thumb|La couronne de Castille et ses voisins en 1483 :
Isabelle de Castille (en espagnol Isabel I de Castilla), dite Isabelle la Catholique (en espagnol Isabel la Católica), née le à Madrigal de las Altas Torres et morte le à Medina del Campo, est reine de Castille et León de 1474 à 1504, et par son mariage avec Ferdinand d'Aragon, reine d'Aragon, de Majorque, de Valence, de Sardaigne, de Sicile (1479–1504) et de Naples (1503–1504).
Après une jeunesse difficile à la cour de son demi-frère Henri IV, elle devient reine de Castille en 1474 en évinçant la princesse Jeanne, présentée comme illégitime. Il s'ensuit une guerre de succession de 1476 à 1479, au terme de laquelle Isabelle reste reine de Castille (traité d’Alcáçovas).
Son règne est marqué par deux événements historiques majeurs : la conquête du royaume de Grenade (1482–1492), c'est-à-dire la fin de la Reconquista, commencée au ; la découverte en 1492, par Christophe Colomb, Génois au service de la Castille, d'îles des Caraïbes, qui vont se révéler appartenir non pas aux « Indes », comme Colomb l'espérait, mais à un nouveau monde, l'Amérique.
Avant son avènement (1451–1474)
Origines familiales et enfance à Madrigal Née dans le palais de son père à Madrigal de las Altas Torres (actuelle province d'Ávila), elle est la fille du roi Jean II de Castille (1405–1454) et de sa seconde épouse, Isabelle de Portugal.
À la mort de Jean II, le trône de Castille revient au demi-frère d'Isabelle, beaucoup plus âgé, Henri IV (1425-1474), fils du roi et de Marie d'Aragon (1396-1445).
Isabelle passe ses premières années à Madrigal, avec sa mère Isabelle, atteinte de démence, et son frère Alphonse (1453–1468), puis à l'avènement d'Henri IV, à Arévalo (province d'Avila). Tous trois vivent dans des conditions difficiles au château d'Arévalo en raison de la faiblesse des moyens qui leur sont alloués par le roi Henri IV et de l'état de santé d'Isabelle de Portugal. Isabelle est une enfant triste, sérieuse et calme.
Formation à la cour d'Henri IV (1461–1474) En 1461, elle et son frère sont séparés de leur mère et installés à la cour, qui réside souvent dans l'alcazar de Ségovie, lieu où siégent les Cortes. Isabelle se retrouve sous la tutelle de la reine Jeanne du Portugal. Elle reçoit d'abord une formation religieuse.
Puis, avec des précepteurs, elle étudie la rhétorique, la poésie, la peinture, l'histoire. Elle découvre la philosophie d'Aristote et de Saint Thomas d'Aquin. Elle a hérité de ses parents le goût des . Elle aime aussi les livres de chevalerie. Malgré les dispositions testamentaires favorables de son père (Jean II), Henri IV les néglige à plusieurs reprises.
Isabelle trouve dans la lecture des Évangiles la force de faire face à ces épreuves. Son amitié avec Béatrice de Silva Meneses l'aide également beaucoup. Isabelle l'aidera plus tard à fonder l'ordre de l'Immaculée Conception en lui faisant don du palais de Galiena à Tolède. À cette époque de sa vie, des personnes comme , sa femme et jouent également un rôle important dans l'entourage d'Isabelle.
Héritière présomptive (1468) Alphonse meurt à Cardeñosa le , dans des conditions peu claires (peste ? empoisonnement ?).
Henri IV n'a pour enfant que sa fille Jeanne de Castille (1462-1530). Mais celle-ci est soupçonnée d'illégitimité : elle serait la fille de la volage reine Jeanne et d'un noble castillan, Beltrán de la Cueva.. Ses adversaires lui donnent le surnom de Juana la Beltraneja (littéralement : « la Jeanne de Beltrán »).
Si Jeanne était officiellement reconnue comme illégitime, Isabelle deviendrait héritière présomptive du royaume de Castille. Dès le , Isabelle s'attribue arbitrairement le titre de princesse des Asturies, que sa nièce Jeanne porte déjà.
Les longues fiançailles avec Ferdinand (1453-1469)
Les fiançailles de 1454 Ferdinand et Isabelle.|vignette|200px
À l'âge de trois ans (1454Née le 22 avril 1451, elle a 3 ans le 22 avril 1454. Or Henri IV, devenu roi le 22 juillet 1454 à la mort de Jean II de Castille, va ensuite rompre ces fiançailles. Les fiançailles ont elles eu lieu entre le 22 avril et le 22 juillet ? Il faudrait être plus précis sur la chronologie, si possible.), Isabelle est fiancée à Ferdinand d'Aragon (1452-1516), fils de l'infant Jean d'Aragon (1398-1479), héritier présomptif du royaume.
Isabelle et Ferdinand sont cousins issus de germains, étant tous deux arrière-petits-enfants du roi de Castille Jean (1358-1390), grand-père de Jean II d'Aragon et de Jean II de Castille.
Jean II de Castille meurt le , laissant le trône à son fils aîné Henri qui, à cette date, n'a pas d'enfant (sa fille, Jeanne, naîtra en 1462). L'héritier présomptif est donc Alphonse (1453-1468), son frère cadet, qui a priorité sur sa sœur Isabelle, bien que né après elle (les fils du roi ayant priorité sur ses filles, quels que soient leurs âges respectifs).
Au moment de ces fiançailles, le roi d'Aragon est Alphonse V (1396-1458), roi depuis 1416. Comme, en 1454, il n'a pas de fils légitime, sa succession revient en principe à l'infant Jean, son frère cadet, père de Ferdinand, qui devient effectivement le roi Jean II d'Aragon en 1458.
Dès lors, l'héritier présomptif du royaume d'Aragon est son fils aîné, Charles de Viane (1421-1461), qui est déjà roi de Navarre, sa mère la reine Blanche de Navarre étant morte en 1441, mais seulement en titre, car de fait son père l'a écarté du pouvoir en Navarre de sorte que Charles est entré en rébellion contre lui.
Opposition de Henri IV à son mariage avec Ferdinand Devenu roi (), Henri IV décide de rompre cet accord pour fiancer sa demi-sœur à Charles de Viane. Mais cela n'aboutit pas à un mariage en raison de l'opposition de Jean II d'Aragon, en conflit avec son fils aîné.
Après la mort de Charles de Viane (1461), Henri IV tente de marier Isabelle avec le roi Alphonse V de Portugal (1432-1481), mais cela ne donne rien non plus (en 1475, Alphonse V de Portugal épousera la fille de Henri IV Jeanne de Castille).
En 1466, Henri IV propose la main d'Isabelle à (1423-1466), maître de l'ordre de Calatrava, son favori jusqu'en 1461En 1461, un nouveau favori apparaît : Beltran de la Cueva, père supposé de Jeanne de Castille., puis passé du côté de l'opposition nobiliaire. Pedro accepte, mais tombe malade et meurt au cours de son voyage vers Madrid, à la tête de , pour négocier les termes du contrat de mariage. L'opposition nobiliaire subit un échec majeur en 1467, lorsqu'elle est vaincue lors de la deuxième bataille d'OlmedoLa première bataille d'Olmedo a eu lieu en 1445, sous le règne de Jean II..
Durant ces années, Jean II d'Aragon maintient les contacts avec l'entourage d'Isabelle en vue d'un mariage avec Ferdinand. La mort de l'infant Alphonse en 1468 fait d'Isabelle l'héritière en second du royaume de Castille, après Jeanne, ou en premier, si on croit que Jeanne est illégitime.
Traité des Taureaux de Guisando (1468) : Henri IV désigne Isabelle comme héritière présomptive, mais elle n'a pas le droit de se marier sans son accord.
Le problème de la dispense pontificale Cependant, il existe un autre obstacle à leur mariage, d'ordre juridico-religieux. Leurs grands-pères respectifs Ferdinand d'Aragon et Henri III de Castille étant frères, Ferdinand et Isabelle sont cousins assez proches et une dispense papale est nécessaire. Le pape Paul II (1417-1471, en fonction en 1464) refuse cette dispense aux ambassadeurs du roi d'Aragon, afin de ne pas se mettre en conflit avec les rois de Castille, .
vignette|Quadruple en or à l'effigie d'Isabelle et Ferdinand.
Le mariage
Malgré tout cela, le mariage a lieu à Valladolid le , sans l'accord d'Henri IV et sans dispense du papeÉtant donné que Paul II reste pape jusqu'en 1471, il n'y a pas eu de dispense octroyée par Sixte IV..
Conséquences
La principale conséquence est le ralliement de la plus grande partie de l'opposition nobiliaire au roi Henri IV et son allégeance à Jeanne, ne voulant pas que l'épouse du futur roi d'Aragon devienne reine de Castille.
Après diverses péripéties, Ferdinand finira par se réconcilier avec Henri IV en ..
Mais au moment de la mort de Henri, le parti anti-aragonais s'oppose catégoriquement, avec le soutien de la cour du Portugal, à l'avènement d'Isabelle, soutenue par la cour d'Aragon. La Castille va entrer dans une guerre de succession de cinq ans.
Relations personnelles entre Isabelle et Ferdinand vignette|267x267px|Isabelle la Catholique et Juan Perez.
Au début, pour Isabelle et Ferdinand, ce mariage est fondé sur des motifs politiques. Mais le couple s'avère finalement uni. Les contemporains sont étonnés de voir les deux souverains partager la table et la chambre. Lorsque Ferdinand part en campagne et qu'Isabelle ne peut pas l'accompagner (notamment en raison de ses grossesses), il lui écrit pour lui demander de ses nouvelles et lui donner des siennes.
Il écrit après la mort de sa femme, dans une lettre du à la ville de Madrid, annonçant la mort d'Isabelle : Cédula real de Fernando el Católico, fechada en Medina del Campo el día 26 de noviembre de 1504, comunicando a la villa de Madrid el fallecimiento de la reina Isabel, citée par Juan Carlos Galende Diaz, « ¡Madrid está de luto! Ha muerto la Reina Católica », p. 195. ().
Pour autant, Ferdinand n'a pas toujours été fidèle et a même eu des enfants naturels. Isabelle ferme les yeux, en femme politique.
Le règne d'Isabelle (1474-1504) L'avènement : l'éviction de Jeanne gauche|vignette|300px|Représentation moderne du couronnement d'Isabelle de Castille. vignette|Jeanne de Castille et ses enfants, Nicolaus Alexander Mair von Landshut (). À la mort d'Henri IV, qui ne laisse aucun testament, usurpant la place de sa nièce Jeanne de Castille, Isabelle se proclame reine de Castille et León à Ségovie le , fondant sa légitimité sur le traité des Taureaux de Guisando. Elle se fait couronner à Ségovie.
Pour faire valoir les droits de son épouse Jeanne sur la Castille, Alphonse V de Portugal prend la tête d'une coalition, avec pour allié le roi de France, Louis XI. L'affrontement a lieu à la bataille de Toro, en 1476, mais la situation tourne au profit des rois catholiques avec la reconnaissance d'Isabelle la Catholique par les Cortes de Castille.
Quand en 1479, les troupes portugaises quittent la Castille, Jeanne de Castille, La Beltraneja, renonce à ses droits et s'enferme dans un couvent pour y finir ses jours.
Relations statutaires entre Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon vignette|Isabel la Católica, J. de Flandes (v. 1500) Palacio Rea de Aranjuezl. La concorde de Ségovie en 1475 précise les droits respectifs des époux.
Bien que devenu roi de Castille en titre en même temps que son épouse en devenait reine, Ferdinand II ne dispose, du vivant de celle-ci, d'aucune autorité sur son domaine personnel. Il faut attendre la mort d'Isabelle en 1504, suivie en 1506 de celle de son gendre Philippe le Beau et de la prétendue maladie mentale de leur fille et héritière Jeanne de Castille (qui a ouvertement défié sa mère à Medina del Campo), pour que le roi d'Aragon assure la régence au nom de son petit-fils Charles Quint qu'il parvient à faire reconnaître comme roi de Castille en parallèle avec Jeanne qui conserve le titre jusqu'à sa mort en 1555.
Devenu à son tour en 1479 souverain des différents territoires de la couronne d'Aragon, Ferdinand II forme alors avec sa femme un exemple unique de double monarchie, de 1479 à 1504, où chaque souverain garde la pleine autonomie de ses territoires propres tout en préparant activement l'unification formelle de l'Espagne au siècle suivant.
La guerre de Succession de Castille (1476-1479) vignette|La guerre de succession de Castille de 1476 à 1479.
La guerre entre Castille et Aragon d'une part (Isabelle) et le Portugal (Jeanne, mariée en 1475 au roi Alphonse V de Portugal) se termine par le traité d’Alcáçovas de 1479.