Georges-Eugène Thiébaud, né le à Toulouse et mort le à Paris, est un journaliste et militant bonapartiste, boulangiste puis nationaliste français.

Biographie Famille Le , Eugène-Georges Cial naît de parents inconnus au de la rue Pargaminières, à Toulouse. Huit ans plus tard, il est officiellement reconnu par Auguste Thiébaud (1833-1900), lieutenant au 1 RA, et par Joséphine-Aricie BallaCopie de l'acte de naissance dans le dossier LH/2646/40 de la base Léonore (cf. liens externes). (1826-1890)Archives départementales des Hauts-de-Seine, état civil de Nanterre, registre des décès de 1890, acte du 29 octobre (vue 133 sur 171)., sœur aînée d’Agnès-Catherine-Aménaïde Rey-Balla, artiste lyrique et épouse du compositeur Jean-Étienne Rey. En réalité, le lieutenant Thiébaud n'est pas le père de l'enfantLe XIX siècle, 19 mars 1891, ..

Par la suite, Aricie Balla se marie avec le comte Marie-Eugène-Raymond-Alfred de Montesquiou-Fezensac (1827-1905), fils d'Alfred de Montesquiou-Fezensac, petit-fils de Pierre de Montesquiou-Fezensac et neveu du général Anatole de Montesquiou-Fezensac. Le comte élèvera l'enfant naturel de son épouse comme son propre fils, mais les relations des deux hommes se dégraderont après 1890 au sujet de l'héritage d'Aricie, ce qui se terminera par un procès en correctionnelle.

Le , à Autry (Ardennes), Georges Thiébaud épouse Marie-Antoinette-Julie-Blanche Délouette (1859-1932)Archives de Paris, état civil du 7 arrondissement, registre des décès de 1932, acte (transcription) du 21 mars 1932 (vue 19 sur 31).. Le couple aura une fille, Marie-Raymonde-Cécile (1882-1960)Archives départementales des Ardennes, état civil de Charleville, registre des naissances de 1882, acte du 13 novembre (vue 363 sur 398)..

Convictions bonapartistes Après des études de droit, Georges Thiébaud se lance dans le journalisme politique, dirigeant des feuilles conservatrices (c'est-à-dire monarchistes) telles que Le Courrier des Ardennes puis Le Petit Moniteur.

Militant « jérômiste », c'est-à-dire bonapartiste de gaucheJoly (2005), ., mais plus attaché au principe plébiscitaire qu'à la restauration de la dynastie impériale, il s'intéresse en 1886 à l'expérience de la Droite républicaine.

L'année précédente, il s'est présenté sans succès aux élections législativesJoly (2005), ., en troisième position sur la liste conservatrice des Ardennes, derrière Adrien de Wignacourt et le bonapartiste Étienne de Ladoucette. Au soir du premier tour, Thiébaud était arrivé au neuvième rang (cinq sièges étant à pourvoir)Le Gaulois, 5 octobre 1885, , . en obtenant voix. Au second tour, il en avait recueilli ( rang). La liste opportuniste s'étant désistée au profit des cinq candidats radicaux, seuls ces derniers avaient finalement été élusLe Gaulois, 20 octobre 1885, , ..

Rôle dans le boulangisme Dès 1887, Thiébaud est l'un des premiers partisans du général Boulanger et intervient en faveur de ce dernier auprès du prince JérômeJoly (2008), ., organisant discrètement une entrevue entre les deux hommes à Prangins le Jean Garrigues, Le Boulangisme, Paris, PUF, 1992, .. Alfred Naquet se porte garant de lui comme républicain, p. 304.

Orateur de talent, il donne des conférences développant l'idéologie boulangiste et prend l'initiative de présenter la candidature du général aux élections partielles des et . Il se pense être l'inventeur du boulangisme mais est plus son théoricien et le stratège. N'ayant aucune capacité financière pour le mouvement, Boulanger le met de côté alors qu'il est déjà détesté par tous. Il comprend que son influence est devenu minimale, p. 304-305.

Le , il intègre le comité directeur de la Ligue des patriotes (LDP), que Paul Déroulède vient de mettre au service de la cause « révisionniste » (les boulangistes veulent réviser les lois constitutionnelles afin de remplacer le régime parlementaire par un exécutif fort issu du suffrage universel).

Inquiet des liens du boulangisme à l'égard des royalistes dès le printemps 1888 et en mauvais termes avec le comte Dillon, grand financeur du mouvement, Thiébaud rompt avec Boulanger quand celui-ci, accusé de complot par le pouvoir en place, s'exile brusquement pour échapper à une éventuelle arrestation (). Thiébaud va même jusqu'à poser sa propre candidature face à celle du général lors de l'élection législative de Clignancourt, mais il ne récolte que 496 voix en raison de l'hostilité des boulangistes restés fidèles à leur chef. L'un de ces derniers, Henri Rochefort, affronte Thiébaud en duelJoly (2005), ..

Après le boulangisme À partir de 1895, Thiébaud se rapproche des milieux antisémites (Drumont et la Jeunesse antisémitique), dont il partage les idées racistes puis l'antidreyfusisme, et mène campagne contre l'influence du protestantisme. Il rêve d'ailleurs de faire de la Jeunesse antisémitique une grande ligue antiprotestanteJoly (2008), .. Aux élections législatives de 1898, il est battu à Carpentras par le radical-socialiste Delestrac, mais avec un score honorable ( voix, soit 44% des suffrages)Le Rappel, 24 mai 1898, , .. En , il adhère à la Ligue de la patrie française (LPF)Le Temps, 7 janvier 1899, , ., dont il devient l'un des conférenciersJoly (2008), ..

À la veille des obsèques de Félix Faure, Thiébaud tente en vain de se mêler aux préparatifs de Déroulède en vue d'un coup d’État, mais il est quand même perquisitionné par la police le . Le suivant, lors du grand coup de filet contre les dirigeants nationalistes, il décide de prendre la fuite. Compris parmi les accusés dans le réquisitoire du procureur général Bernard au début de la procédure de la Haute Cour, il est mis hors de cause par les sénateurs dès le .

vignette|Thiébaud (à l'extrême gauche, 2 rang) parmi les « chefs de la Ligue des patriotes » (photomontage du début du ).

En , Thiébaud est le candidat de la LDP à l'occasion d'une élection législative partielle provoquée par la mort du député de Niort, Amédée de La Porte. Concurrencé par un autre candidat d'opposition, le méliniste Toutant, Thiébaud arrive en troisième position derrière ce dernier et loin derrière le radical GentilLe Matin, 23 juillet 1900, , .. Cet échec s'explique notamment par une mauvaise campagne et par le soutien maladroit de Déroulède. Ce dernier a en effet rejeté d'emblée tout apport de voix non républicaines, ce qui aura aussi pour conséquence l'éviction de Thiébaud du Gaulois. Une nouvelle tentative, en 1902, dans la circonscription du 15 arrondissement de Paris, ne rencontre pas plus de succès, en raison de l'hostilité de certains cadres importants de la LDP et de la LPFJoly (2005), . : avec voix (40% des suffrages), Thiébaud est vaincu par le député sortant, le socialiste Emmanuel ChauvièreLe Matin, 12 mai 1902, , ..

Brouillé avec tous ses anciens camarades avant les élections de 1906, il quitte la scène politique.

Fin de vie Capitaine d'artillerie territoriale, Thiébaud est nommé chevalier de la Légion d'honneur en . Son âge et son état de santé l'empêchent cependant de servir au début de la Première Guerre mondiale. L'avancée des troupes allemandes le force à fuir sa maison d'Autry, qui est mise à sac par les soldats ennemis. Démoralisé par la perte de ses papiers et très affaibli par une grippe infectieuse venue aggraver une maladie cardiaque, il meurt au -bis du boulevard Saint-Germain le Archives de Paris, état civil du 7 arrondissement, registre des décès de 1915, acte du 21 janvier (vue 16 sur 31).. Après des obsèques célébrées en l'église Sainte-Clotilde et en présence de nombreuses personnalités, il est inhumé au cimetière du MontparnasseLe Gaulois, 24 janvier 1915, , ..

L'avant-veille de sa mort, Thiébaud avait fait venir Maurice Barrès à son chevet et lui avait confié : Maurice Barrès, « Les "Ultima verba" de Georges Thiébaud », L'Écho de Paris, 25 janvier 1915, (consultable sur Gallica)..

Publications M. Taine et le prince Napoléon, leur controverse sur Napoléon, leurs conclusions sur la France contemporaine, conférence, Paris, Dentu, 1887. Le Parti protestant, les progrès du protestantisme en France depuis 25 ans, conférence, Paris, Savine, 1895. Au-devant de Marchand, discours, Paris, Malverge, 1899. La Patrie française, conférence, Paris, La Patrie française, 1900. Le Palais de la gabegie, étude à fleur de peau de la situation municipale et des finances de la ville de Paris. Le devoir nationaliste à l'hôtel de ville, Paris, Librairie antisémite, 1900. Souvenirs d'un publiciste (1908-1909). Les Secrets du règne, Paris, La Renaissance française, 1909.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Bertrand Joly, Dictionnaire biographique et géographique du nationalisme français (1880-1900), Paris, Honoré Champion, 2005, . Bertrand Joly, Nationalistes et conservateurs en France (1885-1902), Paris, Les Indes savantes, 2008, .

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