Edgar Faure, né le à Béziers et mort le à , est un homme d'État français.
Radical, il est ministre au sein de nombreux gouvernements, dans lesquels lui sont confiés d'importants portefeuilles. Il est président du Conseil des ministres en 1952 et de 1955 à 1956, sous la République. Ministre sous les présidences du général de Gaulle puis de Georges Pompidou, il est président de l'Assemblée nationale de 1973 à 1978.
Il est élu à l'Académie française en 1978.
Biographie Plus jeune avocat de France Fils de médecin militaire, il change régulièrement d’établissements scolaires, du collège de Verdun à Narbonne en passant par le cours La Bruyère à Paris, lors de la Première Guerre mondiale.. Après des études au lycée Janson-de-Sailly (1919-1920), au lycée Henri-IV à Béziers puis à Orléans et au lycée Voltaire à Paris, Edgar Faure commence des études de droit, de lettres et de langues orientales (russe). Il exerce à Paris la profession d'avocat et devient membre du barreau à : c'est le plus jeune avocat de France de son temps et le plus jeune deuxième secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris (conférence du stage). Intéressé par la politique, il rejoint le Parti radical-socialiste après une première adhésion au Parti républicain-socialiste.
En 1931, il épouse Lucie Meyer, fille d'un marchand de soie. Le couple, pour son voyage de noces, choisit l'URSS« Edgar Faure, l'enragé du bien public », documentaire pour la télévision, 2007..
Durant la Seconde Guerre mondiale vignette|gauche|redresse|Edgar Faure en 1939. En 1941, dans un procès à Clermont-Ferrand, il témoigne, non sans risques, en faveur de Pierre Mendès France, du même âge et avocat comme lui à Paris, incarcéré par le régime de Vichy.
À l'automne 1942, il part en Tunisie en compagnie de son épouse Lucie Faure, qui est juive, et de sa fille Sylvie, avant de rejoindre les quartiers généraux du général de Gaulle à Alger. Il devient ensuite le chef du service législatif du gouvernement provisoire (1944). En 1945, il est procureur général adjoint français au Tribunal militaire international de Nuremberg..
Cadre du Parti radical et ministre Après avoir été battu aux élections de 1945 à Paris, il envisage de se présenter sous l'étiquette MRP dans le Puy-de-Dôme, mais finalement il se tourne vers le Parti radical et est élu lors de la troisième consultation électorale de 1946. Edgar Faure se révèle rapidement un ardent défenseur de la Franche-Comté, collectionnant les mandats : député du Jura jusqu'en 1958, maire de Port-Lesney en 1947, président du conseil général du Jura en 1949. Dans ces fonctions, il se montre favorable au projet d'exploitation du bassin houiller du Jura qui est débattu en 1957, mais celui-ci est finalement abandonné en raison de la conjoncture économique..
À l'Assemblée nationale, comme au Parti radical, qui comporte de nombreux « ministrables », il acquiert une réputation de sérieux que son allure souriante et sa verve viennent tempérer. Il se révèle un habile stratège et devient l'un des meilleurs navigateurs des couloirs du Palais-Bourbon. Il accède en 1949, au côté de Maurice Petsche, ministre des Finances, au poste de secrétaire d'État, avant d'être nommé ministre du Budget en 1950. Deux ans plus tard, il est pour la première fois président du Conseil mais son gouvernement de quarante ministres ne dure que quarante jours, pris dans l'opposition des modérés et des socialistes sur la politique économique, après qu'il a posé vingt fois la question de confiance.
Il devient ensuite ministre des Finances des gouvernements de Joseph Laniel (centre droit) puis de Pierre Mendès France. Dans ces fonctions, il obtient de la Chambre les pleins pouvoirs, qu'il met à profit pour « relancer la relance » avec un plan de dix-huit mois dit « d'expansion dans la stabilité »Association Edgar Faure.. En particulier, il réglemente par décret plusieurs professions, procède à des mesures de décentralisation économique et introduit la taxe sur la valeur ajoutéeBiographie sur le site du ministère des finances..
De son ministère, il n'oublie pas les intérêts de ses électeurs du Jura., où plusieurs professions se voient bénéficier de déductions fiscales : parmi les plus citées, les éclaircisseuses., polisseurs et monteurs de pipes de la région de Saint-Claude ; ou les tourneurs, fraiseurs et guillocheurs de matières plastiques de la région de Saint-Lupicin.Article 5 de l'annexe 4 du (version périmée au 31 mars 2000).. Il y favorisera plus tard l'élection comme député de son directeur de cabinet Jacques Duhamel, via l'. au référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République. vignette|gauche|Edgar Faure (à gauche) lors de la signature des conventions de l'autonomie interne tunisienne, en 1955.
Président du Conseil Après la chute du gouvernement de Pierre Mendès France en .., Antoine Pinay, président du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), appelle à une union nationale mais renonce finalement à Matignon face au risque de barrage de la SFIO et du MRP, s'effaçant au profit d'Edgar Faure..
Devenu président du Conseil, Edgar Faure poursuit la préparation de l'indépendance de la Tunisie prônée par Mendès France lors du « discours de Carthage » de ..
Au Maroc, après quatre mois d'hésitations, il poursuit le processus de « l'indépendance dans l'interdépendance » en s'appuyant sur les voix de la gauche et s'aliénant celle de la droite.. À l'été, il autorise le sultan Mohammed, exilé à Madagascar, à revenir à Paris, pour faciliter sa restauration par la conférence d'Aix-les-Bains d', visant à , où la tension s'est accrue..
L'écrivain François Mauriac le compare cependant dans son « bloc-notes » à un car, avec Antoine Pinay, ministre des Affaires étrangères, il , consultant de grands patrons de presse, comme Pierre Lazareff, de France-Soir, qui conseille d'envoyer pour conserver ce protectorat du Maroc, ainsi que Marcel Boussac, dont l'empire textile est très dépendant des colonies. Dans son livre Ma mission au Maroc, Gilbert Grandval décrit Edgar Faure anxieux de convaincre Marcel Boussac d'accepter ce retour du sultan. Le résident général de France au Maroc, contesté à cause du chaos mais soutenu par Boussac, est maintenu jusqu'en . alors que celui de Tunisie avait été écarté un an plus tôt. Le temps perdu par Edgar Faure est aussi dénoncé par le romancier Auguste de Montfort..
En Algérie, il instaure l'état d'urgence dès son arrivée par la loi du , qui permet la censure de la presse., pratiquée dans les mois qui suivent avec la saisie de L'Humanité., dont le reporter est expulsé. L'opposition échoue à bloquer son adoption, tempérée par quelques amendements parlementaires., car le premier décret du réserve l'état d'urgence à certaines zones du Constantinois, avant qu’un deuxième couvre tout l'est de l'Algérie le puis un troisième, le à toute l'Algérie, en prévoyant qu'il cesserait en cas de dissolution de l'Assemblée nationale.
Au Cameroun, il fait interdire les organisations politiques indépendantistes telles que l'UPC, la JDC et l'Udefec..
Il prend l'initiative d'une réunion au sommet des « Quatre Grands » à Genève et favorise la tenue de la conférence de Messine qui permet la relance de la construction européenne.
Première dissolution de l'Assemblée depuis 1877 Dès le printemps, il est sous pression de l'aile gauche du Parti radical menée par Pierre Mendès-France, qui obtient le congrès extraordinaire de mai 1955, où Edgar Faure se retrouve minoritaire. Tous les dirigeants radicaux prenant position contre lui à l'Assemblée nationale, il est exclu le ., ce qui sera confirmé en appel l’année suivante. Cette exclusion de son propre parti, votée à une écrasante majorité19 voix pour l'exclusion, six pour le blâme et deux pour le refus de sanction., une première pour un chef de gouvernement , sanctionne la dissolution de l'Assemblée nationale qu'Edgar Faure vient de suggérer au président René Coty.en la justifiant par l'échec d'un projet de réforme constitutionnelle visant à instituer le scrutin d'arrondissement au lieu du scrutin départemental. Georges Laffargue, René Mayer et Martinaud-Déplat se solidarisent avec lui et sont aussi exclus..
C'est aussi pour prendre de vitesse Pierre Mendès-France, porté vers un retour au pouvoir par la dynamique de ce congrès extraordinaire, qu'Edgar Faure a demandé cette dissolution au président René Coty, la première depuis celle de Mac-Mahon en 1877. Elle se révèle un échec tactique : à l'occasion des élections législatives anticipées de janvier 1956, les soutiens de Mendès France s'allient à la gauche au sein du Front républicain, qui obtient le contexte des « événements » d'Algérie 27,7 % des voix, rendant la gauche majoritaire, avec les près de 26% des communistes, même si les deux composantes excluent de gouverner ensemble ; Edgar Faure s'est lui replié sur le Rassemblement des gauches républicaines, qu’il organise en parti politique autonome et dont il prend la présidence ; lors de la campagne électorale, ses partisans se présentent sous cette étiquette, aux côtés des modérés de l'UDSR, des indépendants du CNIP et du MRP, ensemble de droite qui obtient 31% des voix, dont seulement 3,8 % des voix pour le RGR, concurrencé sur sa droite par l'UDCA de Pierre Poujade et Jean-Marie Le Pen, pro-Algérie Française, qui entre en force à l’Assemblée avec près de 13 % et 52 députés.
Sur les bancs de l'opposition Edgar Faure se retrouve alors, brièvement, dans l'opposition. S'il fut assez tôt un partisan du retour du général de Gaulle (), il est tenu à distance par la République naissante et d'ailleurs battu, sur fond de vague gaulliste, aux législatives de 1958.
Il profite de ce temps pour écrire une thèse sur le système fiscal sous Dioclétien et pour passer son agrégation de droit : il devient agrégé des facultés de droit (droit romain et histoire du droit) en 1962.
Il est également sénateur (Gauche démocratique, réintégré au Parti radical) du Jura d' à , avant de revenir en 1967 à l'Assemblée nationale comme représentant du Doubs. En 1962, dans l'opposition, il vote « non » au référendum sur l'élection au suffrage universel du président de la République, selon ses termes.
En 1963, il est envoyé officieusement par le pouvoir gaulliste en mission en république populaire de Chine à une époque où de Gaulle souhaitait rétablir des relations avec ce pays..
Ministre de la République
En 1966, après avoir soutenu le général de Gaulle à l'élection présidentielle de 1965, il devient ministre de l'Agriculture, ce qui le fait exclure (à nouveau) du Parti radical. Il ne cesse plus, dès lors, de se présenter comme un pont entre radicalisme et gaullisme, mettant en avant, selon le cas, l'une ou l'autre proximité.
En 1968, après les événements de mai, on lui confie le poste délicat de ministre de l'Éducation nationale. Sa loi d'orientation de surprend la classe politique, qui la vote aussi bien à gauche qu'à droite, les communistes s'abstenant. Elle marque une rupture dans l'enseignement français en intégrant des revendications de mai 68 et notamment la participation à la gestion des établissements de tous les acteurs de l'enseignement et la facilitation de l'interdisciplinarité. Une mesure fait couler beaucoup d'encre : le report de l'étude de la langue latine de la sixième à la quatrième. C'est également sous son ministère que sont supprimés les cours du samedi après-midi..
Il envisage un temps de se présenter à l'élection présidentielle de 1969, mais après accord avec Pompidou y renonce. En , à l'issue d'une élection législative partielle provoquée par la démission de son suppléant, il retrouve son mandat de député dans la circonscription du Doubshttp://archives.assemblee-nationale.fr/4/cri/1969-1970-ordinaire1/012.pdf..