La grande nacre (Pinna nobilis), parfois également appelée jambonneau hérissé paru au J.O. 15 du 19 janvier 1993, est un coquillage bivalve emblématique de la Méditerranée, en danger critique d'extinction, de la famille des Pinnidae.
Son byssus a été utilisé pour fabriquer un tissu rare et précieux : la soie de mer liée à la Toison d'or mythologique durant l'Antiquité tardive. Jadis abandante en Méditerranée, elle ne subsiste aujourd'hui que dans quelques zones refuges dont la plus importante est de très loin la lagune de Thau. De manière beaucoup plus réduite, la Mar Menor, les Bouches de Kotor, le delta de l'Èbre et la mer de Marmara abritent des individus ou des populations résiduelles localisées mais celles-ci sont largement fragilisées. Enfin, l'étang de Diane, de taille moindre accueille également une petite population viable et quelques dizaines d'individus vivent encore dans l'étang de Leucate.
Description C'est un très grand bivalve , de couleur fauve plus ou moins sale, vivant fiché verticalement dans les fonds sableux souvent au milieu des herbiers de posidonie (Posidonia oceanica). C'est l’un des plus grands coquillages existants dans le monde (il peut dépasser de haut). La forme est semblable à celle d'une moule, pointue au niveau de la charnière et arrondie à l'ouverture ; chez les jeunes l'ouverture est bordée d'écailles arrondies. L'intérieur est nacré sur au moins toute la moitié inférieure. La grande nacre vit enterrée sur environ la moitié de sa hauteur.
<div align=center> Valve droite et gauche du même spécimen:
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Elle recèle souvent des crustacés symbiotiques vivant à l'intérieur de ses coquilles (en particulier Nepinnotheres pinnotheres et Pontonia pinnophylax).
Écologie Comportement C'est une espèce au métabolisme lent et à la croissance extrêmement longue : elle peut vivre plus de .
Fait rare chez les bivalves, la grande nacre est capable de se déplacer grâce à son pied charnu, et notamment de se remettre en position droite si elle se trouve déchaussée.
Ce coquillage peut parfois sécréter de petites perles rougeâtres, sans aucune valeur en bijouterie.
Conservation Jadis abondante sur le littoral français, cette espèce a été décimée par la pollution, fragilisée par le recul des herbiers à posidonie, par les ancrages et les chalutages, mais aussi par les plongeurs avides de souvenirs originaux, elle est aujourd'hui devenue très rare. Elle est protégée en France depuis le et sa pêche est interdite.
Fin 2016, à Monaco, 47 grandes nacres sont déplacées du tombant des Spélugues vers la plage du Larvotto en vue de la construction du Portier.
Classée en danger critique d'extinction, l'espèce est aujourd'hui strictement protégée, aussi bien en France qu'en Europe (annexe IV de la directive habitat 92/43/CEE concernant la conservation des habitats naturels ainsi que la flore et la faune sauvage) et en Méditerranée (annexe II de la convention de Barcelone de 1995).
Un parasite mortel provoque sa disparition thumb|Grande nacre (longueur réelle env. ). Durant l’automne 2016, après avoir décimé totalement les populations de grandes nacres en Espagne, notamment du sud de Valence jusqu'à la région de Murcie, et tout autour des Baléares, le parasite protozoaire Haplosporidium pinnae (appartenant au phylum des Cercozoa) a atteint les populations méditerranéennes de Corse. Ce parasite du genre Haplosporidium n’est pas inconnu puisqu’il avait décimé les exploitations ostréicoles californiennes dans les années 50. Ce protozoaire unicellulaire aurait été introduit par un cargo japonais dont l'équipage aurait vidangé ses eaux de ballast non loin des côtes espagnoles (Philippe Gallini, 2018). D’après différentes observations, le protozoaire ne tuerait pas directement le bivalve : c’est en se reproduisant dans son tube digestif qu’il va l'empêcher de se fermer. Une fois la nacre « paralysée », ses principaux prédateurs que sont les poulpes et les coquillages perceurs ont le champ libre. Lorsqu’elle n’est pas consommée par des prédateurs, la grande nacre infectée va mourir de faim puisque le parasite entraine un dysfonctionnement grave de la glande digestive (lieu d’absorption de la nourriture) de l’individu (Vazquez-Luis & Alvarez, 2017).
Un sanctuaire inattendu dans l'étang de Thau Alors que l'espèce a quasiment disparu du reste de la Méditerranée à cause du parasite Haplosporidium pinnae, l'étang de Thau (Hérault) abrite depuis le milieu des années 2020 une population exceptionnelle de grandes nacres, estimée à près d'un million d'individus, avec des densités locales pouvant atteindre plusieurs individus par mètre carré. Ce suivi, mené depuis 2020 par les biologistes marins Mathieu Foulquié (Institut océanographique Paul-Ricard) et Robert Bunet, a mis en évidence une reproduction inhabituellement tardive de l'espèce, avec l'apparition de juvéniles en plein hiver, ce qui suggère des pontes en automne ou en hiver et non plus seulement en été comme observé jusqu'alors. Les chercheurs avancent l'hypothèse d'un dérèglement du cycle biologique de l'espèce lié au changement climatique, ou d'une stratégie de survie face au stress environnemental. Ces observations de terrain, conduites dans le cadre du programme européen LIFE, ont donné lieu à la publication d'une étude scientifique intitulée « Surviving the collapse: unprecedented densities of the critically endangered fan mussel Pinna nobilis in a Mediterranean coastal lagoon ».
Utilisations thumb|Paire de gants en byssus de nacre. Sa nacre, de grande qualité, a longtemps été utilisée en bijouterie et pour la confection de boutons de manchette et d'ornements décoratifs.
La grande nacre produit des fibres, le byssus, jadis utilisé pour fabriquer un tissu appelé soie de mer.. La Toison d'or aurait été tissée dans cette matière. Le byssus d'Atrina pectinata, un coquillage de la même famille, a été utilisé en Sardaigne pour tisser de la soie de mer, comme substitut de la grande nacre. En 2025, des chercheurs coréens, travaillant sur ce même coquillage, ont élucidé le mécanisme de la brillance du textile fabriqué avec ces fibres.
Références taxinomiques
Liens externes pinnanobilis.free.fr, Site consacré à la grande nacre.
Notes et références
Catégorie:Bivalve (nom vernaculaire) Catégorie:Pinnidae Catégorie:Faune endémique de la mer Méditerranée Catégorie:Espèce marine protégée en France Catégorie:Taxon décrit par Carl von Linné Catégorie:Mollusque décrit en 1758 Catégorie:Mollusque marin Catégorie:Mollusque des records