Raymond-Louis Roger de Beaufort, vicomte de Turenne, dit Raymond de Turenne (1352-1413), est le fils de Guillaume III Roger (comte de Beaufort et vicomte de Turenne) et d'Aliénor de Comminges.
Petit-neveu de Clément VI et du cardinal Hugues Roger, neveu de Grégoire XI et de Nicolas Roger de Beaufort, il est capitaine des Armes du Comtat Venaissin, capitaine pontifical en Italie et se rend célèbre sous le nom de Fléau de Provence en luttant contre Marie de Blois, comtesse de Provence et les deux antipapes d'Avignon, Clément VII et Benoît XIII.
Biographie Ses premières années Membre de la noblesse limousine et provençale, Raymond de Turenne est apparenté à deux papes d'Avignon. Il est le petit-neveu de et le neveu de . Époux de Marie de Boulogne, nièce de Jeanne, la seconde épouse de , il peut se prévaloir de ses relations avec la cour de France, pour laquelle il se bat en Flandre (chevauchée de Bourbourg), et de celles avec la papauté d'Avignon dont il commande les troupes en Italie (Piémont, Lombardie et guerre des Huit Saints contre Florence).
Raymond fait ses premières armes, en , contre Bertrand du Guesclin au siège de Tarascon, à la bataille d’Arles et à Céreste, près d'Apt, où les routiers du Breton écrasent l'ost de Provence. Il participe ensuite à la répression des laborieux qui s'étaient révoltés contre les exactions des deux arméesLouis d'Anjou, profitant du retour d’ à Rome, avait voulu annexer militairement le comté de Provence. Pour cette période cf. V. L. Bourrily, Duguesclin et le duc d’Anjou en Provence (1368), Revue Historique, T. 152, 1926, et Histoire de Provence, sous la direction d'É. Baratier, Toulouse, 1976. Les Archives municipales de Carpentras (CC. 154, f° 3) indiquent précisément rebellione quam faciebant laboratores. Tel était le nom donné tant aux gens de la campagne, qu'aux journaliers et aux artisans..
Au retour de sa première campagne d'Italie, où il avait été fait chevalier d'armes devant Cuneo par en 1372, il ne semble pas avoir participé à la répression sanglante des Tuchins en Languedoc. Elle fut le fait de son père et de Gantonnet d'Abzac, son futur lieutenant. Par contre, Raymond engagea leurs survivants et les fit combattre contre les soudoyés de Thibaud de Budos qui voulait reprendre son château de Portes.
Les fiefs des Roger de Beaufort
Outre la vicomté de Turenne et Châlus que son père lui remit en usufruit lors de son mariage en octobre 1375, la famille de Raymond de Turenne possède de nombreux fiefs en Provence dont les Baux, Saint-Rémy, Pertuis, Meyrargues, les Pennes, etc. dans les Baronnies : Séderon, Châteauneuf-de-Mazenc, Savasse, et en Languedoc rhodanien : Alès, Anduze, Bagnols-sur-Cèze, Cornillon, Portes-Bertrand, Saint-Étienne-Vallée-Française, etc. En récompense des exploits militaires de son fils en Italie, Guillaume III Roger de Beaufort se vit remettre le , par l'empereur Charles IV de Luxembourg, des fiefs en Toscane dans l'évêché de Chiusi et la juridiction de CortonaActe de donation déposé à la Cancelleria Decemvirale (Archivio di Stato, Perugia). Ces fiefs sont ceux de Sarteano, Cetona, Chianciano, Piegaro, Monteleone, Panicale, Paciano, Monticchiello, Camporsevole, Castiglione del Lago. En Toscane, Guillaume III Roger de Beaufort est connu sous le nom de Guglielmo di Beaufort, dit le Villata. Son fils Raymond de Turenne (Raimondo de Turenna) est répertorié parmi les plus illustres compagnons d'aventure au même titre que les deux gendres des Visconti: John Hawkwood et Bernardon de la Salle qui deviendra l'un de ses Capitaines en Provence et en Italie..
Sa guerre en Provence Raymond de Turenne, qui est capitaine des Armes du Comtat Venaissin et capitaine pontifical en Italie, reste surtout connu par la guerre et les pillages qu'il entreprend en Provence, dans les Baronnies et en Valdaine, aux portes de MontélimarCf. Baron de Coston, Histoire de Montélimar et des principales familles qui ont habité cette ville, T. 1. Montélimar, 1878., entre 1389 et 1399, après que la seconde dynastie angevine des comtes de Provence soit revenue sur les donations effectuées par la reine Jeanne. Mais dans sa thèse soutenue à Montréal (Québec), en , Régis VeydarierRaymond de Turenne: la deuxième maison d'Anjou et la Provence. Étude d'une rébellion nobiliaire à la fin du . Veydarier explique : Toujours aussi légitime est pour [Raymond de Turenne], malgré le rétrécissement du champ doctrinal et éthique que cela suppose, la guerre privée qu'il mène contre la papauté d'Avignon et le comté de Provence dans la mesure où il la justifie tant sur le plan du droit que sur le plan politique (). démontre pourquoi, en droit féodal, le vicomte ne pouvait qu'entrer en conflit armé avec le pouvoir papal (Clément VII et Benoît XIII) ou comtal (Marie de Blois) qui l'avait spolié.
Ses guerres contre Clément VII thumb|300px|Beaufort Turenne. La vie et des actes du terrible vicomte vérifient l'assertion qu'Emmanuel Leroy Ladurie portait sur nos ancêtres du , pour lesquels, disait-il : « Vivre son destin, c'est tenir son rang et ne pas sortir de sa condition ».
Tel est bien ce que fait un personnage de la taille de Turenne, en particulier face à son oncle, le pape d'Avignon, le Clément VII, qui inaugure le Grand Schisme dans l'Église catholique et universelle. Le moins que l'on puisse dire, est que le pontife avignonnais était plus enclin, vis-à-vis de son parent, à la provocation qu'à la bénigne mansuétude que sa Sainteté aurait dû naturellement avoir.
Le , Clément VII, profitant de la présence en Flandre de Raymond, avait jugé opportun de retirer à son oncle Marquis de Canillac ses revenus de Grillon pour les attribuer à Giraud d'Adhémar.
Pourtant confronté à une telle personnalité, dont la nature obstinée et la supériorité au combat étaient poussées par l'aiguillon puissant de l'orgueil et de la victoire, Clément VII ne peut qu'assister impuissant à ses chevauchées qui font passer un vent de mort dans tous ses États.
Ses guerres contre Benoît XIII Benoît XIII, ayant épousé la querelle de son prédécesseur, Turenne continua à tuer, piller et brûler à son seul bénéfice malgré les condamnations émanant du palais des papes d'Avignon. Aucun pontife ne pouvait calmer un exalté de sa trempe avec quelques bulles d'excommunication. Son scepticisme l'avait rendu inébranlable, indifférent et insensible face à de telles menaces.
Ses guerres contre Marie de Blois, comtesse de Provence Raymond destiné, dès l'enfance, à recueillir l'héritage et les insignes privilèges reçus par les Roger de Beaufort, est aussi l'objet de sollicitations sans pareilles quand la régente Marie de Blois lui demande pour son fils cadet Charles du Maine la main de sa fille Antoinette.
Pour ne pas plier le genou devant son gendre, le vicomte, toujours prêt à tenir le rôle et le rang qu'il estimait être les siens, aurait cru faillir en acceptant. Il refuse et préfère faire convoler son unique héritière avec Jean II Le Meingre, dit Boucicaut, parti proposé par les princes du sang et le roi de France.
Vexée, la prétendante au trône de Naples et au comté de Provence, le met au ban de ses États, ce qui provoque une brutale réplique de la part de Raymond et de sa mère Aliénor, dame de Meyrargues« Mais les rébellions de cette sorte, inhérentes au système féodal, ne sont intéressantes qu’en tant qu’elles permettent d’apprécier le degré de solidité de ce système, par le plus ou moins de rapidité et de facilité avec lesquelles elles sont étouffées » expliquait Émile G. Léonard, l’éminent l’historien de la Reine Jeanne et de la première maison d’Anjou..
« Raymond de Turenne est de ceux qui portent coutumièrement leur bon droit à la pointe de leurs épées et leurs documents en leurs armes » a fort justement écrit la romancière provençale Marie Mauron.
Le vicomte, l'un des plus hardis capitaines du , fonce tête baissée pour défendre sa gloire et sa dignité en se trouvant devoir combattre à la fois les troupes pontificales, dont il était encore nominativement le capitaine, l'armée de Georges de Marle, sénéchal de Provence, celle du recteur du Comtat, Odon de Villars, ainsi que celle son beau-frère, Louis II de Poitiers, comte de Valentinois.
Un négociateur remarquable Raymond de Turenne, avec ce sens du moment qu'ont les hommes de grand destin et son extraordinaire aptitude à se saisir de toutes les opportunités, se révèle non seulement un redoutable guerrier mais aussi et surtout un remarquable négociateur pour tout ce qui avait trait à ses propres intérêts. Énergique et vif de repartie, perspicace et actif, ses défis et ses ruses diplomatiques font autant pour la réputation du vicomte que la destinée dérisoire et étonnante de ce belliciste remarquable. Et son appât du gain découvre là une manière rapide de s'enrichir.
Le résultat le plus probant de ses négociations est à l'évidence qu'à chaque fois la papauté ou la régente de Provence lui fournissent assez de subsides pour recruter une nouvelle armée après avoir licencié la précédente.
Le vicomte marie sa fille Antoinette à Boucicaut Considéré comme Le Fléau de Provence, il restait pourtant particulièrement apprécié par la Cour de France. Les 27 et , lors du séjour du roi à Avignon, Clément VII, qui n'avait que le nom de Raymond de Turenne à la bouche, insiste pour que l'armée royale le neutralise. Les Marmousets, qui avaient leur plan, ne l'entendent pas de cette oreille et conseillent au pape de traiter.
Clément VII apprend alors que, dans ce cas seulement, Charles VI serait prêt à entrer dans Rome pour l'installer sur le trône de saint Pierre. Dans le même temps, le royaume de Naples reviendrait à Louis II d’Anjou, cousin du roi, avec Raymond de Turenne comme capitaine général, le comté de Provence devenant l'apanage de Louis II de Bourbon qui nommerait Guillaume Roger de Beaufort sénéchal. Une union entre la seconde maison d'Anjou et les Roger de Beaufort est même envisagée.
Mais cette union qui avait cessé d'avoir la faveur royale ne se fait point. Le Conseil du Roy préfère opter pour Jean II le Meingre, maréchal Boucicaut. Le , à Abbeville, deux émissaires royaux reçoivent des instructions touchant le mariage du maréchal avec Antoinette de Turenne, union à laquelle était favorable son père.
Ces lettres de mission renferment le paragraphe que considèrent comme apocryphe : Si nostre Saint Père ou autres disoient que l'on traitait ou eut traité du mariage du frère (Charles de Tarente) dudit roi de Sicile avec ladite fille (Antoinette), qu'il soit répondu que ledit messire Raymond a dit qu'il aimeroit mieux que sa fille fût morte que ce qu'elle fût mariée au frère dudit roi. Car il est trop grand seigneur. Et la veux marier à homme de qui il puisse être servi et qu'il s'en tient être honoré, et non pas à seigneur devant qui lui faudroit agenouiller.
L'union entre Boucicaut et Antoinette de Turenne a lieu au château des Baux-en-Provence, le , en présence de Raymond de Turenne. En janvier 1394, Guillaume Roger de Beaufort fait savoir à son fils qu'il considérait que sa petite-fille était meschamment mariée à ce Boucicaut a si grant deshoneur et honte de nostre lignage.
Une personnalité hors du commun thumb|Sceau de la maison de Turenne.
Ce rejeton de la souche solide et altière des Roger de Beaufort, tout infatué de son nom et de son lignage, aurait pu laisser couler sa vie, il préfère la vivre. Ce noble insolent, qui avait le plus haut sentiment de sa dignité, se sent sans doute porteur d'une destinée peu commune et peut contempler son destin. Bouffi d'orgueil, sans égard et sans pitié pour le vulgum pecus, toujours prêt à relever le moindre défi, ayant plus de force physique que morale, il trouve partout occasion de guerre.