La bataille de Queenston Heights fut la première bataille importante de la guerre anglo-américaine de 1812. Elle se déroula le à dans le Haut Canada (aujourd'hui en Ontario), non loin de la frontière. Il s'agissait de l'affrontement le plus important en termes de troupes engagées depuis le début de cette guerre et fut une victoire décisive britannique.

L'élément déclencheur de ce conflit provenait du fait que les Américains voulaient établir une tête de pont sur la rive canadienne de la rivière Niagara avant que la période hivernale n'arrive. Les Britanniques repoussèrent l'invasion américaine, bien supérieure en nombre, en ne subissant que peu de pertes même si leur commandant, Isaac Brock, fut tué par un tireur d'élite.

En dépit de leur avantage numérique théorique et de la large dispersion des troupes britanniques, les Américains, qui étaient stationnés à Lewiston, dans l'État de New York, furent incapables de disposer le gros de leur troupe sur la rive canadienne.

Cet échec fut causé par l'artillerie britannique, qui opposa une résistance efficace, et une certaine partie de la milice américaine, peu expérimentée et sous-entraînée, qui fit preuve de réticence au moment de l'assaut.

Le résultat fut que les troupes britanniques eurent suffisamment de temps pour se regrouper et enfin forcer les Américains sur la rive canadienne à se rendre.

Situation L'invasion américaine par la rivière Niagara faisait partie à l'origine d'une triple attaque visant les places fortes britanniques sur les frontières du Haut-Canada. Le général William Hull devait attaquer Amherstburg en Ontario en partant de Détroit, le général Henry Dearborn devait attaquer Kingston en passant par le fleuve Saint-Laurent et le général Stephen Van Rensselaer devait prendre Queenston. Ces attaques, combinées avec un quatrième assaut sur Montréal au Bas-Canada, avaient pour but de mettre les colonies britanniques à genoux et d'amener une paix rapide.

Cependant, ces trois attaques visant le Haut-Canada échouèrent toutes. Hull fut assiégé dans Détroit et, craignant de subir un massacre de la part des Amérindiens alliés aux Britanniques, livra la ville et son armée. Dearborn et son armée stationnaient d'une manière assez passive à Albany, ne montrant pas d'empressement à livrer bataille (Dearborn fut d'ailleurs remplacé en 1813, après un bilan bien mince). Pendant ce temps-là, Van Rensselaer subissait une énorme pression afin qu'il lance sa part de l'invasion. Cette pression vint aussi bien de ses hommes, impatients d'en découdre, que de la part des civils américains irrités par la reddition de Hull à Détroit.

Même s'il avait le grade de major-général dans la milice de l'État de New York, Van Rensselaer n'avait jusqu'à présent jamais commandé d'hommes au combat. En fait, il était considéré comme étant le candidat du Parti fédéraliste au poste de gouverneur de l'État de New York. Probablement dans le but d'écarter Van Rensselaer, le gouverneur d'alors, Daniel Tompkins, le nomma à ce commandement. Ce dernier fut effectif le . Stephen Van Rensellaer s'assura alors d'avoir à ses côtés un aide de camp d'expérience et, dans ce but, nomma à ce poste son cousin au deuxième degré, le colonel .

Querelles internes américaines

Malgré la défection de Hull et l'inactivité de Dearborn, la situation semblait avantageuse pour Van Rensselaer. Alors qu'il ne pouvait compter que sur 691 hommes sans solde en date du , l'arrivée de renforts vint bientôt augmenter considérablement ses effectifs. Outre une troupe d'environ six mille soldats, volontaires et miliciens, Van Rensselaer reçut sous son commandement les du général Alexander Smyth. Cependant, Smyth, officier de carrière, refusa fermement d'obéir aux ordres de Van Rensselaer ou de répondre à ses injonctions. Dès que ses forces atteignirent la frontière, Smyth prit sur lui de les déployer près de Buffalo au lieu de Lewiston avec le gros des troupes. De plus, il ne fit aucun rapport à Van Rensselaer dès son arrivée, prétextant d'être .

Van Rensselaer établit un plan qui prévoyait que le gros des troupes devait traverser la rivière Niagara et prendre les hauteurs près de Queenston, alors que Smyth devait attaquer le fort George à revers. Cependant, Smyth n'envoya aucune réponse au plan de Van Rensselaer. Bien qu'il lui fut intimé l'ordre de se joindre à une réunion stratégique afin de préparer l'attaque, Smyth ne répondit pas, pas plus qu'il ne le fit à une lettre qui lui fut envoyé peu après. Van Rensselaer, un politicien assez amène, pressé de lancer l'assaut, préféra procéder sans Smyth plutôt que de traduire ce dernier devant une cour martiale et d'avoir probablement à reporter l'attaque.

Le , Van Rensselaer envoya des ordres à Smyth pour qu'il fasse marcher ses troupes en direction de Lewiston en préparation de l'attaque. L'attaque était prévue pour le dimanche à 3 heures du matin et Smyth se mit finalement en route après avoir reçu la lettre. Cependant, il choisit un mauvais itinéraire pour Lewiston, par un temps exécrable, et sur une route tellement mauvaise que les chariots abandonnés sur place restaient littéralement collés à la route. À le matin du , Smyth reçut des ordres lui annonçant que l'attaque était repoussée. Au lieu de poursuivre son chemin en direction de Lewiston, Smyth décida de retourner à son camp à Black Rock et envoya une lettre à Van Rensselaer dans laquelle il indiquait que ses troupes seraient prêtes à se remettre en marche le , un jour après la date à laquelle l'attaque avait été de nouveau planifiée.

Le , l'attaque avait dû être repoussée à cause d'une défection au sein de l'armée de Van Rensselaer. Au cours des derniers jours, le colonel Van Rensselaer put traverser la rivière et aller sur la rive britannique, se faisant alors une bonne idée du terrain. Bien que le colonel Van Rensselaer fut ensuite alité avec une forte fièvre, le général Van Rensselaer maintint la date du . Cependant, à la suite des préparatifs américains tôt dans la matinée, l'un des chefs de bateau, un certain lieutenant Sims, prit son embarcation et déserta, emportant avec lui la majeure partie des rames. Afin de pallier ce manque de rames, l'attaque dut être repoussée. La nouvelle date choisie fut le .

Préparation britannique

Isaac Brock était le lieutenant-gouverneur du Haut-Canada et le commandant en chef des forces de la province. C'était un commandant porté sur l'offensive et sa capture de Détroit lui apporta la gloire, la réputation de « sauveur du Haut-Canada » et un titre de chevalier (qui ne lui parvint qu'après sa mort). Cependant, son supérieur à Québec, George Prévost, était d'une nature plus prudente et les deux hommes entrèrent en conflit à propos de la stratégie à adopter.

Il était de nouveau dans l'intention de Brock d'attaquer les États-Unis, de franchir la rivière Niagara, de battre Van Rensselaer et Smyth avant qu'ils n'aient pu recevoir quelque renfort que ce soit et d'occuper l'État de New York. Prevost mit son véto, ordonnant à Brock de se comporter de manière plus défensive (Prevost savait que le gouvernement britannique avait annulé plusieurs mesures visant les navires marchands américains, abrogeant de par le fait une partie du litige qui avait amené les deux belligérants à la guerre. Il pouvait alors penser que les négociations de paix pourraient aboutir et qu'une attaque, comme celle envisagée par Brock, serait de nature à contrarier ces négociations). L'un des objectifs de Brock était de faciliter le siège de Fort Wayne sur la rivière Maumee, qui se solda finalement par une défaite pour les Amérindiens.

Ce qui irrita tout particulièrement Brock fut l'armistice conclu le par le major-général Roger Sheaffe, sous les ordres de Prevost, avec le colonel Van Rensselaer. Les termes de cet armistice prévoyaient la libre circulation sur la rivière pour les deux parties, ce que Brock voyait uniquement comme une possibilité pour les forces américaines de Van Rensselaer de se regrouper et de s'approvisionner sans qu'il n'y ait aucun moyen pour lui d'agir. L'armistice prit fin le , à un moment où l'armée de Van Rensselaer était approvisionnée comme elle ne l'avait jamais été auparavant.

Le , soit un jour avant la bataille, le major Thomas Evans, sous les ordres de Brock, franchit la rivière Niagara avec un drapeau blanc afin de demander un échange immédiat de prisonniers, portant sur ceux qui avaient été pris par les Américains lors d'un raid mené sur deux bateaux britanniques près du fort Érié quelques jours plus tôt. Evans voulut rencontrer Solomon Van Rensselaer, mais il reçut pour réponse que ce dernier était souffrant. À la place, Evans rencontra un homme qui se présenta comme étant Toock, le secrétaire du général Van Rensselaer. Toock, probablement le major John Lovett sous une fausse identité, lui rétorqua qu'aucun échange de prisonniers n'était possible avant après-demain. Evans fut frappé par cette phrase, plusieurs fois répétée, et put également noter que plusieurs bateaux sur le rivage avaient été camouflés sous des branchages. Il en conclut qu'une invasion était imminente et qu'elle se produirait le lendemain, soit le . Lorsqu'il rapporta ces faits lors d'une réunion des officiers, il ne rencontra que rires et moqueries. Cependant, Brock prit Evans à part et, après un entretien entre les deux hommes, fut convaincu de la possibilité d'une attaque américaine.

Bataille Premier débarquement américain thumb|La bataille de Queenston Heights par James B. Dennis dépeint l'échec du débarquement américain du . Le , Brock était au fort George avec Sheaffe et le gros de son armée. Il y avait d'autres détachements britanniques à Queenston, Chippawa et fort Érié.

Le village de Queenston Heights se situe à l'embouchure de la rivière Niagara. Cette dernière possède un courant fort et fait de large à cet endroit. Immédiatement au sud du village, le sol s'élève à jusqu'aux hauteurs de Queenston (Queenston Heights). Lewiston se trouvait de l'autre côté de la rivière, dont le sol s'élevait également vers le sud, en direction des hauteurs de Lewiston (Lewiston Heights). En temps de paix, il y avait un service régulier entre Queenston et Lewiston.

Le détachement britannique basé à Queenston était composé d'une compagnie de grenadiers du Royal Berkshire Regiment sous le commandement du capitaine James Dennis (l'ancienne compagnie de Brock), d'une compagnie légère du même régiment sous les ordres du capitaine John Williams, d'une compagnie de la seconde milice de York (maintenant Toronto) et d'un détachement du Welch Regiment muni d'un canon léger en bronze (Grasshopper cannon). Un canon de 18 livres était posté à mi-chemin des hauteurs de Queenston, et un autre de ainsi qu'une caronade étaient placés sur plateforme à Vrooman's Point, à au nord du village. La milice locale, composée de compagnies du 5th Lincoln Regiment, n'était pas en service mais pouvaient être regroupée en peu de temps.

Les forces américaines étaient composées des , et d'infanterie, auxquels étaient ajoutés des éléments d'artillerie. Il y avait aussi cinq régiments de la milice de New-York et un bataillon de fusiliers volontaires. Du fait que l'armée américaine avait vu ses effectifs augmenter très rapidement, la plupart des forces présentes à Lewiston étaient composées de recrues récentes, et Van Rensselaer considérait que l'entraînement et la discipline des miliciens étaient supérieurs à ceux des soldats réguliers. Les Américains disposaient de douze bateaux qui pouvaient chacun transporter 30 hommes, et de deux larges bateaux pouvant transporter 80 hommes et disposant de plateformes sur lesquelles pouvaient être transportés des canons ou des chariots.

Une dispute de dernière minute amena à la séparation des commandements des forces participant à la première tentative de débarquement. Le colonel Solomon Van Rensselaer prit le commandement du contingent de la milice et le lieutenant-colonel John Chrystie celui des soldats réguliers.