à l'instar des colons français. Il obtient d'ailleurs la médaille d'argent dans la section au concours agricole de Tunis en 1893.. Tahar est par ailleurs le neveu de Younès Hadjouj, ministre de la Plume entre 1932 et 1935.
Il effectue ses études primaires et secondaires au collège Alaoui jusqu'en 1906, date à laquelle il rejoint le lycée Carnot. Mais la mort de son père en 1907 le contraint à abandonner ses études pour diriger l'exploitation familiale..
Passionné par l'évolution des techniques agricoles, il voyage beaucoup entre l'Europe et la Tunisie pour acquérir les machines les plus modernes. Il se tient également au courant des derniers procédés agricoles qui lui permettent d'obtenir des rendements identiques aux exploitations françaises. Toutes ces démarches lui permettent de nouer de nombreux contacts avec des hommes d'affaires et des parlementaires français qui vont lui être très utiles dans sa carrière politique..
Membre du Destour Création du Destour Acquis aux idées nationalistes par l'entremise de Khairallah Ben Mustapha., Tahar Ben Ammar se rapproche des Jeunes Tunisiens dont il partage les idéaux. Le succès du livre d'Abdelaziz Thâalbi, La Tunisie martyre paru en 1919, convainc ces derniers de la nécessité d'envoyer une délégation à Paris pour présenter les doléances tunisiennes aux parlementaires français. Une première réunion de préparation se tient le au domicile d'Ali Kahia, où Ben Ammar retrouve Hassen Guellaty, Mohamed Noomane, Taïeb Jemaïel et Sadok Zmerli. Déjà les premières divergences apparaissent entre les partisans de l'indépendance et les pragmatiques, tel Ben Ammar, qui préconisent d'avancer par réformes successives.. Le , après plusieurs mois de négociations, l'accord se fait sur des revendications résumées en neuf points parmi lesquels la demande d'une Constitution et la création d'une assemblée tunisienne. Ce jour marque la naissance du parti nationaliste, le Destour..
Première délégation Le , une délégation composée de trois avocats (Ahmed Essafi, Salah Bel Azouza et Béchir Acacha) et deux cheikhs de zaouïas (Béchir El Boukri et Mustapha El Bahi) partent pour Paris où ils espèrent présenter les revendications destouriennes au gouvernement français. Tahar Ben Ammar les rejoint le . Grâce à ce dernier, les émissaires peuvent rencontrer des parlementaires et des journalistes au cours d'une réception organisée par la veuve de René Millet, ancien résident général de France en Tunisie. Le succès des démarches de la délégation est mitigé puisque Alexandre Millerand, président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, refuse de les recevoir. On frôle même la catastrophe lorsque la chambre d'hôtel d'Ahmed Essafi est perquisitionnée par la police française et la pétition confisquée. Ben Ammar utilise alors ses relations politiques pour entrer en contact avec Millerand qui fait restituer les papiers confisqués à la délégation..
Deuxième délégation L'échec de la première délégation a prouvé aux destouriens la nécessité d'envoyer une deuxième délégation composée de représentants bénéficiant d'un a priori favorable. Le nom de Tahar Ben Ammar comme président de la délégation s'impose de lui-même grâce à l'utilité de ses relations. En accord avec les autres membres du parti, il choisit ses compagnons. qui comprennent un avocat israélite (Elie Zérah, adjoint), un avocat musulman (Hassouna Ayachi, secrétaire), un délégué à la Conférence consultative tunisienne (Abderrahman Lazzam) et un notable (Hamouda Mestiri).. C'est un plein succès puisque dès le , ils sont reçus par Lucien Saint, le nouveau résident général, qui a reculé son départ pour Tunis pour les recevoir et entendre leurs doléances.. En , ils rencontrent le président du Conseil Georges Leygues et son successeur Aristide Briand : aucun ne s'engage sur les réformes à appliquer en Tunisie mais des consignes sont données à Lucien Saint pour apporter des réponses aux Tunisiens.. Pour rassurer les Français sur le loyalisme de leur démarche, Ben Ammar écrit au journal Le Temps un courrier qui paraît dans l'édition du : ...
Départ du Destour Mais dès le retour à Tunis, les désaccords entre destouriens éclatent, habilement entretenus par Lucien Saint. Dès le , celui-ci prévient les nationalistes qu'il y a incompatibilité entre Constitution et protectorat. C'est donc une menace à peine voilée contre le jeune parti qui court le risque d'être dissous et poursuivi pour atteinte aux traités.. Ses membres, issus pour la plupart de la bourgeoisie tunisoise, n'ont aucune envie de se retrouver hors la loi. C'est le cas de Hassen Guellaty qui a toujours été opposé à la revendication d'une assemblée devant laquelle le gouvernement serait responsable. Conscient de la disparité des forces, il préconise une plus grande prudence en se contentant de réformes progressives visant à améliorer la situation matérielle des Tunisiens en collaboration avec le gouvernement. Le , il quitte le Destour et fonde le Parti réformiste destourien..
Malgré ses liens d'amitié avec ce nouvel opposant, Tahar Ben Ammar reste au Destour, où il devient membre de la direction. Cependant, il désapprouve les violentes attaques dont Guellaty est l'objet et se sent plus proche du programme politique de son ami. Bien que présent à la commission exécutive du Destour le , il finit par quitter le parti quelques mois plus tard..
Membre du Parti réformiste Le , Tahar Ben Ammar fait partie de la délégation des quarante réformistes venus présenter leur programme de réformes au résident général parmi lesquelles la fixation au sol des fellahs et la création de crédits agricoles et commerciaux.. Il signe là son départ du Destour et son ralliement au Parti réformiste, plus proche de sa conviction de la nécessité d'une évolution progressive des institutions tunisiennes vers plus de représentativité de la population en évitant d'entrer en conflit avec la puissance coloniale.
Les réformes promises par Lucien Saint sont enfin dévoilées le . Des conseils de caïdats, de cheikhats et de régions sont créés., la Conférence consultative tunisienne est réformée pour devenir le Grand Conseil et le nombre de délégués tunisiens passe de seize à 18 membres (contre 44 Français). Mais, contrairement à la législature précédente, ces membres sont élus et non plus désignés par la résidence générale. et les délégués disposent d'un pouvoir de veto sur les réformes budgétaires du gouvernement..
Contrairement au Destour qui condamne la portée très restreinte de ces décrets, le Parti réformiste adresse au bey et au gouvernement dans un télégramme signé, entre autres, par Ben Ammar. Ils y formulent l'espoir que .. C'est la dernière trace d'une participation de Ben Ammar à l'activité de ce parti qu'il quitte vers 1924..
Membre du Grand Conseil Le décret du crée la Chambre consultative indigène des intérêts agricoles du Nord de la Tunisie. Candidat aux élections, Tahar Ben Ammar est élu par les représentants des agriculteurs, mais son élection est refusée par le gouvernement au vu d'une enquête de la section d'État le présentant comme bien qu'il ..
Son retrait de la vie politique et sa compétence reconnue dans le domaine agricole incitent le gouvernement à accepter sa nomination le . Il est aussitôt élu président de la chambre par ses pairs, ce qui va lui permettre de défendre les intérêts des agriculteurs tunisiens face à la politique foncière du gouvernement..
La même année, il est élu délégué au Grand Conseil en tant que représentant de la chambre d'agriculture. Il y rejoint M'hamed Chenik qui profite de cette tribune pour y exposer les revendications tunisiennes. Dès 1929, le nouveau résident général François Manceron écrit que . Le directeur de l'Agriculture est même pris à partie et menacé d'ajourner la discussion de son budget. Pour calmer l'assemblée, le résident général doit promettre qu'il empêchera, à l'avenir, toute expulsion des cultivateurs indigènes..
Les positions de Ben Ammar sont approuvées par Habib Bourguiba en 1933. Alors éditorialiste dans le journal L'Action tunisienne, il salue la prise de position du délégué qui demande au gouvernement la création d'un office de rachat des terres des cultivateurs tunisiens durement touchés par la crise économique mondiale..
Les deux hommes tentent d'unir leurs efforts en 1936 lorsque des concertations sont engagées entre les représentants du Néo-Destour et les délégués M'hamed Chenik, Ben Ammar, Moncef El Okby, Abdeljelil Béji et Abderrahman Lezzam. Toutefois, face à la stratégie d'escalade initiée par Bourguiba, le dialogue est suspendu à la fin de l'année 1937..
Seconde Guerre mondiale Tahar Ben Ammar prend la succession de Chenik à la présidence de la section tunisienne du Grand Conseil de 1936 à 1938. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale entraîne la suspension de l'assemblée qui est remplacée par un comité consultatif de cinq membres français et cinq membres tunisiens parmi lesquels Ben Ammar ; ce comité ne sera jamais convoqué..
La fin des combats en Tunisie permet la reprise des travaux du Grand Conseil le . En tant que président de la section tunisienne, Ben Ammar fait adopter à l'unanimité une motion remerciant le résident général des et exprimant le souhait que .. Dix jours après, il est élu délégué tunisien à l'Assemblée consultative provisoire qui se tient à Alger. ; cette assemblée doit permettre au général De Gaulle de faire valoir la légitimité de son gouvernement face aux Américains qui veulent imposer leur administration militaire. C'est l'occasion pour le délégué tunisien d'exposer aux plus hauts représentants français les revendications tunisiennes. C'est aussi pour lui la consécration d'être traité sur un pied d'égalité avec tous les parlementaires français. Il en profite pour demander au général De Gaulle l'élection d'une assemblée législative. À la question du général Catroux, , Ben Ammar répond , suivie du silence du général De Gaulle..
Les deux hommes se retrouvent à Tunis le . Ben Ammar rappelle au chef d'État le souhait que des droits égaux soient reconnus aux Tunisiens et aux Français et qu'une charte constitutionnelle soit octroyée au pays..
Rapprochement avec les mouvements nationalistes Cependant, face à l'attentisme des autorités coloniales, un rapprochement s'opère entre nationalistes et délégués politiques. Le , un Comité d'études des réformes est créé, rassemblant, sous la présidence de Tahar Ben Ammar, Mustapha Kaak, Habib Bourguiba, Salah Farhat, Tahar Lakhdar, Mohamed Fadhel Ben Achour, Mohamed Badra et Albert Bessis.. Le , le comité diffuse un communiqué réclamant ..