Le synode de Jamnia (ou Assemblée de Yabneh) est une assemblée des sages pharisiens les plus célèbres de son temps que Rabban Yohanan ben Zakkaï (mort ca. 80-85) serait parvenu à constituer dans la ville de Jamnia (Yabneh en hébreu) quelques années à peine après la destruction du Second Temple de Jérusalem (70) et l'écrasement de la Grande révolte juive. Bien que le synode de Jamnia ne concerne que le judaïsme rabbinique en formation et non l'ensemble du peuple juif, cet épisode est déterminant dans l'histoire juive.
Yohanan ben Zakkaï aurait fondé une école de loi juive, qui devint une source majeure de la Mishna ultérieure. Son école est souvent considérée comme une source du judaïsme rabbinique.
Désignation Ses membres n'étaient pas non plus représentatifs des Juifs du pays et ne constituaient qu'une partie des sages pharisiens.
Fondation Selon les historiens Selon une légende, Yohanan ben Zakkaï a reçu la permission de l'empereur Vespasien d'établir une académie dans la ville de Yabneh (Jamnia) Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, vol. , Fortress Press, Minneapolis, 1992, .. La plupart des critiques acceptent la réalité de cette Académie ou AssembléeSimon Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Paris, Albin Michel, 2004, .. Toutefois, certains moins nombreux expriment des réserves et des nuancesLes historiens considèrent cet épisode comme légendaire car Vespasien a quitté la Judée en Juin 69 et que le siège de Jérusalem aurait eu lieu en 70 selon la tradition chrétienne qui de fait se confond avec le point de vue des historiens. Toutefois, cet épisode est cohérent avec les autres indications qui dans la tradition juive place ce siège en 69., alors que ( ou après).
Après la destruction du Temple (70), plusieurs dirigeants spirituels juifs sont établis à Lod (Lydda) ou à proximité, à une vingtaine de kilomètres de Yabneh, villes où selon Flavius Josèphe, Vespasien a installé des Juifs fidèles aux Romains dès 68.. C'est le cas de Rabbi Eliezer ben Hyrcanos, Rabban Gamaliel II, Rabbi Tarfon, Rabbi Eléazar haModaï (de Modiin) et Rabbi Akiba. Le Talmud raconte les décisions importantes prises à Lod lorsque . Il est probable que l'Assemblée de Yabneh ne concerne que le mouvement des rabbins en formation et en évolution et non l'ensemble du peuple juif. Il avait auparavant demandé une autorisation aux autorités romaines qui ont dû
Quelles que soient les origines de cette académie, cet épisode est très important dans l'histoire juive Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, Vol. , Fortress Press, Minneapolis, 1992, ..
Selon les sources traditionnelles Pendant le siège de Jérusalem par Titus, le futur empereur romain, Rabban Yohanan ben Zakkaï, un sage pharisien, serait parvenu dans le plus grand secret à quitter la ville encerclée par les légions romaines en trompant l'attention des Zélotes défenseurs de la ville. Pour ce faire, il aurait fait croire à sa mort et serait sorti enfermé dans un cercueil. La légende raconte que quand Vespasien, général romain, bientôt empereur, lui accorde trois souhaits, il ne demande ni le salut de la ville ni celui de son temple . Il demande cependant que la ville libre de Yavné devienne la nouvelle demeure du Sanhédrin, la cour suprême juive, et des Sages de la Torah. Toutefois, Vespasien a quitté le théâtre d'opération près d'un an avant le début du siège (fin juin - début juillet 69), en confiant le commandement à son fils Titus. Cela conduit les historiens à considérer cet épisode comme légendaire. Toutefois selon les sources juives, Jérusalem a été prise en 69 et pas en 70. Si tel était bien le cas, la rencontre entre Vespasien et Yohanan n'est pas impossible chronologiquement entre le début du siège de Jérusalem qui commence quelques jours avant la Pâque et juillet 69. Fort de cette autorisation de l'empereur, .
, alors que dans la littérature de ce mouvement son héros n'occupe qu'une place plutôt marginale, sans être insignifianteTB Gittim 56b ; Abot de Rabbi Nathan version A, § 4 ; Midrash Lamentations Rabba , 31.. Le rôle central attribué à Yohanan ben Zakkaï permet de saisir Après la défaite de 70,
Calendrier liturgique Yohanan ben Zakkaï prend neuf décrets, des takkanot (« améliorations »), Cette tâche revenait auparavant au grand prêtre et au sanhédrin, mais la destruction du Temple de Jérusalem ont laissé vacantes ces institutions.
Cette récupération du calendrier liturgique aux dépens du sacerdoce a probablement rencontré l'opposition des prêtres, des scribes et des notables en généralM Ketubot , 1-2 ; M Eduyot , 3 ; M Yadaïm , 6 ; TB Baba Batra 115b ; TB Menahot 65b.. Toutefois, grâce à l'autorité incontestable dont Yohanan jouit dans le mouvement pharisien et parce qu'il s'agit des mesures essentielles qu'il fallait prendre à ce moment-là pour la poursuite du culte hors de Jérusalem, ces mesures ont probablement trouvé une certaine légitimité.
Sanhédrin Un nouveau Sanhédrin aux pouvoirs au moins aussi limités que le précédent est recréé avant 132. Il siège d'abord à Yabneh, puis après 135 et l'expulsion des Juifs de toute la chôra de Ælia CapitolinaSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, . (la nouvelle ville fondée à la place de Jérusalem Lester L. Grabbe, Judaïsm from Cyrus to Hadrian, vol. , Minneapolis, Fortress Press, 1992, .), le Sanhédrin se reforme en Galilée, les Juifs étant désormais interdits de droit de cité à Ælia et dans toute sa Chôra, sous peine de mortSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, .Ils peuvent toutefois revenir un jour par an, le 9 Ab du calendrier hébraïque Simon Claude Mimouni, , .. Il demeurera successivement dans les villes
Dîmes et taxes Après la destruction du Temple (70), Vespasien a ordonné que la contribution du Didrachme qui auparavant était versée par tous les Juifs du monde au Temple de Jérusalem soit désormais affecté au Temple de Jupiter capitolin à RomeSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, .. Toutefois, d'autres contributions étaient auparavant versées aux prêtres. Les rabbins ont essayé de récupérer à leur profit les taxes et les Dîmes. Il n'est pas du tout établi
Rôle dans l'établissement du canon biblique L'historicité ou non de l'Assemblée de Yabneh est surtout posée à propos de l'éventuelle fixation du canon bibliqueSimon Claude Mimouni, Les Chrétiens d'origine juive dans l'Antiquité, Paris, Albin Michel, 2004, .. Pour la plupart des critiques, s'il n'est pas exclu que certaines décisions ont été prises lors de l'Académie de Yabneh, celles-ci n'ont eu d'impact que sur le mouvement rabbinique et même dans ce milieu, l'unanimité est loin d'avoir été réalisée. En effet, certains livres, comme les Proverbes, Qohelet, Esther, ou le Cantique des cantiques, vont demeurer en discussion, pour n'être définitivement incorporés au canon biblique qu'aux . Le but des rabbins réunis n'était pas de fixer un canon de livres mais de dire si les textes étaient sacrés et que des ablutions purificatrices étaient nécessaires avant de prendre en main les rouleaux.
Déviance Au moment de la défaite des révoltés juifs (70), le judaïsme était composé d'un très grand nombre de mouvements différents. Les auteurs chrétiens du retiennent l'existence de sept « sectes », nombre essentiellement symbolique, mais il est probable que leur nombre était encore plus grand Marcel Simon, Les sectes juives au temps de Jésus, Paris, éd. PUF, 1961, Collection "Mythes et religion".Marcel Simon, Le Christianisme antique et son contexte religieux, Volume 1, 1981, Mohr : Tübingen, .. Selon Hégésippe de Jérusalem : « II y avait chez les circoncis, parmi les fils d'Israël, différentes croyances contre la tribu de Juda et contre le Christ. Ce sont celles des Esséniens, Galiléens, Hémérobaptistes, Masbothéens, Samaritains, Sadducéens, PharisiensHégésippe de Jérusalem, cité par Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, , 22, 7.. » Les Hémérobaptistes et les Masbothéens sont des variantes des mouvements baptistes antiquesAndré Paul, Les mouvements baptistes, 2005, sur http://www.clio.fr. De tous ces mouvements, outre des groupes dispersés de Zélotes qui vont temporairement resurgir lors de la révolte de Bar Kochba (132-135), seuls les mouvements des rabbins et des juifs chrétiens (les nazôréens ou notsrim en hébreu) vont être capables de survivre durablementSimon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF, .. Malgré la destruction du Temple, il ne faudrait pas croire que les prêtres ne jouent plus aucun rôle, d'autant qu'ils sont attestés partout, dans les synagogues, mais aussi dans le mouvement rabbinique. Ils existent aussi probablement parmi les juifs chrétiens (les notsrim).
Birkat haMinim
L'historicité de cette Assemblée de Yabneh est également importante pour apprécier quelle a été la force des décisions de l'Assemblée de Yabneh dans le conflit qui a opposé les tannaïtes aux notsrim (les juifs chrétiens).
La Birkat haMinim (« Bénédiction des hérétiquesSimon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, . ») est en fait une malédiction contre différents groupes, mais elle est naturellement une bénédiction pour celui qui la prononce, pour peu qu'il ne soit membre d'aucun de ces groupes. Avant sa « mise en ordre » sous l'égide de Gamaliel de Yabneh, cette faite à Dieu existait probablement déjà et visait les peroushimLes peroushim cités ici ne sont bien évidemment pas les pharisiens, car ceux-ci ne se désignent jamais par ce terme. Il s'agit des « séparés », des « dissidents ». ("séparés, dissidents")Talmud de Jérusalem, Traité Berakhot, III, 25. »Simon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, .. Entre 85 et 100, elle aurait été reformulée à la demande de Gamaliel de Yabneh, afin de viser aussi les minim (les « hérétiques » en général) et les notsrim (les nazôréens) et insérée dans la prière quotidienne, pour éloigner ou exclure les juifs chrétiens. En rendant obligatoire, l'énoncé de cette douzième demande, les minim et les notsrim étaient obligés de se maudire eux-mêmesSimon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, . et appelaient ainsi à leur prompte disparitionSimon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, .. Cette prière a contribué à les exclure de la synagogue et à créer une orthodoxie, alors qu'avant la destruction du Temple de Jérusalem (70), le judaïsme était d'une extrême diversité. Cette prière n'est toutefois pas la cause de la séparation entre le judaïsme rabbinique et le judaïsme chrétien, Cette prière de séparation Simon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, .. Cette séparation
Pour Simon-Claude Mimouni, à partir des années 90-100, , ont été de plus en plus considérés par le mouvement des rabbins, La proposition de Gamaliel le Jeune vise à unifier les divers courants judéens autour d'une seule et même « halakhah »Simon-Claude Mimouni, Les Chrétiens d’origine juive dans l’Antiquité, Albin Michel, coll. « Présences du judaïsme », 2004, . en luttant contre tous les minim, mais en visant spécifiquement les notsrim, concurrents directs. Ce projet , ce
Normativité
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Simon Claude Mimouni, Le judaïsme ancien du avant notre ère au de notre ère, Paris, 2012, éd. PUF,
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Articles liés
Liens externes
La Bible hébraïque (Tanak) : construction et contenu, par Christophe Batsch. Le peuple juif et ses Saintes Écritures dans la Bible chrétienne, par Ratzinger.
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