Jean-François-Joseph-Michel Noël, né le à Saint-Germain-en-Laye et mort le à Paris, est un humaniste et un homme politique français.
Biographie
L’étudiant
Il est le fils d'un marchand fripier de Saint-Germain en Laye. L'information est conformée par l'extrait de baptême qui est joint à son dossier de Légion d'honneur aux Archives Nationales (LH/1996/41). En ligne..
Les heureuses dispositions dont il est doué lui permettent d'obtenir une bourse gratuite au collège des Grassins.
Ensuite, il est admis au collège Louis-le-Grand, encore tenu par des cadres religieux, où il obtient de nombreux prix ; parmi ses condisciples se trouvait Robespierre. [source?]
Il suit des études dans plusieurs établissements où il obtient des prix sous le nom de Louis François Joseph Michel Noël: au collège Mazarin en 1770-1773Suite de la Clef, 1770, p. 224. En ligne. Suite de la Clef, 1771, p. 204. En ligne. Journal historique sur les matières du temps, septembre 1773, p. 225. En ligne., au collège des Grassins en 1774-1775Journal historique sur les matières du temps, septembre 1774, p. 213. En ligne. Journal historique sur les matières du temps, septembre 1775, p. 209 et 211. En ligne..
La modestie de son origine ne lui permettant pas d’envisager une brillante situation dans la vie civile, il prend les ordres mineurs. Il est d’abord maître de quartier (appellation ancienne du maître d’étude). En 1780, il est professeur de sixième au collège Louis-le-GrandD'après le répertoire des professeurs et principaux de la faculté des arts de Paris aux . En ligne.; il l'aurait aussi été en troisième dans le même établissement.
L’écrivain
Il entre dans la carrière des lettres par la publication, en 1786, d'un Éloge de Gresset. En 1787, il obtient une première mention honorable de l’Académie française pour une ode au duc Léopold de Brunswick, à l’occasion d’un concours organisé par le comte d’Artois (qui deviendra Charles X). En 1788, son Éloge de Louis XII est couronné par la même Académie. En 1789, l’Épître d’un vieillard protestant aux Français réfugiés en Allemagne lui vaut encore une mention honorable de l’Académie. Enfin, en 1790, il reçoit une troisième palme pour son Éloge du maréchal Vauban. Ce sera le dernier prix d’éloquence décerné par l’Académie avant son interruption pour dix ans, sur décret de la Convention à la suite d'un rapport de l’abbé Grégoire, dans la séance du .
Ses Éloges de Louis XII et de Vauban, d’abord publiés séparément, sont réimprimés en 1812 dans un Choix d’éloges couronnés par l’Académie française.
En 1800, il est fait membre de l'académie de Lyon.
Il a été candidat malheureux à l'Académie françaisehttps://calames.abes.fr/pub/#details?id=Calames-2026012710141571..
Le diplomate vignette|École hollandaise, Portrait présumé de François Noël, 1792 Lorsque la révolution éclate, Noël en adopte les principes et cesse de porter le petit collet, c’est-à-dire qu’il quitte l’habit ecclésiastique ; il se démet de sa chaire au collège royal (Louis-le-Grand), défend les nouveaux principes avec une certaine chaleur dans un journal du jour, intitulé La Chronique, qu’il dirigeait. Il prend part aussi à la rédaction des premières années du Magasin encyclopédique, etc.) et obtient une place de chef de bureau au ministère des relations extérieures.
Dans la Biographie universelle ancienne et moderne, de Michaud, 1843, on rapporte que, lorsque, après l’arrestation de Louis XVI à Varennes, l’assemblée constituante s’occupa du choix d’un gouverneur pour le Dauphin, Noël fut inscrit parmi les candidatsEn 1791, après l’arrestation du roi à Varennes, l’Assemblée nationale, ayant décrété qu’elle ferait choix d’un gouverneur pour le dauphin, procéda à la formation d’une liste préparatoire de candidats, comptant , parmi lesquelles Noël figure avec Bernardin de Saint-Pierre, Bigot de Préameneu, Bougainville, Cerutti, Condorcet, Dacier, Ducis, Fleurieu, François (de Neufchâteau), Guyton-Morveau, Hérault de Séchelles, Lacépèdc, Lacretelle, Malesherbes, Mollien, Monge, Morel-Vindé, Necker, Pastoret, Quatremère de Quincy, Roucher, Saint-Martin, de Ségur, Servan, l’abbé Sicard, et de Vergermes. On sait qu’il ne fut pas donné de suite à la proposition..
Il publie cette même année les Voyages et mémoires du comte Benyowsky sur la Pologne, ouvrage rédigé par J. Hiacynthe de Magellan (3 vol., 1791).
Peu de jours après la fameuse journée du , il part à Londres pour une mission diplomatique, confiée à ses soins par le conseil exécutif qui venait de remplacer l’autorité royale.
Au commencement de 1793, après l’exécution de Louis XVI, alors qu'il était chargé d’affaires à la Haye, il est grièvement insulté, ainsi qu’un autre agent français (Thainville), ce qui leur fait quitter leur résidence. Le Moniteur du annonce leur retour à Paris. Il est aussitôt traduit devant la police et subit un interrogatoire minutieux ; après examen de ses papiers, le procès-verbal constate le civisme et la bonne conduite de l’ex-envoyé en Hollande (Moniteur du ). Cette incarcération dura un mois à peine. C'est à Robespierre, son ancien condisciple, dont il avait, dit-on, eu le courage de blâmer les actes, qu’il doit sa mise en liberté. Probablement pour confirmer son zèle patriotique, il publie alors, si l’on en croit la Biographie universelle et portative des contemporains, sa Lettre sur l’antiquité du bonnet rouge comme signe de liberté. « Cette Lettre, dit l’auteur de la France littéraire, est vraisemblablement insérée dans quelque recueil périodique ; elle valut à son auteur une nouvelle mission diplomatique. » En effet, le journal officiel annonce le que de nouvelles missions sont confiées à Noël, à Maret, à Sémonville, à Grouvelle et à Chauvelin.
Cette même année 1793, Noël publie le Journal d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amérique septentrionale, traduit de l’anglais d’Anburey (2 vol.). Cette traduction, faite en commun avec Sautreau de Marsy, est enrichie de notes.
Noël fait aussi imprimer, sous le titre de Nouveau siècle de Louis XIV, un recueil de poésies-anecdotes sur le règne et la cour de ce prince (4 vol.)C’est un choix curieux fait dans le nombre très considérable de chansons, d’épigrammes et de vers satiriques qui abondèrent sous le despotisme du grand roi, et où ses maîtresses, lui-même et toute sa cour étaient, en dépit des parlements et de la Bastille, attaqués avec l’audace et la licence les plus effrénées (Biographie universelle ancienne et moderne, de Michaud, 1843). Les recueils de ces pièces sont conservés sous forme manuscrite dans plusieurs cabinets, et forment dix à douze volumes in-4°. Noël et ses collaborateurs Cantwell, Soûles et, selon quelques biographes, Sautreau de Marsy, ont joint à leur collection des notes et des éclaircissements. Le tout est précédé d’un avertissement écrit dans le style révolutionnaire de 1793, et où les éditeurs annoncent leur projet, resté sans exécution, de publier les chansons, les satires et les épigrammes qui parurent sous le régent et pendant le règne de Louis XV. Ces recueils existent aussi sous forme manuscrite dans plusieurs cabinets..
Dans les derniers mois de 1794, Noël est ministre plénipotentiaire à Venise. Il est rappelé en février et nommé, par la Convention nationale, membre de la commission d’instruction publique en remplacement de Clément de Ris.
Une armée française commandée par Pichegru ayant conquis la Hollande, Noël est renvoyé à La Haye (1795) avec le titre de ministre plénipotentiaire. Dès son arrivée, il déclare dans une note officielle que l’intention formelle du gouvernement français est de maintenir, par tous les moyens dont il dispose, la république des Provinces-Unies. Peu de jours après, il félicite les États généraux de la résolution qu’ils ont prise de former une assemblée nationale (Moniteur du ). Lors du banquet d’une fête civique, il porte un toast pour célébrer l’anniversaire de l’entrée des Français en Hollande (Moniteur du ). Peu de jours après son arrivée en qualité de ministre plénipotentiaire, il réclame l’expulsion des émigrés français du territoire batave, et le refus de passage aux prêtres déportés qui cherchaient à rentrer en France (Moniteur du ). En , Noël demande deux ou quatre millions à la nouvelle république batave, dont il avait poursuivi avec zèle la création et l’installation. Plus tard encore, il présente à l’assemblée nationale, réunie à la Haye, une note l’engageant à accepter la constitution, note qui fut considérée par tous les partis comme portant atteinte à l’indépendance de la république batave (Moniteur, 29 et ; idem, ). Presque en même temps, Noël écrit au ministre de la police pour le prévenir que Louis XVIII entretenait des correspondances en France (Moniteur du ). Enfin, un des derniers actes de la légation de Noël est la célébration à la Haye, par des illuminations et des bals, de la journée du 18 fructidor (Moniteur du ). Un mois ne s’était pas écoulé lorsqu’il fut rappelé et remplacé par Charles Delacroix (Moniteur du ). Pendant la durée de sa légation, Noël avait épousé, en , mademoiselle Bogaërt, fille d’un riche banquier de Rotterdam.
L’administrateur patriote
Remplacé le par Charles de la Croix, il est, en 1798, chargé au ministère de l’intérieur de l'importante division des prisons, hôpitaux, octrois et secours publics.
Au mois de , il est dénoncé par Quatremère-Disjonval dans une séance de la société dite du Manège, qu’on disait être la queue de la Société des Jacobins. Talleyrand était compris dans cette dénonciation. L’ex-ministre plénipotentiaire Noël était accusé d’avoir favorisé en Hollande les ennemis de la république. Quatremère termina son discours en proposant que le soi-disant ministre de la République batave Schilmelpeninck fût dénoncé au directoire exécutif, ce que la Société approuva (Moniteur du ). Mais cette dénonciation n’eut pas de suite ; et, trois semaines après, la société du Manège était fermée.
Le coup d'État du 18 brumaire, An VIII, () lui fut plutôt favorable ; à peine sorti du Tribunat, il accepte le poste de commissaire général de police à Lyon () ; il rétablit l’ordre et la sécurité dans cette ville, dans les circonstances les plus difficiles, et mérite de la part du premier consul l’éloge d’avoir été celui des préfets de police qui avait déployé le plus d’activité dans un temps où elle était si nécessaire.
Nommé préfet du Haut-Rhin (), il est l’année suivante rendu à sa véritable carrière et désigné comme un des trois inspecteurs généraux de l’instruction publique (), titre qu’il échange en 1808 contre celui d’inspecteur général de l’université. En cette qualité, il entre en 1809 au conseil qui existait alors et qui fut supprimé en 1815.
Il est maintenu dans ses fonctions d’inspecteur général par les gouvernements de la restauration et de juillet.
Quelques mois avant sa mort, à Paris le , il reçoit, sur la proposition de M. Villemain, la croix d’officier de la Légion d’honneur.
Le compilateur à l’usage des lycées et des collèges
Noël fut successivement un enseignant écrivain, un homme d’état et un inspecteur général de l’Université. Durant cette troisième partie de son existence, il a publié de nombreuses compilations, fréquemment réimprimées, dans lesquelles il est intervenu de façon non négligeable.
Elles seront énumérées dans le paragraphe suivant.
Œuvres
Comme traducteur ou comme compilateur
1793 Le nouveau Siècle de Louis XIV, avec des notes et des éclaircissements ; Paris, , 4 vol. in-8° : c’est un choix curieux de chansons, d’épigrammes et de vers satiriques sur Louis XIV et sa cour ; Noël et ses collaborateurs Cantwel (ou Cantwell), Soulès et Sautreau de Marsy annonçaient dans la préface le projet, resté sans exécution, de continuer ce recueil pendant le règne suivant ; 1793 Journal d’un voyage fait dans l’intérieur de l’Amériques septentrionale, d’Anburey (, 2 vol. in-8°), avec des notes