Battling Siki, né Amadou Fall, également connu comme Louis Phal et M'barick Fall, est un boxeur sénégalais né le à Saint-Louis en Afrique-Occidentale française (aujourd'hui au Sénégal) et mort assassiné le à New York.

Enfant turbulent, le Sénégalais arrive en Europe dans des circonstances incertaines vers l'âge de . Abandonné à Marseille, il enchaîne les petits boulots et des rencontres l’amènent à s'initier à la boxe. Après avoir choisi son nom de ring, Battling Siki, l’adolescent effectue des combats pour quelques francs dans le sud de la France avant l’interruption de sa carrière par la Première Guerre mondiale.

Poilu décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire, il reprend sa carrière pugilistique à Toulouse en où il se distingue. Après s'être illustré dans la capitale parisienne, Siki peine à trouver des adversaires et entame une tournée de combats à l'étranger. Aux Pays-Bas, il rencontre Lijntje van Appeltere avec qui il fonde une famille. Père, il multiplie les combats et enchaîne les succès contre les meilleurs boxeurs européens jusqu'à s'imposer comme le prétendant au titre de champion du monde. Le au stade Buffalo, Battling Siki choque le monde sportif en infligeant un calvaire à l'idole Georges Carpentier. Le combat soulève de nombreuses polémiques, sur un potentiel arrangement ou encore sur la décision de l'arbitre de disqualifier Siki avant de le déclarer vainqueur sous la pression des spectateurs.

Quelques semaines après son triomphe, la Fédération française de boxe le suspend neuf mois et le destitue de ses titres français pour une incartade. Parti défendre son titre mondial en Irlande, Battling Siki s'incline en pleine guerre civile contre l'Irlandais Mike McTigue. La revanche conclue contre Carpentier n'a jamais lieu. Il part seul aux États-Unis, sans sa femme ni son fils. Il y connaît de multiples difficultés. Indésirable en France, menacé d'expulsion en Amérique qui le pousse à un deuxième mariage, Siki peine à trouver sa place. Poignardé et hospitalisé en , il est abattu de deux balles dans le dos le à New York, puis enterré dans une fosse commune. Rapatriée au Sénégal en 1993 à l'initiative de José Sulaimán, sa dépouille se trouve dans sa ville natale depuis.

Biographie Jeunesse en Afrique Plusieurs éléments de la biographie de Battling Siki, dont son nom personnel, sa date de naissance et les circonstances de son immigration en France sont l'objet de divergences entre historiens... Ses divers noms illustrent la difficulté pour un Africain à produire un état civil officiel à la fin du , bien que les personnes nées à Saint-Louis — comme à Dakar, Gorée et Rufisque (les « quatre communes ») — bénéficient de la citoyenneté française, alors que les autres habitants de la colonie ont un statut d'indigènesCA AOF. Ch. musulmane. 2 avril 1926, , dans (consulté le 12 octobre 2015)CE Sect. 4 décembre 1936, , dans , (consulté le 12 octobre 2015)..

vignette|alt=Est écrit en lettres capitales sur une plaque commémorative placée sur un mur : « A St Louis, est né le 22 septembre 1897 Mbarick Fall dit Battling Siki premier champion du monde africain de boxe professionnelle - 1897 – 1925 »|Plaque commémorative de Battling Siki à Saint-Louis.

Selon Peter Benson, le fils d'Oulimata et Assane Fall se voit attribuer le prénom d'Amadou lors de sa cérémonie religieuse mais l'enfant serait rapidement appelé par tous M'barick, un prénom d'origine toucouleure. Pour le New York Times et Nat Fleischer, des tirailleurs sénégalais surnomment l’enfant Baye. En , c'est cette identité que Battling Siki évoque à la presse parisienne : ...

Selon son cousin Oumar Sarr, Amadou Fall est un enfant très turbulent. Baye Fall se fait surtout connaître sous son nom de ring « Battling Siki ». Le nom de Siki serait la déformation du terme qu'il lançait aux boxeurs qu'il entraînait et qui veut dire en wolof (sa langue maternelle), « Relève la tête ! ». Pour l'historien Peter Benson, Fall choisit probablement ce nom en souvenir d'un ancien chef nyamwezi..

Sur le papier d'enregistrement de son décès à New York, il est indiqué qu'il est décédé le à l'âge de ; et en même temps qu'il est né le , ce qui lui ferait à cette date.. Amadou M'barick Fall est probablement né entre le et le ..

Débuts pugilistiques en France Les circonstances du départ d'Amadou Fall pour le sud de la France ne sont pas connues. Le mythe le plus propagé dans les journaux une décennie après son émigration est celui du jeune adolescent africain plongeant dans la mer pour se disputer avec d'autres nageurs sénégalais les pièces de monnaie jetées par les touristes. Une danseuse hollandaise alors en tournée à l'étranger, le remarque et l’emmène en Europe avec elle.. Parmi les autres versions existantes, l'universitaire Gerald Early suggère que le garçon est parti seul dans un bateau. ou encore le quotidien L'Auto évoque qu'il est .. Le mystère s'étend aux motivations de ce départ, si ses parents en ont ou pas connaissance et à sa date. Peter Benson estime son voyage pour la France dans l'année 1908 alors qu'il serait âgé de .

Lorsque M'barick arrive à Marseille, il se trouve rapidement seul.. Les raisons de son abandon sont inconnues, la thèse privilégiée est que sa protectrice doit retourner dans son pays d'origine mais ne peut l'emmener avec lui pour des raisons administratives et le laisse alors au propriétaire de l'hôtel dans lequel ils logent en lui laissant de l’argent pour vivre. Plongeur dans la cuisine d'un bistrot marseillais, le jeune Sénégalais commence à fréquenter le Premierland marseillais, rue du Lycée, salle de boxe où son premier professeur est Paul Latil. Il se rend ensuite à Toulon où il fait un peu de boxe sous la direction d'Honoré Bruyère. En 1912, Fall se trouve à Nice où il rencontre l'ancien boxeur amateur Gideon Gastaud sur la place Masséna. Ce dernier lui propose de le faire boxer en professionnel et c'est alors qu'apparaît son nom Battling Siki, plus ronflant. Entre 1912 et 1914, il effectue une dizaine de combats dans le Sud de la France sans accéder à la notoriété.

Soldat de la Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale interrompt sa carrière. En 1914, les Sénégalais ne sont pas convoqués sous les drapeaux, Battling Siki rejoint l'armée volontairement. Incorporé comme soldat au d'infanterie coloniale puis au régiment d'ALGP., le boxeur rencontre dans les camps de l pour la première fois des adversaires américains comme le sergent Jack Townsend.. Il reçoit la médaille militaire en 1919, la croix de guerre avec deux palmes et accède au grade d'adjudant.. Selon le témoignage d'un soldat recueilli en 1925, il aurait reçu sept citations pour bravoure, blessures par éclats d'obus et baïonnette.

Ascension spectaculaire et gloire Boxeur de premier rang Après la fin de la Grande Guerre, Battling Siki est chasseur à l'Albrighi, une brasserie de Toulouse.. Il continue de faire des combats dans les fêtes foraines de la ville. Au théâtre des Nouveautés, Battling Siki remet les gants dans un combat officiel et envoie l’ancien champion de France Eugène Stuber au sol pour le compte dans la deuxième reprise.. Le , il affronte Félix Léonard, présenté comme le champion de la Côte d'Azur, et le domine grâce à son jeu de jambes. La décision d'arbitrage revient à son adversaire, malgré les protestations de la foule. Deux semaines plus tard, il prend sa revanche face au Marseillais Henrys.

Le , le Sénégalais, non classé, affronte Jean Audouy, un boxeur classé en première série par la Fédération française de boxe. Face à son ancien entraîneur, qui l’avait battu avant la guerre, Siki prend sa revanche et force l’arrêt du combat au quatrième round. Lorsque les promoteurs parisiens apprennent qu'un homme a mis Audouy hors combat en quatre reprises à Toulouse, ils se précipitent pour le faire venir à Paris.. Le Sénégalais ne rate pas sa chance et marque les esprits pour son premier combat dans la capitale en poussant à l'abandon Léon Derenzy dès la troisième reprise...

Considéré comme un « homme dangereux qui boxe avec une puissance extraordinaire »., il enchaîne les succès dans la capitale. En , Battling Siki s'impose par knockout face à Victor Marchand, numéro deux des poids moyens français, au Nouveau Cirque à Paris.. Par voie de presse, le vainqueur lance un défi au champion de France, Ercole Balzac, lui promettant de lui laisser l'intégralité de la recette s'il ne le bat pas avant la limite.. Le champion ne répond pas au défi. Principal partenaire d'entraînement de Paul Journée dans sa préparation au championnat de France face à Paul Hams., Siki se prépare à une revanche face à Lefèvre lorsque le promoteur Henri Mionnet, qu'il a rencontré pendant la guerre, lui propose des combats aux Pays-Bas..

Tournée internationale triomphale Dans une interview en 1922, Battling Siki déclare : . Après une victoire aux points contre l'imposant Bertes Ahaus, il met knockout rapidement Daan Holtcamp, un ancien catcheur sans technique pugilistique, la semaine suivante. Siki se déplace à l'étranger pour affronter le champion de Belgique, Jeff DePaul, à Anvers, et le champion des Pays-Bas, Wim Westbroek, à Rotterdam. Siki domine les deux champions et reste en Hollande après son combat.

Opposé au Britannique Tom Berry, celui qui est présenté à la foule comme une « merveille noire », domine son adversaire dans une rencontre mouvementée qui voit l’un et l’autre prendre l’avantage.. La revanche est attendue, le Sénégalais montre aux passionnés de sport hollandais des actions offensives et défensives qu'ils n'ont jamais vues. Le , elle se tient à Rotterdam et voit Berry gagner au terme des quinze rounds. Les soupçons de match arrangé sont relayés dans la presse, Battling Siki, apathique lors des dernières reprises, est tombé au plancher sur une tape anodine. Si ces accusations ne sont pas prouvées, elles ternissent la réputation de Siki à Rotterdam et réduit l’intérêt des spectateurs dans les combats entre étrangers.

Quelques jours après sa victoire sur Hans Breitenstraeter à Berlin, Battling Siki affronte le boxeur hollandais Herman Sjouwerman, ancien marchand et champion national de lutte.. La mobilité et la virtuosité de Siki lui offrent une nette victoire aux points face à un adversaire qui essaie de le mettre hors combat sur un coup de poing. Après une exhibition avec Sabri Muhir, le Sénégalais domine Bertus Ahaus aux points et retourne à Berlin pour forcer à l'abandon le champion d'Italie des poids lourds Giuseppe Spalla dans la neuvième reprise.. Un mois plus tard, à Hambourg, il met knockout le poids lourd allemand Hugo Podzuhn.

Enchaînant les victoires et en confiance, Battling Siki défie les champions français dans L'Auto.. En juin, opposé au poids lourd britannique Harry Reeve, auquel il rend neuf kilos à la balance, il remporte une victoire aux points face à un adversaire qui le neutralise en l'attrapant et en utilisant la lutte..

Inattendu prétendant vignette|gauche|redresse|alt=Portrait en noir et blanc d'un homme torse nu.|Portrait de Battling Siki en 1922.